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Pêche illégale - Pêches et Océans a saisi des centaines de milliers de livres de crabe des neiges

Trois usines de transformation du crabe, situées sur les deux rives du Saint-Laurent, sont impliquées dans cette importante opération

Percé — Les saisies de crabe des neiges pêché illicitement menées par le ministère des Pêches et des Océans (MPO) dans l'est du Québec le mois dernier se sont avérées plus importantes que prévu, a appris Le Devoir.

En effet, les perquisitions de débarquements non enregistrés de milliers de livres de crabe des neiges se comptent désormais en «centaines de milliers de livres», a indiqué au Devoir Andrew Rowsell, l'agent du MPO. Et ce n'est que la pointe de l'iceberg, a-t-il ajouté, puisque dix autres personnes sont soupçonnées de corruption dans cette affaire. Ceci porte à douze le nombre total de personnes soupçonnées d'être impliquées dans cet important «coup de filet».

Le 20 juin dernier, une équipe composée de 25 agents du MPO, de neuf agents de la Gendarmerie royale du Canada et de quatre équipes de la Sûreté du Québec a exécuté dix mandats de perquisition de débarquements non enregistrés de crabe des neiges à Matane, Rimouski et Baie-Comeau. Deux personnes ont été arrêtées et plusieurs documents portant sur le commerce illégal de cette ressource ont également été saisis.

Usines impliquées

Selon le MPO, trois usines de transformation du crabe, situées sur les deux rives du Saint-Laurent, sont impliquées dans cette importante saisie qui se chiffre à plusieurs millions de dollars sur le marché noir. Fait à noter, les crabiers sont aussi propriétaires des usines concernées.

M. Rowsell ne rejette pas l'idée que les bateaux concernés soient équipés de doubles cales: «Ça reste à confirmer, mais l'enquête se poursuit toujours; d'autres arrestations et d'autres mandats de perquisition seront effectués», a-t-il tenu à préciser. Selon lui, l'enquête pourrait encore durer un an ou deux.

Par ailleurs, M. Rowsell n'a pas nié le fait que la firme Resmar, à laquelle incombe la responsabilité de contrôler la pesée des arrivages de crabe sur les quais et dont le président est un crabier, soit complice dans cette affaire.

Des révélations qui n'ont pas surpris outre-mesure le vice-président de l'Alliance des pêcheurs professionnels du Québec, Onil Cloutier, puisque son association soupçonnait ce genre de trafic depuis trois ans déjà. «Les résultats de l'enquête viennent confirmer ce qu'on savait depuis longtemps.» M. Cloutier est d'autant moins étonné que la firme Resmar soit partie prenante dans cette affaire «étant donné que c'est une entreprise qui appartient aux crabiers, ce qui facilite la corruption et le conflit d'intérêts».

Corruption

La corruption dans le monde du crabe n'est pas chose nouvelle. Dans un jugement rendu en janvier 2003 par la Cour supérieure du Québec relativement à une affaire de corruption en Gaspésie, dont Le Devoir a obtenu copie, le juge Paul Vézina statuait à l'article 56 qu'il s'agissait notamment, dans ce cas précis, de «quantités de crabe livrées à l'usine mais soustraites illégalement à la pesée de contrôle sur les quais».

Aussi, le Regroupement des pêcheurs professionnels du nord de la Gaspésie indiquait dans son mémoire intitulé Perception de la gestion des pêches, déposé en octobre 2002, «qu'il est constamment évoqué dans le milieu [de la pêche] que ce sont les crabiers qui décident de l'orientation du ministère [des Pêches] en ce qui concerne la gestion de cette ressource». Cet organisme faisait aussi allusion notamment à la réticence des crabiers, qui prétextent entre autres le déclin de la biomasse du crabe, de partager cette ressource avec des pêcheurs non traditionnels de crabe.

Une thèse que partage Réginald Cotton, un pêcheur de poissons de fond. D'autant plus, dit-il, que les crabiers viennent de «perdre la face» dans cette affaire. «Ça fait longtemps qu'on se doutait qu'il y avait de la corruption dans le domaine du crabe et c'est très désolant.»

Les revenus annuels de l'industrie du crabe dans l'est du Québec se chiffrent à quelque 400 millions de dollars. Le revenu d'un propriétaire de crabier peut atteindre 800 000 $ pour huit semaines

de pêche.
 
 
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