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    Réinventer la ville - Combat amical sur deux roues entre Gatineau et Ottawa

    Des cyclistes ont bravé le mauvais temps hier et ont traversé le pont Alexandra, sur lequel une voie leur a été aménagée. Forte de ses 220 km de sentiers dédiés, Ottawa-Gatineau aurait la plus grande proportion de cyclistes au Canada.<br />
    Photo: François Pesant - Le Devoir Des cyclistes ont bravé le mauvais temps hier et ont traversé le pont Alexandra, sur lequel une voie leur a été aménagée. Forte de ses 220 km de sentiers dédiés, Ottawa-Gatineau aurait la plus grande proportion de cyclistes au Canada.
    Il faut plus que du béton et de l'asphalte pour développer une rue, un quartier, une ville à échelle humaine. Le Devoir poursuit une série intermittente sur des exemples québécois à suivre et des erreurs à ne plus répéter en matière d'aménagement urbain. Aujourd'hui: Comment rendre la ville aux cyclistes?

    Ottawa — Dans le coin nord, Marc Bureau, 54 ans, maire de 255 000 habitants. Dans le coin sud, Larry O'Brien, 61 ans, premier élu de 900 000 habitants. Entre les deux politiciens, la rivière des Outaouais et une lutte sans merci: qui, de Gatineau ou Ottawa, deviendra la ville la plus accueillante pour les vélos?

    Le défi a été lancé, à la blague il va sans dire, en juin dernier par le maire de Gatineau, Marc Bureau. C'était à laquelle des deux municipalités allait créer le plus de sentiers dédiés au vélo au cours des prochaines années. Son homologue n'a pas été intimidé. «Marc profite d'un avantage indu! La ville d'Ottawa s'étale sur 2750 km2. Notre superficie est égale à la moitié de l'Île du Prince-Édouard, a rouspété Larry O'Brien. Mais qu'à cela ne tienne! Kilomètre carré pour kilomètre carré, nous serons bien plus accueillants pour les cyclistes que lui!»

    Au-delà du bombage de torse bien amical, les deux maires se sont donné un objectif bien concret et très sérieux. Ils veulent amener les cyclistes récréatifs de la région, très nombreux, à adopter la bécane pour leurs déplacements utilitaires.

    Passer à la vitesse supérieure


    La région d'Ottawa-Gatineau jouit d'une excellente réputation en matière de cyclisme. Forte de ses 220 km de sentiers dédiés (en plus des centaines d'autres de voies cyclables et d'accotements pavés), Ottawa-Gatineau aurait la plus grande proportion de cyclistes au Canada. Les touristes viennent en Outaouais pour pédaler et les citoyens, eux, profitent pendant les trois mois d'été des «vélos-dimanches»: pas moins de 50 km de routes fermées à la circulation automobile pour leur seul plaisir de 9h à 13 h. Cela en fait le plus important réseau réservé de l'Amérique du Nord.

    Mais voilà. La région veut passer à la vitesse supérieure. «Il s'agit maintenant de permettre aux gens d'aller du point A au point B le plus directement possible», explique le maire Marc Bureau en entrevue avec Le Devoir. «En ce moment, soit qu'ils utilisent les sentiers récréatifs, mais c'est plus long, soit qu'ils prennent l'accotement et qu'ils prennent des risques.» On veut que le vélo devienne une solution de rechange à la voiture pour aller faire les courses ou se rendre au boulot.

    Les deux maires, ainsi que la Commission de la capitale nationale (la CNN, responsable, notamment, du parc de la Gatineau), sont donc en étroite collaboration pour améliorer l'interconnectivité des pistes des deux municipalités et du Parc de manière à créer des axes directs de déplacement entre les deux centres-villes. En 2005, on a calculé que le vélo comptait pour 2 % des déplacements effectués (ou «part modale»). En comparaison, la capitale danoise, Copenhague, affiche un taux d'environ 35 à 40 %. «Il y a énormément de travail à faire, concède le maire gatinois. On est au moins de 20 à 25 années derrière les pays qu'on a visités.»

    Les expériences européennes

    C'est pour augmenter ce taux, déjà bon dans le contexte canadien, que M. Bureau, Marie Lemay, la dirigeante principale de la CCN, ainsi que Jacques Legendre, conseiller municipal d'Ottawa, se sont rendu en juin à Copenhague pour le congrès mondial Vélo-Cité 2010. En route, ils sont passés par Berlin et Amsterdam pour s'inspirer des meilleures pratiques en matière de vélo.

    «Nous savons que la mobilité durable sera l'un des piliers importants» du développement de la région, explique Marie Lemay. «La CCN veut apprendre de l'expérience des villes européennes à l'avant-garde du cyclisme et veut travailler avec les villes d'Ottawa et de Gatineau pour définir la place du vélo comme moyen de transport utilitaire dans la région de la capitale.»

    Dans son Plan sur le cyclisme d'Ottawa, daté de 2008, la Ville s'est fixé comme objectif de doubler le nombre de voies cyclables en cinq ans (soit ajouter 500 km de voies pavées et 80 km de sentiers dédiés) et de les quintupler sur un horizon de 20 ans. On veut à terme tripler les déplacements à vélo.

    Du côté de Gatineau, l'objectif est de doubler le budget consacré au vélo, pour le faire passer à un million de dollars par année. En outre, les deux villes visent toujours l'implantation d'un service de vélo-partage l'an prochain, à raison de 50 stations et 500 bicyclettes.

    Pour Marc Bureau, les solutions les plus simples sont parfois les meilleures. Ainsi, l'amélioration de la signalisation serait une première bonne étape. Car les citoyens d'Ottawa-Gatineau ont peut-être l'impression d'habiter une seule et même ville, mais le fait de se retrouver à cheval sur une frontière interprovinciale, en même temps que sous l'autorité fédérale de la CCN, crée bien des tracasseries. Comme le fait que les pistes changent de nom, et de code couleur, en traversant la rivière des Outaouais. Ou encore que les autobus d'Ottawa disposent d'un support à vélo à l'avant, mais pas ceux de Gatineau...

    «Il faut faire en sorte qu'on redevienne une place de bicyclettes comme on l'était dans les années 1980-1990», conclut le maire, qui ne se cache pas pour désigner la fusion des villes-banlieues comme une des coupables de la détérioration de la situation. «La ville a grandi et avec la fusion, il y a plein de travail à faire.»
    Des cyclistes ont bravé le mauvais temps hier et ont traversé le pont Alexandra, sur lequel une voie leur a été aménagée. Forte de ses 220 km de sentiers dédiés, Ottawa-Gatineau aurait la plus grande proportion de cyclistes au Canada.<br />
Les maires de Gatineau et d’Ottawa veulent que le vélo devienne une solution de rechange à la voiture pour aller faire les courses ou se rendre au boulot.












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