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    Femmes et judaïsme - Des femmes veulent changer la loi juive concernant le divorce

    Quel est le rôle de la femme dans le judaïsme? Comment ses droits ont-ils évolué? Deux expertes font le point.

    Selon Norma Joseph, professeure associée au Département des religions de l'Université Concordia, le statut des femmes dans le judaïsme est à l'image du milieu dans lequel elles vivent. «Il y a des Juifs dans les sociétés musulmanes, catholiques, etc. S'ils ont leurs propres pratiques religieuses, les Juifs ont une très grande capacité d'adaptation.» Ainsi, alors que les Juives étaient traditionnellement tenues à l'écart des études religieuses, bon nombre d'entre elles peuvent aujourd'hui étudier les textes sacrés dans les sociétés où tous et toutes peuvent fréquenter des établissements scolaires publics.

    La féministe précise que le XXe siècle a été une période extraordinaire pour les Juives en Amérique du Nord. «En ayant accès à la connaissance des textes judaïques, les femmes ont commencé à poser d'excellentes questions sur leur statut, ce qui a fait changer les choses de l'intérieur. Ainsi, de plus en plus de Juives participent à la pratique des rituels religieux, même si elles ont encore du mal à accéder à la direction des instances. Par exemple, les femmes rabbins sont encore souvent confinées à la tête de petites congrégations.»

    Une communauté plurielle

    Même son de cloche de la part de la sociologue Sonia Sarah Lipsyc, qui mentionne que la communauté juive n'est pas monolithique. «Il existe quatre grands courants du judaïsme: orthodoxe, conservateur, réformiste ou libéral, reconstructionniste, dit-elle. Les droits des femmes évolueront en fonction du courant auquel elles appartiennent. Par exemple, dans les synagogues ultraorthodoxes, les femmes et les hommes vont être séparés, les hommes étant devant et les femmes généralement derrière ou à l'étage. Ce qui n'est pas le cas dans les synagogues réformistes, reconstructionnistes ainsi que dans certaines synagogues conservatrices où les femmes ont accès de plain-pied à la sphère rituelle.»

    D'ailleurs, au sein même du judaïsme orthodoxe, il existe plusieurs courants: ultraorthodoxe, orthodoxe moderne et traditionaliste, poursuit Mme Lipsyc, également directrice d'ALEPH, Centre d'études juives contemporaines à Montréal. «Parfois, ce qui se passe dans le monde orthodoxe moderne serait impensable dans le monde ultraorthodoxe, dit-elle. Récemment, le rabbin orthodoxe moderne new-yorkais Avi Weiss a ordonné rabbin Sarah Hurwitz. C'est la première femme à avoir été nommée rabbin officiellement à la tête d'une instance en Amérique du Nord. Le rabbin Weiss a essuyé les foudres du monde orthodoxe traditionnel.»

    Ainsi, dans certains cas, les inégalités ont été abolies; ailleurs, elles persistent. «Chez les Juifs réformistes, conservateurs et reconstructionnistes, bon nombre de femmes sont rabbins. Chez les Juifs orthodoxes, on en compte seulement quelques-unes et elles exercent la fonction de guide spirituel, se rapprochant de celle des rabbins», note Mme Joseph. D'après elle, ce n'est toutefois qu'une question de temps avant que le mouvement orthodoxe n'accepte l'ordination des femmes. «Le rabbinat repose sur l'érudition. Comme la Juive orthodoxe d'aujourd'hui veut étudier les textes sacrés, la situation évoluera. Le processus est en cours en Israël comme aux États-Unis.»

    Des êtres égaux ?

    Mme Joseph constate qu'il reste encore des luttes importantes à mener pour atteindre une véritable égalité. «Au Québec, les femmes gagnent un revenu moins élevé que les hommes; elles sont minoritaires au Parlement, fait-elle observer. Les problèmes observés dans la société séculaire existent aussi dans les communautés religieuses. Pourtant, dans la Bible, il est écrit que les hommes et les femmes sont égaux. Ils ont tous deux été créés à l'image de Dieu. Malheureusement, cela ne veut pas dire que les hommes vont traiter les femmes en tant qu'égales. Certains le font, d'autres, non.»

    Mme Lipsyc note, pour sa part, que certaines femmes dans les communautés juives orthodoxes ont encore du mal à étudier certains textes sacrés. «Il faut que les femmes aient un accès total à toutes les sources de la tradition juive, y compris l'étude du Talmud (NDLR: recueil de droit civil et religieux juif). C'est le cas à Hebrew Academy, un lycée qui accueille les élèves appartenant au courant orthodoxe moderne, ainsi qu'au centre pour les adultes

    ALEPH, mais pas encore partout. Dans certains endroits, les femmes doivent se battre pour avoir accès à l'étude talmudique.»

    Le divorce

    De nombreuses femmes mènent également des combats importants en vue de faire changer la loi juive concernant le divorce. Selon la loi juive, la demande de dissolution du mariage revient au mari. Les femmes divorcées civilement ne peuvent pas se remarier religieusement tant que leur ancien époux ne leur a pas donné le guet, un acte écrit dans lequel l'homme divorce de sa femme. En l'absence de guet, les époux divorcés civilement sont toujours considérés comme mariés selon la tradition juive, même s'ils ne vivent plus ensemble. Dans ce cas, la femme ne pourra pas se remarier religieusement. Qui plus est, si elle demeure avec un autre homme, elle pourra être accusée d'adultère et les enfants nés de cette union seront considérés comme des bâtards. Afin de remédier à cette situation, bon nombre d'époux signent une entente prénuptiale établissant que l'épouse pourra obtenir le guet si les circonstances l'exigent.

    En raison de l'importance que revêt le guet pour la femme, certains hommes l'utilisent pour faire du chantage. «Je te donne le guet à condition que tu me laisses la maison, le commerce et le compte bancaire», illustre Mme Joseph, également membre fondatrice de la Canadian Coalition of Jewish for the Get. En 1990, la Cour suprême du Canada a condamné un individu de religion juive à payer des dommages et intérêts à son ex-épouse pour avoir refusé de respecter son engagement civil d'accorder un divorce juif. «Le juge ne peut pas forcer l'homme à accorder le divorce religieux, dit-elle. Mais il peut faire pression sur l'ex-époux et rendre l'obtention du divorce civil beaucoup plus difficile.»

    Actuellement, la loi juive ne peut toujours pas obliger un mari à donner le guet. «Certains rabbins ont examiné la possibilité de modifier la loi, mais ce n'est pas encore fait. Pourquoi? Peut-être parce que c'est un problème propre aux femmes et peut-être aussi parce qu'on ne veut pas en faire un gros problème. Le divorce est quelque chose de triste, c'est un échec. Il est préférable de l'envisager sous un angle individuel plutôt que sous un angle national», conclut Mme Joseph.

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    Collaboratrice du Devoir
     
     
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