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Des intellectuels disent non à une laïcité «ouverte»

Photo : Illustration: Christian Tiffet
Si le Québec veut se targuer d'être une société pluraliste, l'État doit s'astreindre à une totale neutralité à l'égard des convictions religieuses, arguent le sociologue Guy Rocher et l'anthropologue Daniel Baril, qui ont rallié une centaine d'intellectuels, dont Jacques Godbout, Henri Brun et Marie-France Bazzo pour réclamer du gouvernement de Jean Charest un Québec laïque et pluraliste. Leur déclaration, qui se veut un contrepoids au «Manifeste pour un Québec pluraliste», est publiée dans la section Opinion.

«On donne parfois l'impression qu'une laïcité complète de l'État, c'est une position intransigeante et qui semble aller à l'encontre du pluralisme québécois, alors que pour nous, au contraire, cette laïcité est une nécessité du pluralisme», soutient Guy Rocher.

La neutralité de l'État s'exprime notamment par la neutralité de l'image que les représentants de l'État projettent. Ceux-ci doivent, selon les Intellectuels pour la laïcité (IPL), s'abstenir scrupuleusement d'afficher tout signe qui exprimerait leur foi, leurs croyances, leur appartenance religieuse et leur code de valeurs. L'usager des services publics n'a pas à être soumis au «discours» d'un employé de l'État, soutiennent-ils.

Le rapport Bouchard-Taylor propose quant à lui d'interdire le port de signes religieux à certains représentants de l'État, dont les juges, les procureurs de la Couronne, les policiers, les gardiens de prison.

«C'est pour affirmer et faire circuler une autre idée que celle qui avait été exprimée dans le Manifeste du Québec pluraliste, qu'on considère fautif à plusieurs égards, d'une part parce qu'on opposait dans ce texte-là laïcité et pluralisme», affirme Daniel Baril. «On veut affirmer un point de vue qui est, à notre avis, le seul défendable par un État démocratique et qui se veut vraiment laïque. On espère que ça puisse influencer quelques élus», ajoute-t-il.

La «laïcité ouverte», défendue dans le Manifeste pour un Québec pluraliste ne respecte pas, selon Guy Rocher et Daniel Baril, les principes structurants de la laïcité qui sont, d'une part, la séparation du religieux et de l'État et, d'autre part, la neutralité de l'État. La «laïcité ouverte» s'avère ni plus ni moins une négation de la laïcité de l'État, selon les Intellectuels pour la laïcité, puisqu'elle permet toute forme d'accommodement des institutions publiques avec une religion ou une autre.

«Nous vivons pour le moment dans un état de grand flou concernant les exigences de la laïcité. On le voit, il n'y a pas de balises, de règles. Les gestionnaires actuels sont dans l'embarras pour faire face à des demandes venant de divers milieux. Ce n'est pas en répondant au cas par cas qu'on va clarifier les choses. La manière de clarifier les choses à mon avis, c'est d'établir clairement la neutralité de l'État en ce qui concerne toutes les convictions religieuses et de les respecter en même temps», estime M. Rocher. «On n'a pas fini de voir surgir toutes sortes de situations nouvelles qui ne viendront pas seulement du côté des musulmans», poursuit le sociologue.

À l'instar des autres signataires, M. Rocher et M. Baril souhaitent que la laïcité complète du Québec soit consacrée dans un texte de loi, notamment dans la Charte des droits et libertés.


La laïcité fait partie de l'histoire du Québec

La défense des idéaux laïques au Québec date de la fin du XVIIIe siècle, soulignent à grands traits les IPL. «Si l'idée d'un État laïque est antérieure aux Patriotes, on ne peut donc pas dire que la laïcité est une réaction défensive face aux minorités issues de l'immigration récente», est-il écrit. «Et cette position de la laïcité de l'État, c'est ce qui est le plus dans la ligne de la déconfessionnalisation que le Québec a connue depuis plus de 40 ans», ajoute M. Rocher.

Par ailleurs, les signataires de «Pour un Québec laïque et pluraliste» rejettent du revers de la main toute menace aux droits des minorités que ferait courir une laïcisation complète de l'État. Un grand nombre d'immigrants ont fui des régimes autoritaires et théocratiques, font-ils remarquer.

La déclaration «Pour un Québec laïque et pluraliste», ainsi que la liste complète des signataires est publiée sur le site www.quebeclaique.org. Un débat public sur les enjeux de la laïcité se tiendra le 28 avril à 19h à l'auditorium de la Grande Bibliothèque. «On n'a pas fini d'en parler», conclut Guy Rocher, qui sera au nombre des participants.
 
 
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  • René Girard
    Abonné
    mardi 16 mars 2010 01h47
    Bravo!
    Enfin, il était temps. Voilà une définition claire de la laïcité respectueuse du pluralisme. Même s'il est à prévoir que des réactions viendront de la part de ceux qui veulent détruire la laïcité en proposant une 'laïcité ouverte', tels les Weinstock, Leroux, Milot, Rousseau, McClure etc., la majorité de la population ne pourra qu'accéder au gros bon sens et appuyer la très claire et intelligente proposition de Baril et Rocher.

  • Luc Lepage
    Abonné
    mardi 16 mars 2010 06h57
    droiture et fermeté
    je souscris à cette lettre de tout coeur et d'intelligence. Je déplore seulement que la Conférence des Evêques du Québec n'y ait pas souscrit. J'ai honte à mon Eglise. Le christianisme est pourtant la religion qui a permis historiquement la laïcité. Il faut être claire au Québec sur les valeurs non-négociables que porte une laïcité pluraliste telle que le propose les membres signataires de cette lettre ouverte. La laïcité non ouverte est un rempart à tous les fanatismes et toutes les dérives que permet la mollesse des accommodements dits "raisonnables". Un leadership s'impose pour le gouvernement de Monsieur Charest qui dans ce domaine comme dans d'autres tergiverse sans cesse pour des considérations purement électorales.

  • Jean-Serge Baribeau
    Abonné
    mardi 16 mars 2010 07h44
    IL ÉTAIT TEMPS, PLUS QUE TEMPS!
    Brillante initiative de certains intellectuels marquants. Guy Rocher a été mon professeur de sociologie vers 1963-1964 et il n'a perdu ni l'étincelle du sens analytique ni la flamme de l'engagement social et politique.

    Je souscris donc allégrement aux idées de ce manifeste!

    JSB, sociologue des médias

  • Jean Claude Pomerleau
    Inscrit
    mardi 16 mars 2010 08h16
    Multivulturalisme: Vous n'avez pas le choix.
    Il faut comprendre que peu importe ce que souhaite le Québec concernant le multiculturalisme, ce débat est purement académique puisque le cadre juridique de la Constitution Canadienne nous IMPOSE le multiculturalisme. C'est le point de vue très clair de M Facal, que je vous invite à lire:

    http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/en

    Le débat devrait porter, non pas sur le multiculturalisme, mais bien sur la nécessité de doter le Québec de sa propre Constitution d'ÉTAT: Charte des droits , de la laïcité et code de citoyenneté.

    Il est à prévoir que cette Constitution du Québec pourrait entrer en conflit de légitimité avec celle du Canada, Il faut donc prévoir une clause de rupture pour trancher le débat.

    Il serait temps de ramener ce débat dans le champs du réel politique.

    ..........

    JCPomerleau

  • Pierre Marinet
    Inscrit
    mardi 16 mars 2010 08h29
    Merci
    On est prêt à signer ou à voter pour cette laïcité respectueuse.

    @Lepage: la religion n'a pas permis historiquement la laïcité, elle l'a combattue. La laïcité c'est de mettre les valeurs à leur place. Il y a eu des morts pour cela en France au début du 20 ième siècle.

  • Raymond Vaillancourt
    Abonné
    mardi 16 mars 2010 08h59
    Excellent proposition
    La proposition est excellente. Mais depuis quand Marie-France Bazzo est une intellectuelle ! Je croyais qu'elle était une animatrice dans certains cercles...

  • Bobinette
    Inscrit
    mardi 16 mars 2010 09h05
    Laïcité
    Pour moi il ne fait aucun doute que la laïcité est le fondement nécessaire d'une société véritablement pluraliste et démocratique. Il faut continuer de la défendre et de la promouvoir. La religiion et ses symboles n'ont pas leur place dans les institutions publiques.

  • Jean-Pierre Audet
    Abonné
    mardi 16 mars 2010 09h23
    ENFIN

    Oui, enfin les vrais intellectuels se manifestent.

    Je nommais ailleurs le sociologue Guy Rocher. Je reçus une réponse comique d'un jeune, sûrement fraîchement détenteur de deux maîtrises. Voici le début de sa protestation :

    « À jean-Pierre Audet - Vous invoquez le titre de sociologue d'un monsieur.
    Désolé, mais les titres universitaires n'ont aucun impact sur moi: j'ai moi-même deux maîtrises obtenues au Québec et il serait une forme de manipulation élitiste de ma part de les afficher ici. En douze années, j'ai vu des masses d'universitaires ne pouvant penser par eux/elles-mêmes et j'ai vu dans ces débats des anthropologues et des sociologues lancer des textes où il n'y avait aucune analyse digne de l'anthropologie ni de la sociologie.»

    J'ai voulu l'affranchir (comme ils disent en France). Je lui ai donc glissé un mot sur la carrière de M. Rocher : « Peut-être n'êtes-vous pas au courant, mais M. Rocher est l'une de nos sommités comme penseur tout court. Il fut l'un des artisans principaux de la Révolution tranquille du Québec, ayant grandement contribué au Rapport Parent sur la réforme (la première) de l'éducation au Québec. »

    Les choses bougent au Québec. Même si M. Charest est plutôt patapouf, sa ministre de l'Immigration, madame James, ose prendre des initiatives qui vont clairement dans le sens de la laïcité. Il faut à tout prix éviter le glissement de certains intellectuels, comme M. Weinstock, vers une guimauve multiculturelle, sous prétexte de pluralisme.

    J'aime beaucoup cette revendication que vous faites du pluralisme comme résultat d'une laïcité mur à mur, plutôt que le fruit d'arrangements entre l'État et différentes confessions religieuses.

    JPA

  • Rino St-Amand
    Inscrit
    mardi 16 mars 2010 09h30
    Rafraichissant
    Jusqu'à hier, on aurait pu croire que le Québec n'abritait aucun anthropologue. Souhaitons que leur silence soit maintenant rompu, puisque ce sont eux les véritables spécialistes de la culture. Je rêve maintenant de tous les entendre.

  • Jacques Saint-Cyr
    Inscrit
    mardi 16 mars 2010 09h38
    Non merci.
    Pour moi, la véritable démocratie est celle qui se préoccupe d'abord de l'individu et de ses minorités, non pas constamment des droits de la majorité. La vraie démocratie n'est pas la recherche de l'Ordre mais celle de la Justice par l'usage de la Raison. J'invite Guy Rocher a relire Julien Benda dans la Trahison des clercs, un grand emmerdeur mais toujours actuel. Les citoyens d'ici sont exaspérés, semble-t-il, d'entendre parler d'accommodements raisonnables, une majorité réclamerait le silence médiatique. Pauvres gens, obligés de souffrir presque quotidiennement le martyre des accommodements soi-disant déraisonnables. Le martyre, c'est ce qui nous reste quand on n'a pas de talent.
    "Quand dans un Etat vous ne percevez le bruit d’aucun conflit, vous pouvez être sûr que la liberté n’y est pas", dit Montesquieu.

  • Michel Gaudette
    Inscrit
    mardi 16 mars 2010 09h59
    Les vertus d'une saine neutralité...
    Étant croyant moi-même, je ne comprends pas comment il se fait que même des athés semblent incapables de comprendre les vertus d'une saine neutralité de l'État en matière confessionnelle.
    J'en suis renversé toujours !!!!

  • Guylaine St-Pierre
    Inscrit
    mardi 16 mars 2010 10h05
    BAISSER LES BRAS NON JAMAIS
    C'est cela que Bouchard Taylor veulent que nous fasssion. Baisser les bras NON JAMAIS! J'en fait moi même une discilpline NATIONAL que de me battre contre les religions que l'on nous impose au nom de la laicité.

    Conclusion : Les Québécois sont réveillé hein Mms. Bouchard Taylor et l'Union Européenne, nous vous voyons venir de loin.

  • Sanzalure
    Inscrit
    mardi 16 mars 2010 11h24
    Liberté d'inconscience
    Je suis d'accord avec la proposition de ces intellectuels en ce qui a trait à la position de l'État face aux religions. Mais en plus, je pense que la population ne pourra pas retarder indéfiniment la reconnaissance de la désuétude de la plupart des vieilles religions.

    Plus de 100 ans après la publication des recherches d'Einstein, ne pas connaître les rudiments du nouveau paradigme cosmique c'est comme continuer d'affirmer que la Terre est plate, immobile et au centre de l'univers.

    Il se peut que cela dépasse l'entendement du commun des mortels, mais au moins les intellectuels devraient comprendre que la physique qui découle des textes sacrés des grandes religions ne peut pas expliquer tout ce qui est électronique. Les téléphones cellulaires et les réseaux numériques démontrent la validité des théories des physiciens et les limites des dieux omniscients qui n'ont pas pu prévoir l'atome.

    On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre.

    Les vrais croyants devraient vivre dans un monde correspondant à leurs croyances (se transporter à dos d'âne, écrire sur des papyrus, etc). S'ils utilisent les technologies modernes (cellulaires, ordinateurs, etc), alors ce sont des croyants «à la carte» et je ne vois pas pourquoi on devrait leur accorder des accomodements raisonnables pour une religion qu'ils ne comprennent même pas.

  • Michel Lévesque
    Abonné
    mardi 16 mars 2010 12h38
    Dans 30 ans
    Dans 30 ans les sociétés les plus avancées sur le plan des droits humains seront les sociétés laïques. Séparation de la politique et du religieux, droit de choisir sa religion et de la pratiquer en privé autant que le droit d'en avoir et d'en pratiquer aucune, absence de tout ce qui est surnaturel dans les lieux subventionnés par l'état.

  • Gebe Tremblay
    Inscrit
    mardi 16 mars 2010 12h48
    État athée. Dictature des consciences.
    "la séparation du religieux et de l’État", "la séparation des religions et de l’État", "L’affranchissement du joug religieux", "neutralité religieuse".

    Voilà en quels termes ce groupe nous propose la laïcité. Or, la laïcité n'est pas une négation du religieux et non plus une neutralité devant le religieux. Dans cette déclaration, seul le terme attribué à Fleury Mesplet (XVIIIe siècle) est le bon : "la séparation de l’État et des Églises". Les Églises et donc les INSTITUTIONS religieuses. Ce qui forme une institution ce sont ses membres et donc ce ne sont pas les signes religieux en eux mêmes qui sont proscrits mais LE PORT d'un signe religieux par un agent de l'État.

    Un État qui se déclarerait religieusement neutre serait en perpétuel mensonge, car les lois de l'État sont d'inspiration de morales religieuses. L'État n'est pas une institution dépourvue de culture. L'État québécois est clairement de culture chrétienne. Est-ce que cet État nierait que 2010 est le nombre d'années depuis la naissance de Jésus le Christ ?

    L'idée d'une séparation du religieux et de l'État est donc une abérration. C'est comme si l'État se prétendait qualifié pour déclarer la réalité ou nom de Dieu tout en se déclarant lui-même l'origine de la morale et des lois. Un État qui se déclarerait le sommet du pouvoir. Une dictature des consciences.

    Non à une laïcité ouverte, mais non-plus à une dictature des consciences.

    Ce que vous proposez n'est rien d'autre qu'une imposition d'athéisme. Une croyance. Une idéologie.

  • NGS
    Abonné
    mardi 16 mars 2010 12h50
    Nigel Spencer
    Bravo...le RAMQ a également raison. Justice et égalité ne signifient pas "sauve qui peut faire valoir sa démagogie pseudo-libérale de mauvaise conscience"! Est-ce qu les non-musulmanes enlevènt leurs souliers en entrant dans une mosquée? Bien-sûr! Est-ce que les femmes se coiffent ou se décoiffent en église chrétienne? Bien-sûr. Alors qui doit "accomoder" qui?

  • Christiane L
    Inscrite
    mardi 16 mars 2010 13h12
    Enfin des intellectuels qui parlent avec leurs têtes
    Je suis heureuse de lire ce manifeste qui dit tout haut ce que beaucoup de Québécois de toutes origines disent depuis longtemps. La religion n'a pas sa place dans les institutions publiques. Les accomodements qui sont accordés à une minorité de gens au nom de leur religion ou de leur culture incommodent la majorité des gens. D'ou ce malaise de notre société. Je suis catholique mais je crois fermement que la religion se vit en dedans de nous, sans en faire étalage.

  • Pierre François Gagnon
    Inscrit
    mardi 16 mars 2010 13h15
    Ouf! Enfin, nous y voilà! On respire bien mieux!
    Je reconnais là entre autres la pensée claire, nette et sans aucune ambiguïté morale, politique ou juridique d'un Guy Rocher que j'ai tant admiré au Cégep au point que j'ai reluqué en direction de la sociologie. Mon erreur à cette époque fut de ne pas même tenter de me faire admettre à l'UdM, son Alma Mater. Je ne serais peut-être pas devenu un sociologue de vocation pour autant, mais chose certaine je n'aurais pas décroché à la première session de cours pour cause d'ennui et de dégoût!

  • France Marcotte
    Abonnée
    mardi 16 mars 2010 13h50
    Les Lumières
    Cette déclaration intelligente pourrait bien être un jalon dans notre histoire, elle n'est ni revancharde ni frileuse mais inclusive et inspirante. Elle clarifie les données de la question de la place des religions et laisse pantois les tricoteurs d'accommodations de fortune qui sous le choc se rabattent sur les arguments de la peur, preuve inquiétante et rafraîchissante à la fois qu'ils sont déjà en déroute. C'est la victoire de l'intelligence et de l'ouverture d'esprit sur les complexités de l'obscurantisme intéressé s'alimentant des complexes et des doutes du peuple québécois. L'époque des Lumières du Québec est arrivée.

  • Marc Tremblay
    Inscrit
    mardi 16 mars 2010 13h55
    Laïcité : un dossier complexe
    Les institutions publiques se doivent d'être laïques, ce qu'elles sont depuis que je fais affaire avec elles. Mais on ne peut pas nier que la majorité des Québécois sont de culture chrétienne (même si la plupart ne pratique plus). La société québécoise ne peut pas opter pour une laïcité ouverte ou fermée. Le débat est ailleurs.
    Je pense que toute la question de la laïcité et des accommodements n'existerait pas et qu'on ne dirait jamais que le Québec est multiculturel, si ce n'était de Montréal. Hors de cette ville, le Québec est francophone et n'a pas de problème d'intégration des immigrants, lesquels ne réclament pas d'accommodements. En fait, le Québec pluraliste n'existe pas hors de Montréal.

  • Jean-Serge Baribeau
    Abonné
    mardi 16 mars 2010 13h58
    LA DÉMOCRATIE
    POUR CEUX QUI L'IGNORERAIENT:

    *****La démocratie, c'est le gouvernement de la majorité, laquelle se doit de respecter, autant que faire se peut, les diverses minorités.*****

    La dictature de la majorité, c'est horrible! Mais que dire de la dictature (politiquement correcte) de certaines minorités qui «tassent» la majorité au nom d'un moralisme toxique. RAY BRADBURY avait envisagé cette possibilité dès les années 50 du vingtième siècle!

    Il importe d'y penser!

    JSB, sociologue des médias

  • Pierre Marinet
    Inscrit
    mardi 16 mars 2010 15h31
    @Jean-Serge Baribeau
    La démocratie serait-elle une dictature pour vous?

    Quel mot utiliseriez-vous pour "la dictature (politiquement correcte) de certaines minorités" si elle n'est pas celle de la majorité?

    D'un côté vous dites démocratie, c'est la "dictature de la majorité";

    De l'autre, vous parlez dictature de la minorité?

    "la dictature de la majorité, c'est horrible! Mais que dire de la dictature (politiquement correcte) de certaines minorités (...)."(Baribeau)

    Il y aurait donc deux dictatures?

    Je m'y perds...Une explication s'il vous plaît? Je ne veux pas tomber dans aucune deces dictatures. C'est quoi une démocratie par conséquent mises à part ses deux dictatures?

  • Johanne St-Amour
    Inscrite
    mardi 16 mars 2010 19h10
    Pour une charte de la laïcité
    "Nous demandons à l’Assemblée nationale d’interdire aux employé-es de l’État d’afficher des signes religieux dans l’exercice de leurs fonctions, comme il leur est déjà interdit d’afficher leurs opinions politiques. Nous lui demandons d’adopter une charte de la laïcité qui permettra de baliser équitablement les demandes d’accommodement en respectant les principes de séparation des religions et de l’État et le principe de l’égalité des femmes et des hommes."

    Ils et elles ont signé: Zahra Boukersi, Henri Lamoureux, Yolande Geadah, Richard Poulin, Thanima Slimani, Rachida Ait-Tahar, Pierre Jasmin, Fatma Djebbar, Hafida Oussedik, Karima Boudjeroua, Djemila Benhabib, Pierrette Bouchard, Linda Lavoie, Mohamed Said Abdallah, Jean-Claude Saint-Amand, Nawal Bouchareb, Simon Cadieux... et des centaines d'autres.

    Pour signer c'est ici:http://sisyphe.org/spip.php?article3310

  • Michel Gaudette
    Inscrit
    mardi 16 mars 2010 20h34
    Se faire avaler par la religion
    Je demeure pessimiste pour les Quéécois dans leur relation avec la religion.

    Ils ont été incapable de décatholiciser la société civile. Ils ont une incapacité à affronter et résoudre des problèmes d'ordre religieux...

    Je demeure très pessimiste face au militantisme des musulmans qui annonce tout un défi pour l'égalité de tous devant la loi et la protection de nos libertés individuelles...

  • Marc Provencher
    Inscrit
    mardi 16 mars 2010 23h31
    M. Jean-Claaude, en réalité, c'est le contraire : multiNATURALISME
    Le citoyen Jean-Claaude écrit : « Il faut comprendre que peu importe ce que souhaite le Québec concernant le multiculturalisme, ce débat est purement académique puisque le cadre juridique de la Constitution Canadienne nous IMPOSE le multiculturalisme. »

    Ah non : il croit imposer aux Canadiens le multiculturalisme, mais en fait, c'est le contraire.

    Hein ? Comment ça ? Quel contraire ?

    C'est un multinaturalisme. Ce machin est exactement le contraire de ce qu'il croit être. Je ne veux pas vous effrayer, mais à mon avis l'idéologie improprement appelée "multiculturalisme" est en fait un puissant déterminisme biologique qui se prend dur comme fer pour un antiracisme. Ça fait plusieurs messages que je laisse à ce sujet et je crois que je vais en laisser jusqu'à ce que quelqu'un ALLUME.

    Pour comprendre le phénomène, pour ouvrir enfin les yeux, il faut ramer un tantinet, c'est vrai. Mais tenez, prenez juste cet extrait fort éloquent qui me vient tout simplement du site www.parl.gc.ca, autrement dit la Bibliothèque du Parlement fédéral, à l'article "multiculturalisme". À MESURES PARLEMENTAIRES, point C, on peut lire ceci :

    "Loi constituant la Fondation canadienne des relations raciales (projet de loi C-63)
    Présenté à la Chambre des communes en février 1990, ce projet de loi a été adopté en janvier 1991. Il prévoit l’établissement à Toronto d’une FONDATION DES RELATIONS RACIALES,
    dont la mission est de contribuer à l’élimination du racisme et de la discrimination raciale par la sensibilisation de l’opinion."

    Cette Fondation des relations prétendûment raciales a pour mission d'éliminer le racisme. Eh ben mes vieux, c'est pas demain la veille qu'elle va y parvenir, cette malheureuse Fondation, vu que le racisme, c'est précisément le déterminisme biologique, c'est-à-dire la croyance que les peuples sont des races ! Que les relations entre les peuples sont raciales ! Que la culture est dans la nature !

    Et allez, on remet ça, je cite Benedetto Croce et Hannah Arendt.

    Benedetto Croce : "En tant qu'historien, je constate à quel point improbables, arbitraires et fantastiques sont les théories de la race."

    Hannah Arendt : "Peu importe ce que des scientifiques chevronnés peuvent avancer : la race est, politiquement parlant, non pas le début de l'humanité mais sa fin, non pas l'origine des peuples mais leur déchéance, non pas la naissance naturelle de l'Homme mais sa mort contre nature."

    Moi, je suis tout à fait pour la diversité culturelle. Mais à la condition sine qua non, irréfragable, qu'elle soit bel et bien comprise pour ce qu'elle est : CULTURELLE, et pas NATURELLE-BIOLOGIQUE ! La négation de l'Homme, c'est pas mon truc.

    Bon sang, même les fascistes italiens ne croyaient pas aux théories de la race et du sang. Même l'ordure hystérique et patriotarde Roberto Farinacci, le plus philonazi des fascistes italiens, ne croyait pas aux théories du sang, c'est-tu assez fort !? (Rapporté par Renzo De Felice).

    L'antiracisme canadien est racial. C'est dingue, vraiment dingue, mais c'est là. C'est un oxymoron, une pharmakonnerie, une immense et dangereuse erreur, qui ne menace pas spécifiquement notre culture, mais toutes les cultures. Ça alors, il faut avoir la cervelle sacrément déconstruite pour s'enfoncer comme ça dans la Nature. Mais déconstruite par quoi ? Je vous le demande.

    L'antiracisme canadien est racial ! Le professeur Jean-Pierre Faye, spécialiste des langages totalitaires, est toujours avec nous à 85 ans. Il vit quelque part en France. Quelqu'un au Devoir devrait lui donner un coup de fil. Et vite,

  • lephilosophe
    Inscrit
    mercredi 17 mars 2010 20h52
    La démagogie a désormais une Déclaration
    Cette déclaration est hautement problématique à plusieurs égards. D'abord sur la justification même de la production de cette déclaration. On nous dit puisque l'idée de la laïcité existe, puisque «ils» s'inscrivent dans un mouvement historique du Québec moderne, DONC ce n'est pas une réaction contre l'immigration... C'est un sophisme, d'autant plus que l'idée de la laïcité dont ils se réclament est une invention de leur cru. Ni Fleury de Mesplet ni les ténors des Lumières ne peuvent être cités ou invoqués pour accréditer un tant soit peu leur définition ad hoc.
    Si votre Déclaration est vraiment sincère et réclame une «totale neutralité à l'égard de ces convictions [religieuses]» alors on vous sera gré de commencer non pas par vous attaquer aux port des signes religieux par les individus mais au caractère structurant de certaines réalités religieuses comme celles du calendrier ou la toponymie du Québec. Dans le premier cas, nous serions à même de croire à l'honnêteté de votre Déclaration si vous réclamiez d'emblée des INSTITUTIONS l'abolition de ces signes religieux: comme l'abolition des jours fériés de Noël et du lundi de Pâques. Mais non, vous allez invoquer le patrimoine. PATRI-moine bien sûr, qui n'a rien à voir avec la défense de l'égalité hommes-femmes.
    Si vous ne faites pas ces demandes, c'est bien en réalité que c'est la visibilité de la religion des autres qui vous dérangent comme celle de la communauté gaie et lesbienne vous a dérangés pendant tant d'années. Comme vous ne vouliez pas nous voir (les gais), vous vouliez nous maintenir dans le strict espace privé. D'ailleurs j'inviterais les communautés musulmanes de divers horizons à s'organiser une journée de la fierté ou de la visibilité pour défier tous ces bien-pensants de la laïcité. Pas un de ces intellectuels n'est monté au créneau pour défendre le mariage gai alors que les trois religions monothéistes montaient au créneau... C'est tout dire à mon avis. Ce sont les porte-paroles d'un courant politique de la majorité qui voudraient bien en découdre AVEC TOUTES LES MINORITÉS comme en témoignent honteusement la plupart des commentaires ci-haut.
    S'il y a une continuité historique dans ce discours islamophobe et antisémite, c'est bien la tradition anti-sémite des années trente sous le patronage du Chanoine Groulx pour défendre la «race canadienne-française».
    Et pour finir, pour un intellectuel, il est amusant de voir monsieur Landry s'associer à cette agitation de «chiffons rouges» identitaire. Autrefois on mobilisait contre le drapeau canadien, maintenant c'est le voile des femmes musulmanes... la seule dimension des chiffons montre comment le combat nationaliste se ratatine. On pourra toujours à l'avenir vous fournir nos mouchoirs....

  • Paul Lafrance
    Inscrit
    vendredi 19 mars 2010 11h34
    Je m'en fiche
    Je me fiche que les gens affichent leur religion. Ce à quoi je m'oppose, c'est qu'en raison de leurs croyances religieuses, que l'on leur accorde des accommodements. Et leur permettre de cacher leur face est un accommodement auquel je m'oppose. Arrêtons de philosopher et agissons.

  • Marc Tremblay
    Inscrit
    samedi 20 mars 2010 23h10
    Note à Luc Lepage
    La Conférence des Évêques du Québec aurait fait preuve d'incohérence si elle avait appuyé cette déclaration sur la laïcité. Les Évêques se sont opposés à la déconfessionnalisation des écoles publiques du Québec qui a aboli, contre l'avis de la majorité des parents, les cours de religion et les activités pastorales. La Conférence des Évêques ne peut quand même pas se tirer dans le pied et faire alliance avec un Daniel Baril, militant de la laïcité et qui a travaillé pour la déconfessionnalisation des écoles.

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