Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Persécuter les piétons : la stratégie ne marche pas

    Malgré les constats d'infraction et les campagnes de sensibilisation, le nombre de blessés et de morts est resté à peu près le même en 2009, selon la police de Montréal

    En 2009, la route a fait 33 morts à Montréal, dont 18 piétons, soit le même nombre que l’année précédente.
    Photo: Jacques Grenier - Le Devoir En 2009, la route a fait 33 morts à Montréal, dont 18 piétons, soit le même nombre que l’année précédente.
    Les opérations de répression menées auprès des piétons montréalais ne semblent pas avoir les effets escomptés. Depuis trois ans, les policiers ont intensifié la distribution de constats d'infraction auprès des bipèdes délinquants et multiplié les campagnes de sensibilisation, mais le nombre de blessés et de morts chez les piétons est demeuré à peu près le même en 2009, révèle le bilan routier du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) rendu public hier. Pour certains observateurs, ces résultats sont la preuve que la coercition est un échec.

    En 2009, la route a fait 33 morts à Montréal, dont 18 piétons, soit le même nombre que l'année précédente. Parmi les blessés, 1248 piétons l'ont été légèrement, soit 29 de moins que l'an dernier, alors que 87 l'ont été gravement, 9 de plus qu'en 2008.

    Si les données sur cinq ans témoignent d'une tendance à la baisse, le bilan des deux dernières n'est pas particulièrement reluisant quand on sait que le SPVM a augmenté la distribution de constats d'infraction aux piétons afin de les forcer à plus de prudence. Avec l'arrivée de 133 nouveaux policiers affectés à la circulation, le nombre de constats d'infraction donnés aux piétons a doublé entre 2006 et 2009, passant de 5104 à 11 900.

    L'inspecteur-chef Stéphane Lemieux, chef de la division de la sécurité routière au SPVM, reconnaît que les résultats sont moins probants que ceux anticipés. «Ça donne des résultats, mais franchement, j'aurais souhaité voir des chiffres beaucoup plus bas que ça, indique le policier. L'an prochain, j'espère qu'on va voir les fruits de nos efforts de prévention et de coercition.» Il y a deux ans, le SPVM avait justifié cette stratégie en faisant valoir que la moitié des piétons décédés n'avaient pas respecté le Code de sécurité routière. Hier, M. Lemieux n'a pas voulu s'aventurer à montrer du doigt qui, de l'automobiliste ou du piéton, était le plus délinquant.

    Pour Pascoal Gomes, du Centre d'écologie urbaine, une seule conclusion s'impose: persécuter les piétons est une stratégie vouée à l'échec et le bilan dressé par le SPVM en est la preuve: «Les policiers affirment que la répression fonctionne, mais les faits et leurs chiffres démontrent le contraire, ce qui nous amène à dire que la vraie solution réside dans des aménagements favorables aux piétons.»

    Médecin à la Direction de la santé publique de Montréal, Patrick Morency abonde dans le même sens, mais il arrive tout de même à voir des aspects positifs au bilan routier du SPVM. «On observe depuis cinq ans une réduction des blessés et des morts chez les piétons. Par contre, attribuer ça au nombre de policiers ou de contraventions, c'est absurde», dit-il.

    Tout comme M. Gomes, il considère que s'entêter à privilégier la répression est une erreur. La solution est ailleurs, selon lui: la réduction de la circulation automobile et de nouveaux aménagements plus sécuritaires pour les piétons et les cyclistes réduiraient de façon beaucoup plus importante le bilan routier.

    Les saillies de trottoirs

    À titre d'exemple, les saillies de trottoirs ont fait leurs preuves. Lorsqu'on élargit les trottoirs aux intersections pour les faire déborder sur la chaussée, les automobilistes doivent ralentir pour négocier les virages et les piétons ont une moins grande distance à parcourir pour traverser la rue. Dans certains cas, on peut réduire de près du tiers la distance entre les trottoirs, la faisant passer de 21 à 8 mètres.

    Réaménager la ville

    Au fil des ans, la Ville de Montréal a redessiné plusieurs carrefours jugés dangereux. Dans son plan de transport, l'administration Tremblay a prévu une série de mesures pour rendre la ville plus conviviale aux piétons: rétrécissement de la chaussée et installation de feux à décompte numérique figurent au programme. On promet de réaménager 500 intersections d'ici 2016. Depuis 2007, 105 intersections ont été refaites et 66 autres sont maintenant à l'étude.

    Reconstruire les trottoirs est une entreprise coûteuse, mais des solutions moins onéreuses comme l'installation de bacs à fleurs aux abords des intersections peuvent être envisagées. Outremont a choisi cette option et Rosemont-La Petite-Patrie explore cette solution, signale Marc Jolicoeur, directeur de la recherche chez Vélo Québec.

    Vélo Québec vient d'ailleurs de publier un guide technique destiné aux employés municipaux, aux élus et aux professionnels qui veulent favoriser le transport actif dans leur ville. Croquis et photos à l'appui, ce guide présente un éventail d'aménagements pour une meilleure cohabitation entre piétons, cyclistes et automobilistes.

    Les aménagements exemplaires à Montréal existent, qu'il s'agisse de la rue Bernard ou de la place Valois, mais Patrick Morency croit qu'il importe maintenant d'intégrer ces concepts aux pratiques courantes et de profiter des travaux aux systèmes d'égout et d'aqueduc pour redessiner les intersections de façon systématique.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.