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    Comité d'économie sociale de l'île de Montréal - Il faut convaincre les jeunes d'« entreprendre autrement »

    Peu de jeunes font le choix de s'engager en économie sociale

    25 septembre 2010 |Émilie Corriveau | Actualités en société
    Les Lutins verts, un organisme qui récupère et répare des jouets usagés pour les revendre à prix abordable.<br />
    Photo: Source Les Lutins Verts Les Lutins verts, un organisme qui récupère et répare des jouets usagés pour les revendre à prix abordable.
    Ce n'est un secret pour personne: la société québécoise se fait vieillissante. Au même titre que le secteur privé et le secteur public, le mouvement d'économie sociale est confronté aux défis de la relève. Afin d'assurer la pérennité de ses organisations, le milieu doit trouver des façons non seulement d'attirer la jeune main-d'œuvre, mais aussi de la retenir.

    Longtemps considérée comme marginale, l'économie sociale tend à se définir de plus en plus comme un secteur à part entière de l'activité socioéconomique. Reposant sur des organisations qui proposent des produits ou des services en lien avec une mission économique et en réponse aux besoins de la collectivité, l'économie sociale se différencie du secteur privé par les objectifs qu'elle poursuit.

    «Les entreprises d'économie sociale, ce sont des entreprises qui placent l'humain au coeur de leurs préoccupations. Gérées démocratiquement, elles ont leur structure propre et répondent à un besoin à travers leurs activités économiques, mais l'enrichissement personnel n'est pas leur objectif premier. C'est un peu comme des entreprises traditionnelles, mais avec une valeur ajoutée, la mission», précise Édith Cyr, présidente du Comité d'économie sociale de l'île de Montréal, un comité conseil de la Conférence régionale des élus, ainsi que directrice d'un groupe de ressources techniques, Bâtir son quartier.

    À Montréal, l'économie sociale représente 60 000 emplois dans près de 3600 entreprises et engendre des revenus annuels de deux milliards de dollars. À l'échelle régionale, on estime que l'économie sociale génère près de 120 000 emplois et qu'elle est répartie dans toutes les sphères d'activité, que ce soient l'habitation, l'alimentation, la culture, le transport, l'environnement, les loisirs ou les services sociaux.

    Une question de perception


    Si, par les valeurs qu'elle véhicule, l'économie sociale peut paraître attrayante pour la relève, encore peu de jeunes font le choix de s'investir dans ce secteur. Après avoir mené des études en relations publiques et complété une maîtrise en administration des affaires, Josée Goudreault s'est jointe à l'organisme Bâtir son quartier. À son avis, le déficit de relève en économie sociale est en grande partie attribuable au fait que ce secteur est encore méconnu des jeunes.

    «Il y a de plus en plus d'efforts pour faire connaître l'économie sociale au grand public, notamment la relève, mais il y a encore très peu de formation, notamment dans les études postsecondaires, qui visent spécifiquement l'économie sociale. Il y a des formations en travail social, en administration, en communication, mais qui ne sont pas spécialisées en économie sociale. Actuellement, les jeunes qui se dirigent vers ce secteur, ce sont ceux qui sont vraiment animés par l'idée de travailler avec une mission, pour une cause. Je pense que plus il y aura d'actions dans le sens de la promotion et de la formation, plus les jeunes sont susceptibles de faire le choix de l'économie sociale», avance la jeune femme.

    Sandra Babin, mère de deux enfants et fondatrice des Lutins verts, un organisme qui récupère et répare des jouets usagés pour les revendre à prix abordable, note aussi un important problème de perception. Selon elle, peu de jeunes sont véritablement au fait du genre de vie que mène un entrepreneur.

    «Quand je regarde les jeunes qui sont toujours aux études, ceux qui seront bientôt sur le marché du travail, je m'aperçois qu'ils aiment le communautaire, qu'ils ont envie de s'engager dans le social et l'écologique, mais pas à des postes de responsabilité, parce qu'ils font déjà le choix de la famille et de la vie personnelle. Je pense qu'il y a là un problème de perception. Quand on devient entrepreneur, ça ne veut pas dire qu'on doit faire des sacrifices pour toute la vie et qu'on doit vivre reclus! On est capable de concilier vie de famille et vie professionnelle! Mais ça, les jeunes n'ont pas l'air de le comprendre. C'est inquiétant, parce que, pour assurer notre pérennité, il faut réussir à mobiliser la relève, la future génération», affirme l'entrepreneure.

    Choisir l'économie sociale


    Parce que les entreprises d'économie sociale offrent d'intéressantes possibilités de formation, que leurs cadres sont suffisamment souples pour donner la chance aux jeunes de s'exprimer, de se développer et de s'épanouir, qu'elles répondent à leurs valeurs, mais qu'elles n'offrent pas des conditions salariales concurrentielles, bon nombre de jeunes tendent à percevoir les emplois dans ce secteur comme transitoires. Ainsi, les entreprises d'économie sociale sont souvent confrontées au problème de la rétention de la main-d'oeuvre.

    «Un de nos principaux défis, c'est de ne pas être uniquement un terreau fertile pour la création et la formation de la relève. C'est un fait, les jeunes d'aujourd'hui ne travailleront probablement pas dans la même entreprise aussi longtemps que les générations précédentes ont pu le faire. C'est une réalité avec laquelle il faut composer, mais même s'il y a une mobilité au sein de la main-d'oeuvre, si on réussit à convaincre les jeunes d'évoluer dans des entreprises d'économie sociale, eh bien, on aura réussi. Collectivement, on en bénéficiera.»

    Des actions


    Afin de relever les défis qui se présentent à elles, les organisations du secteur se mobilisent de plus en plus pour attirer et retenir la jeune main-d'oeuvre. Par exemple, le CÉSIM a réalisé un répertoire des entreprises d'économie sociale évoluant dans la métropole. «L'objectif, c'était de mieux nous identifier, de nous faire connaître. C'est un premier pas», confie Mme Cyr.

    En partenariat avec le Forum jeunesse de l'île de Montréal, dans le cadre du projet La Relève en économie sociale, le CÉSIM a aussi participé à la réalisation de six vidéos présentant des entreprises d'économie sociale de la métropole.

    «Nous tentons d'utiliser des façons de faire qui touchent les jeunes. Ç'a très bien fonctionné avec la vidéo. Nous avons eu beaucoup de commentaires positifs sur ce projet-là et ç'a intéressé plusieurs jeunes», soutient Mme Cyr.

    De son côté, Leadership Montréal, un organisme qui vise à stimuler le développement de la région en misant sur sa richesse et sa diversité, s'intéresse de près à la place des jeunes dans les conseils d'administration et à leurs aspirations aux postes de direction dans les entreprises.

    «Nous mettons tout en oeuvre pour relever les défis qui se présentent à nous, assure Édith Cyr. Je suis confiante en nos atouts et je crois sincèrement que, avec tous nos efforts et nos initiatives, nous réussirons à convaincre les jeunes d'entreprendre autrement!»

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    Collaboratrice du Devoir












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