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Fédération canadienne des sciences humaines - Le numérique social apparaît dans le monde des sciences

« Nous vivons dans une société dominée par le discours des sciences et de la technologie »

Noreen Golfman, présidente de la Fédération canadienne des sciences humaines
Photo : Source FCSH
Noreen Golfman, présidente de la Fédération canadienne des sciences humaines
Cette année, la Fédération canadienne des sciences humaines tient son congrès à l'Université Concordia. Ce sera l'occasion pour quelque 8500 penseurs de faire le point sur les plus récents développements concernant diverses facettes de notre vie.

«Les sciences humaines s'intéressent à l'ensemble de nos connaissances, relate Noreen Golfman, présidente de la Fédération canadienne des sciences humaines. Le terme le dit clairement car les sciences humaines mettent en valeur l'être humain et portent sur l'expérience humaine: de nos comportements à tout ce que nous produisons, de la littérature et des classiques jusqu'aux enjeux médicaux, en passant par les changements de société, les politiques gouvernementales, etc.»

La fédération est l'un des plus vastes regroupements de chercheurs, représentant 75 associations savantes, 75 universités et collèges et sept membres affiliés. La tenue de ce congrès à Montréal est l'occasion de se plonger au coeur des réflexions sur les enjeux de société et de faire le point sur l'étendue de nos connaissances.

«Nous vivons dans une société dominée par le discours des sciences et de la technologie, note Mme Golfman. Le problème que pose cette domination, c'est que souvent, par inadvertance, on omet les enjeux humains. Or, en sciences humaines, nous cherchons justement à ne jamais oublier l'humain.»

Par conséquent, les recherches qui s'y font visent à compléter les avancées scientifiques et technologiques, ajoute-t-elle. «Nous, nous observons les changements qu'amènent les développements des sciences et des technologies sur la société. C'est ainsi qu'on couvre de nouveaux champs de recherche, dont nos rapports avec les récentes technologies qui envahissent notre vie à toute vitesse.» La recherche en sciences humaines aide à trouver des réponses aux défis complexes de notre époque.

La société numérique

C'est ainsi que Noreen Golfman, qui est par ailleurs doyenne des études supérieures à l'Université Memorial de Terre-Neuve, parle d'un nouveau champ de recherche multidisciplinaire: le numérique social (digital humanities, en anglais).

«Il s'agit d'étudier l'impact sur notre quotidien des nouveaux modes de communication numériques», précise Mme Golfman. Quelles sont donc les conséquences des réseaux sociaux (courriel, Facebook, Twitter et compagnie) sur nos rapports personnels et sur la société? Comment modifient-ils nos rapports humains?

Plus spécifiquement, ce champ d'étude s'intéresse à la diffusion de l'information. Quel impact ces modes sociaux ont-ils sur l'enseignement et la diffusion des connaissances? Comment produisons-nous de nouveaux savoirs par l'entremise de technologies qui gagnent en popularité? «Nous observons tous les jours l'impact de ces technologies, étant donné les pressions qu'elles exercent sur notre mode de vie, dit-elle, des modes sans cesse plus rapides, plus performants et plus socialement branchés...»

C'est dire que l'étude du numérique social est particulièrement judicieuse puisque, d'une certaine façon, ces technologies ont vite fait de dépasser notre compréhension de leurs impacts sur nous, sur l'apprentissage, sur nos interactions sociales et même sur la recher-che en tant que telle, souligne Noreen Golfman.

Enjeux de société

La Fédération canadienne des sciences humaines s'intéresse aussi à des enjeux comme les droits d'auteur et ce que nous réserve le système de santé en fin de vie.

Évidemment, l'arrivée des nouvelles technologies de l'information pose une foule de problèmes concernant la propriété intellectuelle et la diffusion de l'information, problèmes qui affectent entre autres ceux et celles qui font de la recherche en sciences humaines.

La fédération participe donc au débat qui a cours à Ottawa concernant la réforme de la loi sur les droits d'auteur. «Il s'agit évidemment d'un enjeu complexe, pose Mme Golfman, et on observe de grandes tensions dans les discussions à ce sujet. On observe entre autres un courant conservateur qui préconise la protection de la propriété intellectuelle au détriment des utilisateurs, ce qui nous désavantage par rapport aux États-Unis.»

Les Américains sont beaucoup plus permissifs, quant à l'utilisation de l'information, que nous le sommes au Canada, relate Mme Golfman. Ils préconisent une démarche d'«utilisation raisonnable» de l'information, c'est-à-dire la possibilité d'utiliser les informations à certaines fins sans qu'il soit nécessaire d'en obtenir les droits ni de demander la permission pour son utilisation. Les Américains pratiquent une tolérance quant à l'emprunt des informations.

Or une telle ouverture d'esprit n'existe pas au Canada, poursuit Mme Golfman, ce qui désavantage un peu tout le monde, autant pour la recherche que pour la diffusion de la culture. «Nous considérons que le principe de l'"utilisation raisonnable" devrait s'étendre à toute activité créatrice», résume la présidente de la fédération. Selon celle-ci, le projet de loi sur les droits d'auteur doit atteindre un équilibre entre la protection des droits des propriétaires et les droits de ceux qui ont besoin d'avoir accès au contenu à des fins éducatives et de recherche.

Enfin, la recherche en scien-ces humaines s'intéresse à un domaine qui nous touche de près: les soins en fin de vie. «La plupart d'entre nous ont une certaine expérience du système de santé, souligne Mme Golfman. Nous observons assez aisément que les systèmes de santé et de mesures sociales ne sont pas conçus pour répondre de façon imaginative et flexible aux besoins d'une population vieillissante.»

Or c'est justement en sciences humaines que se trouvent les disciplines qui permettent de réaliser les études pertinentes hors du domaine des sciences et de la technologie. «Il s'agit d'études et de réflexions qui portent avant tout sur l'humain, des recherches extrêmement importantes pour notre avenir à tous, un avenir pas si lointain pour bon nombre d'entre nous», de souligner Noreen Golfman.

***

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