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    Pourquoi nous avons besoin des données du recensement

    9 juillet 2010 |Réal Boisvert - Chercheur affilié à l'Unité de développement des communautés de l'Institut national de santé publique (Agence de santé de la Mauricie) | Actualités en société
    Des voix s'élèvent contre la décision du gouvernement conservateur de mettre fin à l'obligation de répondre au questionnaire long du recensement quinquennal destiné à un échantillon de 20 % de la population. Avec raison.

    Parmi les arguments invoqués pour s'opposer à cette décision, il y a ceux invoqués récemment dans les pages du Devoir par le professeur Richard Shearmur qui, fort pertinemment, nous rappelait à quel point la vitalité de la démocratie de nos sociétés est étroitement liée à la connaissance que les citoyens ont de ce qu'ils sont et de ce qu'ils deviennent.

    C'est grâce à la prise en compte de ces savoirs que les personnes habilitées à voter éliront les représentants qui, à leurs yeux, défendront les politiques les plus pertinentes et les plus efficaces. Mais il ne suffit pas de se faire élire sous le couvert de la bonne volonté. Encore faut-il exercer des choix éclairés, judicieux et inventifs tout en sachant si les résultats sont à l'avenant. Une fois élus, les politiciens doivent être en possession d'informations fortes et rigoureuses qui les amènent à prendre des orientations éclairées, à adopter des lois judicieuses qui s'incarnent dans des plans, des programmes et des projets gouvernementaux réfléchis et efficients. Il ne s'agit pas ici de filer sur les airs de la pensée magique, mais de suggérer que de telles espérances ne sont pas folles.

    Communautés

    Prenons l'exemple de tout ce qui se fait actuellement en matière de lutte contre la pauvreté et l'exclusion ainsi que des efforts destinés à réduire les inégalités. Tous les ordres de gouvernement et des milliers d'instances publiques et privées s'activent dans ce domaine avec d'énormes ressources humaines et pécuniaires. Or, s'il est une chose que les données du recensement nous ont apprise depuis quelques années, c'est que les communautés humaines s'incarnent dans les quartiers ou les lieux de voisinage en milieu urbain ou les villages en milieu rural; ces communautés-là se distribuent sur un continuum de santé et de bien-être qui varie en fonction de leur gradient socio-économique.

    Bien sûr, les communautés les plus appauvries sur le plan des revenus, de la scolarité ou de l'emploi sont celles où les gens meurent le plus jeune et où l'on retrouve le plus de problèmes sociaux. Mais il y a plus. Grâce à l'expertise développée au Québec notamment en matière de surveillance de l'état de santé, on sait qu'à défavorisation égale, par exemple, certaines communautés s'en tirent mieux que d'autres. À l'inverse, certaines communautés favorisées sur le plan socio-économique n'échappent pas à l'apparition d'une forte proportion de problèmes sociaux.

    Établir des liens


    Ces données, rigoureusement traitées par des chercheurs et des experts en intervention sociale, démontrent à quel point il est nécessaire d'ajouter aux grandes politiques publiques des projets d'intervention particuliers à l'échelle des communautés locales. Des projets qui misent sur la participation de ces populations en prenant en compte leurs besoins, leurs caractéristiques propres ainsi que leurs potentiels différenciés en matière de développement humain et communautaire. [...]

    Les données du recensement suggèrent de faire porter l'action tant sur les conditions de vie que sur les comportements, les habitudes ou le renforcement des compétences des individus. Elles nous apprennent qu'il ne suffit pas de miser sur une amélioration des chances, comme l'ensemble de l'approche utilisée par les programmes dits universels a l'habitude de le faire.

    Ces données permettent de mettre à jour les inégalités de conditions pour renforcer les capacités d'agir des communautés, tentant ainsi de briser la fatalité voulant que quelqu'un ayant eu une chance de s'en sortir détale à la première occasion vers un quartier plus convivial. Au lieu de voir s'enfuir ses résidants les plus méritants, la communauté mobilise tous ses résidants dans la même croyance de la juste connaissance de ce qui peut être fait pour améliorer le sort de tous. C'est ainsi que s'accomplit peu à peu, projet par projet, la réduction réelle des inégalités sociales, une façon tangible d'éliminer la pauvreté et l'exclusion plutôt que d'en reproduire l'existence ou, au mieux, d'en diminuer les effets.

    Les données du recensement contribuent ainsi, pour la part qui leur revient, à l'avènement d'un monde meilleur. Comment pourrait-on s'en passer?

    ***

    Réal Boisvert - Chercheur affilié à l'Unité de développement des communautés de l'Institut national de santé publique (Agence de santé de la Mauricie)
     
     
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