Pauvreté - Les absents ont raison
On aurait voulu choisir meilleure image pour exprimer le fait que pauvreté et exclusion sociale ne sont pas qu'affaire de revenus qu'on n'aurait pu trouver mieux: dimanche, au moment où le gouvernement dévoilait son plan d'action pour la solidarité et l'inclusion sociale, il a spontanément opté pour «l'exclusion sociale» en refusant aux groupes représentant les démunis l'accès à la conférence de presse. Ledit plan venait tout à coup de perdre un certain lustre...
Même assortis de 7 milliards de dollars en cinq ans, les beaux discours s'accrochent difficilement à la réalité vécue sur le terrain. Qu'elle est incommode! L'Accueil Bonneau a dû symboliquement fermer ses portes cette semaine en guise de cri du coeur: le refuge a besoin de 800 000 $ pour offrir d'essentiels services psychosociaux. Au même moment, le déménagement du Refuge des jeunes dans un autre quartier de Montréal suscite des grincements de dents.
Sous des objectifs nobles — devenir l'une des nations industrialisées comptant le moins grand nombre de pauvres —, le Québec franchit bien mal le cap de la réalité. En font foi les exemples ci-dessus évoqués, qui illustrent le combat quotidien des groupes voués à la défense des démunis. En fait foi aussi un plan d'action qui, malgré des mesures attrayantes, fait abstraction d'une portion de la réalité, cette réalité qui dérange.
Après toutes les consultations tenues par ce gouvernement sur la pauvreté, on croyait à certaines luttes gagnées d'avance, comme celle de la pertinence des logements sociaux. Or, le plan étiré sur cinq ans prévoit l'ajout insuffisant de 3000 nouvelles unités. Le dernier en promettait 16 000. Les groupes estiment à 50 000 le besoin sur le terrain.
Au nom des démunis sans voix, ces groupes vocifèrent. Ils n'obtiendront jamais du gouvernement ce dont ils rêvent, soit l'élimination des catégories de personnes en situation de pauvreté autour de l'aptitude au travail. Le Québec, il faut le reconnaître, a nettement adouci d'anciennes positions sur l'insertion au travail des pauvres à qui on faisait carrément la chasse. Il restera toujours toutefois des relents de cette manière un brin méprisante, qui valorise le travail en distribuant les primes mais qui néglige ceux qui peinent à retrouver contact avec la réalité de l'emploi.
Le crédit d'impôt à la solidarité vise à compenser des hausses de tarifs dont on évalue encore mal les effets réels. L'exemption mensuelle des revenus de pension alimentaire de 100 $ pour chaque enfant est une bonne nouvelle, mais elle corrige en partie une situation foncièrement inéquitable. L'indexation des prestations n'a rien d'une mesure révolutionnaire: elle empêche de stopper une dévaluation de revenus plus que modestes.
De quelle manière ce train de mesures touchera-t-il les clients de l'Accueil Bonneau ou du Refuge des jeunes, dont plusieurs dépendent des prestations d'aide sociale? Dans leur réponse, que malheureusement on s'attarde si peu à écouter, se trouve l'épreuve du réel.
***
machouinard@ledevoir.com
Même assortis de 7 milliards de dollars en cinq ans, les beaux discours s'accrochent difficilement à la réalité vécue sur le terrain. Qu'elle est incommode! L'Accueil Bonneau a dû symboliquement fermer ses portes cette semaine en guise de cri du coeur: le refuge a besoin de 800 000 $ pour offrir d'essentiels services psychosociaux. Au même moment, le déménagement du Refuge des jeunes dans un autre quartier de Montréal suscite des grincements de dents.
Sous des objectifs nobles — devenir l'une des nations industrialisées comptant le moins grand nombre de pauvres —, le Québec franchit bien mal le cap de la réalité. En font foi les exemples ci-dessus évoqués, qui illustrent le combat quotidien des groupes voués à la défense des démunis. En fait foi aussi un plan d'action qui, malgré des mesures attrayantes, fait abstraction d'une portion de la réalité, cette réalité qui dérange.
Après toutes les consultations tenues par ce gouvernement sur la pauvreté, on croyait à certaines luttes gagnées d'avance, comme celle de la pertinence des logements sociaux. Or, le plan étiré sur cinq ans prévoit l'ajout insuffisant de 3000 nouvelles unités. Le dernier en promettait 16 000. Les groupes estiment à 50 000 le besoin sur le terrain.
Au nom des démunis sans voix, ces groupes vocifèrent. Ils n'obtiendront jamais du gouvernement ce dont ils rêvent, soit l'élimination des catégories de personnes en situation de pauvreté autour de l'aptitude au travail. Le Québec, il faut le reconnaître, a nettement adouci d'anciennes positions sur l'insertion au travail des pauvres à qui on faisait carrément la chasse. Il restera toujours toutefois des relents de cette manière un brin méprisante, qui valorise le travail en distribuant les primes mais qui néglige ceux qui peinent à retrouver contact avec la réalité de l'emploi.
Le crédit d'impôt à la solidarité vise à compenser des hausses de tarifs dont on évalue encore mal les effets réels. L'exemption mensuelle des revenus de pension alimentaire de 100 $ pour chaque enfant est une bonne nouvelle, mais elle corrige en partie une situation foncièrement inéquitable. L'indexation des prestations n'a rien d'une mesure révolutionnaire: elle empêche de stopper une dévaluation de revenus plus que modestes.
De quelle manière ce train de mesures touchera-t-il les clients de l'Accueil Bonneau ou du Refuge des jeunes, dont plusieurs dépendent des prestations d'aide sociale? Dans leur réponse, que malheureusement on s'attarde si peu à écouter, se trouve l'épreuve du réel.
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