lundi 28 mai 2012 Dernière mise à jour 00h06
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

À la Folie – Pachas de ruelle

Les chats perdus trouvent refuge chez des sauveurs dévoués

Dès qu’une personne s’infiltre dans le salon d’adoption, le curieux Mika en profite pour faire le plein d’affection.  <br />
Photo : Jacques Grenier - Le Devoir
Dès qu’une personne s’infiltre dans le salon d’adoption, le curieux Mika en profite pour faire le plein d’affection. 
Si c'est dans ma rue — surnommée le Bronx de Rosemont — que les drogués font la loi, le côté ruelle appartient plutôt aux chats. Ils se reproduisent comme des lapins et se battent, généralement vers 4h43 du matin, afin de protéger leur bout de balcon. Une voisine au coeur tendre leur a même construit une cabane en carton doublée d'isolant. Parfois, un matou chanceux éventre une poubelle et en sort un immense t-bone saignant.

Mais ailleurs dans ce quartier, les 290 chats du refuge Réseau secours animal, eux, ne courent pas après les éboueurs les lundis et jeudis. Des bénévoles leur versent de la moulée et même du manger mou dans de larges gamelles matin et soir. Tout ça au deuxième étage de cet immeuble anonyme. C'est le plus grand refuge montréalais pour félins à embrasser la philosophie «sans euthanasie».

L'établissement, qui ressemble à un grand entrepôt, a été divisé en petites pièces il y a dix ans par une équipe d'architectes volontaires de l'Université Concordia. Son adresse est tenue secrète pour préserver la sécurité des chats et éviter d'ajouter une dose de stress à sa fondatrice, qui tient à eux comme à la prunelle de ses yeux. À l'intérieur de ses murs, chaque chat transite quelques jours à la salle d'accueil lors de leur arrivée avant de retrouver les siens dans une pièce désignée.

C'est la bénévole Marie-Hélène Vaillancourt, jeune femme oeuvrant depuis deux ans auprès de l'organisme à but non lucratif, qui m'escorte dans les dédales de l'édifice. Dès l'entrée, il règne dans les couloirs une étrange harmonie.

Étrange parce que, dans ma tête, 300 chats, ça fait du bruit. Je m'attendais à être accueillie par une cacophonie de miaulements et une pagaille digne des pires ruelles.

Bien non. Rien, sauf le ronron de la ventilation et celui de cages empilées qu'un chat écaille de tortue renverse sur le plancher. «On leur met la radio d'habitude; ils aiment beaucoup Radio-Canada», avoue Marie-Hélène en riant.

Privés ce jour-là de Maisonneuve en direct, les matous n'en sont pas moins peinards. Tous baptisés et médaillés, certains logent dans des cages séparées par de vieilles pancartes électorales, mais la plupart vivent librement dans leurs quartiers. Ils dorment comme des pachas, blottis sur des couvertures couleur pastel. Certains se baladent dans le corridor, d'autres s'assoupissent sur les sacs de litière empilés. De petits voyous pilleurs de sacs à ordures, vous dites?

Une deuxième, sixième, huitième vie

«Tous les chats ici ont déjà été abandonnés dans leur vie, que ce soit parce que leur propriétaire est décédé, parce qu'ils traînaient dans la rue ou parce qu'ils ne "fittaient" plus avec la couleur des murs», me raconte Marie-Hélène. Ici, ils sont soignés, vaccinés, stérilisés, et caressés. Et surtout, surtout, ils ne sont pas euthanasiés. «À moins qu'ils ne soient vraiment malades et qu'il n'y ait vraiment plus rien à faire pour les sauver», précise Barbara Lisbona, que l'on croise à mi-chemin entre la cuisine bondée — de chats — et l'infirmerie.

La dame a fondé Réseau secours animal il y a 17 ans, après quelques mois de bénévolat à la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux. Elle est partie tout juste après qu'ils eurent repris le collet de l'euthanasie. À cette vaine méthode pour contenir la population de chats errants en constante expansion à Montréal, elle préfère de loin la stérilisation, la prévention et l'éducation populaire. Sur cette base, elle a fondé son premier refuge dans un appartement avec 45 chats condamnés de la SPCA, avant d'emménager dans Rosemont.

«J'ai toujours eu de la compassion pour les êtres qui n'ont pas de voix. C'est important et c'est une tradition de ma famille d'aider les autres», explique la travailleuse sociale de profession, qui s'est longtemps occupée des enfants le jour et des animaux la nuit. Après toutes ces années, jamais elle n'aurait pensé que son refuge prendrait l'ampleur qu'il a aujourd'hui.

Milo, Philo, Vanille et les autres

«Tu vois ce petit noir? Il a la teigne, alors on le soigne en attendant ses autres résultats de tests pour la leucémie féline et le sida [virus de l'immunodéficience féline]», indique Marie-Hélène en parlant du nouvel arrivant poilu de la salle d'accueil. Comme tous les chats qui arrivent au refuge, il sera examiné. Avec de la chance, un bénévole responsable des soins de santé pourra coller sur sa cage un papier jaune indiquant «Testé négatif, youpi!».

À l'inverse, si ce n'est pas youpi, le chat coulera plutôt des jours heureux avec Emma-Bee et Yoda, qui partagent des pièces désignées aux chats porteurs de ces maladies infectieuses. S'ils ont l'air malheureux? Pantoute. Le paradis des chats éclopés n'est pas au ciel, mais entre les mains des 116 bénévoles qui sont à leur chevet. Même que ça donne envie d'avoir nous aussi huit nouvelles vies.

Cette visite du refuge — fermé au public — permet d'ailleurs de constater toute l'organisation et le dévouement des volontaires. Deux fois par jour, les lourds bacs à litière sont vidés, récurés, désinfectés, tantôt par de jeunes filles, tantôt par des retraitées, qu'un Milo noir et blanc taquine d'un coup de patte, juché sur son étagère. L'équipe compte même des personnes allergiques aux animaux. On épargne à ces amoureux des chats l'entretien des petites bêtes, les reléguant plutôt aux tâches administratives, comme la gestion du site Internet de l'organisme. Un site hyper complet rempli des histoires de ses protégés, réparties dans des fiches personnalisées et illustrées pour en faciliter l'adoption.

Mais le refuge ne laisse pas aller ses chats entre les mains du premier venu, halte-là! Celui qui désire, pour 130 $, sauver la belle Raja, une craquante tabby qui m'a prise par l'épaule comme si j'étais sa meilleure amie, ou le populaire Mika, ronronneur de charme et vedette du refuge, devra montrer patte — très —blanche.

Car l'interrogatoire que subira le futur maître est béton, et sa vie sera passée au crible par les responsables, une procédure qu'ils qualifient d'essentielle afin que l'animal ne se retrouve pas de nouveau dans la rue. Les préposés qui ont le plus d'ancienneté connaissent si bien leurs pensionnaires qu'ils jouent aux entremetteurs pour s'assurer du match parfait entre les élus; et ils assurent même le suivi après leur départ du refuge. S'il n'y a jamais plus de 300 chats au local, étonnamment, la porte reste ouverte aux chats que Réseau secours animal a hébergés. Le refuge les recueille si la chimie n'opère pas ou si un propriétaire tombe malade. «Ils sont toujours chez eux ici, même dix ans après leur départ», dit Barbara Lisbona.

«Je veux surtout que les chats soient considérés comme des êtres vivants, et non comme des objets qu'on achète et dont on se débarrasse quand ça devient trop d'investissement, insiste la fondatrice, alors que l'un de ses protégés plante ses griffes dans son pantalon en lin. Il faut être éduqué et conscient quand on a un animal de compagnie. C'est un engagement qui va au-delà de simplement fournir de l'eau et de la nourriture. Des animaux, ça tombe malade et il faut veiller sur eux, comme on entretient une voiture ou une maison. L'acquisition d'un chat n'est surtout pas un achat. C'est une adoption.»

Dans le salon d'adoption, justement, une quarantaine de boules de poils avachies un peu partout attendent depuis quelques mois, ou depuis quelques années pour certains, qu'on vienne les cueillir.

En fait, ils n'attendent pas vraiment.

Ils boivent, dorment, mangent. Mika quête une caresse, Vanille se roule sur le sol de béton. Une boule noire curieuse ne quitte pas des yeux la bénévole qui époussette sa housse. Par la fenêtre grillagée, un matou tigré observe ce qui se trame du côté de la ruelle avant de sauter dans la litière immaculée qu'une jeune volontaire vient de nettoyer.

Ne manque que la radio, quoi.

***

Chaque semaine, Réseau secours animal sort quelques-uns de ses pensionnaires lors des cliniques d'adoption affichées sur leur site Web. Ce samedi, c'est chez Mondou à Côte-Saint-Luc que les chats feront les beaux. Réseau secours animal

***

Entre les murs du refuge


C'est grâce à des dons de 2000 $ par mois que Réseau secours animal orchestre les soins de sa ménagerie de 300 chats, sans compter les poches de nourriture et de litière qui lui sont offertes par des compagnies. Ce montant est réparti entre les stérilisations des chats, obtenues au rabais dans certaines cliniques vétérinaires, les pilules et les injections pour le chat diabétique et ceux qui ont des problèmes de reins, entre autres, ainsi que pour la maintenance du local. Évidemment, ce n'est pas suffisant pour subvenir à tous les besoins. Le refuge manque de ressources, tout comme de foyers temporaires pour les chatons. En fait, il manque de tout.

La centaine de volontaires, toutes nationalités et tous âges confondus, des femmes pour la plupart, s'occupent des lieux. «Bien souvent les bénévoles donnent beaucoup plus que leur temps au refuge», mentionne Marie-Hélène Vaillancourt. Ils n'hésitent pas à se cotiser, par exemple, lorsque la laveuse bouchée par les boules de poils rend les armes entre deux brassées de draps contours sur lesquels se prélassent les chats.

Tous les coups de pouce sont les bienvenus et ceux qui ne peuvent donner de leur temps offrent des coussins, des bacs de litière, et parfois de vieux climatiseurs, pour garder les pensionnaires au frais pendant les chaleurs de l'été.

Suzie, une élégante dame de 62 ans rencontrée au refuge, marraine deux chats qu'elle a trouvés dans la rue. Elle les a fait stériliser avant de les laisser à l'organisme. Dans trois mois, elle recevra des nouvelles et une photo d'eux, un peu comme Vision mondiale permet de parrainer des enfants. «Je suis une amoureuse des chats, mais j'en ai déjà cinq à la maison; c'est le mieux que je pouvais faire pour eux», m'avoue-t-elle avant de repartir.

Marie-Hélène en héberge autant, et sa dévotion, qui relève du délire pour certains, est normale pour ses proches. «Depuis que je suis toute petite que les animaux sont au centre de mes préoccupations. C'est naturel pour moi d'être ici et de m'occuper de ces chats qui en ont besoin. Je ne me vois pas cesser de m'impliquer pour eux», dit-elle.

***
Ce mois d'À la folie vous a été offert grâce aux vacances de Josée Blanchette, qui revient avec son Zeitgeist vendredi prochain. Au plaisir!
Dès qu’une personne s’infiltre dans le salon d’adoption, le curieux Mika en profite pour faire le plein d’affection.  <br />
Même s’ils sont 290 entassés dans l’immeuble du refuge Réseau secours animal, chaque chat trouve son coin pour roupiller, que ce soit dans un panier d’osier ou affalés sur une table.<br />
 
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • chamane222 - Abonné
    27 août 2010 09 h 19
    Ornithologie
    Les oiseaux qu'en faites vous...,
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Pamela - Inscrit
    27 août 2010 10 h 30
    Merci d'exister
    Sans vous, il y aurait 300 chats (et leur progéniture, et leur progéniture, et leur progéniture...) dans les ruelles déjà trop pleines de chats perdus ou abandonnés. C'est très bien aussi de savoir qu'un tel refuge existe en français à Montréal, car la plupart sont gérés par des anglos et la publicité qu'ils font ne se rend souvent pas jusqu'à nos (sourdes) oreilles! J'ai confié un chat trouvé --une victime du premier juillet-- à l'un de ces refuges sans euthanasie, et il attend maintenant patiemment de se faire adopter. Il est opéré et vacciné, heureusement pour lui. Si la population se responsabilisait un peu plus, il n'y aurait pas (ou peu) de chats abandonnés dans les rues de Montréal, malheureusement ça n'est pas le cas.

    Merci encore!
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Orchideus - Inscrit
    27 août 2010 12 h 53
    il y a donc bel et bien des anges sur terre ...
    oui, merci 1000 fois pour eux ! :)
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Marc Tremblay - Inscrit
    27 août 2010 20 h 34
    Lorsqu'une société...
    ...est capable de s'occuper des chats abandonnés, c'est signe qu'elle est rendue à un haut niveau de civilisation.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Charles Gill - Inscrit
    27 août 2010 22 h 51
    joilie plume

    Bravo pour vos textes, surtout ce dernier, vivant, chat-rmant!

    Revenez-nous!
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • pinotte - Inscrit
    28 août 2010 08 h 50
    youppi !
    Je n'ai jamais lu un article aussi bien documenté portant sur un refuge. Tout au long de la lecture. Madame Boivin a réussi à mettre en lumière l'énorme problème des chats abandonnés à Montréal. Heureusement qu'il y a un refuge qui s'occupe en partie de ce problème. Les chats destinés à une euthanasie presque certaine sont sauvés, soignés, nourris, libres de circuler dans des chambres où ils reçoivent de l'attention et de l'affection en attendant d'être adoptés pour les plus chanceux.

    Bravo à l'auteure de cet article et aux 116 bénévoles qui travaillent auprès de
    ces petits bouts de chou.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • winnie60 - Inscrit
    30 août 2010 11 h 09
    Super article!!!
    Merci de parler de ce merveilleux centre!!! Je suis moi-même une bénévole là-bas!!! C'est génial ce que nous faisons pour ces merveilleux chats!!!
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • d i a n e - Inscrite
    5 septembre 2010 15 h 10
    Les chats, et les chiens...
    Quantité de personnes âgées n'ont que leur chat ou chien pour leur tenir compagnie... Les enfants sont partis, à droite et à gauche, gagner leur vie... élever leur propre famille... un petit coup de téléphone de temps à autre... bon, l'héritage va arriver plus tard...

    Lorsqu'une personne est trop âgée pour continuer à demeurer seule... et doit se faire placer dans une maison de personnes âgées (soudainement transplantée dans une petite chambre...) imaginez le désespoir de perdre son petit compagnon de tous les jours...
    La personne âgée devrait avoir le droit de choisir, si elle continue ou non, sa vie future...

    Même chose pour le chat... qui ne comprend pas ce qui lui arrive...
    dorlotté et aimé, le voici soudainement rendu dans une cage (comme ma maîtresse...qu'il ne reverra jamais plus!)
    envoyé. à la SPA qui le garde un certain temps... et gazé si non choisi par quelqu'un qui va l'aimer... Mille mercis à ceux qui les adoptent! qui en prennent soin!

    Çhats, chiens, et humains ont souvent des vies qui se ressemblent!...
    To be or not to be!!
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Marie-Eve Saucier - Inscrit
    11 septembre 2010 18 h 33
    excellent article.. qui a sauvé un chat!
    Je suis bénévole en tant que famille d'accueil au RSA. La lecture de cet article a incité une dame à consulter le site de la RSA.. et celle-ci est tombée amoureuse de Lili, ma pensionnaire. Elles ont commencé leur vie ensemble ce matin.
    Merci, Émilie Folie-Boivin!
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
9 réactions
23 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012