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Chirurgie - La séparation des siamoises prendra plus de temps que prévu

8 juillet 2003  Actualités en société
Ladan et Laleh Bijani, photographiées dans les heures qui ont précédé le début de l’opération.
Photo : Agence Reuters
Ladan et Laleh Bijani, photographiées dans les heures qui ont précédé le début de l’opération.
Singapour — Les médecins qui tentent de séparer à Singapour des soeurs siamoises adultes jointes par le crâne ont rencontré des complications hier, lors de la phase la plus critique de cette opération très risquée, mais ils restaient d'un optimisme prudent.

Au cours de la deuxième journée de l'intervention, les chirurgiens ont découvert que les cerveaux des deux soeurs iraniennes étaient liés plus étroitement qu'ils ne le pensaient, a déclaré à la presse Prem Kunar Nair, porte-parole du Raffles Hospital, où se déroule l'opération.

Cela signifie que l'opération pour séparer Ladan et Lalah Bijani, âgées de 29 ans, devra durer encore plus longtemps que prévu, a indiqué M. Nair.

«Comme ils ont été liés pendant 29 ans, leurs cerveaux adhèrent fortement l'un à l'autre», a déclaré M. Nair lors d'une conférence de presse à 23h00 locales (15h00 GMT), 37 heures après le début de l'intervention, dimanche à 10h00 locales.

«Leur séparation prend en conséquence beaucoup de temps parce que les neurochirurgiens doivent couper le tissu très soigneusement, littéralement millimètre par millimètre», a-t-il précisé.

M. Nair avait déclaré auparavant à la presse que la phase de l'opération consistant à séparer les deux cerveaux devrait prendre fin dans la soirée d'hier (heure locale). Mais en raison des complications rencontrées, l'intervention, devant durer environ 48 heures, entrera certainement dans une troisième journée.

«Le processus de séparation des cerveaux durera jusque tard dans la nuit ou [mardi] matin, jusqu'au moment où les chirurgiens pourront assurer de manière adéquate le fonctionnement séparé des cerveaux et faire en sorte que leur pression sanguine soit stable», a expliqué le porte-parole du Raffles Hospital.

M. Nair n'a toutefois pas dit que les complications constituaient un revers pour les siamoises. Il a souligné que l'équipe, formée de 24 chirurgiens et médecins et de 100 membres du personnel médical de soutien et dirigée par le neurochirurgien singapourien Keith Goh, savait au départ qu'elle allait rencontrer des problèmes imprévus.

«Le risque est à peu de choses près le même que ce que nous avions toujours déclaré», a souligné M. Nair.

Les étapes précédentes se sont bien déroulées. Les chirurgiens ont commencé dans la soirée de dimanche à séparer les têtes de Ladan et Lalah Bijani.

«L'équipe a ouvert le crâne et enlevé une bande osseuse allant du front jusqu'à l'arrière du crâne pour dénuder le cerveau et les vaisseaux sanguins», selon un communiqué du Raffles Hospital.

Six heures de retard ont alors été prises, mais l'hôpital a indiqué que cela n'était pas inquiétant. «Les os étaient épais et compacts, notamment dans la partie où les deux crânes sont fusionnés», a expliqué l'hôpital.

C'est la première fois qu'est tentée la séparation de deux adultes unis par la tête. Le Dr Goh a souligné que l'opération pouvait coûter la vie à l'une des soeurs ou aux deux, ou bien les laisser dans un état végétatif. Mais les siamoises ont décidé de courir ces risques pour pouvoir mener des vies séparées.

Elles ont des corps distincts et disposent chacune d'un cerveau, mais partagent une seule boîte crânienne et une seule artère pour irriguer leurs cerveaux.

Lundi, avant de rencontrer des complications, l'équipe a achevé avec succès une autre phase cruciale, consistant à créer une dérivation pour que les deux cerveaux soient irrigués. Une veine a été prélevée dans la cuisse droite de Ladan et a été greffée dans l'un des deux cerveaux, l'autre conservant le vaisseau d'origine.

Ladan et Laleh, toutes deux diplômées en droit, n'ont pas eu la possibilité d'être séparées lorsqu'elles étaient enfants. Devenues adultes, elles étaient en quête d'une équipe qui aurait l'audace de se lancer dans une telle intervention.

En 1996, des médecins allemands avaient refusé d'effectuer l'opération. Sept ans plus tard, la médecine a accompli des progrès permettant quelques espoirs.
Ladan et Laleh Bijani, photographiées dans les heures qui ont précédé le début de l’opération. L’équipe de chirurgiens devra travailler plus que les 48 heures prévues initialement pour séparer les soeurs siamoises.
 
 
 
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