« Il faut décoder »
Le tiers de la main-d'oeuvre active a des lacunes dans les compétences de base
Photo : Source FBDM
Louise Crépeau, directrice de Formation de base en développement pour la main-d’œuvre
Il ne s'agit pas de faire la charité, mais de combler un besoin urgent. À l'heure de la modernisation des exigences professionnelles et de l'immigration croissante, Formation de base pour le développement de la main-d'œuvre sensibilise les employeurs et les employés à la nécessité des formations en compétences de base. Pour un enseignement sur mesure, conciliation et adaptation doivent être au menu.
La fondation d'une maison. C'est avec cette image que Louise Crépeau, directrice de Formation de base pour le développement de la main-d'oeuvre (FBDM), interpelle les entreprises. «Tu ne peux pas bâtir une maison si ton solage n'est pas solide. Donc, les compétences, il faut prendre le temps de les consolider.»
Pénurie de main-d'oeuvre oblige, les manufactures et les industries de services ne peuvent plus faire fi de ceux qu'ils emploient déjà. «Si [l'entreprise] n'investit pas dans ceux qui ne suivent pas le pas, elle se tire dans le pied», considère-t-elle.
Oeuvrant depuis près de 20 ans dans le domaine, Louise Crépeau a déjà assisté à plusieurs dérives. Elle évoque des entreprises qui envoyaient leurs employés à des cours de lecture de plans, alors qu'une révision dans les compétences de base était de mise. « La personne est peut-être un bon soudeur, mais si elle n'a pas mis le nez dans des papiers depuis 15 ou 20 ans et [que] tu l'envoies en formation, en perfectionnement professionnel, peut-être qu'il y a moyen de rafraîchir quelques notions de français et de mathématiques, pour la préparer à cette formation-là.»
Selon le rapport québécois de l'Enquête internationale sur l'alphabétisation et les compétences des adultes, le tiers de la main-d'oeuvre active présenterait des lacunes dans les compétences de base. Qu'il s'agisse de jeunes trentenaires décrocheurs ou de quinquagénaires qui étaient sur les bancs d'école avant que le système métrique ne devienne la convention, les habiletés fondamentales pour lire, écrire, compter, communiquer, travailler en équipe et utiliser les nouvelles technologies ne doivent surtout pas être escamotées. Dans l'économie du savoir, le vocabulaire a évolué, les normes ISO sont apparues et le boom informatique n'a jamais freiné.
«Ce sont des gens compétents qui ont développé beaucoup de savoir-faire dans leur métier et qui souvent trouvent des solutions pour l'entreprise, pour qu'elle économise ou pour que la production aille mieux. Il faut répondre à leurs besoins en compétences de base pour qu'ils puissent continuer à se développer.»
Pour atteindre ce but, FBDM crée des formations «clé en main». «Ce n'est pas faire de la charité. Ce n'est pas jouer à la petite école. La formation est faite sur mesure», explique Louise Crépeau, à propos du contenu qui s'intègre aux exigences de l'industrie. L'apprentissage du vocabulaire, entre autres, s'avère spécifique à chaque domaine. La formation «prépare les gens à bien faire leur travail et à participer à d'autres activités de formation», argumente-t-elle, concluant qu'une telle démarche relève davantage de l'investissement que du don.
Conscient aussi que, pour un employé, un cours s'ajoute à la conciliation travail-famille, FBDM se déplace et donne la formation en milieu de travail. Il s'agit d'une «condition gagnante», selon Louise Crépeau, pour attirer les clients. FBDM prépare aussi ses horaires selon les carnets de commandes de l'entreprise ou, dans le cas de l'hôtellerie, selon les saisons basses de l'industrie.
La sensibilisation et l'analyse des besoins
Bien qu'elle soit conciliante, l'entreprise d'économie sociale FBDM doit tout de même prouver qu'il y a un besoin. Entre les problèmes d'une entreprise et les insuffisances dans les compétences de base des employés, le lien ne saute pas toujours aux yeux. «Ceux qui ont des besoins en alphabétisation n'iront pas s'afficher. Il faut décoder», considère Louise Crépeau.
L'analyse des besoins s'avère donc primordiale pour persuader les employeurs, ainsi que les syndicats, que les travailleurs écoutent avec moins de suspicion.
«Malheureusement, il n'y a pas de financement» de ce côté, se désole Louise Crépeau. «Le Fonds [de développement et de reconnaissance des compétences de la main-d'oeuvre] finance la formation, l'évaluation des tests au début, mais il ne finance pas l'analyse des besoins. Nous, on le fait, mais rapidement, parce qu'on ne peut pas prendre deux jours. On n'est pas des consultants.»
Et Louise Crépeau revendique: «Il faut qu'Emploi-Québec ait des ressources pour davantage financer les organisations qui font de la sensibilisation pour démontrer que c'est important d'agir.»
La francisation
Une nouvelle tendance convainc par contre les employeurs de l'urgence: la nécessité de tenir des cours de francisation. Le problème ne peut être esquivé lorsque FBDM approche des entreprises qui engagent des immigrants. «Il faut répondre à la demande», assure la directrice de FBDM, qui dirige 18 formateurs dans un contexte montréalais multiculturel. Bien que des cours de francisation soient offerts par le gouvernement, plusieurs nouveaux arrivants abandonnent «parce qu'ils ont besoin de travailler. Ils sont dans l'urgence économique.» Ils vaquent alors à leurs tâches, avec des lacunes évidentes. FBDM les rattrape et «s'adapte à chaque niveau», dit-elle, précisant qu'il faut parfois enseigner à des immigrants qui étaient déjà analphabètes dans leur langue maternelle.
«C'est la porte d'entrée», admet Louise Crépeau. «On fait de la francisation et, le temps qu'on crée une relation de confiance avec l'entreprise et que le goût d'apprendre se développe, le monde nous voit et les travailleurs francophones peuvent demander», à leur tour, une formation qui les concerne. Certains d'entre eux demandent des cours préparatoires en vue du Test d'équivalence de niveau de scolarité, qui permet par la suite à l'employé de présenter sa candidature à des postes exigeant la 5e secondaire, ou l'équivalent, au sein même de son entreprise.
Selon Louise Crépeau, une formation produit un effet boule de neige. Stimulant le goût d'apprendre, cette démarche renforce la confiance d'une main-d'oeuvre plus attentive et plus efficace dans son travail. Les employés s'ouvrent à l'approfondissement des formations liées à leurs tâches, voire à l'engagement dans les responsabilités syndicales. Et c'est sans compter cette motivation pour l'apprentissage qu'ils ramènent à la maison, lorsque leurs enfants planchent sur leurs devoirs.
La fondation d'une maison. C'est avec cette image que Louise Crépeau, directrice de Formation de base pour le développement de la main-d'oeuvre (FBDM), interpelle les entreprises. «Tu ne peux pas bâtir une maison si ton solage n'est pas solide. Donc, les compétences, il faut prendre le temps de les consolider.»
Pénurie de main-d'oeuvre oblige, les manufactures et les industries de services ne peuvent plus faire fi de ceux qu'ils emploient déjà. «Si [l'entreprise] n'investit pas dans ceux qui ne suivent pas le pas, elle se tire dans le pied», considère-t-elle.
Oeuvrant depuis près de 20 ans dans le domaine, Louise Crépeau a déjà assisté à plusieurs dérives. Elle évoque des entreprises qui envoyaient leurs employés à des cours de lecture de plans, alors qu'une révision dans les compétences de base était de mise. « La personne est peut-être un bon soudeur, mais si elle n'a pas mis le nez dans des papiers depuis 15 ou 20 ans et [que] tu l'envoies en formation, en perfectionnement professionnel, peut-être qu'il y a moyen de rafraîchir quelques notions de français et de mathématiques, pour la préparer à cette formation-là.»
Selon le rapport québécois de l'Enquête internationale sur l'alphabétisation et les compétences des adultes, le tiers de la main-d'oeuvre active présenterait des lacunes dans les compétences de base. Qu'il s'agisse de jeunes trentenaires décrocheurs ou de quinquagénaires qui étaient sur les bancs d'école avant que le système métrique ne devienne la convention, les habiletés fondamentales pour lire, écrire, compter, communiquer, travailler en équipe et utiliser les nouvelles technologies ne doivent surtout pas être escamotées. Dans l'économie du savoir, le vocabulaire a évolué, les normes ISO sont apparues et le boom informatique n'a jamais freiné.
«Ce sont des gens compétents qui ont développé beaucoup de savoir-faire dans leur métier et qui souvent trouvent des solutions pour l'entreprise, pour qu'elle économise ou pour que la production aille mieux. Il faut répondre à leurs besoins en compétences de base pour qu'ils puissent continuer à se développer.»
Pour atteindre ce but, FBDM crée des formations «clé en main». «Ce n'est pas faire de la charité. Ce n'est pas jouer à la petite école. La formation est faite sur mesure», explique Louise Crépeau, à propos du contenu qui s'intègre aux exigences de l'industrie. L'apprentissage du vocabulaire, entre autres, s'avère spécifique à chaque domaine. La formation «prépare les gens à bien faire leur travail et à participer à d'autres activités de formation», argumente-t-elle, concluant qu'une telle démarche relève davantage de l'investissement que du don.
Conscient aussi que, pour un employé, un cours s'ajoute à la conciliation travail-famille, FBDM se déplace et donne la formation en milieu de travail. Il s'agit d'une «condition gagnante», selon Louise Crépeau, pour attirer les clients. FBDM prépare aussi ses horaires selon les carnets de commandes de l'entreprise ou, dans le cas de l'hôtellerie, selon les saisons basses de l'industrie.
La sensibilisation et l'analyse des besoins
Bien qu'elle soit conciliante, l'entreprise d'économie sociale FBDM doit tout de même prouver qu'il y a un besoin. Entre les problèmes d'une entreprise et les insuffisances dans les compétences de base des employés, le lien ne saute pas toujours aux yeux. «Ceux qui ont des besoins en alphabétisation n'iront pas s'afficher. Il faut décoder», considère Louise Crépeau.
L'analyse des besoins s'avère donc primordiale pour persuader les employeurs, ainsi que les syndicats, que les travailleurs écoutent avec moins de suspicion.
«Malheureusement, il n'y a pas de financement» de ce côté, se désole Louise Crépeau. «Le Fonds [de développement et de reconnaissance des compétences de la main-d'oeuvre] finance la formation, l'évaluation des tests au début, mais il ne finance pas l'analyse des besoins. Nous, on le fait, mais rapidement, parce qu'on ne peut pas prendre deux jours. On n'est pas des consultants.»
Et Louise Crépeau revendique: «Il faut qu'Emploi-Québec ait des ressources pour davantage financer les organisations qui font de la sensibilisation pour démontrer que c'est important d'agir.»
La francisation
Une nouvelle tendance convainc par contre les employeurs de l'urgence: la nécessité de tenir des cours de francisation. Le problème ne peut être esquivé lorsque FBDM approche des entreprises qui engagent des immigrants. «Il faut répondre à la demande», assure la directrice de FBDM, qui dirige 18 formateurs dans un contexte montréalais multiculturel. Bien que des cours de francisation soient offerts par le gouvernement, plusieurs nouveaux arrivants abandonnent «parce qu'ils ont besoin de travailler. Ils sont dans l'urgence économique.» Ils vaquent alors à leurs tâches, avec des lacunes évidentes. FBDM les rattrape et «s'adapte à chaque niveau», dit-elle, précisant qu'il faut parfois enseigner à des immigrants qui étaient déjà analphabètes dans leur langue maternelle.
«C'est la porte d'entrée», admet Louise Crépeau. «On fait de la francisation et, le temps qu'on crée une relation de confiance avec l'entreprise et que le goût d'apprendre se développe, le monde nous voit et les travailleurs francophones peuvent demander», à leur tour, une formation qui les concerne. Certains d'entre eux demandent des cours préparatoires en vue du Test d'équivalence de niveau de scolarité, qui permet par la suite à l'employé de présenter sa candidature à des postes exigeant la 5e secondaire, ou l'équivalent, au sein même de son entreprise.
Selon Louise Crépeau, une formation produit un effet boule de neige. Stimulant le goût d'apprendre, cette démarche renforce la confiance d'une main-d'oeuvre plus attentive et plus efficace dans son travail. Les employés s'ouvrent à l'approfondissement des formations liées à leurs tâches, voire à l'engagement dans les responsabilités syndicales. Et c'est sans compter cette motivation pour l'apprentissage qu'ils ramènent à la maison, lorsque leurs enfants planchent sur leurs devoirs.
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