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Parler français à Montréal

Pierre René de Cotret - Montréal  8 janvier 2010  Actualités en société
Il y a quelques années, j'ai décidé de parler uniquement en français à Montréal, en tout temps et en toutes circonstances. Et c'est ma suggestion de résolution du Nouvel An pour tous les Québécois!

Dans mon quartier, environ la moitié des gens que je croise et que je voisine utilisent le français dans leurs communications courantes. Les autres utilisent surtout l'anglais. Mais moi (qui me débrouille bien en anglais), je leur parle uniquement en français, toujours. Et je fais la même chose partout à Montréal et dans tout le Québec.

Plusieurs personnes préfèrent passer à l'anglais dès que leur interlocuteur hésite en français. Cela peut s'expliquer de différentes façons: gentillesse, bonhomie naturelle des Québécois, peur d'offusquer l'Autre, désir de pratiquer son anglais, paresse, absence de réflexion quant aux conséquences de ce geste, colonisation extrême ajouteront certains.

Politique

Mais quelle que soit la raison et quelle que soit l'intention, le résultat est le même: l'accumulation de ces comportements envoie aux gens à qui nous parlons, qu'on le veuille ou non, un message extrêmement clair: ma langue n'est pas importante.

Certains francophones disent que, pour eux, le fait de passer à l'anglais est une façon d'éviter de politiser une simple situation de communication avec un commerçant ou un voisin. Faux. Car votre interlocuteur, lui, reçoit encore une fois un message fort: le français n'est pas important et il n'est pas nécessaire de l'apprendre.

Tout est politique, disait-on en mai 1968. Cela est particulièrement vrai dans le contexte de la langue française au Québec. Il faut se mettre dans le coco que la langue que nous décidons de parler quotidiennement, nous, citoyens, a un impact cumulatif puissant. En fait, cet impact est beaucoup plus fort que celui de bien des lois.

Une expérience positive

Cela dit, contrairement à ce que l'on pourrait croire, mon expérience du «tout en français» est nettement positive. Par exemple, pour mon propriétaire de dépanneur chinois je suis devenu un sympathique professeur de français et ma voisine est heureuse de renouer avec le français qu'elle a appris à l'école. J'irais même jusqu'à dire que la majorité des gens sont contents d'être gentiment «forcés» à vaincre leur timidité et à perfectionner leur connaissance d'une des grandes langues du monde.

Bien sûr, il faut parfois faire preuve de patience: quand un commis de mon épicerie répond bêtement «What?», je répète inlassablement en français jusqu'à ce qu'il aille chercher son gérant qui lui enseigne alors un nouveau mot (poireau, par exemple). Et si certains font la baboune, je m'en fous, je continue en français, patient, inébranlable, souriant.

Les deux mots qui résument le mieux mon expérience sont: respect et fierté. Respect parce que c'est ce que je sens dans le regard de mes voisins et des commerçants. Même si je sais très bien que je les énerve parfois à toujours parler français, je vois aussi qu'ils apprécient cette droiture et cet amour profond de la langue et de la culture francophone. Fierté parce que j'ai l'impression de faire ma petite contribution pour préserver notre culture, et parce que je vois que l'effet est très réel sur les gens: ils s'efforcent de parler français! En fait, je me dis qu'au fond, ils apprécient certainement ma démarche...

Voilà donc ce que j'aimerais nous proposer comme résolution collective pour 2010: parler français partout au Québec, toujours et en toutes circonstances. Point final. Deux seules exceptions: pour les touristes en visite, et pour les situations d'urgence ou à caractère humanitaire. Bien sûr qu'en cas d'urgence, on sauve une vie sans égard à la langue.

Mais le reste du temps, on sauve un peuple.

***

Pierre René de Cotret - Montréal











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  • Jean-Pierre Contant
    Abonné
    vendredi 8 janvier 2010 08h41
    Sauvons notre peuple
    M. De Cotret.
    Je suis bien d'accord avec vous. C'est toujours mon premier réflexe de persister en français lorsqu'on s'adresse à moi en anglais à Montréal ou ailleurs. Votre article m'incite à davantage de patience. Il y a toujours un fond d'agressivité en moi quand mon interlocuteur s'obstine à me parler anglais, mais votre attitude positive assainira ma relation dans de tel cas. Je vais faire parvenir votre article aux jeunes de mon entourage, car malheureusement ça fait " in" aujourd'hui, pas seulement de passer à l'anglais, mais d'initier même le premier contact dans cette langue.
    "sauvons notre peuple"
    Jean-Pierre Contant
    Sainte-Sophie

  • philippe de neuville
    Inscrit
    vendredi 8 janvier 2010 12h03
    en France....
    C'est hélas de plus en plus la même chose en France -et surtout à Paris- où notre langue est de plus en plus perçue comme ringatde par les jeunes Français, mais aussi par leurs parents, ceci par un désir abscons de pratiquer la langue "qui fait moderne", mais aussi par une paresse congénitale d'aider ceux qui s'expriment mal en français...Quelle tristesse...

  • Gilles Théberge
    Abonné
    vendredi 8 janvier 2010 16h31
    Bravo
    En fait votre attitude est parfaitement saine, et c'est je crois la seule attitude à adopter.

    Personnellement je ne parle que français et j'insiste également pour qu'on me parle français. Et curieusement ça marche.

    Ou bien le français ses la langue normale de communication dans notre pays ou bien elle ne l'est pas. J'imagine que la persistance est la clé.

    Je vous félicite de votre attitude, ce qui est étrange au demeurant. En effet réalisons nous que nous en sommes rendus là à devoir nous encourager entre nous, alors que cela devrait faire partie de la normalité que de s'adresser en français à l'ensemble de nos concitoyens...

  • Louis Piche
    Inscrit
    samedi 9 janvier 2010 00h04
    Savoir accueillir
    Merci pour votre joli texte M. René de Cotret. L'originalité de votre action n'est pas tant de persister à toujours parler français. Des milliers de Montréalais le font. C'est surtout, je crois, votre manière de le faire, avec gentillesse et sourire plutôt que rudesse et gueule de bois. Votre approche est simple et didactique. Elle montre comment doit de comporter une société qui se veut accueillante. La seconde approche entraîne la résistance et projette une image rébarbative de ce que nous sommes. Savoir accueillir ne consiste pas à se montrer servile. C'est rester soi-même. Et quand l'accueil vient avec sourire, ça incite au respect.

  • André Mcnicoll
    Inscrit
    samedi 9 janvier 2010 08h42
    Oui monsieur !
    Oui monsieur, je suis québécois francophone et j'entends bien le rester. Cette langue si originale que je parle, ainsi que mes compatriotes, je l'ai hérité de ceux qui m'ont précédé et à leur image, je l'ai transmise à mes enfants. Cette goutte de Français ne s'est pas diluée encore dans l'océan anglophone qui nous entoure, malgré tout ce qu'on a pu tenter pour cela. Il a tout de même fallu que des gens se tiennent debout pour défendre ce précieux héritage. Vous êtes de ceux-là. Bravo, monsieur De Cotret !

    André McNicoll
    Montréal

  • Andre Lefeb
    Inscrit
    samedi 9 janvier 2010 10h44
    Parler Francais a Montréal ...
    Je dois mettre de coté mon esprit acceuillant envers les Anglos

  • Louiselle Durocher
    Inscrit
    samedi 9 janvier 2010 22h17
    Félicitations! Bonne attitude!
    Félicitations monsieur DeCotret !

    Comme le chante monsieur Yves Duteil, dans sa chanson « La langue de chez nous … » « C’est une langue belle à qui sait la défendre… » Et bien voilà, c’est ce que vous faites! Bravo! De plus… belle attitude!
    Alors, suivons vos traces...
    Je m’engage à respecter votre proposition de résolution collective!

    Louiselle Durocher,
    Saint-Eustache

  • Philippe Champagne
    Inscrit
    samedi 9 janvier 2010 22h23
    La VIGILANCE
    Le sage équarrit sans blesser,
    Incline sans porter atteinte,
    Rectifie sans faire violence,
    Et resplendit sans aveugler.
    [Lao-Tseu]
    Extrait de Tao Te King

    Je suis tout à fait d'accord avec les propos de monsieur De Cotret et ceux qui vont dans le même sens.

    Il faut aussi prévoir, pour continuer le bon combat de notre ethnie en Amérique du nord anglo-saxonne, beaucoup de vigilance vis-à-vis nos propres compatriotes.

    Ainsi, lundi dernier, au Dollarama des Galeries du Parc, surpris de voir qu'un comptoir à deux caisses avait mis sa pancarte Allez à l'autre caisse, je m'empressai de le souligner.

    Or, il se trouve qu'un vieil aigrefin, des nôtres - il y a une forme certaine de snobisme, à un âge certain, d'afficher qu'on parle une autre langue que la sienne-, parlait en anglais, de la caisse en face, à mots couverts contre moi, pour bercer d'un fol amour son interlocutrice et attirer son approbation, ça va de soi, en calant son semblable, ce qui hélas est le lot de plusieurs Québécois, lui souhaitant, dans la langue de Shakespeare, ses voeux de bonne année, -et pourtant la commis parle très bien français-, avec, curieux paradoxe, un casque Québec sur la tête. Aussi, j'attendis qu'il passe près de moi pour lui lancer, en français, de parler notre langue, surtout avec un casque Québec sur la tête. Il s'éloigna clopin-clopant, visiblement outré d'avoir été repris publiquement par un des siens.

    C'est ce que j'appelle la vigilance. Elle est essentielle à notre survie. L'exemple entraîne ensuite comme un effet domino.

    C'est aussi faire preuve de pédagogie que d'agir ainsi au moment opportun. Je lui ai fait sentir qu'il ne devrait pas avoir honte de parler sa langue en public, surtout auprès des étrangers qui eux ne se privent pas de parler la leur.

  • Pierre Rene De Cotret
    Abonné
    lundi 25 janvier 2010 13h33
    Un mot de l'auteur
    Merci à tous pour vos commentaires. Je suis content de voir que ma lettre a eu un impact réel. Alors maintenons la résolution, et continuons à faire passer le mot!

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