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    Communautés québécoises d'expression anglaise - Elles sont moins riches qu'on ne le croit

    «Pour une petite élite britannique, il y avait une masse effarante de personnes pauvres»

    1 mai 2010 |David Dumouchel | Actualités en société
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
    Il y a belle lurette que le clivage entre minorités linguistiques divise au Québec. Quelques siècles d'histoire commune n'ont rien fait pour arranger les choses; méconnaissance et préjugés se sont perpétués, souvent fondés sur une perception erronée du passé. Pour corriger le tir, un nouvel organisme a été fondé l'an dernier: le Réseau de recherche sur les communautés québécoises d'expression anglaise (RRCQEA).

    Le Québec francophone a longtemps lutté contre ses problèmes d'estime de soi; il s'est souvent perçu comme un peuple «colonisé», «porteur d'eau», à la solde d'une élite anglophone riche et désireuse de l'exploiter sans souci aucun pour son bien-être. S'il y a une certaine vérité dans cette image, explique Lorraine O'Donnell, coordonnatrice chercheuse au RRCQEA, elle n'en reste pas moins totalement éclipsée par un autre aspect beaucoup moins connu de l'histoire, à savoir que la pauvreté était — et est toujours — fort répandue au sein des communautés anglophones du Québec.

    «Pour une petite élite britannique, souvent écossaise, il y avait une masse effarante de personnes pauvres, poursuit-elle. Des quartiers comme Griffintown et Pointe-Saint-Charles étaient à l'époque les bastions d'une classe ouvrière irlandaise extrêmement pauvre, tout comme les environs du Petit-Champlain, à Québec. Et c'était parfois pire dans les milieux ruraux, où une extrême pauvreté perdurait de génération en génération.»

    Encore aujourd'hui, la croyance populaire veut que les communautés québécoises anglophones fassent mieux que les francophones au plan financier. «C'est pourtant faux!», s'exclame Lorraine O'Donnell. Une étude récente, menée par le Réseau communautaire de santé et de services sociaux, indique en effet que près de 22 % des anglophones du Québec vivent sous le seuil de faible revenu (SFR), contre quelque 16 % des francophones.

    La différence est significative et perceptible pour qui regarde vraiment, croit Lorraine O'Donnell. «Quand les gens se basent sur leurs expériences personnelles pour réfléchir à la question, ils identifient rapidement plusieurs endroits où il n'y a aucune corrélation entre richesse et communauté anglophone: N.D.G., Verdun, quartiers de l'Est de Montréal, mais aussi Gaspésie, Côte-Nord [qui ont beaucoup souffert du déclin des industries maritimes] et plusieurs villes rurales. Plusieurs des connaissances anecdotiques, que nous possédons tous, déboulonnent le mythe, et pourtant il perdure.»

    Traditions

    Ainsi, les communautés québécoises d'expression anglaise, en général aussi touchées par la pauvreté que les autres, ont historiquement contribué au développement de réponses adaptées à leur situation. Alors que les élites de ces communautés disparates — les anglophones ne forment en effet pas un bloc monolithique, tant s'en faut, mais plutôt une mosaïque de groupes aux moeurs, coutumes et appartenance religieuse très contrastées — ont bâti des hôpitaux, les franges plus populaires s'échinaient à améliorer leurs conditions de vie quotidienne.

    «Peu de gens le savent, estime Lorraine O'Donnell, mais les débardeurs irlandais ont beaucoup fait pour l'établissement du syndicalisme au Québec. Dès les années 1860, influencés par leurs propres traditions d'organisation et de militantisme, ils ont contribué à l'établissement d'un regroupement syndical, certes embryonnaire, mais qui marquait néanmoins le début de quelque chose d'important.»

    Car les Irlandais, malgré le clivage linguistique, ne travaillaient pas en vase clos; ils collaboraient avec les autres débardeurs et les ont ainsi nécessairement influencés. «Il y avait à l'époque beaucoup d'échanges et de mouvements. L'idée n'est pas de dire que les anglophones ont développé ceci ou cela, mais bien de souligner leur contribution à l'avancement de la société québécoise. C'est d'ailleurs cela qui est unique au Québec: la minorité linguistique, elle-même divisée en sous-groupes ethniques, religieux et culturels, a apporté beaucoup de traditions qui ont créé une dynamique très particulière.»

    Autre exemple de ce dynamisme: les femmes à la maison, qui créaient des réseaux d'aide informels afin de combattre la pauvreté. «Cela met en lumière l'histoire d'organisation pour combattre la pauvreté. Tout ça est un héritage réel», pourtant méconnu.

    Un réseau encore jeune

    Les travaux du RRCQEA ne se limitent toutefois pas à l'apport des communautés anglophones québécoises pour contrer la pauvreté. «L'idée de cette instance de recherche, indique Lorraine O'Donnell, est de regrouper les chercheurs qui travaillent sur des questions liées aux communautés d'expression anglaise en un réseau cohérent et organisé qui soit à même d'assurer une bonne diffusion du fruit de leur effort. Une partie de mon rôle est de faire le réseautage entre les chercheurs, les groupes communautaires et les instances gouvernementales, afin de faire mieux comprendre l'importance de la communauté anglophone du Québec et de faire connaître les défis auxquels elle fait face.»

    Dans le cadre du 78e Congrès annuel de l'Acfas, le RRCQEA proposera ainsi une trentaine de conférences échelonnées sur deux jours. La plupart d'entre elles seront données en français; une traduction simultanée sera offerte dans le cas des autres, «car il est primordial d'aborder ces problématiques ensemble, comme un groupe de chercheurs québécois, dont la langue d'usage importe peu».

    ***

    - «Communautés d'expression anglaise du Québec: enjeux actuels et tendances» se tiendra les lundi 11 et mardi 12 mai, au pavillon Jean-Coutu.

    - Pour plus d'information sur le RRCQEA, voir le site www.quescren.ca/fr.
     
     
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