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Urbanisme - «Copenhaguiser» Montréal

Une interdiction de traverser la rue dans le secteur de l’ancienne gare Jean-Talon, à Montréal.
Photo : Jacques Grenier - Le Devoir
Une interdiction de traverser la rue dans le secteur de l’ancienne gare Jean-Talon, à Montréal.
Aménager la ville pour ceux qui l'habitent, les piétons, les vieux et les enfants, les familles et les cyclistes? C'est possible. Copenhague l'a fait, et deux pros de l'aménagement à la danoise passent justement la semaine à Montréal pour donner conseils et leçons. Seulement, qui les écoutera dans cette ville du tout-à-l'auto?

La construction d'un Loblaws adjacent à l'ancienne gare Jean-Talon, dans le quartier Parc-Extension, a suscité bien des débats il y a une quinzaine d'années, tous centrés autour de la pertinence d'installer là une épicerie de grande surface. Depuis, plus rien et vogue la galère.

Tout va donc pour le mieux? Pas sûr, du moins si l'on change de perspective. Si, au lieu de s'intéresser aux seules qualités esthétiques et fonctionnelles des immeubles (sans les négliger), on s'attarde à l'interaction entre les gens et ce milieu urbain. Après tout, un quartier, une ville, doivent bien pouvoir se juger à l'échelle humaine, qui est d'abord et avant tout celle des piétons.

Exercice révélateur

Des passionnés d'aménagement ont fait l'exercice hier en compagnie de deux pros de la revitalisation urbaine venus spécialement du Danemark, l'eldorado de ce secteur. Ils ont vite déployé une grille à douze critères traitant finalement de la sécurité (y compris contre le crime), du confort (avec un maximum d'espaces de repos) et du plaisir (dont la beauté, cet ersatz d'absolu). L'aménagement autour de l'ancienne gare échoue alors sur toute la ligne.

On répète: zéro sur douze. Tout fait défaut. Une station-service jouxte le square. Les bancs en métal gèlent les fesses. Des interdictions de traverser la rue Jean-Talon compliquent les déplacements autour des grands commerces et de la station de métro. Le parc a cinq maigrelettes places de stationnement pour les vélos. Les autos, elles, filent à toute allure sur des artères larges comme des boulevards de banlieue.

«La très, très grande majorité des utilisateurs du métro, jusqu'à 98 % selon certaines enquêtes, accèdent aux stations de métro à pied ou à vélo, a fait observer hier l'architecte Kristian Villadsen. Beaucoup de clients de la SAQ et du Loblaws aussi y accèdent à pied. L'aménagement ne devrait-il pas en tenir compte?»

Transformation radicale

M. Villadsen et l'anthropologue sociale Louise Kielgast passent la semaine ici à l'invitation du Centre d'écologie urbaine de Montréal (CEUM) chargé d'implanter les deux premiers Quartiers verts de la ville, l'autre projet étant en développement dans Mercier-Est. Selon le Plan de transport, ces quartiers doivent apaiser la circulation et redonner les espaces urbains au public. Pas bête.

Le Danemark a réussi cette transformation radicale et magistrale. En quatre décennies, la capitale du pays a réussi à piétonniser son centre et à faire en sorte que 37 % des transports se fassent à vélo. Ce taux grimpe à 75 % au centre-ville. Il n'y a rien de pourri dans ce royaume...

Voilà ce que les urbanistes appellent la «copenhaguisation», un mouvement fortement influencé par les recherches du Danois Jan Gehl. La paire de «consultants en qualité urbaine» venue faire la belle leçon à Montréal appartient d'ailleurs à sa firme, Gehl Architects, qui a récemment orienté la transformation du fameux Times Square à New York.

«Times Square n'avait de square que le nom, dit encore M. Villadsen. Les voitures monopolisaient 90 % de l'espace. Nous en avons redonné une moitié aux cyclistes et aux citoyens. [...] L'urbanisme s'organise autour de trois concepts: la vie, l'espace public et les édifices. La méthode traditionnelle commande de construire, d'aménager ensuite des espaces et de souhaiter voir s'y développer la vie. Nous renversons cette perspective en considérant d'abord qui habitent à un endroit précis.»

Quel hiver?

L'hiver n'est d'ailleurs pas un argument, comme va le prouver la conférence d'aujourd'hui des «copenhaguistes» précisément intitulée Concevoir les rues en fonction des gens dans une ville d'hiver. Elle se déroule à guichets fermés, mais une version en ligne apparaîtra bientôt.

À Copenhague, les pistes cyclables sont déneigées en priorité. Ici, depuis dimanche, 90 cyclistes convergent de partout au Québec vers l'Assemblée nationale pour présenter des demandes concrètes afin de leur faciliter la vie.

Les pistes cyclables de Montréal sont conçues par des ingénieurs qui semblent ne jamais avoir roulé sur deux roues.

La ville reproduit en fait ad nauseam les aménagements à l'ancienne. Une portion de l'avenue Christophe-Colomb, au sud de l'avenue du Mont-Royal, a été refaite l'automne dernier. Des semaines de travaux pour rénover les infrastructures, toute la tuyauterie enfouie et décrépite. Une fois le chantier fermé, en surface, la rue a été rouverte à l'identique, les nids-de-poule en moins. Les mêmes minces trottoirs, les mêmes poteaux électriques d'un autre siècle, aucune piste cyclable, aucun banc, mais toujours autant de places de stationnement pour les voitures. Et cette avenue relie deux grands espaces verts, le parc Laurier et le parc La Fontaine.

Moins de déplacements en automobile

Au moins, l'enquête Origine-Destination 2003-2008 dévoilée hier a révélé que, pour la première fois en 40 ans, les déplacements en voiture ont enregistré une baisse à Montréal, d'un petit point, mais quand même. Les déplacements non motorisés, comme la marche et le vélo, ont augmenté de 11 %.

«L'aménagement que nous favorisons va bien au-delà de la réduction de la circulation ou de la piétonnisation, explique Mme Kielgast, une diplômée de l'Université McGill. C'est une question plus large en rapport avec le développement durable et la qualité de vie.»

Elle note que le succès de la mutation repose finalement sur la volonté des pouvoirs publics, voire sur la vision d'un dirigeant. «Pour y arriver, il faut transformer la façon de penser des administrations municipales. Il faut du leadership politique, quoi.»
 
 
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  • Jean Richard
    Abonné
    mardi 16 février 2010 09h00
    Les ingénieurs ? Quels ingénieurs ?
    « Les pistes cyclables de Montréal sont conçues par des ingénieurs qui semblent ne jamais avoir roulé sur deux roues. »

    Ce qui vaut pour les pistes cyclables vaut aussi pour les trottoirs, en particulier aux intersections. De toute évidence, ceux qui les conçoivent ne les utilisent pas.

    Comment trouver normal qu'à la moindre pluie (ou à la moindre chute de neige après l'épandage de tonnes de sel), les piétons doivent-ils franchir inévitablement d'immenses flaques d'eau (dont la profondeur peut facilement dépasser les 10, voire 15 centimètres) ? La conception des rues est telle qu'à chaque intersection, un point bas sans égout se trouve entre le trottoir et la rue, en plein dans l'intersection. Et après, les porte-parole des flics viennent faire de beaux discours quand les piétons traversent ailleurs qu'à une intersection.

    Et toujours à propos des trottoirs, preuve de la mentalité des gens qui les dessinent, les bateaux (ces abaissements pour laisser passer les voitures) semblent avoir été conçus pour que les voitures puissent franchir ces trottoirs sans ralentir - et pour que les piétons puissent glisser à la moindre couche de glace, car leur inclinaison en rendent pour ces derniers la traversée hasardeuse, acrobatique. Et même en dehors de ces passages pour voitures, les trottoirs sont souvent très inclinés et sujets à devenir périlleux en cas de gel au sol.

    Outre les ingénieurs, il y a aussi les architectes, qui dessinent de jolis édifices sans la moindre intégration à l'environnement physique. La tour de Bell à la station de métro Jean-Talon en est un bel exemple. Au moindre vent d'ouest, ce triste espace à l'entrée du métro devient un couloir d'accélération du vent, au grand dam des gens qui vont prendre le métro et qui peinent parfois à traverser ce couloir plus que venteux (et souvent périlleux car là aussi, les flaques d'eau s'y accumulent et forment des patinoires). Pourtant, avec la modélisation, il est possible aujourd'hui de concevoir des aménagements qui canalisent les vents ailleurs qu'au pied des édifices, sur le chemin des piétons. Mais cette préoccupation ne semble pas faire partie des acteurs de cette urbanisation sauvage.

    Y a-t-il un manque de connaissance, un manque d'intelligence ? On ne saurait dire, mais il y a sûrement un manque de conscience, lié à un problème culturel. Comme piéton ou comme cycliste, on subit l'inconfort de la rue et des trottoirs sans savoir que c'est loin d'être incontournable. C'est simplement que le confort de la rue a été donné aux voitures, trop souvent au détriment des autres usagers de l'espace public.

  • Sylvain Auclair
    Abonné
    mardi 16 février 2010 10h22
    On en passe, et des meilleures
    Pourquoi met-on des stops un peu partout sur les pistes cyclables? On doit se rendre quelque part, non? Ne serait-ce pas aux autos de nous céder le passage?
    Pourquoi les vélos sur les pistes cyclables sont-ils cachés par les voitures stationnées?
    Quand on rétrécit une rue pour ralentir la circulation, où les vélos sont-ils censés passer?
    Pourquoi les vélos doivent-ils passer près des trottoirs, le point le plus bas des rues, toujours plein de déchets, d'eau, et souvent en mauvais état à cause du dégel?
    Pourquoi, quand on repave partiellement une rue, la ligne de démarcation entre le nouveau et l'ancien pavage, toujours inégale et dangereuse, se trouve-t-elle exactement là où les vélos doivent passer, entre la voie de circulation et la voie de stationnement?

  • Gabriel Deschambault
    Inscrit
    mardi 16 février 2010 10h22
    courage il faut tenir bon!
    Ce matin, on nous indique dans les médias que pour une premiere fois depuis pres de quarante ans, on peut constater une baisse du trafic automobile pour la région de Montréal. Bien sûr, le coût de l'essence y est peut-être pour quelquer chose; mais bon!

    Il faut sans cesse tenter de convaincre nos élus et nos professionnels de l'aménagement et des transports que les temps changent et qu'il est maintenant devenu une bonne pratique, de privilégier la qualité de vie dans nos quartiers plutôt que la fluidité du trafic.

    Allez...courage!

    Gabriel Deschambault

  • Sylvain Auclair
    Abonné
    mardi 16 février 2010 11h22
    Prix de l'essence
    Vous vous souvenez de l'été où l'essence avait atteint 1,50$ le litre. Eh bien, c'est la seule fois où je pouvais respecter les limites de vitesse sur l'autoroute sans constamment me faire dépasser....

  • gaetanfo
    Abonné
    mardi 16 février 2010 11h36
    Pistes cyclables
    "Pourquoi met-on des stops un peu partout sur les pistes cyclables?"

    Notamment, pour protéger les piétons - déjà tellement menacés par ces
    couloirs à double sens de circulation.

    Pour ma part, j'ai souvent failli être victime d'un cycliste, à feu vert, que
    par une automobile.

  • Marthe Savoie
    Abonnée
    mardi 16 février 2010 12h05
    Copenhaguisons les abords des métros, dont celui de Longueuil
    C'est encourageant. Et oui, d'abord prendre en compte le point de vue du PIÈTON, ce grand oublié de l'urbanisme, voilà la solution pour rendre à la ville sa dimension humaine conviviale et sécuritaire. Cela favoriserait grandement de délaisser sa voiture, ou tout simplement de ne plus en avoir, pour les alternatives, la marche, le vélo, les transports en commun.

    Au moment où on nous a annoncé une augmentation record du prix du métro de Longueuil, en m'y rendant hier, à pied comme à l'habitude, je ne peux que déplorer l'environnement répulsif pour le piéton et le cycliste, dans une logique d'un autre âge, du tout pour la voiture et l'autobus!

    Aux abords du métro de Longueuil, Il y a un bel exercice à faire: "Copenhaguiser" le lieu avec la collaboration de l'Université de Sherbrooke qui a décidé de s'y installer. Pourquoi pas!

  • Fernand Trudel
    Abonné
    mardi 16 février 2010 12h10
    Quand les gens auront troqué leur auto pour un vélo
    Quand les gens auront troqué leur auto pour un vélo qui paiera pour la construction et l'entretient des voies publique. On aura pas les méchantes automobilistes pour absorber la facture par le coût de leur permis de conduire, par le coût leur immatriculation dont une partie finance le transport en commun, par les taxes sur le litre d'essence. Les vélos ne payent rien de tout ça...

    La DpSAAQ percevra à qui le coüt du système d'assurance accident de la route ??? Les vé.los ne payent rien même si la politique sur le vélo leur donne droit aux compensations.

    Oui, L'idéalisme a un prix, Qui le payera quand les gens auront troqué leur auto pour un vélo ???

  • France Marcotte
    Abonnée
    mardi 16 février 2010 12h37
    La logique des contrats
    Il faut pouvoir retirer ce bonnet d'âne de l'urbanisation à Montréal. Les installations pourtant récentes que vous nous décrivez font honte et la logique qui les a inspirés n'est pas celle du bonheur d'être sans voiture et d'habiter cette ville! Qui sont les urbanistes à Montréal? En reste-t'il au moins ou sont-ils tous passés au privé avec les faramineux contrats accordés de la manière que l'on sait. Une essentielle enquête sur le monde de la construction ne permettra pas que de recouvrer 30% des coûts mais la possibilité de développer la ville autrement qu'avec une logique de contrats douteux.

  • Pascoal Gomes
    Inscrit
    mardi 16 février 2010 14h44
    Concevoir les rues en fonction des gens dans une ville d'hiver
    Kristian Villadsen et Louise Kielgast du cabinet Gehl Architects présentent une conférence publique organisée par le Centre d'écologie urbaine de Montréal le mardi 16 février à 18h.
    Cette conférence sur le thème "Concevoir les rues en fonction des gens dans une ville d'hiver" sera également offerte en webdiffusion au courant des prochaines semaines. Pour plus d'information: www.ecologieurbaine/gehl
    514 282-VERT

  • Jean-François Corbett
    Inscrit
    mardi 16 février 2010 15h20
    Ici à Copenhague, c'est agréable faire du vélo en ville
    J'habite à Copenhague depuis bientôt huit ans. Comme on se sent en sécurité sur les pistes cyclables, dénivellées par rapport à la rue, à mi-hauteur entre le troittoir et la chaussée. Il y en a partout, et elles sont bien harmonisées avec les autres modalités de transport. Et les déplacements à pied sont agréables aussi!

    Bien entendu, il y a des automobiles, mais beaucoup moins qu'à Montréal. Honnêtement, il n'y a pas grand raison d'en avoir une à Copenhague: le vélo, le métro, le train ou l'autobus vous amèneront à destination tout aussi rapidement sinon plus et à moindre coût -- et pour moins de trouble en fin de compte.

  • Sylvain Auclair
    Abonné
    mardi 16 février 2010 16h35
    Stops et piste cyclable
    Laissez-moi illustrer. Je donnais une rue, à Longueuil, munie d'une piste cyclable parallèle, Cette rue en croise d'autres, mais c'est une rue principale et les automobiles ne doivent pas s'arrêter. Les vélos qui font le même chemin, par contre, doivent s'arrêter à chaque rue, même si les autos qu'ils pourraient rencontrer doivent aussi s'arrêter. Pourquoi? Mystère.
    Et ne me parlez pas des piétons: on est en banlieue, et les piétons ne peuvent pas traverser.

  • Sylvain Auclair
    Abonné
    mardi 16 février 2010 16h41
    Autre exemple
    La piste de la rue Gauthier, sur le Plateau. Les vélos doivent arrêter, mais pas les autos. Ça n'aide en rien les piétons à traverser.
    Et on n'annonce même pas aux automobilistes traversant la rue que des cyclistes arrivent à contre-sens (piste bidirectionnelle sur rue à sens unique).

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