Tabac: la nouvelle offensive - La bataille du tabac sans fumée
Photo : Agence France-Presse
Les adolescents américains, surtout les garçons, prisent particulièrement le Snus.
La cigarette étant écartée des lieux publics en raison de la fumée secondaire, les compagnies de tabac, cherchant toujours à renouveler leur clientèle, misent de plus en plus sur des produits sans fumée. Et il ne s'agit pas de la vieille chique à tabac de nos grands-pères. La version moderne, le «Snus», joue dans les platebandes des boissons énergisantes et des pastilles aux fruits, si populaires auprès des jeunes.
Québec — Aux États-Unis, le débat sur le «tabac sans fumée» fait rage. Il y a quelques jours, des représentants démocrates au Congrès ont sommé la Ligue nationale de baseball d'interdire à ses joueurs de chiquer du tabac pendant les parties. Cela donne un mauvais exemple aux jeunes, dit-on.
«On ne laisse pas les joueurs boire de la bière sur le terrain et la Ligue ne les laisse pas fumer non plus; alors, pourquoi on les laisserait consommer du tabac sans fumée sur le terrain, devant leurs fans, et à la télévision?», plaide le président de la Commission de l'énergie et du commerce à la Chambre des représentants, Henry Waxman.
Traditionnellement populaire dans le milieu du sport où on s'en sert pour rester alerte, la chique cède le pas à un produit nouvelle génération, qui se vend en différentes saveurs, de menthe ou de fruits, à des prix nettement inférieurs aux cigarettes (entre 50 et 60 % du prix aux États-Unis).
Le Snus (prononcer «snousse») prend la forme de petites pochettes de tisane. Contrairement à la chique traditionnelle, il ne faut pas la mâcher, mais la laisser entre la lèvre supérieure et la gencive.
«C'est un produit dégueulasse, lance le porte-parole du lobby canadien Physicans for a Smoke Free Canada, Neil Collishaw. On met le sachet dans sa bouche et il peut rester là pendant des heures. Quand l'effet de la nicotine ne se fait plus sentir, on en remet un autre. Donc, c'est possible de garder ça dans la bouche toute la journée.»
Les adolescents américains, surtout les garçons, les prisent particulièrement. D'après une étude du département de la Santé publique, les ventes de Snus et de cigares ont dépassé l'an dernier celles des cigarettes chez les jeunes dans l'État du Massachusetts.
À l'origine, les marques de Snus n'avaient pas de lien avec les cigarettes, jusqu'à ce que les grandes compagnies de tabac se mettent à produire leurs propres marques, comme le Malboro Snus ou encore le Camel Snus. Ce qui inquiète beaucoup les groupes antitabac, qui ne voient là qu'une nouvelle stratégie pour rendre les gens accros à la nicotine.
Du côté canadien, ces produits sont peu présents. Imperial Tobacco teste depuis 2007 la nouvelle marque Snus «Du Maurier original» et «Du Maurier menthe fraîche» à Ottawa et à Edmonton, mais on n'a pas observé de percée notable. «Il n'y a pas d'offensive au Canada pour l'instant, soutient Neil Collishaw. Mais ça ne veut pas dire que ça va toujours être comme ça.»
Chez Imperial Tobacco, on nous dit que le succès du produit est «moyen» parce que les lois en vigueur empêchent la compagnie de faire connaître «les bienfaits du produit au public, précise le porte-parole Éric Gagnon. On est dans une impasse: oui, le produit existe, oui, il est sur le marché, mais on ne peut pas le communiquer.»
Toujours sans concurrent dans le reste du Canada, le produit ne se vend pas au Québec, la compagnie étant encore à l'étape «d'évaluer» son potentiel. On trouve encore de vieilles marques de tabac à chiquer dans des boutiques spécialisées, mais c'est tout. «Ça fait longtemps qu'on vend ce genre de produits, mais ça touche une clientèle limitée», explique Richard Giguère, copropriétaire d'un marchand de tabac bien connu du Vieux-Québec.
Le conseiller en marketing et professeur au HEC François Desrosiers doute de l'attrait d'un tel produit au Québec. «Je pense que ç'aurait un succès limité ici si c'est du tabac à chiquer. Mais s'il s'agit d'une pastille, ça pourrait être différent.»
Car cela existe: aux États-Unis, les pastilles au tabac aromatisées à la menthe et à la cannelle Camel Orbs, lancées l'an dernier par la compagnie américaine R. J. Reynolds, suscitent de vives inquiétudes. Cette semaine, une étude publiée dans la revue Pediatrics révélait qu'un tel produit constituait une menace pour les jeunes enfants, qui risquaient de le confondre avec des petits bonbons comme des Tic-Tac.
«Le produit a beau se présenter comme du tabac, dans les yeux d'un enfant de quatre ans, il ressemble plus à des bonbons qu'à des cigarettes ordinaires», a fait valoir Gregory Connolly, de la Harvard School of Public Health, dans un entretien avec le New York Times.
Imperial Tobacco dit ne pas s'intéresser pour l'heure aux pastilles, mais elle estime qu'on devrait donner sa chance aux Snus «parce que c'est un produit moins nocif que le tabac», plaide M. Gagnon.
Certains chercheurs se demandent en effet si les produits du tabac sans fumée ne constitueraient pas une saine solution de rechange à la cigarette. En Suède, où la consommation de Snus fait partie des moeurs, on a remarqué que ce produit pouvait aider certaines personnes à arrêter de fumer.
Or le milieu de la recherche est divisé et les études suggèrent pour l'heure que le cas de la Suède est une exception. «C'est le gros sujet de débats dans la communauté des chercheurs qui s'intéressent à la lutte contre le tabagisme», soutient Kelley Lee, qui dirige le Centre de recherche en santé publique et environnementale de la London School of Hygiene & Tropical Medicine.
La Suède est le seul pays membre de l'Union européenne qui tolère la vente de ces produits. L'Australie, le Japon, la Nouvelle-Zélande, Hong Kong et Israël ont tous interdit la vente du produit sur leur territoire. Pour l'instant, les groupes antitabac exhortent les consommateurs à ne pas miser sur ce genre de produits comme substitut au tabac. Car s'il prémunit l'environnement contre la fumée, le Snus, plaident-ils, peut causer le cancer de la bouche et de la gorge, augmenter le rythme cardiaque et causer des problèmes dentaires.
Québec — Aux États-Unis, le débat sur le «tabac sans fumée» fait rage. Il y a quelques jours, des représentants démocrates au Congrès ont sommé la Ligue nationale de baseball d'interdire à ses joueurs de chiquer du tabac pendant les parties. Cela donne un mauvais exemple aux jeunes, dit-on.
«On ne laisse pas les joueurs boire de la bière sur le terrain et la Ligue ne les laisse pas fumer non plus; alors, pourquoi on les laisserait consommer du tabac sans fumée sur le terrain, devant leurs fans, et à la télévision?», plaide le président de la Commission de l'énergie et du commerce à la Chambre des représentants, Henry Waxman.
Traditionnellement populaire dans le milieu du sport où on s'en sert pour rester alerte, la chique cède le pas à un produit nouvelle génération, qui se vend en différentes saveurs, de menthe ou de fruits, à des prix nettement inférieurs aux cigarettes (entre 50 et 60 % du prix aux États-Unis).
Le Snus (prononcer «snousse») prend la forme de petites pochettes de tisane. Contrairement à la chique traditionnelle, il ne faut pas la mâcher, mais la laisser entre la lèvre supérieure et la gencive.
«C'est un produit dégueulasse, lance le porte-parole du lobby canadien Physicans for a Smoke Free Canada, Neil Collishaw. On met le sachet dans sa bouche et il peut rester là pendant des heures. Quand l'effet de la nicotine ne se fait plus sentir, on en remet un autre. Donc, c'est possible de garder ça dans la bouche toute la journée.»
Les adolescents américains, surtout les garçons, les prisent particulièrement. D'après une étude du département de la Santé publique, les ventes de Snus et de cigares ont dépassé l'an dernier celles des cigarettes chez les jeunes dans l'État du Massachusetts.
À l'origine, les marques de Snus n'avaient pas de lien avec les cigarettes, jusqu'à ce que les grandes compagnies de tabac se mettent à produire leurs propres marques, comme le Malboro Snus ou encore le Camel Snus. Ce qui inquiète beaucoup les groupes antitabac, qui ne voient là qu'une nouvelle stratégie pour rendre les gens accros à la nicotine.
Du côté canadien, ces produits sont peu présents. Imperial Tobacco teste depuis 2007 la nouvelle marque Snus «Du Maurier original» et «Du Maurier menthe fraîche» à Ottawa et à Edmonton, mais on n'a pas observé de percée notable. «Il n'y a pas d'offensive au Canada pour l'instant, soutient Neil Collishaw. Mais ça ne veut pas dire que ça va toujours être comme ça.»
Chez Imperial Tobacco, on nous dit que le succès du produit est «moyen» parce que les lois en vigueur empêchent la compagnie de faire connaître «les bienfaits du produit au public, précise le porte-parole Éric Gagnon. On est dans une impasse: oui, le produit existe, oui, il est sur le marché, mais on ne peut pas le communiquer.»
Toujours sans concurrent dans le reste du Canada, le produit ne se vend pas au Québec, la compagnie étant encore à l'étape «d'évaluer» son potentiel. On trouve encore de vieilles marques de tabac à chiquer dans des boutiques spécialisées, mais c'est tout. «Ça fait longtemps qu'on vend ce genre de produits, mais ça touche une clientèle limitée», explique Richard Giguère, copropriétaire d'un marchand de tabac bien connu du Vieux-Québec.
Le conseiller en marketing et professeur au HEC François Desrosiers doute de l'attrait d'un tel produit au Québec. «Je pense que ç'aurait un succès limité ici si c'est du tabac à chiquer. Mais s'il s'agit d'une pastille, ça pourrait être différent.»
Car cela existe: aux États-Unis, les pastilles au tabac aromatisées à la menthe et à la cannelle Camel Orbs, lancées l'an dernier par la compagnie américaine R. J. Reynolds, suscitent de vives inquiétudes. Cette semaine, une étude publiée dans la revue Pediatrics révélait qu'un tel produit constituait une menace pour les jeunes enfants, qui risquaient de le confondre avec des petits bonbons comme des Tic-Tac.
«Le produit a beau se présenter comme du tabac, dans les yeux d'un enfant de quatre ans, il ressemble plus à des bonbons qu'à des cigarettes ordinaires», a fait valoir Gregory Connolly, de la Harvard School of Public Health, dans un entretien avec le New York Times.
Imperial Tobacco dit ne pas s'intéresser pour l'heure aux pastilles, mais elle estime qu'on devrait donner sa chance aux Snus «parce que c'est un produit moins nocif que le tabac», plaide M. Gagnon.
Certains chercheurs se demandent en effet si les produits du tabac sans fumée ne constitueraient pas une saine solution de rechange à la cigarette. En Suède, où la consommation de Snus fait partie des moeurs, on a remarqué que ce produit pouvait aider certaines personnes à arrêter de fumer.
Or le milieu de la recherche est divisé et les études suggèrent pour l'heure que le cas de la Suède est une exception. «C'est le gros sujet de débats dans la communauté des chercheurs qui s'intéressent à la lutte contre le tabagisme», soutient Kelley Lee, qui dirige le Centre de recherche en santé publique et environnementale de la London School of Hygiene & Tropical Medicine.
La Suède est le seul pays membre de l'Union européenne qui tolère la vente de ces produits. L'Australie, le Japon, la Nouvelle-Zélande, Hong Kong et Israël ont tous interdit la vente du produit sur leur territoire. Pour l'instant, les groupes antitabac exhortent les consommateurs à ne pas miser sur ce genre de produits comme substitut au tabac. Car s'il prémunit l'environnement contre la fumée, le Snus, plaident-ils, peut causer le cancer de la bouche et de la gorge, augmenter le rythme cardiaque et causer des problèmes dentaires.
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