Michèle Asselin à la tête de la Fédération des femmes du Québec - Une colère et une énergie au service des femmes
Photo : Jacques Nadeau
La nouvelle présidente de la Fédération des femmes du Québec, Michèle Asselin, est consciente que la tâche qui l’attend pour influencer le gouvernement Charest n’est pas mince. Elle note au passage que l’entourage de Jean Charest est strictem
Bien connue dans le cercle des groupes de femmes depuis 22 ans, la présidente élue de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) est peu habituée aux caméras. Michèle Asselin s'est prêtée à l'exercice médiatique de bonne grâce tout au long de la semaine, le jugeant essentiel pour assurer la crédibilité de la FFQ comme «mouvement social important», surtout au moment où les acquis sociaux sont remis en question par le gouvernement libéral.
En 2001, elle a envisagé de se présenter à la succession de Françoise David. Elle a plutôt choisi de laisser Vivian Barbot faire le saut et de rester au poste qu'elle occupe depuis 1988, celui de coordonnatrice de l'R (réseau) des centres de femmes, qui regroupe près d'une centaine de centres au Québec.
Le mandat n'a pas été facile pour Mme Barbot, notamment en raison de rapports difficiles avec l'équipe interne et de tensions avec les divers organismes membres de la fédération, qui souhaitent être traités sur un pied d'égalité au sein de la Coalition québécoise contre la pauvreté et la violence (issue de la Marche des femmes) et non pas vus comme de simples composantes de la FFQ. Michèle Asselin n'aime pas trop revenir sur les débats qui ont touché l'organisation qui compte quelque 150 groupes et 800 membres individuelles.
La nouvelle présidente a toutefois été surprise de lire récemment que Mme Barbot attribuait ses difficultés à un «sexisme» exercé à son endroit par le lobby lesbien au sein de l'organisation. «Je suis bouche-bée et très surprise des propos de Mme Barbot. Cela n'a jamais fait l'objet des discussion au conseil d'administration de la FFQ [lorsque des salariées de la FFQ ont contesté ouvertement le leadership de Mme Barbot]», précise Mme Asselin, qui tient à réaffirmer l'importance pour la FFQ de lutter contre la discrimination dont peuvent être victimes les lesbiennes.
Dans la tourmente qui faisait rage au sein de la Fédération, la féministe de 45 ans, mère d'un jeune garçon, a bénéficié de l'appui de plusieurs groupes membres de la FFQ. L'atmosphère pré-électorale qui prévalait cet automne a beaucoup contribué à sa décision. «On sentait venir la campagne électorale, j'analysais la conjoncture politique comme propice à un glissement vers la droite. Cela me mettait en colère. J'ai voulu mettre cette colère et cette énergie au service de la FFQ», explique la nouvelle présidente, qui provient du même organisme que celui où avait milité Françoise David avant de faire le saut à la présidence. Michèle Asselin croit que sa victoire est principalement attribuable au fait qu'elle est «très à l'aise avec les leadership» et à sa «grande force en mobilisation».
La frisée et le frisé
«La frisée va s'en prendre au frisé», commentait une militante au terme du point de presse tenu dimanche dernier après l'assemblée générale. Déjà, la petite blonde aux boucles dorées dénonçait vertement l'intention du gouvernement Charest de mettre fin à l'universalité des services de garde à 5 $ par jour. «On sent une fébrilité au sein du mouvement des femmes. On s'attend à ce que la FFQ soit un levier d'action», fait-elle observer.
Elle est consciente que la tâche qui l'attend pour influencer le gouvernement Charest n'est pas mince: «Le discours inaugural a été assez clair. Ça va être difficile, mais on ne jette
pas l'éponge. On doit expliquer, proposer, convaincre de notre point de vue. Il nous reste à faire les contacts.» Elle note au passage que l'entourage de Jean Charest est strictement composé d'hommes.
La féministe s'inquiète surtout de la réduction des impôts et des compressions qui s'ensuivront dans les services publics. «Comme principe général, je suis à l'aise avec un État qui prélève des impôts, redistribue la richesse et s'assure de financer le système d'éducation, la santé, les routes, les aqueducs, la culture. Oui il faut des priorités, mais on ne peut faire l'économie des autres secteurs d'activité.»
Lorsqu'on lui fait remarquer que Jean Charest a tout de même obtenu son mandat de la population, elle avoue se poser beaucoup de questions. «Je ne contesterai pas la démocratie. Nous avons cependant le défi de bien informer les gens. Jusqu'à quel point le monde s'informe bien des programmes? On vote pour le changement, mais est-ce qu'on a bien compris ce qu'ils proposaient?» Elle craint que le Québec ne subisse les mêmes reculs que l'Ontario a connus après avoir mis les néo-démocrates dehors au profit de Mike Harris.
En dépeignant l'ADQ comme l'ennemi à abattre, sans appuyer le PQ, les groupes sociaux ont-ils contribué à présenter l'élection d'un gouvernement libéral comme un moindre mal? Mme Asselin est prudente et souligne que le PQ méritait les critiques qui lui ont été adressées. «Les groupes communautaires et féministes n'ont pas une tradition partisane. Nous donnons des outils aux citoyennes pour qu'elles puissent poser des questions aux candidates et candidats et faire leur propre choix. Je pense qu'on va continuer à travailler comme cela. Mais il va falloir travailler plus fort, c'est évident.» Elle croit qu'une réforme du mode de scrutin inciterait les citoyens à s'informer davantage.
Une marche à relais en 2005
Si la Fédération est appelée à être très active dans les débats nationaux, avec l'arrivée des libéraux, elle «ressent le besoin, avec la mondialisation, de parler avec des femmes d'un peu partout dans le monde pour raffiner nos analyses et proposer des alternatives».
S'appuyant sur le vaste réseau qui a été mis en place pour la Marche de l'an 2000, une nouvelle marche, à relais cette fois, s'organise pour l'an 2005. Des femmes de différents coins de la planète travailleront à la rédaction d'une Charte des femmes. «Un village du Bas-Saint-Laurent pourrait recevoir la charte d'un village de l'Inde. D'un relais à l'autre on va bâtir une immense courtepointe», illustre Mme Asselin, en précisant que le projet se définira davantage au cours des prochains mois. La FFQ souhaite aussi mettre sur pied un réseau de femmes des Amériques, concernées au plus haut point par la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA).
D'ici à la marche de 2005, la FFQ prendra le temps, en novembre, de bien arrêter ses priorités, au cours d'un congrès d'orientation. Effets de la mondialisation sur les conditions de vie des femmes, réforme du mode de scrutin, lutte contre toutes les formes de discrimination et d'exclusion, montée de l'antiféminisme figureront parmi les enjeux abordés.
La nouvelle présidente déroge généralement peu du discours qui prévaut depuis dix ans à la Fédération, estimant que la lutte contre la pauvreté et l'exclusion doit continuer de figurer parmi les priorités.
Elle amène toutefois quelques idées originales, estimant par exemple que certains problèmes vécus par les hommes mériteraient d'être analysés avec une lunette féministe. «Il y a derrière cela des problèmes comme le décrochage scolaire des garçons, des enjeux liés aux stéréotypes masculins, comme la compétitivité. Une compréhension féministe, égalitaire des rôles entre les hommes et les femmes, ce n'est pas juste bon pour les femmes, mais aussi pour les hommes.»
Dans la même lignée, elle croit que la montée d'un certain masculinisme qui dit être victime du féminisme pourrait forcer le mouvement des femmes à faire davantage appel à des alliés masculins. Voilà qui fera probablement l'objet de débats en novembre prochain. Ce qui n'effraie pas Michèle Asselin, pour qui le congrès offrira l'occasion d'approfondir des enjeux et de mûrir la réflexion.
En 2001, elle a envisagé de se présenter à la succession de Françoise David. Elle a plutôt choisi de laisser Vivian Barbot faire le saut et de rester au poste qu'elle occupe depuis 1988, celui de coordonnatrice de l'R (réseau) des centres de femmes, qui regroupe près d'une centaine de centres au Québec.
Le mandat n'a pas été facile pour Mme Barbot, notamment en raison de rapports difficiles avec l'équipe interne et de tensions avec les divers organismes membres de la fédération, qui souhaitent être traités sur un pied d'égalité au sein de la Coalition québécoise contre la pauvreté et la violence (issue de la Marche des femmes) et non pas vus comme de simples composantes de la FFQ. Michèle Asselin n'aime pas trop revenir sur les débats qui ont touché l'organisation qui compte quelque 150 groupes et 800 membres individuelles.
La nouvelle présidente a toutefois été surprise de lire récemment que Mme Barbot attribuait ses difficultés à un «sexisme» exercé à son endroit par le lobby lesbien au sein de l'organisation. «Je suis bouche-bée et très surprise des propos de Mme Barbot. Cela n'a jamais fait l'objet des discussion au conseil d'administration de la FFQ [lorsque des salariées de la FFQ ont contesté ouvertement le leadership de Mme Barbot]», précise Mme Asselin, qui tient à réaffirmer l'importance pour la FFQ de lutter contre la discrimination dont peuvent être victimes les lesbiennes.
Dans la tourmente qui faisait rage au sein de la Fédération, la féministe de 45 ans, mère d'un jeune garçon, a bénéficié de l'appui de plusieurs groupes membres de la FFQ. L'atmosphère pré-électorale qui prévalait cet automne a beaucoup contribué à sa décision. «On sentait venir la campagne électorale, j'analysais la conjoncture politique comme propice à un glissement vers la droite. Cela me mettait en colère. J'ai voulu mettre cette colère et cette énergie au service de la FFQ», explique la nouvelle présidente, qui provient du même organisme que celui où avait milité Françoise David avant de faire le saut à la présidence. Michèle Asselin croit que sa victoire est principalement attribuable au fait qu'elle est «très à l'aise avec les leadership» et à sa «grande force en mobilisation».
La frisée et le frisé
«La frisée va s'en prendre au frisé», commentait une militante au terme du point de presse tenu dimanche dernier après l'assemblée générale. Déjà, la petite blonde aux boucles dorées dénonçait vertement l'intention du gouvernement Charest de mettre fin à l'universalité des services de garde à 5 $ par jour. «On sent une fébrilité au sein du mouvement des femmes. On s'attend à ce que la FFQ soit un levier d'action», fait-elle observer.
Elle est consciente que la tâche qui l'attend pour influencer le gouvernement Charest n'est pas mince: «Le discours inaugural a été assez clair. Ça va être difficile, mais on ne jette
pas l'éponge. On doit expliquer, proposer, convaincre de notre point de vue. Il nous reste à faire les contacts.» Elle note au passage que l'entourage de Jean Charest est strictement composé d'hommes.
La féministe s'inquiète surtout de la réduction des impôts et des compressions qui s'ensuivront dans les services publics. «Comme principe général, je suis à l'aise avec un État qui prélève des impôts, redistribue la richesse et s'assure de financer le système d'éducation, la santé, les routes, les aqueducs, la culture. Oui il faut des priorités, mais on ne peut faire l'économie des autres secteurs d'activité.»
Lorsqu'on lui fait remarquer que Jean Charest a tout de même obtenu son mandat de la population, elle avoue se poser beaucoup de questions. «Je ne contesterai pas la démocratie. Nous avons cependant le défi de bien informer les gens. Jusqu'à quel point le monde s'informe bien des programmes? On vote pour le changement, mais est-ce qu'on a bien compris ce qu'ils proposaient?» Elle craint que le Québec ne subisse les mêmes reculs que l'Ontario a connus après avoir mis les néo-démocrates dehors au profit de Mike Harris.
En dépeignant l'ADQ comme l'ennemi à abattre, sans appuyer le PQ, les groupes sociaux ont-ils contribué à présenter l'élection d'un gouvernement libéral comme un moindre mal? Mme Asselin est prudente et souligne que le PQ méritait les critiques qui lui ont été adressées. «Les groupes communautaires et féministes n'ont pas une tradition partisane. Nous donnons des outils aux citoyennes pour qu'elles puissent poser des questions aux candidates et candidats et faire leur propre choix. Je pense qu'on va continuer à travailler comme cela. Mais il va falloir travailler plus fort, c'est évident.» Elle croit qu'une réforme du mode de scrutin inciterait les citoyens à s'informer davantage.
Une marche à relais en 2005
Si la Fédération est appelée à être très active dans les débats nationaux, avec l'arrivée des libéraux, elle «ressent le besoin, avec la mondialisation, de parler avec des femmes d'un peu partout dans le monde pour raffiner nos analyses et proposer des alternatives».
S'appuyant sur le vaste réseau qui a été mis en place pour la Marche de l'an 2000, une nouvelle marche, à relais cette fois, s'organise pour l'an 2005. Des femmes de différents coins de la planète travailleront à la rédaction d'une Charte des femmes. «Un village du Bas-Saint-Laurent pourrait recevoir la charte d'un village de l'Inde. D'un relais à l'autre on va bâtir une immense courtepointe», illustre Mme Asselin, en précisant que le projet se définira davantage au cours des prochains mois. La FFQ souhaite aussi mettre sur pied un réseau de femmes des Amériques, concernées au plus haut point par la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA).
D'ici à la marche de 2005, la FFQ prendra le temps, en novembre, de bien arrêter ses priorités, au cours d'un congrès d'orientation. Effets de la mondialisation sur les conditions de vie des femmes, réforme du mode de scrutin, lutte contre toutes les formes de discrimination et d'exclusion, montée de l'antiféminisme figureront parmi les enjeux abordés.
La nouvelle présidente déroge généralement peu du discours qui prévaut depuis dix ans à la Fédération, estimant que la lutte contre la pauvreté et l'exclusion doit continuer de figurer parmi les priorités.
Elle amène toutefois quelques idées originales, estimant par exemple que certains problèmes vécus par les hommes mériteraient d'être analysés avec une lunette féministe. «Il y a derrière cela des problèmes comme le décrochage scolaire des garçons, des enjeux liés aux stéréotypes masculins, comme la compétitivité. Une compréhension féministe, égalitaire des rôles entre les hommes et les femmes, ce n'est pas juste bon pour les femmes, mais aussi pour les hommes.»
Dans la même lignée, elle croit que la montée d'un certain masculinisme qui dit être victime du féminisme pourrait forcer le mouvement des femmes à faire davantage appel à des alliés masculins. Voilà qui fera probablement l'objet de débats en novembre prochain. Ce qui n'effraie pas Michèle Asselin, pour qui le congrès offrira l'occasion d'approfondir des enjeux et de mûrir la réflexion.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

