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    Communauté plurielle - « Il y a souvent des clichés qui reviennent »

    Les Québécois connaîtraient peu la culture juive moderne

    Les débats devant la commission Bouchard-Taylor ont été très importants pour trouver un équilibre entre les communautés et les identités d’une société pluraliste qui évolue très vite.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les débats devant la commission Bouchard-Taylor ont été très importants pour trouver un équilibre entre les communautés et les identités d’une société pluraliste qui évolue très vite.
    Être juif, québécois et progressiste en 2010, que cela signifie-t-il? Définir les contours d'une population aux origines diverses, aux langues d'usage multiples et aux croyances variées n'est pas une mince tâche. Interrogés sur la question, Maurice Chalom, Jeff Itcush et Ariel Ifergan dressent le portrait d'une communauté plurielle.

    À Montréal, où la grande majorité des Juifs québécois vivent aujourd'hui, on estime la communauté juive à un peu plus de 90 000 membres. Environ 23 % de cette population est d'origine sépharade, alors que la majorité est ashkénaze. Parmi eux, seulement 12 % sont hassidiques. Chez les orthodoxes, le taux de natalité est élevé, mais, au sein du reste de la population juive, il est similaire à la moyenne québécoise. La communauté juive montréalaise est la deuxième en importance au Canada, après celle de Toronto.

    Maurice Chalom, Français d'origine et établi à Montréal depuis 1978, fait partie de cette communauté. Sociologue et intellectuel réputé, il est conseiller en planification stratégique et en développement communautaire à la Ville de Montréal. Il constate que, en dépit de la proximité, les Québécois connaissent peu la culture juive moderne.

    «Même si la communauté juive est au Québec depuis plus de deux siècles, elle reste largement méconnue de la société québécoise. Il y a souvent des clichés qui reviennent, comme le fait qu'il s'agirait d'une communauté riche, unilingue anglophone, monolithique et orthodoxe. Mais, en fait, on est à des années-lumière de ça», indique M. Chalom.

    De Cohen à Safdie

    Si les Québécois ont tendance à associer la communauté juive aux orthodoxes hassidiques, bien qu'ils ne constituent qu'une minorité au sein de celle-ci, c'est sans doute parce qu'ils sont les plus visibles. Pourtant, des grands noms ayant marqué la société québécoise, la communauté juive en compte des dizaines. Il suffit de songer au poète chanteur Leonard Cohen, au docteur Mark Wainberg, ancien directeur du Centre du sida de l'Université McGill, à l'auteur Mordecai Richler, au hockeyeur Michael Cammalleri, aux gens d'affaires de la famille Bronfman, reconnus pour leur engagement philanthropique, ou encore à l'architecte Moshe Safdie, qui a transformé le paysage montréalais avec son projet Habitat 67.

    «Quand on voit, au prorata de notre poids démographique, ce qu'on peut avoir comme universitaires, comme intellectuels, comme artistes, comme gens d'affaires, on ne peut que constater à quel point la communauté juive du Québec est variée et dynamique. Elle prend toutes sortes de formes et de visages, elle est loin d'être monolithique et en dorman-ce», remarque Maurice Chalom.

    Jeff Itcush abonde dans le même sens. Juif d'origine, Québécois par choix, il est établi à Montréal depuis plus de 20 ans et enseigne aujourd'hui à l'école secondaire hébraïque Bialik.

    «La communauté est très plurielle, dans le sens ethnique, linguistique, religieux, politique et économique. Il y a de nouveaux immigrants juifs qui viennent d'un peu partout à travers le monde. Aujourd'hui, environ 20 % des Juifs sont francophones et on compte aussi beaucoup de francophiles. Au niveau économique, on sait qu'environ 20 % des membres de la communauté vivent sous le seuil de la pauvreté. Les réalités financières sont très variées. Et, sur le plan politique, ce n'est pas monolithique non plus. Il y a des Juifs dans tous les partis, engagés dans toutes les causes», précise M. Itcush.

    Selon Ariel Ifergan, jeune trentenaire comédien, metteur en scène et producteur, la pluralité caractéristique de la communauté juive québécoise est salutaire. Élevé au sein d'une famille ouverte sur le monde, il considère la diversité comme l'une des plus grandes forces de sa communauté.

    «Pour moi, cette diversité, c'est une grande richesse. Entre Leonard Cohen et Enrico Macias, il y a tout un monde! Il y a un large éventail, du plus religieux au plus laïque, du Juif new-yorkais au Juif argentin. On y trouve une grande diversité de pensées et de croyances, mais peu importe les différences entre les individus, il existe un sentiment d'appartenance et de responsabilité commune qui crée un lien entre ces gens.»

    Au-delà des différences, les similitudes

    À l'école Bialik, Jeff Itcush enseigne l'histoire et les sciences politiques. Dans ses cours, il s'emploie à exposer les ressemblances qui unissent la société québécoise et la communauté juive, plutôt que de tabler sur leurs différences. Au dire de l'enseignant, les élèves, de jeunes Juifs d'origines diverses, sont beaucoup plus intéressés par la culture québécoise et francophone qu'il y a une quinzaine d'années.

    «Mes élèves sont de plus en plus engagés auprès de la société québécoise. Ils comprennent qu'il existe certes des racines distinctes entre les deux sociétés, mais qu'elles cherchent un but commun. Ils comprennent que le régime de justice sociale est très ancré dans les deux cultures et que nous partageons beaucoup de petits et de grands défis», révèle l'enseignant.

    Comme Jeff Itcush, M. Chalom estime qu'on doit reconnaître à ces collectivités plus de similarités que de divergences: «Il y a une communauté de destin avec la société québécoise. Toutes deux sont préoccupées par leur spécificité au Canada et en Amérique du Nord et par les enjeux actuels de la démographie. Nous partageons des combats sur l'identité, sur les particularités culturelles, la langue, et nous sommes deux sociétés qui mettent de l'avant des stratégies pour rester performantes et innovantes dans ce contexte.»

    Selon Ariel Ifergan, il importe de miser sur ces liens. À son avis, un enseignement plus approfondi de l'histoire au niveau secondaire est une des voies à emprunter pour favoriser le rapprochement des deux communautés: «Les Québécois et les Juifs ont tout pour s'entendre. Les conditions gagnantes sont réunies pour que règne l'harmonie. Il faut les préserver, les cultiver et ne pas les tenir pour acquises. La peur de l'autre, c'est quelque chose d'humain et qui nous guette tout le temps. Quand on s'aperçoit que l'autre nous ressemble, on est plus enclin à le rencontrer.»

    Accommodements raisonnables

    En 2010, alors que la question des accommodements raisonnables est toujours d'actualité, aborder la double identité juive et québécoise implique nécessairement une discussion sur le sujet. Pour Jeff Itcush, comme pour ses comparses, le débat entamé en 2007 est inévitable et nécessaire.

    «La réalité, c'est qu'il existe dans le contexte mondial une très grande diversité au niveau des populations, souligne M. Itcush. Comme les autres sociétés occidentales, le Québec est en train de devenir pluriel. À mon avis, le processus et les débats suivant la commission Bouchard-Taylor sont très importants pour trouver un équilibre entre les communautés et les identités d'une société pluraliste qui évolue très vite.»

    S'ils qualifient tous d'admirable le travail effectué par les commissaires, Maurice Chalom, Jeff Itcush et Ariel Ifergan déplorent le fait que les re-commandations émises n'ont pas encore été appliquées et que le débat est toujours cantonné à la question des signes religieux.

    «D'après moi, confie Maurice Chalom, une forêt se cache derrière la notion d'accommodement raisonnable et le vrai débat reste à faire, c'est-à-dire s'attaquer à la question de l'identité collective et de la laïcité. De la même façon que le milieu orthodoxe "outremonté" reste un épiphénomène localisé, dans un autre rapport, mais dans la même veine, la question des accommodements raisonnables est un épiphénomène. Les vraies questions restent devant nous. Ce qui me donne espoir, c'est que lorsqu'on revient à la démarche intellectuelle de Bouchard-

    Taylor et à l'écoute citoyenne, j'entrevois la possibilité d'aborder les vraies questions.»

    ***

    Collaboratrice du Devoir
     
     
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