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    Congrès juif québécois - « Nous appuyons tout à fait l'idée d'une société laïque québécoise »

    Le CJQ veut mieux faire connaître la réalité juive et contribuer aux débats de société

    24 avril 2010 |Brigitte Saint-Pierre | Actualités en société
    Adam Atlas, président du Congrès juif québécois
    Photo: Congrès juif québécois Adam Atlas, président du Congrès juif québécois
    Le Congrès juif canadien a plus de 90 ans. C'est à Montréal qu'a eu lieu, en 1919, la première assemblée plénière de cette organisation, qui agit comme porte-parole de la communauté juive du pays. Son aile québécoise a pris l'an dernier le nom de Congrès juif québécois (CJQ). Entretien avec le président du CJQ, Me Adam Atlas.

    «La réalité de la communauté juive québécoise d'aujourd'hui, c'est qu'elle est très intégrée dans la société québécoise, affirme Me Adam Atlas, président du Congrès juif québécois, une division du Con-grès juif canadien. Elle est beaucoup plus francophone et bilingue qu'elle l'a été dans le passé. Et c'est une communauté qui se voit comme québécoise à part entière et qui veut être présente pour les débats de société.»

    Le Congrès juif québécois cherche à mieux faire connaître la réalité juive. Me Atlas estime qu'il y a, au sein de la population québécoise, une certaine méconnaissance de ce qu'est un Juif. Il fait valoir que les images de Juifs dans les journaux représentent «presque exclusivement» des membres de la minorité ultraorthodoxe. «Il y a une certaine ignorance et nous faisons notre part pour éliminer cette ignorance-là, c'est-à-dire aller en région, rencontrer des gens à l'extérieur de Montréal pour leur expliquer qui nous som-mes.» En 2008, des représentants de la section québécoise du Congrès juif canadien sont par exemple allés au Musée des religions du monde, à Nicolet, pour partager un séder, un repas de la Pâque juive.

    Me Atlas indique que la communauté juive québécoise compte quelque 96 000 personnes, qui habitent surtout dans la région de Montréal. Il mentionne qu'environ un tiers des membres de la communauté sont francophones.

    Débat sur la laïcité

    Le président du CJQ estime que la communauté juive, implantée au Québec depuis 250 ans tout en étant une minorité, peut faire une contribution importante au débat autour de la laïcité et des accommodements raisonnables. «Évidemment, on ne veut pas que le débat se centre uniquement sur certains groupes minoritaires, que ce soit les Juifs ou les musulmans, mais qu'il s'élargisse.» Me Atlas fait valoir que ce débat concerne toute la société, y compris la population majoritaire.

    «Nous appuyons tout à fait l'idée d'une société laïque québécoise, tout en respectant les longues traditions de tous les groupes religieux et culturels qui existent depuis des centaines d'années ici au Québec, que ce soit les catholiques, les Juifs ou d'autres», dit le président du CJQ.

    Me Atlas souligne que la communauté juive n'est pas monolithique. «Il y a des Juifs très séculaires et il y a des Juifs très religieux, très pratiquants. Alors, il y a tout un arc-en-ciel, si vous voulez, de positions, même au sein de notre communauté, sur cette question-là.» Le président du CJQ indique qu'il existe un certain consensus au sein de la communauté juive «sur le droit de maintenir sa religion» et d'avoir accès «à une éducation dans les bases de sa religion». Il indique que les avis sont toutefois partagés sur certaines questions, par exemple sur celle de l'opportunité de garder un crucifix à l'Assemblée nationale. «Il y a ceux dans notre communauté qui sont pour et d'autres qui sont contre.»

    Me Atlas croit que l'identité et la laïcité devraient être dissociées. Selon lui, l'identité nationale est une chose et la religion en est une autre. «On ne devrait pas être moins juif pour être plus québécois.»

    Le président du CJQ estime que, dans les médias, il a été beaucoup question de la communauté juive et de la minorité hassidique. Il estime que la communauté a fait l'objet d'une attention «exagérée». «On parle plus [des élèves dans les écoles juives] qu'on parle des milliers d'élèves québécois qui sont en train de décrocher, qui ont un taux de décrochage très élevé», déplore-t-il.

    Le président du CJQ qualifie de constructifs les changements proposés par la ministre de l'Éducation du Québec en ce qui concerne les moments où il est permis d'enseigner. En dépit de ces changements, deux des écoles juives ne souhaiteraient pas se conformer au régime pédagogique québécois. Interrogé à ce sujet, Me Atlas affirme que la position du CJQ a toujours été la même, à savoir que «les écoles doivent respecter la loi».

    Actions et relations

    Me Atlas indique par ailleurs que le CJQ cherche à faciliter le dialogue entre la communauté juive et «les instances gouvernementales, médiatiques et sociales». Le CJQ organise également différentes activités. Récemment, il a participé à la conception et à la réalisation de l'exposition Juifs et Haïtiens, une histoire oubliée. Me Atlas mentionne que certains diplomates haïtiens ont pu sauver des Juifs de l'Holocauste et qu'il existe des similitudes entre l'histoire du peuple haïtien et celle du peuple juif. Dans la description de l'exposition, on pouvait lire que «Juifs et Haïtiens partagent un même destin: celui de résister pour exister».

    «Le Congrès juif québécois n'est pas seulement une organisation qui représente la communauté juive, c'est aussi une organisation qui agit dans les dossiers des droits de l'homme», indique par ailleurs le président. Me Atlas mentionne que le CJQ appuie la communauté gaie dans sa lutte contre l'homophobie. «Aussi, nous sommes très proches de la communauté rwandaise, en particulier pour les commémorations du génocide rwandais», dit-t-il, ajoutant que le CJQ est également très actif pour aider les gens du Darfour. Des représentants du Congrès juif québécois participent de plus à diverses activités interculturelles.

    Me Atlas estime que, sur le plan personnel, dans la vie quotidienne, il est très agréable de vivre au Québec et que les relations entre la communauté juive et la majorité québécoise francophone sont bonnes. «Mais, à certains moments, en particulier quand ça se réchauffe au Moyen-Orient, la communauté ici ressent un peu des sentiments négatifs de leurs concitoyens québécois.»

    Le président du CJQ mentionne par ailleurs que les jeunes Québécois semblent être très ouverts par rapport aux minorités. «Cette ouverture-là, nous la voyons comme un aspect très positif et ça nous donne beaucoup d'optimisme quant à la continuation de l'intégration des Juifs dans la société québécoise», dit-il.

    ***

    Collaboratrice du Devoir












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