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    Chaire d'études Claire-Bonenfant - Les stéréotypes s'enracinent, les discriminations subsistent

    Hélène Lee-Gosselin, de la Chaire d’études Claire-Bonenfant-Femmes, savoirs et sociétés<br />
    Photo : Photo Pierre Joosten Hélène Lee-Gosselin, de la Chaire d’études Claire-Bonenfant-Femmes, savoirs et sociétés
    Si les trente dernières années ont vu de nombreux progrès en matière d'égalité entre les sexes, Hélène Lee-Gosselin et les chercheuses associées de la Chaire d'études Claire-
    Bonenfant rappellent que les succès du passé ne doivent pas faire oublier les inégalités qui persistent.

    La Chaire Claire-Bonenfant-Femmes, savoirs et sociétés de l'Université Laval se consacre depuis plus de vingt ans à la recherche sur la condition des femmes. Sous l'égide d'Hélène Lee-Gosselin, professeure au Département de management, la chaire d'études met les pleins feux sur la situation des femmes sur le marché du travail.

    Ainsi ont joué un rôle de premier plan dans la création de la loi sur l'équité salariale, en 1996, Hélène Lee-Gosselin et Esther Déom, professeure au Département des relations industrielles, qui poursuivent un travail de développement des connaissances et veillent à défendre les acquis. «Puisque ça fait longtemps qu'on entend parler de l'équité salariale, certains pensent que le problème est réglé. C'est faux!», s'exclame Esther Déom. En 2006 — soit dix ans après l'adoption de la loi — la commission de l'équité salariale a révélé que 50 % des entreprises n'avaient pas instauré l'équité salariale. Et, aujourd'hui, cette commission est sur la sellette: rayée de la carte par le budget Bachand, elle n'existe encore que par la force et la motivation des militantes.

    En ce qui concerne la place des femmes dans le monde du travail et dans les instances décisionnelles, le cons-tat est tout aussi préoccupant: comme l'a révélé Les Affaires, sur les 466 fonctions dirigeantes des 100 plus grandes entreprises québécoises cotées en Bourse, 36 sont occupées par des femmes, soit 7,7 %. Serait-ce parce qu'elles s'intéressent moins au management? Bien au contraire, affirme Hélène Lee-Gosselin: «Cela fait 30 ans que les diplômés en sciences de l'administration des affaires sont majoritairement des femmes! Logiquement, il devrait y avoir aujourd'hui une proportion équivalente d'hommes et de fem-mes parmi les cadres supérieurs, ce qui n'est pas le cas. Il y a un décalage entre les compétences des femmes et leur représentation dans les sphères dirigeantes.»

    Réseaux et entreprises

    Pour expliquer cela, les raisons sont nombreuses. «Les possibilités que la société offre aux hommes et aux femmes ne sont pas les mêmes, explique Hélène Lee-Gosselin. La ségrégation professionnelle se décline de plusieurs façons: il y a un processus subtil qui facilite la progression des hommes dans les sphères dirigeantes, dont les femmes ne bénéficient pas.»

    Pour tenter de renverser la vapeur, les recherches visent à comprendre les facteurs qui créent ces conditions. Parmi ceux-ci, Hélène Lee-Gosselin souligne le rôle des réseaux, mais aussi de la discrimination indirecte, qui passe par des contraintes de disponibilité et des horaires incompatibles avec les responsabilités familiales, souvent assumées en plus grande partie par les femmes. «On cherche à remettre en question la norme. Dans certains cas, il serait possible de réduire les exigences de disponibilité, pour que les femmes puissent considérer des postes plus exigeants.»

    Elle remarque également que, à la tête d'une entreprise, les femmes n'ont pas la même manière de mener la barque: «Une étude récente révèle que les femmes n'envisagent pas le succès de leur entreprise de la même manière que les hommes. Alors que les hommes ont tendance à mettre en avant le profit, les parts de marché et le recul de la concurrence, les femmes insistent davantage sur la satisfaction de la clientèle, le plaisir de travailler ou encore le développement de l'emploi dans leur collectivité. Il s'agit d'une autre conception de l'entrepreneuriat, mais leur façon de travailler est tout aussi légitime. Ces différences ne sont pas toujours prises en compte.»

    Métiers et génie

    Enfin, le même constat s'impose quant à la représentation des femmes dans les différents corps de métier: elles demeurent sous-représentées dans de nombreux emplois, considérés comme typiquement masculins. Esther Déom invite à se méfier des idées préconçues: il n'y a pas de prédisposition génétique à s'intéresser à la finance plutôt qu'à l'enseignement. «Il faut arrêter de considérer que les femmes veulent être infirmières parce qu'elles aiment s'occuper des autres, qu'elles sont empathiques. Les raisons qui cantonnent de nombreuses femmes à des emplois typiquement féminins sont plus complexes.»

    Et cette tendance ne va pas en s'améliorant: dans les universités québécoises, elles étaient 17 % en génie en 1999 et ne sont que 12 % en 2007, a constaté Nadia Ghazzali, professeure de statistiques. Au fil des ans, c'est un mélange de facteurs qui encourage cette tendance: les stéréotypes s'enracinent, les discriminations subsistent. «Nous essayons d'encourager les femmes à renverser cette tendance. Le programme Excelle Science, par exemple, s'adresse aux femmes inscrites à l'université dans des disciplines majoritairement masculines, comme le génie civil, et décerne des bourses et des prix. On cherche à démystifier le métier, à donner des modèles.»

    Et le voile...

    Parmi les autres sujets au coeur des études féministes, la laïcité occupe une place de premier plan, en ce qu'elle interroge la notion d'égalité: laïcité et égalité sont-elles indissociables? Oui, si on en croit le rapport déposé par une cinquantaine de signataires, dont Hélène Lee-Gosselin, à la commission Bouchard-Taylor: les signes religieux, comme le voile, sont des signes d'oppression qu'il faut refuser. Mais le débat n'est pas clos pour autant: «Certaines de nos collègues n'ont pas signé et ont mis en avant le fait qu'interdire le voile à l'école ou dans la fonction publique ne ferait que fragiliser de nombreuses femmes. Dans les familles où le voile est une norme, ces filles se verraient privées de l'accès à l'éducation. Elles n'en seraient que plus vulnérables à un contrôle et à l'exclusion sociale.»

    Le débat autour du voile interroge également le droit des femmes à l'autodétermination. «La question du sens des signes religieux nous interpelle particulièrement: certaines femmes ne voient pas le voile comme un signe religieux, mais plutôt comme un signe culturel, et revendiquent le droit de s'approprier les signes de leur société. D'autres y voient un rempart contre la sexualisation du corps des femmes, vécue comme un asservissement.»

    Dans cette perspective, imposer ou interdire le voile, c'est priver les femmes d'un droit à l'autodétermination. «Même si le débat est constant parmi nous, la question centrale des études féministes demeure le droit à l'autodétermination et l'accès aux moyens qui le permettent: l'éducation, le travail et les promotions.»

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    Collaboratrice du Devoir
     
     
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