Libre opinion - On est en 2010, monsieur Dufour
Ayant décidé, à l'aube de la cinquantaine, de réaliser un rêve de jeunesse, j'ai entrepris un cycle universitaire complet: bac, maîtrise, que je termine cette année, et doctorat. J'ai eu l'immense plaisir, au cours de mon bac, de suivre deux cours de philosophie pour enfants dispensés par Michel Sasseville lui-même, un privilège en soi. C'est pourquoi je me permets de venir crier ma stupéfaction après avoir lu l'opinion de Christian Dufour, dans le Devoir du 7 janvier.
Se qualifiant lui-même de «politicologue», terme vieilli aujourd'hui, remplacé par celui de «politologue», M. Dufour nous sert un ramassis de clichés passéistes sur ce que devrait être l'école primaire. Il s'insurge en effet contre le fait que le programme de philosophie pour enfants ait comme objectif d'apprendre aux enfants à «penser par et pour eux-mêmes». «Au lieu d'admettre», écrit-il, «qu'on s'est malheureusement trompé en demandant à ce point aux enfants du primaire d'exprimer leur opinion, on s'enfonce: on veut maintenant leur montrer comment développer cette opinion.»
Eh oui, monsieur Dufour, il y a des gens sur cette planète, et même dans ce pays, qui pensent qu'en développant le sens de la réflexion tout au long du cursus scolaire, on fera des êtres humains et des citoyens moins dépendants des idéologies que véhiculent ceux qui pensent détenir la vérité, plutôt que des bons petits robots obéissant à toutes les injonctions des faiseurs d'idées, quitte à faire moins preuve de ce «savoir vivre en société» et de cette «politesse» que vous semblez tant chérir.
M. Dufour s'en prend à l'orientation idéologique du programme de philosophie pour enfants. S'il avait eu l'occasion de suivre la formation universitaire destinée aux enseignants, il aurait vite compris que l'exercice vise précisément à former les enfants à identifier les idéologies et à s'en affranchir. Il faudrait plutôt, selon lui, enseigner aux élèves «des choses prosaïques dont ils auront besoin toute leur vie, comme lire, écrire et compter, avec l'effort et la persévérance qui sont indissociables de cet apprentissage».
Voilà précisément où le bât blesse: cette litanie maintes fois répétée — lire, écrire et compter —, cette ritournelle à trois temps devrait en être une à quatre temps. N'est-il pas de la plus élémentaire logique, en effet, que le petit humain apprenne aussi à réfléchir? M. Dufour, tout comme les gens de son époque, semble penser que la réflexion est innée, qu'elle ne demande pas d'apprentissage. On voit où ça mène!
Pour ce qui est de l'effort et de la persévérance, ces deux valeurs sont justement au centre de la démarche de philosophie pour les enfants. Se démarquer de ses préjugés, accepter de considérer le point de vue de l'autre, revoir ses opinions, voilà qui demande beaucoup d'efforts et de persévérance, car le petit homme, autant que le grand, retombe souvent dans ses ornières idéologiques, animé qu'il est par ses émotions.
En cette ère de mondialisation, en ces temps de communication, n'est-il pas plus important de reconnaître l'Autre comme un égal plutôt que d'être poli et de continuer à le détester? Et quand j'écris l'Autre, je ne parle pas du Noir, du Jaune ou du Vert. Je parle tout simplement de mon frère, de ma soeur, de mon père, de ma mère, de mon voisin. Être à l'écoute de soi, être à l'écoute de l'autre, réfléchir puis intervenir. Voilà ce que veut enseigner la philosophie pour enfants.
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Jocelyn Bérubé - Charny
Se qualifiant lui-même de «politicologue», terme vieilli aujourd'hui, remplacé par celui de «politologue», M. Dufour nous sert un ramassis de clichés passéistes sur ce que devrait être l'école primaire. Il s'insurge en effet contre le fait que le programme de philosophie pour enfants ait comme objectif d'apprendre aux enfants à «penser par et pour eux-mêmes». «Au lieu d'admettre», écrit-il, «qu'on s'est malheureusement trompé en demandant à ce point aux enfants du primaire d'exprimer leur opinion, on s'enfonce: on veut maintenant leur montrer comment développer cette opinion.»
Eh oui, monsieur Dufour, il y a des gens sur cette planète, et même dans ce pays, qui pensent qu'en développant le sens de la réflexion tout au long du cursus scolaire, on fera des êtres humains et des citoyens moins dépendants des idéologies que véhiculent ceux qui pensent détenir la vérité, plutôt que des bons petits robots obéissant à toutes les injonctions des faiseurs d'idées, quitte à faire moins preuve de ce «savoir vivre en société» et de cette «politesse» que vous semblez tant chérir.
M. Dufour s'en prend à l'orientation idéologique du programme de philosophie pour enfants. S'il avait eu l'occasion de suivre la formation universitaire destinée aux enseignants, il aurait vite compris que l'exercice vise précisément à former les enfants à identifier les idéologies et à s'en affranchir. Il faudrait plutôt, selon lui, enseigner aux élèves «des choses prosaïques dont ils auront besoin toute leur vie, comme lire, écrire et compter, avec l'effort et la persévérance qui sont indissociables de cet apprentissage».
Voilà précisément où le bât blesse: cette litanie maintes fois répétée — lire, écrire et compter —, cette ritournelle à trois temps devrait en être une à quatre temps. N'est-il pas de la plus élémentaire logique, en effet, que le petit humain apprenne aussi à réfléchir? M. Dufour, tout comme les gens de son époque, semble penser que la réflexion est innée, qu'elle ne demande pas d'apprentissage. On voit où ça mène!
Pour ce qui est de l'effort et de la persévérance, ces deux valeurs sont justement au centre de la démarche de philosophie pour les enfants. Se démarquer de ses préjugés, accepter de considérer le point de vue de l'autre, revoir ses opinions, voilà qui demande beaucoup d'efforts et de persévérance, car le petit homme, autant que le grand, retombe souvent dans ses ornières idéologiques, animé qu'il est par ses émotions.
En cette ère de mondialisation, en ces temps de communication, n'est-il pas plus important de reconnaître l'Autre comme un égal plutôt que d'être poli et de continuer à le détester? Et quand j'écris l'Autre, je ne parle pas du Noir, du Jaune ou du Vert. Je parle tout simplement de mon frère, de ma soeur, de mon père, de ma mère, de mon voisin. Être à l'écoute de soi, être à l'écoute de l'autre, réfléchir puis intervenir. Voilà ce que veut enseigner la philosophie pour enfants.
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Jocelyn Bérubé - Charny
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