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    Les défis de l'intégration des immigrants - Deux visions diamétralement opposées s'offrent aux nouveaux arrivants qui débarquent au Québec

    26 janvier 2011 | Maka Kotto - Député de Bourget et porte-parole de l'opposition en matière de communautés culturelles | Actualités en société
     Maka Kotto<br />
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir  Maka Kotto
    «Mon grand-père disait: "S'intégrer à une nouvelle culture, c'est comme lire un livre plusieurs fois. La première lecture, généralement, c'est pour se familiariser avec les personnages. À la deuxième lecture, on s'intéresse davantage à l'histoire. Mais après la troisième lecture, si on arrive à raconter cette histoire avec passion, c'est qu'elle est aussi devenue la nôtre et les personnages, des membres de notre propre famille."» — Boucar Diouf

    Pourquoi cette citation? Pour parler des défis de l'intégration des immigrants au Québec et particulièrement à Montréal. En effet, imaginons l'avenir... l'avenir du Québec en matière d'intégration. Nous comprenons bien évidemment que ce qui se produira à Montréal aura, sans l'ombre d'un doute, des répercussions sur l'ensemble du Québec et sur son avenir.

    Aussi, il convient de poser une question très simple: quel genre de tissu social voulons-nous pour le Québec et pour Montréal dans dix ou vingt ans? Pertinente question, car en matière d'intégration, deux visions diamétralement opposées s'offrent aux nouveaux arrivants qui débarquent au Québec.

    La vision canadienne


    Il y a la vision canadienne, celle mise en place par l'ancien premier ministre du Canada, Pierre Elliott Trudeau, qui repose sur l'idéologie du multiculturalisme et sur le bilinguisme. Le multiculturalisme à la canadienne, force est de le constater, nous mène tout droit à la ghettoïsation, à un communautarisme de repli où les cultures, plutôt que de se mélanger pour contribuer à l'édification d'une nation québécoise, viable et durable, se cloisonnent dans leur coin. De cette perspective, nous sommes très loin de remplir les conditions d'une dynamique d'intégration effective... De plus, il ne saurait y avoir d'authentique coexistence au Québec sans ce souci constant de cohésion sociale qui nous permet, entre autres choses, d'anticiper les dérives et les dérapages sectaires ou idéologiques.

    Le bilinguisme, pour sa part, qui est la politique officielle du Canada, envoie le signal d'un pays où il n'est pas nécessaire de parler français. Entre autres exemples, il semble qu'il soit souvent impossible de recevoir des services en français à la Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada, un organisme fédéral situé sur le boulevard René-Lévesque Ouest, à Montréal. Pour les nouveaux arrivants au Québec, le message est très clair...

    Cette vision canadienne, voire cette distorsion, va complètement à l'encontre de toute idée d'intégration au sein de la nation québécoise.

    La vision québécoise

    La vision québécoise quant à elle, est fondée sur l'interculturalisme, la prédominance du français et le partage de valeurs communes.

    Nous partons du principe que la diversité culturelle est souhaitable, qu'elle vient enrichir la société québécoise. Les immigrants ne sont pas encouragés à demeurer à part, mais plutôt à se joindre à la nation québécoise. Nous pourrions résumer cette politique d'intégration en nous référant au slogan de l'humoriste d'origine sénégalaise Boucar Diouf: «Vive le Québec métissé serré!»

    La prédominance du français est au Québec, un facteur majeur d'intégration, la porte d'entrée de la culture québécoise, du travail et du dialogue interculturel.

    Et finalement il y a les valeurs fondamentales que les nouveaux arrivants se doivent d'adopter, entre autres l'égalité entre les femmes et les hommes, la primauté de la langue française comme langue commune et de convergence, la séparation de la religion et de l'État, la recherche d'une meilleure justice sociale et la culture québécoise, partie intégrante de cette volonté d'affirmation de notre modernité.

    Voilà, il me semble, une vision d'avenir valable pour le Québec: un pays francophone, métissé serré, dont les citoyens partagent les valeurs fondamentales.

    Ainsi, pour s'attaquer aux obstacles de l'intégration, notamment en abrogeant l'approche multiculturaliste qui institutionnalise les personnes issues de l'immigration en «communautés culturelles» sur le plan gouvernemental, je cautionne l'idée d'abolir le vocable «communautés culturelles», car il renforce les stéréotypes et nuit au «vivre-ensemble». Vivement une approche citoyenne qui définisse clairement chaque personne ayant fait le choix du Québec comme citoyen à part entière de la communauté québécoise!

    Par ailleurs, je joins ma voix à celles qui soutiennent l'idée qu'il est grandement temps d'adopter une charte québécoise de la laïcité qui définisse les balises qui nous permettront de vivre ensemble harmonieusement et de construire, au-delà de nos différences, une société égalitaire et inclusive.

    Les répercussions concrètes

    Il y a donc une ligne de fracture très nette entre la vision canadienne de la citoyenneté et celle du Québec. Et cela a des conséquences très concrètes. D'abord, toutes ces brèches à la loi 101 au nom de la Constitution canadienne et le laxisme du gouvernement libéral à Québec ont des effets très évidents sur l'île de Montréal, où le français recule.

    Il devient de plus en plus pressant de renverser la vapeur pour redonner au français son statut de seule langue publique commune au Québec.

    En matière de valeurs communes, les tenants du communautarisme, ceux par exemple qui militent contre la laïcité, fondent leur argumentation sur la Charte et la Constitution canadienne, où le multiculturalisme est inscrit comme doctrine d'État.

    Nous devrons donc envoyer un signal fort, et le projet de Charte de la laïcité du Parti québécois prend là tout son sens. Et si celle-ci est contestée au nom de la Charte ou de la Constitution canadienne, les Québécois devront en prendre acte.

    D'autres exemples des effets néfastes du multiculturalisme canadien sont facilement identifiables: le profilage racial, entre autres, ne peut prospérer qu'à partir du moment où les gens ne se perçoivent pas comme faisant partie de la même nation, qu'ils ont l'impression de ne pas partager les mêmes valeurs ou la même culture. L'idéologie du multiculturalisme contribue au profilage racial en matière de sécurité, d'emploi, d'habitation.

    Tout ça est très malsain pour notre tissu social et je ne crois pas que ce soit cet avenir-là que nous souhaitions pour Montréal et pour le Québec.

    Nous avons par conséquent d'importants chantiers devant nous pour réussir l'intégration harmonieuse des immigrants au Québec: la prédominance du français, l'adhésion aux valeurs communes et la mise en place d'une politique de citoyenneté fondée sur le vivre-ensemble. [...]












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