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    Thierry Mugler, une griffe au parfum de scandale

    Le Montréalais Rick Genest — Zombie Boy — est devenu la star du défilé de la maison Thierry Mugler de la dernière Semaine de la mode à Paris. <br />
    Photo: Agence France-Presse (photo) François Guillot Le Montréalais Rick Genest — Zombie Boy — est devenu la star du défilé de la maison Thierry Mugler de la dernière Semaine de la mode à Paris.
    Le designer français Thierry Mugler, figure emblématique des années 1980 et 1990 avec ses silhouettes fortes, ses looks d'amazones, ses formes structurées et futuristes, ses matières audacieuses passant du latex au métal, ses Killer Women of Wall Street tellement en vogue à cette époque, a toujours eu le don de la provocation.

    En plus de s'être illustré avec ses collections de prêt-à-porter féminines et masculines, il a fait un passage remarqué dans le cercle très fermé des couturiers parisiens en 1992, à la demande de la Chambre syndicale de la haute couture parisienne. Il a lancé par la suite une série de parfums encore célèbres de nos jours, parmi lesquels l'incontournable Angel. Passionné dès son adolescence par la danse, la photographie et la mise en scène, il décide en 2002 de fermer son studio de design et son atelier, puis quitte le monde de la mode avec fracas. Cette même année, il aura pourtant dessiné pour le Cirque du Soleil les costumes du spectacle Zumanity inauguré à Las Vegas.

    Exception faite de la parfumerie, la mode griffée Mugler tombe alors en pleine désuétude. Les frasques de son fondateur, lors de ses apparitions médiatiques sporadiques, soulèvent la controverse depuis près de 10 ans. Que penser de ses photos à la limite de la porno qu'il décide de publier en 2007, le montrant nu avec un corps complètement métamorphosé et transformé par la chirurgie esthétique, une opération qui n'est pas sans rappeler l'incroyable Hulk, des clichés qui vont faire le tour de la planète?

    Nous sommes bien loin du petit esclandre pourtant mémorable provoqué par le ministre français de la Culture Jack Lang, en 1985, qui avait eu l'audace de porter un costume Mugler ras du cou, sans cravate, à la Chambre des députés.

    Voici donc que nous assistons en ce début de décennie à la renaissance de la marque Thierry Mugler, sans lui cependant, soutenue par des financiers solides et toute une nouvelle équipe de création. Pourtant, même si la direction annonce une philosophie novatrice qui tient à réactualiser la vision de Mugler en version 2011, une chose semble bien vouloir demeurer: la mission rebelle et anticonformiste insufflée dès sa première collection par le créateur sexagénaire. On se souvient d'avoir vu, live ou à la une de tous les tabloïds planétaires, la Robe de viande insolente portée par Lady Gaga en septembre 2010 lors des MTV Video Music Awards, une oeuvre troublante portant la signature Mugler, créée par Nicola Formichetti, le nouveau directeur de la création de l'honorable maison. Ce Nippo-Italien très hype en remet, épaulé par le créateur français Romain Kremer, avec une toute nouvelle collection masculine culottée et extrême pour l'automne-hiver 2011, présentée lors de la Fashion Week de Paris qui s'est terminée le 23 janvier dernier.

    La presse internationale dithyrambique a craqué pour cette ligne renaissance qui repousse les limites de la création, de l'absurde et de la provocation. Ce défilé de mode exacerbé a donc réussi à créer l'événement auprès des fashionistas désabusées de la planète fashion en proposant un nouvel esthétisme aux confins de la laideur et de la beauté, un spectacle allant de l'art au bizarre qui glorifie la religion du tatouage et qui ne laissera personne indifférent.

    Du coup, voilà qu'on en oublie complètement les vêtements présentés pour se concentrer, s'interroger, se pâmer ou s'indigner devant la star du défilé, un illustre inconnu il y a deux semaines à peine, un personnage aux allures de mutant tatoué des pieds à la tête: Rick Genest, de Montréal. Ce marginal, qui insiste pour se faire appeler Zombie Boy, fut découvert sur Facebook par la nouvelle équipe de création de la maison Thierry Mugler. Dernière muse de Mugler, il a réussi à éclipser complètement les fringues. Avec pour fond sonore le dernier tube de Lady Gaga et la pièce très troublante For the Sick and Disturbed du groupe trash allemand Agonoize, le show adulé par la majorité avait de quoi laisser bouche bée. Lorsqu'on veut définir et imposer un nouvel esthétisme, on ne peut pas faire dans la dentelle; en ce sens, ils ont su relever le défi de main de maître avec un parfum de scandale qui risque de semer la controverse. Cette exhibition vient de sanctionner et de consacrer l'obsession du tatouage, du grand art pour les uns, un danger extrémiste pour les autres.

    Le tatouage peut représenter, bien sûr, l’appartenance à des groupes souvent radicaux et devenir un mode de vie autant pour les Hells Angels en Amérique du Nord que pour les Yakusas au Japon, de même que pour la mafia russe. On a d’ailleurs publié en 2003 l’encyclopédie des tatouages de criminels russes réunissant plus de 3000 tatouages, une source inépuisable d’inspiration pour les gangs criminels en ex-URSS. Mais si, pour plusieurs, les dessins pratiqués sur le corps au moyen de piqûres qui introduisent sous la peau des colorants indélébiles viennent traduire les fantasmes obscurs et l’univers mental malsain d’éléments antisociaux de notre collectivité, pour d’autres, ils ne représentent que des tendances mode sans autre conséquence.

    Pour une minorité, cette tradition qui se perpétue depuis la nuit des temps reprend tout simplement les rites de l'Antiquité et a toujours été l'apanage de certaines tribus provenant autant de l'Amérique du Nord ou du Sud que de l'Afrique ou de l'Océanie. Un joli débat s'annonce à l'horizon.

    Entre-temps, nous suivons la piste de Zombie Boy.

    ***

    Carnet de style

    La 20e Semaine de mode de Montréal

    La Semaine de mode de Montréal se déroulera du 7 au 10 février prochain au Marché Bonsecours du Vieux-Montréal. Cette fête de la mode unique, qui revient deux fois l'an, offre une formidable vitrine tant aux créateurs confirmés qu'à la relève. Une foule d'activités, de cocktails et de lancements viendront enrichir les défilés. C'est Marie Saint Pierre qui signera la finale de cet événement alors qu'elle dévoilera sa collection automne-hiver 2011-2012. www.semaine mode montreal.ca.


    Montréal, ville de mode

    Le très beau site du Bureau de la mode de Montréal mérite qu'on s'y attarde. Le travail acharné de sa commissaire Diane Duhamel est enfin récompensé. Le design, le graphisme, la documentation, la diversité et le dynamisme sont au rendez-vous. Voilà un bel outil de référence déjà devenu incontournable. www.modemontreal.tv.


    Virage sportif pour Andy Thê-Anh

    Après ses déboires de l'automne 2010, la liquidation de sa collection et le fait qu'il lui est toujours interdit d'utiliser la griffe Andy Thê-Anh, le créateur reconnu pour ses robes élégantes et glamour devient designer pour la marque de vêtements de sport Löle, un défi qu'Andy Thê-Anh devrait pouvoir relever de main de maître. www.lolewomen.com.


    La mode fait son cinéma

    Le film québécois Une vie qui commence, de Michel Monty, est une réussite sur toute la ligne: sujet bouleversant, interprétation remarquable et une reconstitution d'époque qui donne la nostalgie des sixties. Il faut souligner le travail exceptionnel de la costumière Ginette Magny et de la directrice artistique Gaudeline Sauriol. D'autre part, si le documentaire L'Amour fou ne parvient pas à percer le mystère Yves Saint Laurent, il reste un fabuleux document d'archives qui montre avec éclat la richesse de l'héritage laissé par le grand couturier et nous aide à comprendre sa relation tourmentée et amoureuse avec Pierre Bergé.


    Gaultier, homme d'intérieur


    Lancement totalement séduisant, chez Roche-Bobois, de la collection de mobilier Jean-Paul Gaultier: le regard du couturier, mêlé au savoir-faire de la grande maison française du design d'intérieur, est à la hauteur de toutes les attentes. Le style Gaultier s'expose au 505, avenue du Président-Kennedy, Montréal. 
    Le Montréalais Rick Genest — Zombie Boy — est devenu la star du défilé de la maison Thierry Mugler de la dernière Semaine de la mode à Paris. <br />
La fameuse robe de viande étrennée par Lady Gaga en septembre 2010 lors des MTV Video Music Awards portait la signature de Mugler. <br />












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