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    Les courses de chevaux reprendront au Québec

    Des investisseurs veulent relancer l'industrie sans aide de l'État ni loterie vidéo

    Interrompus depuis octobre dernier, les courses de chevaux et le pari mutuel reprendront sous peu au Québec. Dix investisseurs veulent en effet relancer l'industrie en empruntant une nouvelle piste: exit l'appui financier du gouvernement et les appareils de loterie vidéo, a appris Le Devoir.

    Un groupe de gens d'affaires a obtenu lundi dernier une licence de la Régie des alcools, des courses et des jeux pour la tenue de dix programmes de courses à l'hippodrome d'Ayer's Cliff, non loin de Magog, dans les Cantons de l'Est. Il s'agit pour eux d'une première étape vers la relance de l'industrie des courses qui passerait ainsi, selon leurs plans, par l'ouverture au printemps d'une deuxième piste de course à Saint-Basile-le-Grand et la construction d'un grand hippodrome «vert» dans la couronne Nord de Montréal d'ici cinq ans.

    C'est le Club jockey du Québec qui prend les choses en main, alors que l'entreprise du sénateur Paul J. Massicotte, Attractions hippiques, a cessé ses activités en octobre. Depuis 2006, M. Massicotte était le meneur du jeu dans la province après que le gouvernement du Québec eut privatisé ses quatre hippodromes et le réseau des salons de pari qui y était rattaché. Mais, rapidement, Attractions hippiques a fait face à des difficultés financières qui l'ont conduite au bord de la faillite. Une assemblée de créanciers est d'ailleurs convoquée la semaine prochaine.

    «En juin dernier, dix hommes d'affaires, des vrais passionnés, mais aussi des rêveurs, ont créé le Club jockey du Québec en mettant chacun 100 000 $ dans un fonds en fidéicommis. On voulait racheter la business du sénateur Massicotte. Nos deux offres ont été rejetées. Mais c'est pas grave, on va relever l'industrie autrement, d'abord modestement. On est des bénévoles», explique le porte-parole du Club jockey du Québec, Jocelyn Faucher, joint en Floride.

    Cet homme d'affaires de Québec, qui possède des salles de quilles, est un propriétaire de chevaux de course, tout comme ses partenaires. Il ne s'agit toutefois pas de leur gagne-pain. Aux côtés de M. Faucher, on retrouve notamment le dirigeant d'une entreprise de produits chimiques, Tony Infilise, un gros vendeur de pièces automobiles de Pintendre, Francis Carrier, le propriétaire de salons de pari, Alexandre Morin, un éleveur de volailles de Val-Cartier, Bryan Paquet, le propriétaire d'une carrière à Mirabel, Guy Corbeil, un conducteur renommé de chevaux expatrié aux États-Unis, Michel Lachance, et l'un des grands éleveurs de chevaux au monde possédant des fermes au Québec, en Ontario, aux États-Unis, en France et en Italie, le Français Jean-Pierre Dubois.

    Tous sont préoccupés par la mauvaise image accolée à l'industrie des courses qui est apparue au cours des dernières années, souligne M. Faucher. Selon lui, les appareils de loterie vidéo et les problèmes qu'ils engendrent ne sont pas étrangers à ce déclin. «Les appareils de loterie vidéo étaient une béquille pour les courses. On va miser sur les chevaux, leur beauté et l'esprit familial autour des courses qui sont une occasion pour des fêtes champêtres», ajoute-t-il.

    Pas d'aide directe

    Les appareils de loterie vidéo (ALV) présents dans les hippodromes ainsi que dans les hippoclubs (salons de pari) et les Ludoplex appartenant à Loto-Québec (à Québec et Trois-Rivières) représentaient une part importante des revenus d'Attractions hippiques. L'entreprise du sénateur touchait une commission de 22 % des revenus des ALV. Le gouvernement du Québec a mis fin à cette entente et, du coup, à la course aux millions du sénateur Massicotte. Considérant que «c'est une industrie qui ne marche plus», le gouvernement a plutôt choisi de récupérer une partie des fonds publics pour les verser sous forme d'aide ponctuelle aux éleveurs de chevaux. Depuis 1995, Québec a soutenu l'industrie pour plus de 450 millions de dollars.

    Avec le Club jockey du Québec, c'est toutefois un changement de registre, promet Jocelyn Faucher. L'organisme ne demande pas d'aide financière directe du gouvernement, mais a proposé l'abolition de la taxe sur le pari mutuel. Attractions hippiques bénéficiait du remboursement de cette taxe.

    Comme l'indique la licence obtenue pour Ayer's Cliff, les chevaux s'élanceront sur la piste le 22 mai prochain. En conséquence, le pari mutuel par Internet devrait être possible. L'Agence canadienne du pari mutuel a confirmé hier que le dossier était à l'étude. Pour qu'il y ait des paris sur courses dans les hippodromes et les salons de pari, le Club jockey devra obtenir une autre licence pour 50 programmes de courses sur une piste de catégorie A ou B. Un investissement de 250 000 $ est donc prévu au centre d'entraînement de Saint-Basile pour que la piste soit réglementaire. L'organisme prévoit tenir des courses toutes les fins de semaine, entre mai et octobre.

    «On va développer des thèmes, et les familles vont pouvoir venir profiter de l'endroit en apportant leur glacière et leurs chaises. On va mettre de l'ambiance», souligne M. Faucher.

    Hippodrome vert

    Une entente de principes a été signée au début de janvier avec l'Association trot et amble du Québec (ATAQ) qui se réjouit du projet du Club jockey. «L'industrie n'est pas morte. Mais ce qui est navrant, c'est qu'en 2006, on avait 16 millions de bourses pour les hommes de chevaux et, là, il faut repartir à zéro», commente le président de l'ATAQ, Alain Vallières.

    L'entente entre les parties ne détermine pas de montants pour les bourses. Elle précise toutefois que les produits d'élevage québécois seront privilégiés à hauteur de 70 %. «Ça permet de stimuler le développement économique local. On a confiance», affirme M. Vallières.

    Des discussions sont également en cours avec les propriétaires des 16 hippoclubs qui sont inactifs depuis octobre. Tous se préparent maintenant à rouvrir leurs portes et à embaucher du personnel.

    Le véritable projet de relance de l'industrie réside toutefois dans la construction d'un nouvel hippodrome en remplacement de celui de Montréal dont les terrains doivent être vendus. Le Club jockey ambitionne de réussir là où M. Massicotte a échoué. Un investissement de 15 à 20 millions de dollars sera nécessaire. «D'ici cinq ans, on bâtira un hippodrome vert. On va récupérer l'eau de pluie, on aura peut-être des éoliennes pour s'alimenter en électricité. C'est très sérieux», soutient Jocelyn Faucher.

    Deux municipalités de la Rive-Nord montréalaise, dont Mirabel, se montrent désireuses d'accueillir le futur hippodrome. «On n'a aucun problème avec un hippodrome. On a de grands terrains le long de l'autoroute 15 et on retrouve plus de 3000 chevaux dans le secteur. Ce serait une bonne chose, entre autres pour le monde agricole», estime le maire de Mirabel, Hubert Meilleur.












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