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    Lire, 100 ans plus tard

    16 janvier 2010 |Jean Dion | Actualités en société
    Le Devoir reçoit au Marché Bonsecours. 10 janvier 2010 Le Devoir reçoit au Marché Bonsecours
    La compréhension exacte 100 ans plus tard de textes qui sont faits pour être lus par des contemporains dans les 24 heures n'est pas toujours chose aisée. Par manque de repères si on n'est pas un spécialiste de l'histoire du Québec au début du XXe siècle, on avance souvent à tâtons, on tente de faire des liens, mais au bout du compte, on devine davantage qu'on ne sait.

    Il faut dire que les mises en contexte sont fréquemment inexistantes. Les rédacteurs connaissent leur public et tiennent pour acquis que le lecteur est au courant de qui et de quoi l'on parle, une pratique qui peut paraître étonnante aujourd'hui compte tenu des moyens de communication de l'époque. Dès la première ligne de son premier éditorial, Henri Bourassa illustre la tendance: «Ce journal n'a pas besoin d'une longue présentation. On connaît son but, on sait d'où il vient, où il va.»

    Pour ajouter à la difficulté, les fonctions des gens évoqués sont rarement précisées. Et il est de coutume de n'en donner la plupart du temps que le nom de famille. Aussi, si Bourassa écrit le 11 janvier 1910 que «certains orateurs pratiquent l'art de parler pour ne rien dire. M. Laurier fait mieux: il excelle à parler pour dire n'importe quoi», on comprend qu'il s'agit de Wilfrid, le premier ministre du Canada. En revanche, quand le journaliste Armand Lavergne signe à la une du premier numéro un long article intitulé «L'affaire Dussault-Turgeon», une sombre histoire de vente de terrains impliquant un ancien membre du cabinet de Lomer Gouin à Québec, et qu'il ne fait qu'une allusion à un «M. Dussault» pour dire qu'il était «mourant», le brouillard ne se dissipe guère.

    L'actualité brûlante en cette deuxième semaine de 1910 consiste en l'imminence d'élections municipales, où l'on choisira des maires et des «échevins»; une épidémie de fièvre typhoïde, que plusieurs attribuent à la mauvaise qualité de l'eau à Montréal; les discussions autour d'un règlement sur la consommation d'alcool et les heures d'ouverture des débits de boisson; le projet de création par Ottawa d'une marine de guerre, auquel Bourassa s'oppose vivement.

    Et on laissera à un billet non signé, paru le 10 janvier, le soin de montrer que plus ça change, plus c'est pareil: «Le tableau qu'aperçoit mon regard me représente une population confuse, tourmentée, se dirigeant de tous côtés, touchant à tout, ne s'arrêtant à rien, criant bien fort sans pouvoir s'entendre, allant, revenant, se mêlant davantage...»












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