Pour un développement harmonieux de notre électricité - De l'éolien dans le paysage?
«Le développement durable doit être la réconciliation de l'économie et de l'environnement»
Photo : Agence Reuters David Moir
L’un des arguments avancés à l’encontre de l’hydro-électricité est qu’elle affecte le débit des rivières et le caractère naturel des écosystèmes — ce qui n’est pas le cas des centrales éoliennes.
Nous approchons du jour où les ressources de pétrole disponibles ne pourront plus répondre à l'ensemble de nos besoins énergétiques. Il faudra alors faire davantage appel à des sources d'énergie renouvelables telles que l'hydro-électricité et l'éolien. Toutefois, on se bute à l'idéologie écologiste.
Jean-François Lefebvre, jeune chercheur en économie et chargé de cours en études urbaines à l'UQAM, pose un constat déroutant: «Les mêmes arguments qui justifiaient autrefois l'opposition au développement des centrales hydro-électriques servent à présent à contrer l'éolien, souligne-t-il. On parlait jadis de "massacrer" et de "détruire" les rivières, on parle maintenant de "massacrer" et de "détruire" les paysages!»
Deux poids, deux mesures
Dans le cadre d'un colloque sur l'avenir énergétique du Québec organisé en octobre dernier à l'UQAM, M. Lefebvre a justement traité des obstacles idéologiques sur la voie d'un développement énergétique durable. «La conclusion de mon cheminement est que l'une des clés pour parvenir au développement durable est l'écofiscalité, c'est-à-dire s'assurer qu'on prend en compte les coûts écologiques afin que les gens prennent compte les véritables coûts.»
Comme exemple d'écofiscalité, il cite une étude californienne qui établit que le stationnement gratuit offert par une entreprise à ses employés équivaut à une subvention de 1 $ le litre d'essence. «Si donc on donnait à tous les travailleurs un montant forfaitaire pour qu'ils se rendent à leur travail et qu'on leur facturait ensuite le stationnement, tout en leur offrant aussi la possibilité de prendre le transport en commun ou de venir en vélo, voilà qui changerait complètement la donne.»
De même, l'éclosion du mouvement écologiste dans les années 1970 a favorisé le retour à la nature. «Ce courant idéologique a valorisé la vie en banlieue au détriment de la ville, dit-il. Ce peut être très viable que d'habiter dans une maison entourée d'arbres, mais s'il faut deux voitures pour assurer tous les déplacements, ce ne l'est plus.»
Il cite d'autre part l'exemple du sénateur Ted Kennedy, qui, dans les années 1990, est venu militer au Québec contre le développent hydro-électrique de la rivière Grande-Baleine, préconisant plutôt le recours à l'éolien. «Toutefois, dans les années 2000, ce même sénateur s'est opposé à la construction d'éoliennes à Cape Cod... parce qu'il ne voulait pas en voir dans son paysage!»
Heureusement, poursuit-il, les promoteurs ont fini par obtenir gain de cause... jusqu'à ce que, en novembre dernier, des groupes autochtones locaux recourent aux tribunaux afin de «protéger ce site qui, à leurs yeux, a un caractère sacré qui serait entaché par la présence d'éoliennes»! Ici même au Québec, après que les écologistes eurent tant vanté les mérites de l'éolien dans les années 1990, voilà que cette solution se bute à présent à la résistance des collectivités. «En fait, on pourrait dire que l'éolien idéal — qui ne dérangerait personne — devrait se trouver au fond d'une vallée inhabitée et entre des montagnes», ironise M. Lefebvre.
On peut ainsi critiquer l'écologisme en tant qu'idéologie lorsqu'elle cherche à séparer l'être humain de la nature, poursuit-il. «L'idéologie écologiste tente de préserver la nature en créant des zones intouchées et à l'abri de tout contact avec l'humain, dit-il. Cependant, afin d'assurer un véritable développement durable, il faut plutôt intégrer un développement qui répond à nos besoins tout en préservant la nature. Le deux se doivent d'aller de pair, le développement durable doit être la réconciliation de l'économie et de l'environnement.»
Éolien ou hydro?
Nous savons que nous approchons du jour où nous n'aurons plus assez de pétrole pour répondre à nos besoins, poursuit le jeune économiste. Dans un premier temps, la solution de rechange peu coûteuse au pétrole pourrait bien être le charbon ainsi que le nucléaire — deux sources d'énergie qui ont d'importants impacts sur l'environnement.
«Dans ce contexte, nous devons au Québec considérer nos capacités de produire de l'électricité comme la fourniture d'énergie remplaçant le pétrole, dit-il. Nous allons donc devoir développer notre potentiel hydro-électrique et éolien — l'un ne doit pas être opposé à l'autre.»
C'est ainsi que, le jour pas si lointain où l'essence coûtera 2 $ ou 3 $ le litre, les changements s'imposeront d'eux-mêmes, souligne-t-il. Quel type de changement? «On devra alors accepter des modifications aux écosystèmes ainsi que l'altération de nos paysages — comme des lignes à haute tension traversant les campagnes et des fils dans nos rues afin d'alimenter des tramways électriques — donc toutes sortes de changements afin de disposer d'une source d'énergie renouvelable.»
L'un des arguments avancés à l'encontre de l'hydro-électricité est qu'elle affecte le débit des rivières et le caractère naturel des écosystèmes — ce qui n'est pas le cas des centrales éoliennes, dit-on. Toutefois, pose M. Lefebvre, que se passerait-il si on augmentait substantiellement notre production d'énergie éolienne sans accroître celle de nos barrages? Cela voudrait dire que, lorsque le vent ne souffle pas, il faudrait faire tourner à plein régime nos turbines hydro-électriques, souligne-t-il. Et, lorsque le vent s'élèverait, on les fermerait. «Voilà qui augmenterait de façon spectaculaire les fluctuations et le caractère erratique du débit de nos rivières!»
Si donc on se soucie de l'incidence de l'hydro-électricité sur les rivières, celle de l'éolien seul serait encore plus importante. «Par contre, si on développe raisonnablement l'éolien et l'hydro-électricité, on obtiendra le meilleur des deux mondes, estime Jean-François Lefebvre. De surcroît, le Québec fournirait alors une source d'énergie renouvelable essentielle à la préservation de l'environnement et de notre qualité de vie.»
***
Collaborateur du Devoir
Jean-François Lefebvre, jeune chercheur en économie et chargé de cours en études urbaines à l'UQAM, pose un constat déroutant: «Les mêmes arguments qui justifiaient autrefois l'opposition au développement des centrales hydro-électriques servent à présent à contrer l'éolien, souligne-t-il. On parlait jadis de "massacrer" et de "détruire" les rivières, on parle maintenant de "massacrer" et de "détruire" les paysages!»
Deux poids, deux mesures
Dans le cadre d'un colloque sur l'avenir énergétique du Québec organisé en octobre dernier à l'UQAM, M. Lefebvre a justement traité des obstacles idéologiques sur la voie d'un développement énergétique durable. «La conclusion de mon cheminement est que l'une des clés pour parvenir au développement durable est l'écofiscalité, c'est-à-dire s'assurer qu'on prend en compte les coûts écologiques afin que les gens prennent compte les véritables coûts.»
Comme exemple d'écofiscalité, il cite une étude californienne qui établit que le stationnement gratuit offert par une entreprise à ses employés équivaut à une subvention de 1 $ le litre d'essence. «Si donc on donnait à tous les travailleurs un montant forfaitaire pour qu'ils se rendent à leur travail et qu'on leur facturait ensuite le stationnement, tout en leur offrant aussi la possibilité de prendre le transport en commun ou de venir en vélo, voilà qui changerait complètement la donne.»
De même, l'éclosion du mouvement écologiste dans les années 1970 a favorisé le retour à la nature. «Ce courant idéologique a valorisé la vie en banlieue au détriment de la ville, dit-il. Ce peut être très viable que d'habiter dans une maison entourée d'arbres, mais s'il faut deux voitures pour assurer tous les déplacements, ce ne l'est plus.»
Il cite d'autre part l'exemple du sénateur Ted Kennedy, qui, dans les années 1990, est venu militer au Québec contre le développent hydro-électrique de la rivière Grande-Baleine, préconisant plutôt le recours à l'éolien. «Toutefois, dans les années 2000, ce même sénateur s'est opposé à la construction d'éoliennes à Cape Cod... parce qu'il ne voulait pas en voir dans son paysage!»
Heureusement, poursuit-il, les promoteurs ont fini par obtenir gain de cause... jusqu'à ce que, en novembre dernier, des groupes autochtones locaux recourent aux tribunaux afin de «protéger ce site qui, à leurs yeux, a un caractère sacré qui serait entaché par la présence d'éoliennes»! Ici même au Québec, après que les écologistes eurent tant vanté les mérites de l'éolien dans les années 1990, voilà que cette solution se bute à présent à la résistance des collectivités. «En fait, on pourrait dire que l'éolien idéal — qui ne dérangerait personne — devrait se trouver au fond d'une vallée inhabitée et entre des montagnes», ironise M. Lefebvre.
On peut ainsi critiquer l'écologisme en tant qu'idéologie lorsqu'elle cherche à séparer l'être humain de la nature, poursuit-il. «L'idéologie écologiste tente de préserver la nature en créant des zones intouchées et à l'abri de tout contact avec l'humain, dit-il. Cependant, afin d'assurer un véritable développement durable, il faut plutôt intégrer un développement qui répond à nos besoins tout en préservant la nature. Le deux se doivent d'aller de pair, le développement durable doit être la réconciliation de l'économie et de l'environnement.»
Éolien ou hydro?
Nous savons que nous approchons du jour où nous n'aurons plus assez de pétrole pour répondre à nos besoins, poursuit le jeune économiste. Dans un premier temps, la solution de rechange peu coûteuse au pétrole pourrait bien être le charbon ainsi que le nucléaire — deux sources d'énergie qui ont d'importants impacts sur l'environnement.
«Dans ce contexte, nous devons au Québec considérer nos capacités de produire de l'électricité comme la fourniture d'énergie remplaçant le pétrole, dit-il. Nous allons donc devoir développer notre potentiel hydro-électrique et éolien — l'un ne doit pas être opposé à l'autre.»
C'est ainsi que, le jour pas si lointain où l'essence coûtera 2 $ ou 3 $ le litre, les changements s'imposeront d'eux-mêmes, souligne-t-il. Quel type de changement? «On devra alors accepter des modifications aux écosystèmes ainsi que l'altération de nos paysages — comme des lignes à haute tension traversant les campagnes et des fils dans nos rues afin d'alimenter des tramways électriques — donc toutes sortes de changements afin de disposer d'une source d'énergie renouvelable.»
L'un des arguments avancés à l'encontre de l'hydro-électricité est qu'elle affecte le débit des rivières et le caractère naturel des écosystèmes — ce qui n'est pas le cas des centrales éoliennes, dit-on. Toutefois, pose M. Lefebvre, que se passerait-il si on augmentait substantiellement notre production d'énergie éolienne sans accroître celle de nos barrages? Cela voudrait dire que, lorsque le vent ne souffle pas, il faudrait faire tourner à plein régime nos turbines hydro-électriques, souligne-t-il. Et, lorsque le vent s'élèverait, on les fermerait. «Voilà qui augmenterait de façon spectaculaire les fluctuations et le caractère erratique du débit de nos rivières!»
Si donc on se soucie de l'incidence de l'hydro-électricité sur les rivières, celle de l'éolien seul serait encore plus importante. «Par contre, si on développe raisonnablement l'éolien et l'hydro-électricité, on obtiendra le meilleur des deux mondes, estime Jean-François Lefebvre. De surcroît, le Québec fournirait alors une source d'énergie renouvelable essentielle à la préservation de l'environnement et de notre qualité de vie.»
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