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    Le plus vieux métier du monde - Et celui dont on ne prend jamais congé

    «On peut comparer la patience d’une mère à un tube de dentrifice. Il en restera toujours un peu au fond», une citation du livre Pour ma mère.<br />
    Photo: Neil Selkirk «On peut comparer la patience d’une mère à un tube de dentrifice. Il en restera toujours un peu au fond», une citation du livre Pour ma mère.
    • «Devenir mère ne fait pas partie de mon destin. Car même si la science peut nous donner autant d'enfants qu'on le veut, il faut encore beaucoup de sang et de souffle, il faut encore des nerfs et des muscles forts pour assumer la tâche d'élever un enfant.» - Un enfant à ma porte, Ying Chen n «Un enfant n'a jamais les parents dont il rêve. Seuls les enfants sans parents ont des parents de rêve.» - Les Nourritures affectives, Boris Cyrulnik
    Ils sont drôles, les parents. Nous sommes déjà à la mi-été et bon nombre d'entre eux comptent les jours jusqu'à la rentrée, mi-coupables, mi-exaspérés, mi-exténués, mi-découragés. «La rentrée? Les vacances des mères qui commencent», ai-je souvent entendu.

    La maternité est une vallée de larmes, de joies et de contradictions, le métier le plus ingrat qui soit. Je me retenais de le lui dire, en la regardant se dandiner devant moi, du haut de ses 35 ans, mûre comme le sont les fruits qui ne demandent qu'à tomber. Mûre comme le sont les femmes dont l'horloge leur fait perdre le fil de la carrière et du moi tout-puissant. Mûre, mais inquiète de lâcher prise.

    Je me retenais et, en même temps, j'essayais de la rassurer. Non, toutes les femmes ne deviennent pas gagas, non, elles n'allaitent pas toutes jusqu'à deux ans, n'ont pas envie de parler seulement crème de zinc et garderies, allergies et pédiatres. Non, la maternité n'est pas une prison quand on a eu une vie avant et qu'on se promet d'en avoir une après. Sauf que.

    Sauf qu'il y a des mères sans instinct. Et qu'on ne le sait pas toujours avant. Sauf que la maternité est une loterie et que le gros lot est rare. Sauf que notre société privilégiée, même si elle offre beaucoup de ressources (si tu as le $$$), te condamne à la solitude dès que ça retrousse. Sauf que tous les parents n'aiment pas leurs enfants de façon égale. Sauf que la plupart des gens n'aiment QUE leurs enfants, rarement ceux des autres (un autre tabou).

    Mes amis qui s'arrachent la compagnie de mon fils au point de vouloir me l'emprunter sont soit écrivains pour enfants, soit animateurs en milieu scolaire, soit trop vieux pour en avoir, soit gagas des films de Walt Disney, soit parents d'un enfant unique (plus facile quand ils sont deux). Ce sont des amitiés à cultiver.

    Pour le reste, les Africains l'ont dit bien avant Hillary, ça prend un village pour les élever. Et ici, le village ressemble à un blogue de mômans (les (z)imparfaites) ou à un exutoire de type «mère indigne». Les mères avouent incognito qu'elles prennent un martini de trop, qu'elles crient, sacrent, n'ont plus envie de faire l'amour, ni de se dévouer, ni d'être à l'image de ce qu'on attend d'elles, à mi-chemin entre la Vierge et mère Teresa. Bref, elles ont souvent l'impression de ne pas avoir lu les petits caractères en bas du contrat.

    Aimer son enfant, mais pas le reste

    En lisant un article dans le New York Magazine («All joy and no fun. Why parents hate parenting», 4 juillet 2010) qui a fait quelques vagues dans la blogo, j'ai été à moitié surprise d'apprendre que, selon toutes les recherches, sauf une... danoise!, devenir parent rendait les gens malheureux. Ou plutôt que la parentalité ne rendait pas plus heureux si on s'en tenait à un seul marmot. Plus qu'une tête blonde et vous dégringolez dans l'échelle du bonheur.

    Et les mères sont moins heureuses que les pères, les monoparentales aussi, forcément. Les parents sont aussi plus déprimés que les non-parents, qu'ils soient célibataires ou mariés, qu'ils aient un enfant ou quatre. Bien sûr, me dis-je, quand on regarde l'avenir à travers leurs yeux, à moins d'être myope, y'a de quoi se faire du mouron.

    En fait, l'euphorie de la maternité (et paternité) dure très peu de temps en regard des 18 années qui nous attendent. En gros, les classes moyenne et supérieure font un projet perfectible de leur(s) enfant(s), projet angoissant s'il en est, et une course semée d'embûches, vouée à bien des déceptions.

    Étonnamment, tous les parents consacrent davantage de temps à leurs enfants que les parents des années 70, y compris les mères qui ont rejoint le marché du travail. Ces mêmes mères ont moins de temps de loisir aujourd'hui, mais 85 % d'entre elles pensent qu'elles ne passent pas assez de temps avec leurs enfants.

    En fait, à partir du moment où l'horloge se met à nous torturer, nous idéalisons probablement la maternité, ses sacrifices et ses joies. La réalité? Le partage des tâches n'est toujours pas un partage, le mommy track (ou daddy track), même choisi, est une voie qui favorise... les autres, y compris financièrement, le sacrifice de soi n'est pas valorisé ni même valorisant, on se sent souvent dépassés et la garde partagée (quand elle s'effectue entre deux adultes) n'est pas une si vilaine invention puisque le partage s'avère enfin possible même si le coût affectif est élevé.

    Émotions extrêmes

    Si la grande majorité des parents aiment leurs enfants, à la vie à la mort, au point de tout leur donner, reste que le «métier» de parent est une autre paire de manches et qu'on confond souvent les deux. On peut déborder d'amour pour sa progéniture mais détester faire de l'éducation: établir des limites, négocier, dire non, punir, répéter, répéter, se choquer, culpabiliser, exercer sa patience comme un muscle endolori, expliquer, réexpliquer autrement, piler sur son orgueil et son coeur, ne pas flancher, lire tous les livres de psychoéducation vendus en pharmacie, résister à l'appel de l'apéro à 17h sur une terrasse; tout ça n'est pas coté en Bourse, ne fait pas partie du PIB et pourtant, c'est le côté obligé et pas du tout givré de la parentalité.

    Les plus doués s'offrent un popsicle à la fin de la soirée en regardant Mad Men 4 et en rêvant du bon vieux temps où papa avait raison et où l'autorité n'était pas un si vilain remède. Le scotch non plus. Somme toute, ma génération aura connu le pire: des parents omnipotents et des enfants-tyrans.

    Mettre un enfant au monde, c'est être forcé de devenir adulte, le programme d'une vie. Et embrasser la maternité vient avec son lot d'émotions extrêmes: grandes joies, grandes déceptions, grandes inquiétudes, grandes peines, grande culpabilité, grandes fiertés, grands deuils, rien à moitié. Mutuellement, nous avons le pouvoir de nous détruire ou de nous sauver, comme dans toutes les grandes histoires d'amour.

    Tout donner et ne rien attendre en retour peut se conjuguer avec le verbe aimer. Mais aimer prend du temps, beaucoup de temps, celui dont nous manquons le plus cruellement: le temps qui prend son temps.

    ***
    • Pris: congé pour cause d'amour jusqu'à la rentrée. Bonne fin d'été... avec ou sans vos enfants. On se retrouve le 3 septembre.
    • Reçu: le numéro spécial de Québec Science «Enfants, ce que la science révèle» (août-septembre 2010), qui s'intéresse particulièrement aux 0-12 ans. Je l'ai dévoré. Des entrevues avec le pédiatre Michel Lemay ou la psychologue Alison Gopnik, des conseils ciblés sur l'utilisation des écrans (télé, ordi, jeux vidéo) qui modifient leurs cerveaux, des vox pop avec des enfants, un article sur le manque de nature dans leur vie et un guide de survie pour parents d'aujourd'hui! Très bien fait et tout à fait en phase avec l'époque. Nos enfants évoluent, nous devons nous ajuster.
    • Relu: les chroniques de France Paradis, dans Mère et solidaire (éditions Enfants Québec), un livre que j'offrirais à toute nouvelle maman, rempli d'amour et de gros bon sens, une main de fer dans une mitaine de four. Lorsque je me sens découragée par la tâche, relire sa Charte des droits des parents m'apaise, comme une main amicale passée dans le dos. France signale que la famille n'est pas une démocratie. Elle a bien raison, et il faut l'assumer.
    • Adoré: le film The Kids Are Allright avec Julianne Moore et Annette Bening. Ce qu'un simple don de sperme peut bouleverser votre vie! Deux lesbiennes et leurs ados qui retrouvent le père biologique et se lient d'amitié, tout un programme. Superbes acteurs et très émouvant.
    • Aimé: le dernier Urbania (été 2010), consacré à l'âge d'or. Un vent de fraîcheur sur cette étape pas toujours rigolote de la vie? On peut dire que l'équipe s'est fendue en quatre pour trouver des sujets intéressants, vieillir des comédiens, nous instruire de la façon dont on prend soin des vieux dans divers pays. On sent le choc générationnel, mais aussi la prise de conscience des 25-35, qui est au sommet de son énergie et observe le phénomène d'encore très loin.
    • Lu: Un enfant heureux du psychologue du développement français Didier Pleux (Odile Jacob), un titre trompeur en apparence. En gros, comment faire pour que notre enfant (tyran) soit heureux, comment lui faire gober les frustrations de la vie tout en imposant les limites nécessaires. Un questionnaire «Êtes-vous permissif?»... vous permettra de savoir où vous vous situez. Il existe un lien entre la trop grande permissivité et l'intolérance à la frustration des enfants.
    • Feuilleté: Pour ma mère (M.I.L.K, Moments of Intimacy, Laughter and Kindship), de magnifiques photos sur la maternité dans tous les pays, accompagnées de petites devises sages. «Rien n'est moins raisonnable que de vouloir que les enfants le soient.» (Madame de Maintenon).
    • Vu: le film Inception. Rien compris. Une chance que mon beau-fils, Samuel, 12 ans, a pu m'éclairer après. C'est pour ça qu'on met des enfants au monde, pour qu'ils nous expliquent la vie.
    ***

    Joblog - Sur la 132 Est

    La fin des vacances de la construction approche. Les accidents seront nombreux sur les routes. Devant chez VLB, il y a deux semaines, un semi-remorque de la compagnie de transport Guilbault nous a doublés à 100 km/h par la droite sur la voie d'accotement sur une route à deux voies et alors que nous clignotions pour tourner à gauche.

    J'ai porté plainte au bureau du groupe Guilbault de Rimouski pour cette «tentative de meurtre non préméditée». Mais il faudra un lobby plus puissant pour ralentir les cow-boys de la route.

    Où est Julie Snyder quand on a besoin d'elle?
    «On peut comparer la patience d’une mère à un tube de dentrifice. Il en restera toujours un peu au fond», une citation du livre Pour ma mère.<br />












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