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Le record des conflits revient aux minières canadiennes

En dix ans, elles ont été mises en cause dans une confrontation sociétale sur trois dans le monde

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Photo : Agence Reuters Katrina Manson

Les minières canadiennes se retrouvent impliquées dans quatre fois plus de violations des principes de la Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) que leurs concurrentes du reste de la planète, révèle une étude inédite réalisée pour le compte de la Prospectors and Developpers Association of Canada (PDAC), créée en 1932 en Ontario.

Cette étude, remise à la PDAC en octobre 2009 par le Canadian Center for the Study of Resource Conflict — aucun des deux organismes n'a de nom en français — a été rendue publique hier par Mines Alerte Canada (Mining Watch Canada).

Au Québec, le dossier minier est à l'ordre du jour avec deux projets de loi, l'un connu et l'autre qui viendra après les audiences publiques sur les gaz de schiste. L'Assemblée nationale se penche présentement sur une nouvelle Loi sur les mines qui reconduirait la plupart des privilèges juridiques dont jouit cette industrie depuis des décennies et que dénoncent les milieux municipaux et les écologistes avec une rare unanimité.

La Loi sur les mines a préséance sur les pouvoirs des MRC et des municipalités en matière d'aménagement. Les écologistes, qui ont souvent qualifié les pouvoirs exorbitants du secteur minier de reliquats d'un autre âge, estiment que la protection de l'environnement et des écosystèmes doit passer avant les intérêts privés de ce secteur. Les régions minières sont toujours les plus polluées par les produits toxiques au Québec. Des minières n'hésitent pas à poursuivre des citoyens et groupes qui les attaquent ici même au Canada, ce que plusieurs assimilent à des poursuites-bâillons.

Des 171 sociétés citées dans ce rapport, qui analyse 171 «incidents» ou conflits de nature sociale ou environnementale survenus entre 1999 et 2009, 34 % sont des minières canadiennes. Celles-ci se retrouvent au centre du plus grand nombre de conflits. Quelque 63 % des incidents relevés dans cette étude sont le fait de minières provenant de cinq pays.

Les sociétés canadiennes sont responsables à elles seules de 33 % des conflits, soit quatre fois plus que ceux attribués à l'Inde et l'Australie (8 %), qui sont suivies par les minières étasuniennes et britanniques (6 %). Globalement, les minières canadiennes monopolisent 75 % de tous les sièges sociaux de cette industrie dans le monde.

De tous les incidents attribués aux minières canadiennes, 60 % sont des conflits avec les membres des communautés locales et 40 % touchent différentes formes de détérioration de l'environnement. Enfin, 30 % de ces «incidents» sont le fait d'attitudes contraires à l'éthique, qui mettent souvent en cause des agences de sécurité privée. Seulement 13 % des cas relevaient de relations de travail conflictuelles.

Les incidents analysés dans cette étude proviennent de dénonciations publiques de groupes humanitaires (65 %), d'organisations locales (25 %), de gouvernements nationaux (22 %), de protestataires du lieu touché (21 %), de médias (21 %), d'organismes gouvernementaux internationaux (15 %), de tribunaux (13 %) et de sources universitaires (8 %). Les auteurs de l'étude ont rejeté tous les dossiers où les informations ne sont pas corroborées par plusieurs sources.

Des 124 sociétés analysées qui publient sur Internet leurs rapports annuels, 78 % adhéraient de diverses manières aux principes de la Responsabilité sociétale des entreprises (RSE). En vertu de ce concept, les entreprises intègrent les préoccupations sociales, environnementales et économiques dans leurs activités avec les gens du milieu, mais sur une base volontaire. En somme, il s'agit d'une forme d'application des principes du développement durable, particulièrement utiles dans les pays qui n'ont pas ou peu de normes sociales et environnementales, ou dont les régimes pourris ne les appliquent pas.

Mais, selon l'étude en question, la plupart des sociétés minières ne conservent ou ne consacrent que quelques paragraphes, généralement plutôt vagues, en guise de politique de RSE. Par contre, la grande majorité des sociétés minières canadiennes ont adopté des politiques de RSE. Mais très peu d'entre elles, souligne le rapport, acceptent le principe d'un audit indépendant. Huit sociétés canadiennes sur dix, impliquées dans des incidents analysés dans ce rapport, affichent de telles politiques.

C'est ce qui fait dire aux auteurs du rapport que «de toute évidence, les minières canadiennes et les entreprises d'exploration ont besoin de changer de stratégie si elles veulent améliorer leurs relations avec les communautés, les gouvernements, la société civile et l'atténuation des risques» que posent leurs activités.

Les exploitants de mines d'or se retrouvent le plus souvent au banc des accusées dans ce rapport, comparativement aux mines de cuivre (13 %) et de charbon (12 %) qui se retrouvent en tête du peloton.

Les points chauds de ces conflits sont l'Inde (10 %), l'Indonésie (9 %), les Philippines (8 %) et la République démocratique du Congo (7 %). Mais si on agglomère les «incidents» par région, l'Amérique latine vient en tête avec 32 %, suivie de l'Afrique subsaharienne (24 %), de l'Asie du Sud-Est (19 %) et de l'Asie du Centre-Sud (12 %).

Les auteurs du rapport concluent que les associations industrielles qui regroupent le secteur minier ont intérêt à participer à une redéfinition plus précise de leurs obligations à l'étranger. Et cette approche devrait aller de pair avec une approche gouvernementale qui exigerait plus de transparence et d'imputabilité, comme ce que veut instituer le projet de loi C-300, présentement à l'étude devant le Parlement fédéral. Déposé en mai 2009, il propose de codifier par règlement les opérations des minières en sol étranger. Il obligerait le gouvernement canadien à couper les fonds et son appui aux minières convaincues d'être en contravention des droits de la personne, des normes environnementales et du travail.

Quant à Mines Alerte Canada, le groupe à l'origine de cette fuite, il estime que ce rapport commandé par l'industrie confirme ce que le groupe dit depuis des années et qu'il démontre qu'il ne s'agit pas de «quelques pommes pourries», mais d'un phénomène généralisé auquel le gouvernement doit s'attaquer pour mettre fin «aux abus commis aux dépens des droits de la personne et de l'environnement».
 
 
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  • Sanzalure Sanzalure - Inscrit
    20 octobre 2010 08 h 19
    Depuis octobre 2009 !!??
    Quand comptaient-ils nous le dire ? S'il n'y avait pas eu de fuite, on ne l'aurait probablement jamais su. Combien y a-t-il d'autres rapports comme celui-là qui dorment sur les tablettes ?

    Serge Grenier
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  • 54lili - Inscrit
    20 octobre 2010 08 h 33
    ah !!
    on m'avait dit que c'était "le plusss meilleur pays du monde", je comprends pas là
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  • Jean-Philippe Baillargeon - Abonné
    20 octobre 2010 09 h 04
    Un autre morceau du casse-tête mis à jour...
    ... après la publication de NOIR CANADA:PILLAGE, CORRUPTION ET CRIMINALITÉ EN AFRIQUE (2008) qui est victime d'une poursuite-baîllon et la campagne de Développement et Paix sur responsabilité sociale des compagnies minières.

    Ce rapport concerne des sources de même nature:groupes humanitaires, d'organisations locales, de gouvernements nationaux, de protestataires du lieu touché, de médias, d'organismes gouvernementaux internationaux, de tribunaux et de sources universitaires. Comment pourrait-on le taire et donner tort au travail d'Alain Deneault maintenant ? Cette étude inédite provient de la Prospectors and Developpers Association of Canada (PDAC), créée en 1932 en Ontario.

    Il est grand temps que le Canada, qui la lave la pensée plus blanc que blanc à la bourse de Toronto, et le Québec partenaires des colonisateurs, qui prend sur lui toutes les responsabilités sociales des «investisseurs» étrangers, fassent leur devoir de gouvernement responsable pour enfin démontrer qu'ils sont un peu intéressés aux citoyennes et aux citoyens, pas seulement qu'aux électeurs.

    En temps de crise, plus qu'en tout temps, le capital (virtuel) financier qui rôdent sur nos vies doit être enchaîné à la réalité dont il s'extirpe en virevoltant sur des cotes.
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  • Mathieu Lavallée - Abonné
    20 octobre 2010 09 h 24
    Aucune surprise
    Tous ces détails sont connus depuis longtemps ; le Canada est un paradis fiscal et légal pour les entreprises minières. Le livre "Noir Canada" présente la situation (avec un focus sur l’Afrique).

    http://www.ecosociete.org/t117.php

    Le livre présente notamment des informations intéressantes sur la compagnie "Talisman", la compagnie derrière les gaz de schistes québécois. Il est intéressant d'apprendre que la compagnie derrière le gaz québécois est accusée de génocide et de crimes de guerre dans d'autres pays ; ça me rassure sur leur intégrité.
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  • B Landry - Inscrit
    20 octobre 2010 09 h 29
    Et l'influence politique...
    Il serait intéressant de poursuivre plus loin l'analyse et de voir plus concrètement jusqu'à quel point ces entreprises supportent la "démocratie" dans tous ces pays.

    Rappelons-nous le rôle présumé de certains minières canadiennes lors du coup d'État au Chili en 1973. Quand on voit le lobbying que ces entreprises se permettent de faire (avec succès) sur le parti libéral de Québec aujourd'hui, qu'est-ce que cela doit être dans des pays aux institutions politiques démocratiques plus fragiles..... Et avec tout ces lobbying, il n'est probablement pas surprenant de voir ces pays appuyé la mondialisation
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  • BROMONTOIS - Inscrit
    20 octobre 2010 10 h 18
    POUR LE SIGNE DE PIASTRE .
    Que ce soit dans l'alimentation , le privé veut augmenter sa clientèle souvent au détriment de la santé : gras trans , abus de sucre , de sel , de monosodium glutamate pour en nommer que quelques uns .
    Chez les fabricants d'automobiles même chose : publicité axée sur la jeunesse avec des démos éclatés sur piste fermé et par des professionnels de la cascade .
    Chez les brasseries même chose : encore la jeunesse et les parties .
    En bref le privé se soucie que du gain réalisable , source de bonis .
    Face aux dangers d'abus irréversible envers la nature , on doit remettre au public le pouvoir de les controler et prévoire pour les responsables (p.d.g.) enplus des amendes , des peines d'emprisonnement pour négligence criminelle lors d'abus .
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  • Françoise Breault - Abonnée
    20 octobre 2010 14 h 14
    Merci à Mines Alerte Canada
    Bravo pour votre travail et merci à M. Francoeur pour cet article.
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  • Richard Ferland - Abonné
    20 octobre 2010 16 h 35
    C'est un choc...
    pour moi d'apprendre ceci et c'est très décevant d'un pays comme le nôtre. Les lois doivent être changées et il doit y avoir une application sérieure de celles-ci. Sinon ça sert à quoi de les changer.
    C'est un beau cas qui démontre pourquoi le gouvernement est obligé de s'en mêler. Et que les détracteurs de l'ingérence des gouvernements dans le privé réalisent pourquoi cela arrivent. Et voilà pourquoi ça arrive. Quand le profit devient plus important que tout.
    C'est malheureux pcq ça fera encore plus d'ingérence. Mais ce secteur ne veut pas s'autodiscipliné!!!!
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  • maxime belley - Inscrit
    20 octobre 2010 16 h 47
    Ha ha vous serez poursuivis!
    Faut pas parler contre les mines ça tout le monde le sait!

    n'empêche que si la majorité des minières sont canadienne et que ces compagnies considèrent que la législation du pays est la meilleure au monde c'est que législation il n'y a pas.

    Jadis outil de développement que certains croient nécessaires il est temps de prendre possession de nos ressources pour payer les comptes!
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  • France Marcotte - Abonnée
    20 octobre 2010 20 h 37
    S'il vous plaît...
    "...de toute évidence, les minières canadiennes et les entreprises d'exploration ont besoin de changer de stratégie si elles veulent améliorer leurs relations avec les communautés, les gouvernements, la société civile et l'atténuation des risques» que posent leurs activités", disent les auteurs du rapport.
    "Si elles veulent améliorer"... Ils disent aussi que : "les associations industrielles qui regroupent le secteur minier ont intérêt à participer à une redéfinition plus précise de leurs obligations à l'étranger".
    "...ont intérêt à..."
    Donc il faut espérer que l'industrie minière y voit son profit puisqu'il semble ne rien exister pour la contraindre...sauf un vague projet de loi en suspens. Vraiment viril...
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