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Libre Opinion - Réplique à Michel David

Pierre Karl Péladeau - Président et chef de la direction de Quebecor   29 janvier 2010  Actualités en société
C'est avec intérêt que j'ai lu votre chronique du 28 janvier 2010. Vous qualifiez sans nuance les 280 publications de Sun Media de «feuilles de chou», verdict gratuit qui tranche singulièrement avec la solidarité dont on pourrait autrement vous croire habité. Vous disqualifiez le travail lu par des millions de gens, de centaines de vos confrères et consoeurs autant au sein de notre entreprise que ceux qui oeuvrent dans les nombreuses agences de presse que nous relayons, dont la plus importante au Canada, la Presse canadienne.

Ironie du sort, Le Devoir faisait référence, aussi récemment que le 27 janvier, sous la signature d'Alexandre Shields, à un article écrit par Rémi Nadeau du Journal de Québec (qui travaillait encore à la Presse canadienne il y a quelques semaines) faisant état du manque de transparence dans la divulgation du règlement du renouvellement de la convention collective à la SAQ, étrangement qualifiée de paix industrielle alors que l'on passait sous silence l'augmentation de la masse salariale de 100 millions à 123 millions.

Vous n'êtes pas sans savoir que Quebecor n'est pas une PME. Nous faisons travailler directement et indirectement des dizaines de milliers de personnes et regroupons en notre sein plus de cent syndicats distincts, oeuvrant dans des industries variées aux enjeux divers. Nous sommes un acteur important de l'économie et de la culture québécoises. Nous investissons ici chaque année plusieurs centaines de millions de dollars, créant ainsi des milliers d'emplois de qualité, dans des secteurs en croissance.

Notre siège social de Montréal et ceux de nos filiales emploient des centaines de Québécois dans des postes clés. J'ai le privilège de la diriger et de participer aux très nombreux succès qu'elle a réalisés durant les 10 dernières années de ma présidence, dont notamment le repositionnement complet de Vidéotron, qui offre maintenant en plus des produits de grande qualité orientés sur les dernières technologies, un service à la clientèle qui fait l'envie de très nombreuses entreprises.

C'est avec tout autant d'énergie que nous avons lancé le projet de modernisation de nos activités d'édition il y a quelques années, permettant ainsi à Sun Media de devenir le plus important éditeur au Canada. Cette dernière jouit maintenant d'une santé financière lui permettant de traverser la crise actuelle et d'assurer son avenir dans un environnement dont tous, notamment votre directeur Bernard Descôteaux en ces pages hier, reconnaissent la dramatique transformation. En quoi la modernisation du Québec ferait-elle de nous des dinosaures intransigeants?

Quant à votre procès d'intention, il apparaît cocasse que vous repreniez l'argument de ce banquier dont l'industrie combat avec succès depuis des décennies la syndicalisation de ses employés. Vous voici protecteur de principes dont il est désormais interdit, sous peine d'attaques ad hominem et d'accusations de lèse-majesté, de remettre en question les fondements. La liberté d'esprit qui a toujours prévalu au Devoir semble s'être abstenue sous votre plume et me ramène aux pires heures de la direction de Georges Pelletier.

Pourquoi serait-il donc illégitime de s'interroger sur la transparence des syndicats quant à leur gouvernance, par exemple, celle du Fonds de solidarité de la FTQ, où l'on constate que 12 des administrateurs sur 17 occupent des postes de président de syndicat? Cette organisation gère des millions de dollars, obtenus en grande partie grâce aux généreux crédits d'impôt dont sont ainsi privés les coffres de l'État.

Ce repli, ce refus du débat ou de la remise en question dès qu'il est question de syndicats, confère à ce groupe une sorte d'immunité qui tue dans l'oeuf tout échange. Nous sommes bien loin de l'audace et du choc des idées auxquels nous avait habitués Le Devoir. Dans la même veine, votre attitude et celle de vos collègues de la Tribune de la presse, feignant la neutralité pour justifier le refus de l'accréditation à vos confrères du Journal de Québec, sont absolument sidérantes. Selon vous, donc, le droit à l'information et à sa diversité est maintenant subordonné aux droits de travailleurs. Henri Bourassa en serait pour le moins étonné!

Pierre Karl Péladeau - Président et chef de la direction de Quebecor


***


Réplique

Le procédé qui consiste à déformer des propos pour mieux attaquer leur auteur est bien connu. Je n'ai jamais prétendu que les 280 publications de Sun Media étaient des «feuilles de chou». Je m'inquiète plutôt de ce que M. Péladeau cherche à en faire avec sa «modernisation». Je veux bien qu'il cherche une façon de me mettre en contradiction avec Le Devoir, mais je me demande ce que le règlement à la SAQ a à voir avec la législation que M. Péladeau dénonçait dans son texte publié dans Le Journal de Montréal le 21 janvier. Quant aux demandes d'accréditation à la Tribune de la presse de nouveaux journalistes du Journal de Québec, il n'en avait jamais été question avant que leurs collègues du Journal de Montréal ne soient mis en lock-out. Dans l'esprit de M. Péladeau, la diversité de l'information semble consister à publier les mêmes textes dans le plus de journaux possible.

Michel David











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  • Khayman
    Abonné
    vendredi 29 janvier 2010 11h30
    Concentration des médias
    Bonjour M. Péladeau,

    Je suis heureux que vous acceptiez ici le dialogue alors que cela semble être plus difficile à faire avec vos employés du Journal de Montréal et du Réveil. Je suis content de lire vos propos. Il me semble primordial d'en savoir plus sur l'homme qui contrôle un empire tel que le vôtre.

    Là où je décroche, c'est sur la place que vous donnez à votre opinion et sur la filtration de l'information qui est faites dans vos différents médias en conséquence. Ainsi, par exemple, il n'y a qu'à lire Martineau pour voir qu'il n'est qu'un ersatz de votre personne. Considérant l'étendu de vos médias dans notre société, ceci constitue une atteinte à la liberté de presse québécoise.

    Vos médias multiplient les sondages Internet (qui ne se rapprochent même pas d'un semblant de validité scientifique) avec des questions tendancieuses orientant clairement les réponses du public. Vos médias chient constamment, avec de nombreux sophismes (je peux vous fournir plusieurs exemples), sur les syndicats et la fonction publique. Votre dernière trouvaille, disant que les syndicats sont trop forts au Québec, tient difficilement la route (rappelez-moi donc les jugements des tribunaux québécois et de la Cour suprême concernant Wal-Mart ainsi que le jugement concernant les briseurs de grève que vous engagez pour Le Journal de Montréal ?)

    De plus, votre télévision prône des émissions abrutissantes nivelant par le bas le potentiel intellectuel de notre société au nom du sacro-saint (profit) audimat.

    Alors, considérant la très grande responsabilité que vous avez comme leader auto-exposé de notre société québécoise, je vous demanderais d'envisager que dans la vie, les profits ne sont pas la seule chose dont il faut tenir compte. Considérer la main-d'oeuvre comme du « capital humain », comme jetable, entraîne des coûts sociaux considérables dont vous semblez, au mieux, sous-estimer la portée ou, au pire...je préfère ne pas penser au pire.

  • Stéphane Russell
    Inscrit
    vendredi 29 janvier 2010 13h45
    Un marché en profonds boulversements
    Comme informaticien, je suis bien placé pour voir les changements profonds que subissent l'industrie de la publication et des médias. Encore dernièrement, Apple a dévoilé son nouveau iPad. Simple joujou en apparence, il faut le voir comme un nouveau terminal pour une plate-forme de diffusion privilégiée. Grâce à iTunes et maintenant à iBooks, Apple s'est taillé une place de choix comme distributeur de livres, de journaux, de musique et de culture en général.

    Cette compétition nouvelle apportée par un géant de l'informatique vient encore modifier la carte de l'industrie des médias, dont Québécor fait parti. Sans réadaptation majeure, cette dernière se trouvera grandement désavantagée, au détriment du Québec entier qui profite de ce fleuron de notre industrie.

  • Abdel Hamdi
    Inscrit
    samedi 30 janvier 2010 07h17
    Amnésique et convergeant!
    "Pourquoi serait-il donc illégitime de s'interroger sur la transparence des syndicats quant à leur gouvernance, par exemple, celle du Fonds de solidarité de la FTQ, où l'on constate que 12 des administrateurs sur 17 occupent des postes de président de syndicat?"
    La vertu de l'Empereur n'a d'égal que son amnésie. Avez-vous oublié, Votre Seigneurie, votre volonté d'achat du Canadien...avec le Fonds de Solidarité de la FTQ?
    Comme Grand Vizir, posez-vous donc la question de savoir pourquoi dans votre Empire, les conflits de travail sont si nombreux et si sauvages.

  • Daniel Trottier
    Abonné
    samedi 30 janvier 2010 11h10
    Réplique à la réplique
    @ Michel David

    Après avoir dit ceci : « Le problème est que M. Péladeau semble voir son avenir dans la culture des feuilles de chou », vous répliquez cela : « Je n'ai jamais prétendu que les 280 publications de Sun Media étaient des "feuilles de chou". Je m'inquiète plutôt de ce que M. Péladeau cherche à en faire avec sa "modernisation". »

    Franchement, j’ai beaucoup de difficultés à vous suivre. Trop subtil pour moi.

    D. Trottier

  • Francois Blanchette
    Inscrit
    samedi 30 janvier 2010 19h15
    Réflexion syndicale ou abolir la formule Rand
    En effet, pourquoi serait-il interdit de remettre en question la "religion syndicale?

    Que dirions-nous si, pour travailler dans une entreprise quelconque, il faudrait absolument devenir pratiquant de la religion X (Mormon, Musulman, Chrétien orthodoxe, etc.) et être obligé de payer la dime à la-dite religion et d'en adopter les pratiques? Il y aurait sans contexte tout un tollé de protestation. Et avec raison.

    Mais si je vais travailler dans une entreprise où il y a un syndicat, même si je ne veux pas devenir membre de ce syndicat (parce que je pratique une autre "religion" que le syndicalisme), bien non seulement cela est interdit, mais on vient chercher la dime à la source (formule Rand). Je n'ai même pas le choix de ne pas payer.

    Et on dira qu'on vit dans une société libre et démocratique. En tout cas, lorsqu'on parle de syndicat, on peut en douter, et en douter fortement.

    On peut aussi se demander la question suivante : si un syndicat est aussi utile qu'on le dit (à part, bien sûr pour la permanence syndicale qui reçoit la dime (oups, cotisation obligatoire) et se paie de bons salaires); pourquoi est-ce obligatoire?

  • Philippe Landry
    Inscrit
    lundi 1 février 2010 11h18
    Avant de tirer des conclusions hâtives
    Comme le rappelle Monsieur Péladeau, Québécor est un acteur majeur sur la scène économique Québécoise, employant des dizaines de milliers de personnes partout au Québec dans les domaines, entre autres, des télécommunication et de la culture. A ce titre, sa contribution au débat entourant le rôle des syndicats est essentielle, que l'on soit d'accord ou non avec ses propos (je fais parti du deuxième groupe)

    Par contre, avant de tirer des conclusions hâtives sur les positions de Monsieur Péladeau - à qui l'on peut certe reprocher d'avoir une position pour le moins paternaliste sur le sujet , il convient d'examiner avec soin le marché des télécommunications, de la culture et de l'information au Québec. Voyons tout d'abord les principaux acteurs de ce marché:

    GESCA: une compagnie privée dont les livres sont tenus secrets et qui peut se permettre de perdre des dizaines de millions de dollars par année, ce qui en fait de-facto une entreprise de propagande vouée à la promotion des intérêts de son unique actionnaire: Power Corporation (qui n'a jamais investi un centime au Québec)

    CHORUS: une compagnie albertaine (!) qui constitue le plus grand réseau d'information radiophonique au Québec. Outil de fragmentation du vote francophone par excellence, elle a largement contribué à la réélection du PLQ en faisant offrant une promotion démesurée à l'ADQ en région, et à Québec Solidaire à Montréal. Cette entreprise est également largement responsable de la popularité du parti conservateur dans la région de Québec.

    CBC/SRC: Une société d'état du gouvernement fédéral qui jouit d'une visibilité démesurée dans le domaine de l'information, en profitant du vide créé par l'interdiction faite à télé-québec de produire des émissions d'information et d'actualité, et ce en vertu d'un règlement du CRTC selon lequel l'information est de compétence exclusivement fédérale. A noter que la politique éditoriale de la CBC/SRC est contrôlée par GESCA en vertue d'une répugnant partenariat public-privé fortement documenté.

    Comme on peut le voir, Québécor est de loin la compagnie de télécommunication la plus responsable à oeuvrer au Québec et contrairement à ses compétiteurs, elle est la seule à devoir remettre des profits à ses investisseurs sous peine de faire faillite. Il faut prendre ces faits en considération avant de tirer des conclusions hatives sur le sujet.

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