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Enfants de la loi 101 - Canadienne, Québécoise, Syrienne et musulmane

Comme plusieurs enfants de l’immigration, Noura Nathalie Khourdaji nourrit une identité à géométrie variable. «Je suis Ontarienne, je suis née là-bas. J’ai aussi vécu 23 ans au Québec, mon identité québécoise est très forte.»
Photo : Jacques Nadeau
Comme plusieurs enfants de l’immigration, Noura Nathalie Khourdaji nourrit une identité à géométrie variable. «Je suis Ontarienne, je suis née là-bas. J’ai aussi vécu 23 ans au Québec, mon identité québécoise est très forte.»
«Born in Canada, educated in Quebec, roots from Syria», voilà ce qui serait inscrit sur l'écusson que Noura Nathalie Khourdaji pense coudre sur son sac à dos de voyage, en anglais pour s'assurer d'être comprise partout dans le monde. «Je ne pourrais pas enlever une [partie de la phrase]», explique la jeune femme de 24 ans. Même son prénom — Noura Nathalie — traduit son identité aux multiples facettes.

Canadienne, Québécoise et Syrienne, le portrait ne saurait être complet sans mentionner sa religion: musulmane. Un foulard islamique blanc encadre d'ailleurs son visage intelligent.

Née en Ontario de parents syriens, Noura Nathalie est arrivée au Québec à l'âge de deux ans, après un court séjour en Louisiane. Élevée en arabe à la maison, elle apprend l'anglais pendant son enfance en Ontario, puis en Louisiane et, finalement, le français à la maternelle, à Montréal. «J'ai trouvé une vieille cassette l'autre jour. C'était moi qui chantais avec un accent de la Louisiane!», se rappelle en riant la jeune femme qui étudie maintenant l'informatique à l'université Concordia. Une oreille avertie ne saurait déceler une trace d'accent dans sa voix enjouée.

Pendant qu'elle poursuivait ses études secondaires à l'école privée Regina Assumpta, la jeune fille fréquentait «l'école du samedi» pour maîtriser sa langue maternelle. Ce n'est qu'après un atelier de lecture en arabe au cégep et un été passé en Syrie qu'elle arrive enfin à «penser en arabe». «Cela m'a permis de parler en arabe du premier coup, cela ajoute du punch. C'est plus authentique.»

L'étudiante travaillait la session dernière en équipe avec une Égyptienne et trois autres Syriens. «Nous devions parler en anglais parce qu'elle ne comprenait pas l'arabe. Elle regrettait de ne pas avoir voulu fréquenter l'école du samedi.» Noura a l'intention de transmettre à son tour l'arabe à ses propres enfants. «J'espère être à la hauteur, c'est une langue difficile à maîtriser.»

Une identité à géométrie variable

Comme plusieurs enfants de l'immigration, Noura Nathalie nourrit une identité à géométrie variable. «Je suis Ontarienne, je suis née là-bas. J'ai aussi vécu 23 ans au Québec, mon identité québécoise est très forte.» Convaincue que le Québec est «une province spéciale au sein du Canada», la jeune femme s'inscrit cependant en faux par rapport au projet souverainiste. «Je crois que nous sommes plus forts quand nous sommes unis.»

«Je me sens également Syrienne et musulmane, ce qui signifie davantage que l'identité syrienne», explique la jeune femme qui jongle de façon très harmonieuse avec ces identités. «Quand je participe à des activités de l'Association des musulmans à Concordia, je me sens très proche des filles musulmanes, de toutes les nationalités. Quand, de l'autre côté, je participe à des activités de l'Association des étudiants syriens, il y a des musulmans et des chrétiens: j'ai les bras tendus vers les Syriens de toutes les confessions.»

Son identité québécoise s'exprime davantage au travail, chez Première Moisson, au marché Jean-Talon. «Je me sens vraiment à l'aise, ce qui étonne certaines personnes qui se demandent comment je peux expliquer ce qu'est une terrine de lapin. C'est vraiment québécois!»

Tout au long de son enfance, ses parents ont tout fait pour qu'elle développe ce sentiment d'appartenance à la terre qu'ils avaient choisie. «Mes parents nous disaient: "Vous êtes d'ici, vous avez autant de privilèges, de droits, que n'importe qui d'autre, d'autant plus que vous êtes nés ici."» Les parents de Noura Nathalie voulaient que leurs enfants aient ce qu'eux n'auront jamais: «Même s'ils se sont adaptés, ils ont le sentiment qu'ils sont différents. Je ne pense pas que le nombre d'années change cela. C'est un sentiment que je n'ai pas, ou que j'ai moins.»

Le voile

Sa décision de porter le voile attire néanmoins les regards et les questions. Noura Nathalie a choisi de porter le hidjab en cinquième secondaire: «Je portais un voile pendant la prière et je redevenais "régulière" après. Je me demandais pourquoi j'avais plus de volonté d'être musulmane pendant la prière qu'à l'extérieur.»

C'est seulement une fois qu'elle a commencé à porter le voile que la jeune femme a réalisé ce que cela impliquait pour le monde extérieur. «Mon dilemme, c'est de réussir à défaire la contradiction qui existe dans la tête des gens entre le fait d'être bien dans sa peau, d'avoir de l'initiative et de porter le voile.» Quelques minutes en compagnie de la jeune femme suffisent pour faire tomber bien des préjugés. «En cachant une partie de ma beauté, j'ai une certaine responsabilité à aller davantage vers les gens», poursuit-elle.

Si Noura Nathalie se prête de bonne grâce à une discussion sur la signification du voile, elle est moins tolérante devant des remarques du genre: «Tu n'as pas chaud avec cela l'été?» «L'hiver, je ne vais pas demander à une fille en manches courtes si elle a froid!», s'exclame-t-elle.
 
 
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  • Gilles Arpin
    Inscrit
    lundi 23 juin 2003 13h26
    Enfants de la loi 101- pas seulement au Québec
    Merci pour cet article sur la réalité à laquelle font face des nouveaux canadiens tels que Noura Nathalie Khourdaji. Je suis convaincu qu'elle est confortable dans sa peau et n'a pas de difficulté à être bien accueillie par les gens de sa génération qui la côtoie dans les milieux variés qu'elle fréquente. Son engagement envers le pays et la province qu'elle habite nous fait honneur. Elle vous a sûrement mentionné avoir été chanceuse d'être arrivée chez nous en si bas âge, ce qui lui a facilité l'apprentissage du français dès la maternelle. Ses compatriotes du Moyen-Orient et les gens d'autres pays qui émigrent au Canada comme ados trouvent l'adaptation plus difficile s'ils ne connaissent pas déjà l'une des deux langues officielles. Leur intégration au milieu scolaire est pratiquement impossible sans une connaissance «fonctionnelle» de la langue. Les ressources à leur disponibilité pour faciliter cette adaptation linguistique sont sérieusement déficientes.

    J'ai lu avec intérêt le texte associé de M. Yves Beauchemin «Assimilation des minorités francophones au Canada - Le Titanic et le français». M. Beauchemin a certainement oublié les revendications du Québec pour avoir main mise sur l'immigration dans la belle province, et ses efforts pour y attirer essentiellement des francophones afin de pas trop diluer le pourcentage provincial de francophones.

    M. Beauchemin ne semble pas réaliser qu'un nombre important de nouveaux canadiens prennent racine dans des provinces anglophones et que plusieurs d'entre eux y arrivent avec le français comme deuxième ou troisième langue. Dans bien des cas, les parents choisissent d'inscrire leurs enfants dans des écoles françaises (pas des écoles d'immersions). Ces jeunes et leurs parents sont alors portés à afficher leur francité dans leur communauté et, en fait, d'y rehaussent la présence francophone. Sa critique de Mme Dyane Adam de vouloir attirer des immigrants francophones «en guise de renfort» dans les provinces anglaises ne devient-elle pas alors une critique des politiques d'immigration du Québec?

    Gilles Arpin
    London, Ontario

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