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Femmes - Le recul

Ce qu'il y a de plus frappant dans tout le débat sur le niqab, c'est précisément qu'il y ait débat. Comme si certaines valeurs que l'on croyait communes au Québec s'effritaient au profit d'un individualisme de plus en plus exacerbé. Qui donc, en ce 8 mars, s'indigne encore des symboles de soumission des femmes?

Il y a à peine plus de cinq ans — une éternité! —, le rapport Boyd sur les tribunaux islamiques était rendu public en Ontario. Applaudi par plusieurs au Canada anglais, ce rapport de Marion Boyd, ancienne ministre néodémocrate et féministe affichée, faisait la part belle à l'ouverture aux différences jusqu'à l'acceptation par l'État d'arbitrages religieux.

Le premier ministre de l'Ontario tergiversa, mais il finit par se rendre au bon sens et stopper ce projet que nous avions qualifié de délirant, ce qui n'avait alors choqué personne, car au Québec, la proposition ontarienne était unanimement dénoncée. Notre société distincte, forte n'est-ce pas de ses principes égalitaires, ne permettrait jamais de tels dérapages, et les féministes d'ici n'avaient rien à voir avec leurs consoeurs multiculturalistes du ROC prêtes à tout comprendre et justifier, de la sagesse des tribunaux religieux aux avantages pour les femmes de la polygamie.

Quelque temps plus tard, la présence des femmes dans l'espace public fut à son tour l'objet de discussions. À l'occasion d'un impressionnant procès qui vit parader, à Brampton, 17 accusés de complot terroriste, il y eut pour la première fois sur nos petits écrans des femmes d'ici qui disparaissaient complètement sous leur niqab noir, toutes semblables, interchangeables, sans identité. Le spectacle était choquant pour quiconque croit à l'égalité des sexes: nous l'avions écrit, n'avions reçu que des appuis. Mais l'Ontario était loin: tout cela, bien sûr, n'existait pas ici...

Quand il fut à nouveau question du corps des femmes, en cette même année 2006, ce fut plutôt lorsqu'un YMCA de Montréal accepta d'installer des fenêtres givrées à sa salle d'exercices pour que la communauté hassidique voisine ne puisse pas voir des femmes s'entraîner. Ce fut le tollé: il était entendu que les femmes, au Québec, n'avaient pas à avoir honte de leur corps quand elles se livrent à des activités tout à fait décentes. Sauf dans les milieux fondamentalistes, ces arguments faisaient consensus.

Depuis, le temps a passé, et l'intégrisme religieux n'a évidemment pas reculé. Mais peu à peu, le regard change. Par exemple, le voile islamique fait maintenant à ce point partie du paysage que s'interroger à son égard renvoie aujourd'hui au camp des intolérants — alors que le mot hidjab vient d'un terme arabe qui signifie cacher, dérober aux regards, et qu'il n'est pas un impératif religieux. L'analyse féministe d'ici l'a plutôt rendu acceptable.

Quant à la burqa et au niqab, le débat de janvier en France a fait affirmer qu'au Québec, le phénomène était quasi inexistant, donc qu'il ne cause aucun problème... Jusqu'à la semaine dernière, où l'on a finalement appris qu'il se trouve des femmes en niqab dans des établissements d'enseignement, et que certains s'efforcent jusqu'à l'invraisemblable de les contenter!

Depuis cette révélation, on discute. Il y a beaucoup d'indignation, certes, mais il s'en est trouvé plusieurs, dont des femmes, pour déplorer que l'étudiante en niqab ait été expulsée, ou pour ramener le niqab à un strict problème de communication ou de sécurité. Et puis, surtout, est revenu à répétition cet argument imparable: «Pourquoi interdire si ça ne me dérange pas personnellement?»

Si notre avenir, c'est de n'être qu'une addition d'individus strictement soucieux de leurs choix personnels, alors c'est le sens même de société qui nous échappe. Pour les femmes, c'est là une dangereuse dérive. Le triomphe de l'individualisme couplé au poids des traditions culturelles est pour elles, en termes symboliques pour la société, en pratique pour certaines, une prison.

Il y a eu, ici comme ailleurs, un travail collectif, très dur, très long, pour que les femmes accèdent à la Cité. L'égalité n'est pas encore acquise, ni sur le marché du travail ni dans la vie personnelle. Cette lutte ne doit pas pour autant empêcher de dénoncer les symboles. Ici, les femmes ne se cachent pas et il ne faut pas craindre de l'assumer.

Le gouvernement Charest s'est dit prêt à agir à cet égard: les services publics devront être reçus à visage découvert, a-t-il indiqué. Si cela s'avère, le Québec serait à l'avant-garde, même de la France. Jean Charest a imposé depuis longtemps la parité hommes-femmes au Conseil des ministres. Au nom de l'égalité des femmes, l'heure est venue de faire preuve de nouvelle audace.

***

jboileau@ledevoir.ca
 
 
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  • jacques noel
    Inscrit
    lundi 8 mars 2010 06h33
    L'exemple vient de haut...
    Comment convaincre une Islamiste de ne pas porter le voile lorsque l'Agence du revenu du Canada nous envoie un formulaire avec une femme voilée dessus?

    Sur les 5 images (et 7 personnes) sensées représenter le contribuable canadien moyen, on trouve une femme voilée au travail. Qui sait peut-être qu'un jour 14% des contribuables au Canada vont être voilées?

  • d.lauzon
    Inscrit
    lundi 8 mars 2010 06h34
    nous au moins on a le pouvoir de contester
    Dans les pays où l'égalité entre les femmes et les hommes est reconnue, les femmes peuvent célébrer leur liberté mais dans bien des pays (susulmans surtout) des millions de femmes en ce 8 mars vont vivre une autre journée d'esclaves en se faisant dicter par les hommes qui les entourent certaines façons de penser et d'agir. Elles ne pourront pas descendre dans la rue et manifester contre les injustices dont elles sont victimes. En ce 8 mars, des fillettes vont se faire mutiler sexuellement, des femmes vont être battues, d'autres vont devoir rester enfermées dans leurs maisons, d'autres vont devoir se lever très tôt et marcher sur de longues distances pour aller chercher de l'eau, d'autres vont être violées, etc. Pour elles, la peur et l'angoisse et la soumission font partie de leur lot quotidien. D'un 8 mars à un autre, leur situation ne s'améliore pas et dans bien des cas, elle empire. D'en être encore là en 2010 est tout à fait désolant.

  • ysengrimus
    Inscrit
    lundi 8 mars 2010 08h01
    Touche pas à ma copine...
    Occidentale, touche pas à ma copine voilée

    http://ysengrimus.wordpress.com/2008/05/24/athee-r

    Je n’approuve pas le voile, mais je le tolère… Et surtout, le jour où elle le retirera d’elle-même, elle disposera de ma pleine et entière solidarité.
    Paul Laurendeau

  • France Marcotte
    Abonnée
    lundi 8 mars 2010 08h42
    Je m'indigne avec vous madame
    Et les symboles de soumission des femmes ont encore plus d'un visage. L'analyse que vous faites de la situation est assez instructive. Vous n'hésitez pas à faire le lien entre individualisme exacerbé, analyse féministe qui dérive et entrave à la liberté d'opinion. Votre invitation à faire du Québec un exemple à suivre dans la reconnaissance de l'égalité des femmes est réjouissante.

  • Jean de Cuir
    Abonné
    lundi 8 mars 2010 09h58
    Personne !
    Ce qu’il est important de rappeler, c’est que la reconnaissance de la femme comme personne pleine et entière, souveraine , libre et égale à toute autre personne est un événement radical dans l’histoire de la conscience humaine. C’est l’aboutissement de la déclaration des “droits de l’homme”; il est regrettable que l’on doive encore rappeler que la femme est une personne. C’est selon quelques cultures une évidence. Ce n’est que depuis peu que cette évidence se traduit dans la réalité quotidienne. Cependant, la révolution des consciences n’est pas achevée ni ici, ni ailleurs. Il faut débusquer toutes les formes d’inégalité, de soumission, de violence, toutes les formes de réduction de la femme à un objet de marchandise ou un objet de possession. Ici, est-ce parce que la personne est du genre féminin, qu’elle est de telle croyance, de telle origine culturelle ou ethnique ou étatique ou de telle couleur qu’elle est moins une personne ou qu’elle ne l’est pas. Ici, on peut et on doit juger si oui ou non tel comportement, telle conduite, telle pratique, telle vision sont congruentes avec le fait que tel sujet est une personne. Pourquoi? Parce que dorénavant nous savons de par notre raison, ou au sens large de par notre conscience, qu’une personne, femme ou homme, est une personne, et donc est souveraine --porteuse de la première et ultime autorité sur ce qui est et doit être --, et donc libre -- au point où la personne est l’ultime rempart et l’ultime origine de ce qui est à l’avantage de la personne, de ce qui est à son désavantage, de ce qui est vrai ou faux --, et en conséquence toute personne est en droit égale à toute autre -- parce que toute personne est souveraine et libre, donc en principe ouverte à toute autre pour négocier ce qu’il en est et doit être de la vie.
    Cette révolution de la conscience est récente et encore en procès puisque nous négocions encore à travers tant d’ obstacles et de réticences, tant de déni et de pusillanimité, face à cette grande prise de conscience, cette nouveauté dans toute l’histoire de l’humanité. La journée internationale des femmes est là comme un rappel vivant que cette révolution de la conscience est en cours. Comment toutes les personnes agiront pour faire en sorte que la reconnaissance pleine et entière de la personne imprègne toutes les sphères de la vie personnelle, sociale, culturelle, internationale? Une femme, un homme, EST UNE PERSONNE.

  • Jean-Pierre Audet
    Abonné
    lundi 8 mars 2010 10h33
    En ce 8 mars
    D’abord bonne journée du 8 mars à toutes les femmes

    La situation des femmes voilées dans le monde me préoccupe au plus haut point. Surtout bien sûr celle des femmes «emburqanées», davantage encore quand elles protestent porter librement la burqa chez nous. Même le voile n’est pas indifférent. Dans la revue Cciel, Michèle Sirois, anthropologue, dénonce la place que donnera Télé-Québec aux femmes musulmanes ce soir, la journée même des femmes. Je partage son opinion, de même que celle de toutes les féministes québécoises, sauf Françoise David, la direction de QS et la FFQ qui prônent une laïcité ouverte aux femmes voilées dans notre fonction publique.

    Pour contrer, même chez nous, la montée d’un islamisme de plus en plus radical et antiféministe, il faut une laïcité mur à mur, interdisant tout signe religieux ou politique ostentatoire dans nos emplois étatiques. L’Église catholique s’y est déjà préparée, donnant maintenant sa formation religieuse dans les paroisses plutôt qu’à l’école… et y trouvant des avantages.

    Il ne faut pas se leurrer : le voile porté ailleurs que dans les pays où il est obligatoire est un signe aussi bien politique que religieux : il nous dit : « Un jour l’Islam vaincra partout et installera la charia sur la planète entière.» Et leur démographie galopante est en train de leur donner raison.

    Plusieurs revues féministes font le point sur cette question qui oppose certains de nos intellectuels à la masse qui, elle, sent bien le danger futur chez nous, tout comme déjà en Europe.

    JPA

  • Hubert Larocque
    Abonné
    lundi 8 mars 2010 10h48
    Le nijab et ses euphémismes
    La ministre James bannit la burqa de certaines écoles. Il faudrait maintenant passer au foulard, cette version allégée du niqab. Pourquoi s'empêtrer dans les dédales d'une terminologie? Nidjab, burqa, niqab, tchador, foulard, - il s'agit de la même réalité, peu importe le degré. Que signifie le port de ces vêtements-coiffures? Tout simplement, la volonté d’habiter ailleurs et la manifestation inconsciente ou voulue du refus de s'intégrer. Les porter est chargé en soi d'un langage fort et direct sans qu'il soit nécessaire d'invoquer tout un monde nébuleux de valeurs souvent discutables. Que l’on ne nous dise pas que c’est un choix personnel! Ce port des plus ostentatoires et des plus méprisants à l’endroit du Québec est une véritable provocation identitaire et politique.
    Lévi-Strauss avait vu dans le port d'un costume étranger un simple accroc à la politesse. C'est de fait une injure au Québec, et le sens commun le voit ainsi, beaucoup mieux que les élucubrations de la Commission Taylor-Bouchard et les prétentieux et tyranniques arrêts de la Commission des droits de la personne. Ne nous imposent-elles pas sous le nom de droits et d'accommodements des obligations contraires à notre identité et à notre volonté collectives? Nos forces vives se diluent dans une casuistique où le « vivre avec nous » devient un « vivre ensemble » dans lequel nous perdons nos droits de peuple. C'est l'étranger qui nous accueille à ses conditions dans notre propre pays. L'immigration doit être un apport à nous-mêmes et non une occupation étrangère. Le Québec ne doit avoir qu'une seule personnalité, un seul visage officiels. La survivance temporaire et l'expression de la nationalité antérieure, quand elles demeurent strictement privées, ne briment en rien les droits individuels honnêtement interprétés.
    C'est avant l'arrivée à l'aéroport Trudeau qu'il faut agir en s'assurant que l'immigrant, homme et femme, parle déjà le français, qu'il connaît et accepte la réalité du Québec. Les femmes devraient suivre au préalable un entraînement contrôlé à porter le costume d'ici, et signer une promesse d'y persister une fois sur notre sol. Dans le choix des immigrants, il ne faut pas omettre de considérer la religion comme le plus important facteur culturel qui détermine la capacité de l'immigrant à s'adapter au pays. C'est là que la distance prise à l'endroit du catholicisme, comme religion nationale, nous rejoint et nous met en position de faiblesse par rapport au noyau dur de l'identité musulmane ou judaïque par exemple. Si d'aventure, on voit dans notre espace public ces costumes étrangers, sauf sur des scènes de théâtre, la police devrait avoir le pouvoir de confisquer l'objet et d'émettre une contravention comme pour tout délit. Nous en sommes au point où il faut dénoncer ces chartes et ces jugements de cour que l'on rédige, dans une perspective étrangère, contre notre histoire, notre personnalité et notre volonté collectives. Oui, les droits sont nobles et normatifs quand ils sont appliqués dans le cadre de l'identité nationale, alors qu'ils deviennent oppressifs et ambigus dans une optique abstraite, prétendument universelle. Ce sont les résultats du postulat multiculturaliste et de ses avatars plus ou moins avoués : diversité, pluralisme, interculturalisme. On a vu que les droits de l'homme promulgués par la Révolution française avaient servi, entre autres, à envahir les pays voisins et à coloniser nombre de peuples. Nul doute que la Charte canadienne serve surtout à brimer notre identité québécoise et à relativiser notre langue et nos coutumes au profit d'immigrants, qu'ils proviennent du Canada ou d'ailleurs. Comme notre peuple est soumis à une constitution en grande partie étrangère, le Québec est contraint, pour faire, très imparfaitement, respecter son identité dans l'espace public, de recourir à des sous-entendus, à des prétextes obliques tels la laïcité ou l'égalité hommes-femmes. Les plus intelligents d'entre nous ont bien saisi que le caractère métaphorique, obsessif de ces termes cachait la revendication d'une identité devenue honteuse et qui n'ose plus, de face, dire son nom.
    Hubert Larocque, Gatineau.

  • Genevieve Morand
    Inscrit
    lundi 8 mars 2010 11h01
    Les effets pervers du discours féministe québécois
    Ce que je vois dans ce débat sur le niqab, c'est le contradiction entre les buts visés par les féministes, dont je fais partie, et les effets de leur discours: les féministes québécoises, au nom d'une égalité hommes-femmes définie selon leurs valeurs occidentales, prennent la parole à la place des femmes voilées, définissent leur situation comme étant nécessairement de la soumission, et leur enlèvent ainsi le pouvoir en les représentant comme des victimes. Derrière la représentation médiatique de la femme voilée, il y a aussi le stéréotype de l'homme arabe contrôlant, voire violent. Les féministes québécoises, dans leur discours, nourrissent des stéréotypes qui nuisent à l'émancipation des femmes, et contribuent à déplacer le débat des "vrais" problèmes vécus par les femmes, notamment au niveau de la violence et des inégalités économiques. À force de représenter les femmes voilées comme soumises, elles les empêchent de se sentir appelées à faire pleinement partie de la société. Les féministes québécoises participent ainsi à ostraciser et exclure ces femmes.

    Cette journée du 8 mars est le moment idéal pour se questionner, en tant que féministes, sur les pièges dans lesquels nous tombons parfois, avec des discours stéréotypés qui renforcent justement les inégalités que nous combattons. En cette journée du 8 mars, soyons conscientes que dans les enjeux féministes actuels, il y a les inégalités de pouvoir entre les femmes elles-mêmes, dont nous devons prendre conscience, et que nous devons combattre pour atteindre une réelle égalité.

  • Godefroy
    Abonné
    lundi 8 mars 2010 12h21
    Femmes catho
    "Depuis le premier jour, l'Eglise a pris et gardé la femme, comme l'aide la plus puissante de son oeuvre de propagande et d'asservissement. Mais, dès l'abord, un obstacle se dressait. La femme n'était-elle pas la honte et la perdition, une créature de dégoût, de péché et de terreur, devant laquelle tremblent les saints ? En elle, l'immonde nature a mis son piège, elle est la source charnelle de la vie, elle est la vie elle-même, dont le catholicisme enseigne le mépris. Aussi l'Eglise a-t-elle un instant refusé une âme à la bête de fornication, que les hommes purs fuyaient au désert, dans la certitude de succomber, si le vent du soir leur apportait la seule odeur de sa chevelure."

    Emile Zola / 1840-1902 / Vérité / 1903

  • anoukl
    Inscrit
    lundi 8 mars 2010 14h07
    Tout ce qu'on pourrait dire d'autre en ce 8 mars
    Je me serais attendue à autre chose d'un éditorial du Devoir en ce 8 mars.
    La journée internationale des femmes fait partie des rares occasions de faire entendre la domination que nous subissons au jour le jour: domination dans la sphère économique, politique, médiatique et privée. On aurait pu parler des raisons pour lesquelles le corps d'une femme est toujours perçu comme disponible sexuellement, du partage des tâches dans la sphère domestique, des discriminations vécues par les femmes dans leur milieu de travail, de la non-présence des femmes dans la sphère politique, de la violence faite aux femmes....
    Au lieu de cela, on perpétue un discours intolérant vis-à-vis d'autres femmes.

    Est-ce que ça fait avancer notre cause? Non.

  • Michel Fontaine
    Abonné
    lundi 8 mars 2010 14h17
    Femmes- Le recul
    Bonjour Madame Boileau,

    J'ai lu avec ouverture et intérêt votre éditorial et j'avoue que je ne partage pas certaines des prémisses qui sous-tendent votre argumentaire même si je me range à votre point de vue concernant le niquab et la burqua dans un contexte d'offre de service public. En effet comment pouvez-vous affirmer que des femmes portant le niqub sont " toutes semblables, interchangeables et sans identité". L'identité est, à mes yeux, davantage affaire de coeur et d'âme que de corps et surtout de vêtement. Losque j'allais au collège au début des années soixante, nous étions tous vêtus du même costume et je n'en avais pas moins ma personnalité propre.
    Vous revenez maladroitement sur l'affaire du YMCA et affirmez que les femmes au Québec " n'avaient pas à avoir honte de leur corps quand elles se librent à des activités tout à fait décentes". La question ne se posait pas en terme de honte mais du droit de la communauté hassidique de ne pas se voir imposer ce regard, aussi légitime qu'il soit à nos yeux à nous.
    Là où je veux signifier avec encore plus de vigueur mon désaccord le plus total, c'est lorsque vous affirmez que le voile ou le hijab devrait être prohibé même s'il ne pose aucunement problème au niveau de la communication ou de la sécurité. Et si ce costume était davantage une spécificité culturelle remontant au Moyen-Âge visant alors , comme je l'ai déjà lu dans l'Histoire universelle de Will Durant, à protéger le corps et les cheveux du desséchement causé par les violentes et fréquentes tempêtes de sable, de quel droit pourrais-je l'interdire à l'aune de nos pratiques culturelles occidentales. Ce serait une forme pernicieuse d'impérialisme culturel. Heureusement que le Québec et le Canada se sont dotés de chartes des droits afin d'empêcher les majorités de limiter de façon arbitraire et abusive les droits des minorités. Je préfère un excès d'individualisme à ce risque dont l'Histoire regorge de tristes exemples.
    Respectueusement vôtre

  • Johanne St-Amour
    Inscrite
    lundi 8 mars 2010 17h35
    Une compassion excessive et sélective!
    Madame Boileau,

    Merci de cet article. Merci de continuer à dénoncer l’intégrisme religieux. J’aimerais par ailleurs souligner que l’analyse de la FFQ et de QS n’est pas la seule analyse féministe en regard des signes religieux ostentatoires. D’autres féministes s’objectent aux représentations religieuses comme le voile, la burqa ou le niqab. D’autres féministes dénoncent les attitudes et les pouvoirs non démocratiques des religions.

    Malheureusement, les membres de la FFQ ces dernières années font preuve de compassion excessive. Ils l’ont aussi fait dans le cas de la prostitution il y a quelques années. Michèle Vianès de Regards de Femmes appellent ces féministes et les gens de gauche, comme QS ici, de « benêts compassionnels » car ils font preuve d’aveuglement et font fi d’une analyse rigoureuse envers des symboles patriarcaux. Tout est permis aux croyant-es ! Surtout s’ils et elles viennent d’ailleurs. La réaction serait tout autre devant la religion catholique !

    Et plusieurs féministes dénoncent l’attitude de cette « nouvelle gauche » « compassionnelle ». Un des arguments est la peur de l’exclusion des femmes voilées. On a vu que Madame Naema qui a fait une plainte à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse est totalement capable de ne pas se cantonner à la maison pour affronter les médias pour défendre son point de vue. De la pure provocation ! Et de l'entêtement!

    On voit d’ailleurs que nombre des commentaires reflètent cette compassion excessive. Des gens qui n’accepteraient sûrement pas que leur enfant se couvre entièrement, question , aussi, de pouvoir socialiser mais qu’ils l’acceptent d’autres personnes. Des gens qui refusent même qu’on parle du sujet, prétextant que d’autres sujets soient plus urgents pour l’égalité entre les femmes et les hommes alors que le sujet est très actuel. Des gens qui mêlent problèmes d’immigration et problèmes d’intégrisme religieux.

    On en vient même à occulter que le voile soit religieux et à insister à nouveau sur l’individualisme. Des gens qui ont la compassion sélective, en plus, puisqu’ils refusent de voir les problèmes vécus par les femmes qu’on oblige à se voiler. En France, lors du débat sur le voile à l'école, un sondage mentionnait que 70% des femmes voilées étaient contraintes de la faire. Pourquoi serait-ce différent ici?

    Le voile est une violence symbolique disait une internaute musulmane qui soulignait également qu'il était une forme d'aliénation.

  • Normande Poirier
    Inscrite
    lundi 8 mars 2010 18h02
    L'aliénation, ça existe!
    Bravo Madame Boileau. J'appuie entièrement vos propos.

    J’ajouterais qu’on peut souhaiter l'interdiction du voile musulman dans la fonction publique sans pour autant mépriser les femmes qui le portent. En fait, plusieurs de ces femmes qui portent le voile suivent les instructions de leur iman et sont inconscientes qu’elles sont victimes d’une aliénation dont la pratique du voile n’est que la pointe de l’iceberg.

    En ce 8 mars, force est de reconnaître que les Québécoises n'ont pas gagné toutes les batailles sur le plan de l'égalité dans les faits. Mais, sur le plan de l'égalité devant la loi, nous avons fait d'immenses progrès qui nous placent loin devant l'islam, lequel se borne dans les textes à reconnaître le droit de tous à la dignité, mais non des droits égaux pour tous. Ce qui n’empêche pas les musulmanes voilées, même du niqab, d’être émouvantes et attachantes. Là n’est pas la question.

    L’intégration des fidèles de l’islam dans la société québécoise ne devrait pas se faire au prix d’un recul pour les femmes et de la perte d’acquis durement gagnés.

  • Marie Lauzier
    Inscrite
    lundi 8 mars 2010 18h29
    Tellement bien dit, Michel Fontaine
    «Là où je veux signifier avec encore plus de vigueur mon désaccord le plus total, c'est lorsque vous affirmez que le voile ou le hijab devrait être prohibé même s'il ne pose aucunement problème au niveau de la communication ou de la sécurité. Et si ce costume était davantage une spécificité culturelle remontant au Moyen-Âge visant alors , comme je l'ai déjà lu dans l'Histoire universelle de Will Durant, à protéger le corps et les cheveux du desséchement causé par les violentes et fréquentes tempêtes de sable, de quel droit pourrais-je l'interdire à l'aune de nos pratiques culturelles occidentales. Ce serait une forme pernicieuse d'impérialisme culturel. Heureusement que le Québec et le Canada se sont dotés de chartes des droits afin d'empêcher les majorités de limiter de façon arbitraire et abusive les droits des minorités.»

    En région saharienne par exemple, le culturel et le religieux sont souvent bien difficiles à départager. Hommes et femmes s'enveloppent afin de se préserver du soleil, du sable et des vents. Durant un voyage en autocar parmi eux, j'ai appris à mes dépens que la minijupe ne convenait pas du tout Quand nous sommes arrivés à destination, j'étais sale de la tete aux pieds à cause des vents de sable alors que les femmes indigènes une fois leurs voiles retirés étaient presqu'aussi fraiches qu'au départ.

    Culturel? Religieux? Au fil du temps tout s'est imbriqué l'un dans l'autre.

  • gaetanfo
    Abonné
    lundi 8 mars 2010 19h46
    Femmes - Le recul (2)
    Pleinement d'accord avec Michel Fontaine.
    Que l'on interdise la burqua (qui est le véritable voile INTÉGRAL)
    et le niqab, cela se défend. Ne serait-ce que pour des raisons de sécurité :
    trop facile de dissimuler son idendité sous ces voiles.
    Mais, pour ce qui est du fourlard islamique, pourquoi ne pas laisser le
    temps faire son oeuvre. Que je sache, on n'a rien imposé, ni interdit,
    aux femmes vêtues de noir et portant voilette, ni aux religieuses voilées
    et pourtant la tunique ? Laissons - dans le respect des droits de chacun -
    le temps faire son oeuvre.

  • mustapha akchich
    Inscrit
    lundi 8 mars 2010 20h31
    LAISSEZ LES EN PAIX
    Avez-vous jamais demandé si ce voile est plus un symbole de soumission a Dieux qu'un symbole de soumission a l'homme. Croyez-vous sincerement que toutes ces femmes voilées portent le voile contre leurs grés. La question n'a rien a voir avec l'égalité homme-femme. Vous croyez aujourd'hui a cette «égalité» alors que ca fait des siecles que l'Islam a donné a chacun son role dans la societé. Chacun sa fonction naturelle. Nous sommes tous égaux aux yeux de Dieux et le meilleur de nous et celui qui observe et applique le plus ce que Dieux nous a ordonner de faire et ne pas faire. Si la Democratie, la liberté, l'égalité homme-femme, vous y croyez vigoureusement, alors c,est une forme de RELIGION. S'il vous plais n'essayer pas de juger les autres selon vos critéres a vous seules. Qui sait, peut-etre dans 100 ans vos criteres et vos convictions d'aujourd'hui changeront, mais soyez sûre que nos criteres ne changent jamais et ne changeront jamais, et c'set la la difference entre un critere humain et un autre Divin.
    Je vous souhaite bonne reflexion.

  • d.lauzon
    Inscrit
    lundi 8 mars 2010 21h09
    Ce n'est pas Dieu ou Allah qui veut ça
    L'idée de cacher les cheveux de la femme avec le nidjab ou le corps au complet avec la burqa ou le niqab ne vient pas de Dieu ni d'Allah mais bien des hommes qui par jalousie et par désir de contrôle ont fait croire aux femmes que telle est la volonté d'Allah.

    Il faut dire haut et fort à ces femmes que Dieu a créé les humains (femmes et hommes) pour qu'ils soient libres et heureux. Nous qui avons grandi dans la religion catholique et qui avons été soumis à des rites ridicules comme la confession, la pénitence, le port d'un couvre-chef à l'église, l'obligation de procréer, etc. aimerions tellement que toutes les femmes soient libérées de ces fausses croyances. Malheureusement, les fanatiques religieux de la religion musulmane, qui sont tous des hommes, n'ont aucun intérêt à changer leurs positions puisque le contrôle qu'ils exercent sur les femmes leur donne tellement de pouvoir. Je parlais de fanatiques religieux mais je sais qu'il y a beaucoup d'hommes musulmans qui croient à l'égalité entre hommes et femmes et beaucoup l'ont démontré comme ce fut le cas en Iran, lors des dernières élections en Iran. De ce côté là, on peut dire qu'il y a un peu d'espoir.

  • Anais Forcier
    Inscrit
    mardi 9 mars 2010 00h11
    Du pain sur la planche
    Je ne peux pas croire que le 8 mars 2010, la journée de la femme, à la télévision nationale (TQ), on nous présente un documentaire sur des québécoises voilées! De pauvres petites naïves, perdues dans leur identité et voilées, par dessus le marché! C'est ça qu'on nous montre à la journée internationale de la femme en 2010!!!!
    J'en suis foudroyée!!! Vraiment, on n'est pas sorties de l'auberge, mesdames!!!
    Svp, un petit effort! Il y a tellement de femmes qui se battent tous les jours pour faire avancer des causes féminines... Montrons-les, bon sang!!!
    Il faut absolument lire "Ma vie à contre-coran" de Mme Benhabib.

  • Serge Charbonneau
    Abonné
    mardi 9 mars 2010 10h42
    Excellente réflexion
    Merci pour cette excellente réflexion, Mme Boileau.

    Je crois qu’il est grand temps que des Femmes qui ont encore toute leur tête, leur cœur et leur honneur, se lèvent et prennent leur place d’Être Humain à part entière.

    Je vous invite à lire:

    "Des femmes qui font réfléchir"

    http://www.vigile.net/Des-femmes-qui-font-reflechi

    Serge Charbonneau
    Québec

  • Serge Charbonneau
    Abonné
    mardi 9 mars 2010 10h50
    Il ne faut pas fermer les yeux sur la réalité
    Je crois que Mme Anais Forcier a bien raison de dire: Il faut absolument lire "Ma vie à contre-coran" de Mme Benhabib.

    http://www.renaud-bray.com/Livres_Produit.aspx?gwo

  • Serge Charbonneau
    Abonné
    mardi 9 mars 2010 11h18
    La fin de mon message
    La fin de mon message précédent a été coupée.

    Je disais qu'il fallait aussi lire Ayan Hirsi Ali (Magan).
    " Ma vie rebelle "

    Un témoignage hallucinant. Une vie incroyable. Un courage exemplaire.

    Il faut lire, Mme Ayan Hirsi Ali

    http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/15005

    Serge Charbonneau
    Québec

  • Benoît Lauzière
    Abonné
    mardi 9 mars 2010 11h26
    Voile et empire du Mal
    Interdire le voile intégral partout où il doit l'être, je veux bien, mais il ne faudrait pas que l'indignation porteuse devienne un alibi pour interdire toute différence. L'obsession identitaire et la sélection par trop ciblée des valeurs à promouvoir ne valent pas mieux que les impératifs religieux et culturels pour gérer la diversité dans nos sociétés plurielles.

    Il ne suffit pas d'affirmer que le port d'un voile qui couvre les cheveux est rarement le fait d'une décision totalement libre (pour les musulmanes seulement, bien sûr) pour l'interdire. À ce titre, les curés et abbesses qui parcourent le monde pour le salut des âmes ... libres ont du pain sur la planche.

    Que dit la pensée courte, encore plus répandue que le sens commun? Que l'égalité, c'est l'identité.

  • Camille
    Abonnée
    mardi 9 mars 2010 17h47
    Les benêts compassionnels
    Merveilleuse épithète employée par Mme Vianès. Je ne connaissais pas cette expression décrite par Mme St-Amour plus haut. "La compassion excessive ", c'est bien cela qui afflige certaines féministes de gauche et ceux de QS qui nous empoisonnent.
    Entièrement d'accod avec le texte de Mme Boileau.
    Et à propos de la niqabiste Naema, elle n'est pas du tout arrêtée dans son élan puisqu'on a appris ce matin qu'elle s'était inscrite dans un autre Cegep (ou école de français) avec sa burga. Yes Sir !
    Et Mustapha plus haut (8-3-10 20h31) il l'a l'affaire lui pour nous faire taire, puisqu'il nous demande de laisser les voilées tranquiles, qu'elles veulent cela porter le voile, et il nous explique bien qu'avec l'islam c'est Dieux (sic) qui les commande et "leurs critères ne changent jamais, et ne changeront jamais, et c'est là la différence entre un critère humain et un autre divin". Oh boy !
    Quant à tomber sur le sujet des "ordres venant de Dieu lui-même", amené justement par Musfapha, les curieux pourront aller voir ce court vidéo avec photos, expliquant les liens passés et actuels entre le nazisme et l'islamofascisme et justement comment les ordres de Dieu sont dangereux. Il est par exemple mentionné "Un dogme laïc comme le nazisme est moins dangereux que cet islamofascisme que l'on voit de nos jours. Parce que l'islamofascisme a un aspect religieux. Dieu tout puissant t'ordonne de faire ceci ou cela. Pas le Führer. Dieu" (Walid Shoebat). Et vous verrez comment les musulmans ont combattu au côté des SS durant la guerre de 40, contre l'Europe et les Alliés. Et comment ils combattent aujourd'hui l'Occident.
    http://www.youtube.com/watch?v=Pz1pkl02tnI

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