Groupe d'action sur la persévérance et la réussite scolaires - L'objectif : faire passer de 69 à 80 %, d'ici 2020, le taux d'obtention d'un diplôme d'études secondaires
Photo : Jacques Grenier - Le Devoir
Jacques Ménard, président de BMO Groupe financier
«La mobilisation citoyenne s'amplifie. Ce n'est pas simple, mais c'est assez encourageant», constate Jacques Ménard, président de BMO Groupe financier (Québec), qui depuis quelques années s'est fait éveilleur de conscience en matière de décrochage scolaire. En 2009, il a mis sur pied le Groupe d'action sur la persévérance et la réussite scolaires.
Il reste encore beaucoup de travail à accomplir, mais Jacques Ménard considère que l'initiative lancée en mars 2009 est parvenue à attirer l'attention du public sur le problème du décrochage. Avant cela, l'attitude à ce sujet, dans la société en général, «n'était pas loin du déni».
Évidemment, avec seulement 69 % de jeunes qui complètent leur formation secondaire avant l'âge de 20 ans, il n'y a pas de quoi pavoiser. «Ce n'est pas un sujet stimulant, et il n'y a que des solutions complexes et à long terme. Pourquoi soulever un sujet quand on n'a pas de solutions?», explique M. Ménard, en notant par ailleurs que, dans les milieux communautaires comme celui du Dr Gilles Julien, on savait très bien qu'une telle situation avait des répercussions dans la réalité socio-économique.
Un groupe et un livre
Avec le Groupe d'action sur la persévérance et la réussite scolaires, dont il a été à l'origine, il a voulu qu'on établisse une adéquation avec les autres problèmes de la société en matière de changements démographiques, de productivité et de finances publiques. «Si on veut garder les programmes sociaux qu'on a et créer plus de richesse, il faut augmenter la capacité d'innover, de créer. Peut-on se démarquer sans améliorer le rendement scolaire à l'université, dans les écoles secondaires et les écoles de technologie? Il faut connaître le monde numérique», explique encore M. Ménard, qui à ce jour a prononcé plus de 20 conférences partout au Québec. Il en a profité pour distribuer gratuitement le livre Si on s'y mettait, qu'il a publié en 2008 et qui a été, de sa part, un premier coup de gong pour une remise en question d'un confort collectif tranquille. Environ 20 000 exemplaires de cet ouvrage sont en circulation.
Le groupe d'action formé l'an dernier, dont l'objectif est de faire passer le taux d'obtention d'un diplôme d'études secondaires de 69 à 80 % d'ici 2020, demeure actif. On y trouve aujourd'hui moins de fonctionnaires et plus de gens issus de la société civile, notamment certains bénévoles engagés dans des projets scolaires. Le groupe, qui a près de 25 membres, se réunit une fois par trimestre.
Par ailleurs, Michelle Courchesne, ministre de l'Éducation jusqu'à tout récemment, a réagi au rapport et aux objectifs mis de l'avant par le groupe, présidé par M. Ménard, en formant en septembre 2009 un comité de suivi chargé de veiller à la poursuite des efforts. Présidé par Jean Perreault, ex-maire de Sherbrooke, ce comité, qui a à ce jour tenu trois réunions, comprend un certain nombre de membres du groupe d'action, notamment le Dr Julien, le professeur Michel Perron, de l'Université du Québec à Chicoutimi, et M. Ménard. Ce comité s'est entendu pour faire la vigie à propos de ce qui se passe dans les commissions scolaires, école par école, puisqu'il y a des variantes, même entre les écoles d'une même commission scolaire. Il s'agit en particulier de vérifier les progrès dans les taux de diplômation.
Un premier bilan
Quinze mois après la création de son groupe, M. Ménard dresse un bilan provisoire des progrès accomplis. «On a réussi à réunir des personnes peu habituées à travailler ensemble. Il y avait peu de gens d'affaires au début, mais c'était peut-être une bonne chose. En octobre 2008, on a réuni au mont Sainte-Anne des gens provenant de partout et on a formé des comités inter-secteurs, inter-régions. On a créé des groupes de discussion pour alimenter notre rapport et on a tenté de quantifier le coût du décrochage scolaire, avec la collaboration de la firme McKingsey, à laquelle il a fallu tout prouver en respectant sa méthodologie et sa rigueur professionnelle.»
Conclusion? On estime à 1,9 milliard par année l'enjeu économique relié au décrochage scolaire de 28 000 jeunes, dont les revenus ne sont que de 25 000 $, en comparaison de 40 000 $ pour celui qui a un diplôme d'études secondaires. Sur une vie, cela représente une différence de 439 000 $!
Pour garder les jeunes plus longtemps à l'école, le groupe a reçu l'appui de la Fédération des chambres de commerce du Québec, qui a proposé à ses membres un code de bonne conduite pour mieux concilier les études avec le travail, en ne les faisant pas travailler 35 heures par semaine pour ne pas nuire aux études.
M. Ménard lui-même, comme président de BMO, a obtenu l'accord d'Osisko, un client dans le secteur minier, pour que l'entreprise n'embauche pas de jeunes n'ayant pas terminé leurs études secondaires. «Le décrochage est un problème de communauté», insiste-t-il. Par ailleurs, comme «l'engagement citoyen n'était pas répandu», il se réjouit maintenant de voir qu'il y a une mobilisation réussie, comme en témoignent les 400 millions injectés par la Fondation Chagnon et le gouvernement du Québec.
La mobilisation des régions
Il constate une plus grande mobilisation dans la plupart des régions, un rapprochement entre le monde des affaires et le milieu des enseignants, si bien que les gens se sentent moins seuls pour agir, individuellement ou dans des organisations à but non lucratif. Des exemples? Fusion jeunesse, fondée par Gabriel Bran Lopez en 2008 pour susciter le jumelage entre étudiants d'université et élèves d'école secondaire afin de combattre le décrochage. Cet organisme est présent dans 25 écoles cette année.
Il y a aussi Mobilys, qui s'est donné la mission de sensibiliser les citoyens à l'importance de l'éducation par la voie d'Internet, en passant par Facebook maintenant, et qui est en train de mettre en place un portait qui permettra d'établir un réseau entre toutes les régions du Québec. Enfin, M. Ménard a fait appel à la communauté artistique, soit une quinzaine d'artistes, dont Céline Dion et Kent Nagano, qui ont enregistré des messages dans les studios de Corus, lequel d'ail-leurs diffuse ces messages via son réseau radiophonique.
***
Collaborateur du Devoir
Il reste encore beaucoup de travail à accomplir, mais Jacques Ménard considère que l'initiative lancée en mars 2009 est parvenue à attirer l'attention du public sur le problème du décrochage. Avant cela, l'attitude à ce sujet, dans la société en général, «n'était pas loin du déni».
Évidemment, avec seulement 69 % de jeunes qui complètent leur formation secondaire avant l'âge de 20 ans, il n'y a pas de quoi pavoiser. «Ce n'est pas un sujet stimulant, et il n'y a que des solutions complexes et à long terme. Pourquoi soulever un sujet quand on n'a pas de solutions?», explique M. Ménard, en notant par ailleurs que, dans les milieux communautaires comme celui du Dr Gilles Julien, on savait très bien qu'une telle situation avait des répercussions dans la réalité socio-économique.
Un groupe et un livre
Avec le Groupe d'action sur la persévérance et la réussite scolaires, dont il a été à l'origine, il a voulu qu'on établisse une adéquation avec les autres problèmes de la société en matière de changements démographiques, de productivité et de finances publiques. «Si on veut garder les programmes sociaux qu'on a et créer plus de richesse, il faut augmenter la capacité d'innover, de créer. Peut-on se démarquer sans améliorer le rendement scolaire à l'université, dans les écoles secondaires et les écoles de technologie? Il faut connaître le monde numérique», explique encore M. Ménard, qui à ce jour a prononcé plus de 20 conférences partout au Québec. Il en a profité pour distribuer gratuitement le livre Si on s'y mettait, qu'il a publié en 2008 et qui a été, de sa part, un premier coup de gong pour une remise en question d'un confort collectif tranquille. Environ 20 000 exemplaires de cet ouvrage sont en circulation.
Le groupe d'action formé l'an dernier, dont l'objectif est de faire passer le taux d'obtention d'un diplôme d'études secondaires de 69 à 80 % d'ici 2020, demeure actif. On y trouve aujourd'hui moins de fonctionnaires et plus de gens issus de la société civile, notamment certains bénévoles engagés dans des projets scolaires. Le groupe, qui a près de 25 membres, se réunit une fois par trimestre.
Par ailleurs, Michelle Courchesne, ministre de l'Éducation jusqu'à tout récemment, a réagi au rapport et aux objectifs mis de l'avant par le groupe, présidé par M. Ménard, en formant en septembre 2009 un comité de suivi chargé de veiller à la poursuite des efforts. Présidé par Jean Perreault, ex-maire de Sherbrooke, ce comité, qui a à ce jour tenu trois réunions, comprend un certain nombre de membres du groupe d'action, notamment le Dr Julien, le professeur Michel Perron, de l'Université du Québec à Chicoutimi, et M. Ménard. Ce comité s'est entendu pour faire la vigie à propos de ce qui se passe dans les commissions scolaires, école par école, puisqu'il y a des variantes, même entre les écoles d'une même commission scolaire. Il s'agit en particulier de vérifier les progrès dans les taux de diplômation.
Un premier bilan
Quinze mois après la création de son groupe, M. Ménard dresse un bilan provisoire des progrès accomplis. «On a réussi à réunir des personnes peu habituées à travailler ensemble. Il y avait peu de gens d'affaires au début, mais c'était peut-être une bonne chose. En octobre 2008, on a réuni au mont Sainte-Anne des gens provenant de partout et on a formé des comités inter-secteurs, inter-régions. On a créé des groupes de discussion pour alimenter notre rapport et on a tenté de quantifier le coût du décrochage scolaire, avec la collaboration de la firme McKingsey, à laquelle il a fallu tout prouver en respectant sa méthodologie et sa rigueur professionnelle.»
Conclusion? On estime à 1,9 milliard par année l'enjeu économique relié au décrochage scolaire de 28 000 jeunes, dont les revenus ne sont que de 25 000 $, en comparaison de 40 000 $ pour celui qui a un diplôme d'études secondaires. Sur une vie, cela représente une différence de 439 000 $!
Pour garder les jeunes plus longtemps à l'école, le groupe a reçu l'appui de la Fédération des chambres de commerce du Québec, qui a proposé à ses membres un code de bonne conduite pour mieux concilier les études avec le travail, en ne les faisant pas travailler 35 heures par semaine pour ne pas nuire aux études.
M. Ménard lui-même, comme président de BMO, a obtenu l'accord d'Osisko, un client dans le secteur minier, pour que l'entreprise n'embauche pas de jeunes n'ayant pas terminé leurs études secondaires. «Le décrochage est un problème de communauté», insiste-t-il. Par ailleurs, comme «l'engagement citoyen n'était pas répandu», il se réjouit maintenant de voir qu'il y a une mobilisation réussie, comme en témoignent les 400 millions injectés par la Fondation Chagnon et le gouvernement du Québec.
La mobilisation des régions
Il constate une plus grande mobilisation dans la plupart des régions, un rapprochement entre le monde des affaires et le milieu des enseignants, si bien que les gens se sentent moins seuls pour agir, individuellement ou dans des organisations à but non lucratif. Des exemples? Fusion jeunesse, fondée par Gabriel Bran Lopez en 2008 pour susciter le jumelage entre étudiants d'université et élèves d'école secondaire afin de combattre le décrochage. Cet organisme est présent dans 25 écoles cette année.
Il y a aussi Mobilys, qui s'est donné la mission de sensibiliser les citoyens à l'importance de l'éducation par la voie d'Internet, en passant par Facebook maintenant, et qui est en train de mettre en place un portait qui permettra d'établir un réseau entre toutes les régions du Québec. Enfin, M. Ménard a fait appel à la communauté artistique, soit une quinzaine d'artistes, dont Céline Dion et Kent Nagano, qui ont enregistré des messages dans les studios de Corus, lequel d'ail-leurs diffuse ces messages via son réseau radiophonique.
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