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Chirurgie à haut risque - L'opération a été un échec tragique

Les soeurs siamoises sont décédées à quelques minutes d'intervalle

9 juillet 2003  Actualités en société
Golnaz Safaian, la demi-soeur des siamoises iraniennes Laleh et Ladan, décédées au cours de l’opération devant permettre de les séparer, regarde un film familial où l’on voit les deux jeunes femmes faire de la bicyclette.
Photo : Agence Reuters
Golnaz Safaian, la demi-soeur des siamoises iraniennes Laleh et Ladan, décédées au cours de l’opération devant permettre de les séparer, regarde un film familial où l’on voit les deux jeunes femmes faire de la bicyclette.
Singapour — Une opération sans précédent pour séparer des soeurs siamoises iraniennes jointes par le crâne s'est achevée tragiquement hier à Singapour avec la mort de Ladan Bijani en salle d'opération et celle de sa soeur Laleh 90 minutes plus tard.

Lors d'une intervention très complexe de 52 heures à l'hôpital Raffles de Singapour, les neurochirurgiens sont parvenus à séparer les crânes et les cerveaux des deux Iraniennes âgées de 29 ans. Mais les siamoises ont succombé à des hémorragies massives.

«L'hôpital Raffles regrette d'annoncer que les jumelles Bijani, Ladan et Laleh, sont toutes deux décédées pendant l'opération pour les séparer», a annoncé l'établissement. «En dépit de tous les efforts de l'équipe médicale, Ladan est décédée à 14h30 et Laleh peu après 16h.»

C'était la première fois au monde qu'était tentée la séparation de siamois adultes liés par le crâne.

Une équipe de 24 médecins internationaux et quelque 100 employés médicaux, dirigée par le neurochirurgien singapourien Keith Goh, avait entamé l'opération dimanche matin.

Mais le Dr Goh avait souligné d'avance le risque de voir l'une des patientes ou les deux ne pas survivre ou demeurer dans un état végétatif. «Nous leur avons fait part des risques de manière très directe», avait-il déclaré.

En 2001, le Dr Goh avait séparé avec succès des bébés reliés par la tête. Mais la séparation d'adultes était une entreprise plus complexe et plus dangereuse.

Et l'équipe a effectivement rencontré une série de complications. L'une des phases les plus délicates, la séparation des cerveaux, distincts mais collés l'un à l'autre, a pris le double du temps prévu.

Les cerveaux des deux jumelles étant irrigués par une artère unique, les chirurgiens ont prélevé un segment de veine dans la cuisse droite de Ladan pour l'implanter sur l'un des cerveaux.

Après le décès des siamoises, le Dr Goh, visiblement éprouvé, a défendu le principe de cette opération risquée. «Je pense que le débat, la discussion et les controverses seront sans fin», a déclaré le neurochirurgien lors d'une conférence de presse. Mais il a souligné que pour les spécialistes qui avaient préparé l'intervention pendant trois ans, il n'y avait pas de doute que «la décision était correcte». «Nous sommes tous très tristes, mais la vie est comme ça», a-t-il déclaré.

Un autre membre de l'équipe, le neurochirurgien Benjamin Carson, a précisé que les médecins avaient entamé l'intervention en sachant qu'il y avait 50 % de risque que les siamoises n'y survivent pas.

Mais «le fait est que ces personnes étaient absolument déterminées à être séparées», a souligné le Dr Carson, qui travaille au John Hopkins Children's Center.

Le mois dernier, Ladan avait exprimé la détermination des soeurs. «Nous n'avons pas peur d'une opération. Nous nous sentons heureuses, excitées et un peu nerveuses», avait-elle dit. Après des études avec Laleh à la faculté de droit de Téhéran, elle voulait mener sa propre vie et devenir journaliste.

Leur combat avait mobilisé des amis mais aussi des inconnus de la communauté iranienne de Singapour.

Le président Mohammed Khatami avait personnellement offert son soutien et celui de la nation iranienne. Il avait dépêché un envoyé spécial à Singapour pour annoncer que Téhéran paierait la note de 300 000 $.

Après l'annonce de l'issue tragique de l'opération, le porte-parole du gouvernement iranien a déclaré que l'Iran ressentait «une vive douleur». «Nous espérions une issue positive à cette opération. Nous priions pour elles», a-t-il ajouté.

Le président singapourien S. R. Nathan s'est déclaré «très attristé» par le décès des siamoises dans une lettre à son homologue iranien Mohammad Khatami. «Elles ont affronté ce défi avec un courage, un optimisme et une gaieté remarquables», a-t-il souligné.

La mort des jumelles a suscité une vive émotion dans la communauté iranienne de Singapour et aussi chez de nombreux Singapouriens qui avaient suivi l'opération avec passion.
 
 
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