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    Prostitution - Rien de banal!

    On ne tranche pas dans le vif d'un débat aussi sensible que la décriminalisation de la prostitution de manière désinvolte. Aussi déchirants soient tant la réflexion que le choix à faire, nous ne pouvons toutefois souscrire au jugement récent de la Cour supérieure de l'Ontario, car il relègue au second plan l'égalité des sexes et son corollaire, la dignité des femmes.

    Les arguments de celles et ceux qui militent pour une forme de légalisation, auxquels la juge Susan Himel s'est rangée cette semaine, ne sont pas insensés. Ils invoquent le fait que la criminalisation du métier met en danger les femmes qui en vivent. Ils dénoncent, à juste titre, le mépris avec lequel sont traitées les prostituées, comme des criminelles.

    Mais l'envers de ce discours est très dérangeant. Il présente l'industrie du sexe comme une «business» dont des femmes auraient fait le choix, dans un mouvement global de libéralisation économique. Il suppose qu'un remaniement d'articles de loi éradiquera la violence, les problèmes de santé et de sécurité de ces femmes vulnérables. Il omet de rappeler que cette forme d'exploitation sexuelle constitue une marchandisation du corps de la femme et n'a rien d'un métier — aussi vieux comme le monde soit-il — auquel on aspire comme on souhaite faire dentisterie ou secrétariat. Déviant tout le discours sur la sécurité des femmes, il néglige plus important encore: le respect et la dignité de la femme.

    Le macabre rituel du tueur Robert Pickton, chez qui on a trouvé les cadavres d'au moins 33 femmes, la grande majorité des prostituées, a servi d'emblème pour soutenir la cause des trois «travailleuses du sexe» ontariennes. Ses victimes auraient-elles été épargnées dans une juridiction consacrant le règne des maisons closes légales avec réceptionniste, chauffeur, caméra vidéo et gardiens de sécurité? Il semble qu'on nage ici en pleine utopie.

    Cette vision de la prostitution «sécuritaire» tente par deux fois d'illusionner le public: d'abord, en prétendant que toutes auront accès désormais à une forme de prostitution «de luxe»; ensuite, en sous-entendant qu'un contexte matériel plus avantageux effacera l'oppression dont est — toujours — victime la prostituée par rapport à son client.

    On a concentré tout le débat autour des questions de sécurité en omettant de revenir à la source du mal: que pouvons-nous faire, comme société, pour éviter à ces femmes le «faux choix» de la prostitution? Les pays scandinaves, une fois de plus inspirants, ont centré leur position sur le fait que la prostitution constitue un obstacle à l'égalité entre les sexes. C'est à la racine du mal que l'on s'attaque, en centrant le discours sur la distinction à faire entre les personnes exploitées et les responsables de cette exploitation. La prévention et d'importants programmes sociaux visent à contrer la prostitution plutôt que la banaliser.

    Voilà le danger qui guette. Banaliser ces indignités faites aux femmes, ériger des lois sur une prétendue normalité qui ne tient, dans le fond, qu'à l'étendue d'un phénomène et à son caractère historique.












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