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    Ça rime comme dans «Luc et Lou»

    Les flonflons de la fanfare Pourpour

    Photo: Jacques Nadeau
    Luc et Lou disent «la Pourpour» comme on évoque «la Bolduc» ou «la Poune». Et on les appelle «Luc et Lou» comme on disait «Bonnie and Clyde» ou «Johnny and June» (Cash), une rime comme une autre. Les légendes ne brillent pas toujours sur les marquises de théâtres huppés. Celle de Luc (Proulx) et Lou (Babin) est à leur mesure, une histoire d'amour entre la musique et eux, entre la discrétion et la générosité, entre la marge et la liberté.

    Je le pratique depuis quelques années, ce duo membre d'un orchestre de 20 musiciens qui caracole le long des routes entre la Gaspésie, l'Europe, Montréal et l'Estrie, une guitare et un accordéon dans les caissons. Ne leur manque qu'une fleur au chapeau et une rime à la boutonnière.

    Je les ai vus chanter dehors par moins 30 °C, au ras du poele dans des cabanes à sucre, sur scène lorsque Lou pousse ses magnifiques interprétations country de Dolly Parton, Linda Ronstadt et Emmylou Harris (sur son disque fétiche — et le mien — Trio). Je les ai entendus interpréter des reels pour faire danser des skieurs gelés avec leurs bottines aux pieds.

    Je croise ces deux routards de loin en loin depuis cinq ans en me disant chaque fois: faudrait bien que je parle d'eux. Ce ne sont pas des vedettes, ce sont des artistes, nuance. Normal que leur parcours se fasse en retrait des médias de masse.

    Le lancement du quatrième disque de la fanfare Pourpour, le bébé pieuvre à 38 bras et 19 têtes que Lou Babin berce de ses maternelles attentions depuis plusieurs années, n'est qu'un prétexte pour vous raconter leur histoire d'amour qui rime avec toujours, même s'ils ne se connaissent que depuis 34 ans et s'aiment depuis bientôt 20. «On s'aimait pis on le savait pas, constate Luc. Éros n'était pas encore au rendez-vous.»

    Sans tambour ni trompette

    Ils se rencontrent durant l'été 1976 grâce à la Pourpour, cette fanfare de rue un peu foraine, totalement contre-culture, digne du Temps des gitans, née un samedi de 1974 sur les trottoirs du Plateau Mont-Royal. Quelques potes voulaient sortir leurs trompettes et leurs tambours dans la rue. Le samedi suivant, ils étaient encore plus nombreux à suivre la fanfare improvisée; la Pourpour était née.

    «Toi tu sortais avec Ben la Barouette, moi je revenais de la Gaspésie. J'avais 25 ans, t'en avais 20...», se rappelle Luc, 59 ans, qui n'a rien perdu de son look de poete et de son physique d'acteur. Ces jours-ci, il interprète le père de Gerry Boulet dans le film qui lui sera consacré. Luc a aussi fait partie de la troupe Carbone 14 durant sept ans. On le voit souvent dans des téléromans (Providence, Bouscotte) mais il n'est jamais autant lui-même qu'avec Lou et au sein de la Pourpour. «Ils m'ont accepté même si je ne suis pas un grand guitariste», convient Luc.

    Lou dit la même chose de son talent d'accordéoniste, elle qui est passée du piton au piano sans jamais perdre ses bretelles. L'humilité de ces deux-là est un souffle frais dans un instrument à vent.

    Leur esprit communautaire aussi. Issus de grosses familles, 16 enfants chez Luc, 9 chez Lou, ces deux nomades réunissent la Pourpour à leur maison de campagne, tout près de Saint-Fortunat, pour les pratiques de l'orchestre déjanté. Luc, en gars de la campagne qui sait tout faire, a construit la maison à la sueur de ses deux mains. Les grandes tablées ne leur font pas peur. «On se booke quatre jours et on part là-bas avec les conjoints et les enfants, on répète trois heures le matin, trois heures l'après-midi, on fait bistrot le reste du temps et ça parle politique autour des tables; c'est vivant et on aime partager», raconte Lou.

    Quand le disque est terminé, ils vont se faire entendre tambour battant à la salle municipale de Saint-Fortunat. «On offre une répétition publique et on passe le chapeau. C'est ma façon de m'impliquer dans la société, de redonner, de faire danser les gens», confie Lou, qui administre ce groupe autogéré. Y a pas juste les demandes de subventions dans la vie, y a aussi la vie.

    La liberté n'est pas une marque de yogourt

    Usée à l'underground, Lou ne fait pas de concessions. «J'avais pas assez le goût du mainstream. Je suis libre, ça se paye!» Luc renchérit: «La musique québécoise sonne toute pareille. Ça se ressemble, le format radio. Faut que ça passe chez Monique Giroux.»

    «Toute mon énergie va à la Pourpour, ajoute Lou. C'est devenu ma famille de musique, un clan. Et peu à peu, les enfants des musiciens embarquent. Comme dans "Cent ans de solitude", la Pourpour va continuer.» Son fils Némo, 29 ans, joue de la trompette avec la fanfare aussi. «Les jeunes qui embarquent dans la Pourpour on fait le Conservatoire alors que la première génération était autodidacte. Ça rehausse le niveau... mais la chicane pogne jamais. On s'entraide. On est libres, on a du fun, on est déjà allés deux fois à Bordeaux et on fera peut-être le tour du monde!»

    Lundi dernier, sur la scène du Lion d'Or, au lancement de Danse des breloques, c'était la fête au village. Leur dernier disque laisse transpirer des accents de swing, klezmer, tango, jazz, d'Europe de l'Est. Lou clamait dans le micro que la Pourpour existerait encore dans 300 ans. Elle semblait à moitié sérieuse. La relève Pourpour porte une casquette pour se donner un genre, la vieille garde pour cacher sa calvitie.

    Dans la salle bondée, on entendait le klaxon du tuba et la sonnette d'un vélo; ne manquait que le singe pour passer le chapeau. Tout ça, gratuitement, comme un élan. «On ne va pas seulement jouer trois tounes, assure Luc. On fait le disque au complet!» La Pourpour, c'est ça, rien à moitié. De la musique de bonne humeur, me suis-je dit. De la joie de vivre à écouter en plein air ou dans un film italien.

    En revoyant Luc et Lou à l'avant-scène, j'ai pensé aux derniers mots de notre entrevue. Luc l'a regardée amoureusement en lançant: «Je t'invite à prendre une bière?» Une demi-heure plus tard, je les vois passer sur l'avenue du Mont-Royal, bras dessus, bras dessous, comme deux compères complices, seuls au monde. Ne manquait que l'accordéon et la guitare pour signer la musique d'un film dont la première scène serait jouée par une chanteuse country qui pleure en coupant un oignon et son coloc qui tombe en amour avec la larme en chute libre le long de sa joue.

    ***

    Loué: le film Le Party de Pierre Falardeau, dans lequel Lou Babin joue une chanteuse country qui vient donner un spectacle à des prisonniers. Luc Proulx est également de la distribution. Lou m'a fait pleurer. «Le plus difficile, ç'a été d'apprendre à sacrer! Luc m'a coachée», dit celle que Falardeau a encensée dans son livre La liberté n'est pas une marque de yogourt.

    Noté: les apparitions publiques de la Pourpour, dirigée par Jean Derome. Visez surtout l'extérieur, leur élément, le vendredi 11 juin, angle de Bullion et Mont-Royal, le samedi 12 juin, Place Dufresne, le reste sur leur site avec le disque: www.fanfarepourpour.com.

    Aimé: l'essai Mainstream - Enquête sur cette culture qui plaît à tout le monde, de Frédéric Martel (Flammarion). «Tout le monde» dans l'industrie du disque, du cinéma, du livre devrait avoir lu cet ouvrage. Le journaliste s'est baladé d'Hollywood à Bollywood pour nous faire un topo de la culture mainstream qui envahit Internet et ne connaît plus de frontières. Comment on fabrique un hit? «Le cool, c'est le hip plus le succès commercial.» Bref, on peut rester hip mais ne jamais devenir cool. La polémique est parfois un prélude au mainstream; rien ne vaut un petit scandale dont tout le monde parle. Complexe et fascinant.

    Téléchargé: gratuitement la chanson Shipwreck du groupe montréalais Random Recipe, très cool. La façon de s'imposer désormais, le gratuit, puis le modèle payant. J'ai adoré ce groupe qui a du beat et fait dans la fusion de plusieurs genres. À entendre sur http://www.randomrecipe.ca en attendant leur disque cet automne.

    ***

    Les voisins ? Quels voisins ?

    C'est la fête des voisins demain. Paraît qu'il faut se parler. Vous êtes amis avec la planète entière sur Twitter mais vous ne connaissez pas le nom du chien du voisin? Vous évitez soigneusement votre vis-à-vis mais vous accepteriez n'importe quel plouc comme ami sur Facebook? Il est peut-être temps de faire un petit effort et de lier connaissance.

    J'ai beaucoup pratiqué le voisinage dans ma vie, avec de bons et de mauvais coups (le dernier en date: deux voisins français partis comme des voleurs après un an à les fournir en confitures, mais c'est l'exception), et j'en retiens que le bon voisinage adoucit drôlement la vie.

    Et ça peut laisser des amitiés solides, comme Virgo, qui est repartie vivre en Bretagne mais qui passera faire un tour cet été avec fiston. Nous nous donnons toujours du «Salut voisine» même si elle demeure de l'autre côté de l'étang. Et pour tout dire, je la reprendrais n'importe quand sur le balcon voisin. www.fêtedesvoisins.qc.ca.www.chatelaine.com/joblo

    ***

    - «Il y a de ça trente ans. La première édition de la fanfare Pourpour. À l'époque, il n'était pas nécessaire de savoir bien jouer. Il suffisait d'aimer être ensemble. J'avais remarqué une adorable petite femme qui y jouait du cor. J'ai donc appris un peu de trombone pour être plus près d'elle. J'ai eu un enfant d'elle. Aujourd'hui, l'orchestre joue merveilleusement bien. Viva Pourpour!» - Richard Desjardins

    - «C'est ça Lou Babin. Aller au bout. Travailler en équipe sans faire chier personne. Donner. Donner encore. Se donner.» - Pierre Falardeau, La liberté n'est pas une marque de yogourt












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