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Libre opinion - Après l'enfant-roi, l'enfant-philosophe !

Christian Dufour - Politicologue à l'École nationale d'administration publique  7 janvier 2010  Actualités en société
On n'arrête décidément pas le progrès au Québec. Après l'enfant-roi, voici maintenant l'enfant-philosophe! On apprend qu'un cours de philosophie pour enfants (sic) est donné chaque semaine depuis 2005 sur la Rive-Sud de Montréal, dans 14 écoles primaires de la commission scolaire Marie-Victorin. Les effets bénéfiques seraient tels que certains voudraient voir se généraliser cette philosophie pour enfants à toutes les écoles primaires de la province. Rien de trop beau pour les petits génies québécois, selon les experts de l'éducation qui sévissent encore dans nos universités et notre administration publique.

De façon révélatrice, ce cours vise au départ à contrer la violence et les agressions sexuelles, alors que nous vivons pourtant dans l'une des sociétés objectivement les moins violentes de la planète. Il n'est pas étonnant que cette obsession maladive aboutisse, selon une évaluation du cours, à des enfants «beaucoup plus habiles pour détecter la violence psychologique comme l'insulte et le harcèlement». L'enfant-philosophe sera manifestement un peu paranoïaque, les Québécois de demain encore plus victimes et plaignards que leurs parents. Quelle belle société en perspective!

Cette philosophie pour enfants a été implantée au Québec par M. Michel Sasseville, un professeur de philosophie à l'Université Laval qui a écrit un livre intitulé La Pratique de la philosophie avec les enfants. L'accent est mis sur les droits et libertés des enfants, auxquels on prétend apprendre rien de moins que de «penser par et pour eux-mêmes». Cela n'empêche pas l'approche d'être clairement orientée sur le plan idéologique. Dès le primaire, l'idée est d'imprégner les petits Québécois de l'orthodoxie multiculturelle et environnementaliste dominante, en mettant tout particulièrement l'accent sur «le dialogue entre les peuples en éduquant à l'ouverture, la reconnaissance des différences et la volonté de vivre paisiblement, etc.».

Le Québec de 2009 étant ce qu'il est, une telle approche plaira sans doute à certains universitaires et fonctionnaires déconnectés, mais aussi à des parents sincèrement convaincus des qualités exceptionnelles de leur progéniture. Plusieurs auront de la difficulté à admettre que respecter les enfants de niveau primaire, ce n'est pas leur enseigner un semblant de philosophie, mais bien les encadrer, en leur apprenant des choses prosaïques dont ils auront besoin toute leur vie, comme lire, écrire et compter, avec l'effort et la persévérance qui sont indissociables de cet apprentissage. L'effort et la persévérance sont incidemment les deux valeurs qu'une étude a récemment identifiées comme manquant dramatiquement aux jeunes Québécois, avec la qualité du français parlé et écrit.

De toute évidence, un cours de philosophie au niveau primaire correspond à l'esprit de cette funeste réforme scolaire qui est en train de handicaper toute une génération de jeunes Québécois pour l'avenir. Au lieu d'admettre qu'on s'est malheureusement trompé en demandant à ce point aux enfants du primaire d'exprimer leur opinion, on s'enfonce: on veut maintenant leur montrer comment développer cette opinion. On peut comprendre qu'après avoir abandonné le catholicisme sans le remplacer par grand-chose, certains Québécois éprouvent de la difficulté à transmettre des valeurs à leurs enfants. Mais qu'à tout le moins, on laisse la bonne vieille école primaire faire son travail.

Une suggestion à la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, si elle veut nous convaincre que la réforme de l'éducation concoctée par ses fonctionnaires n'est plus à l'ordre du jour. Que le ministère invite les commissions scolaires à instaurer au niveau primaire, non pas un prétentieux cours de philosophie pour enfants orienté idéologiquement, mais bien cinquante minutes hebdomadaires d'enseignement concret sur le savoir-vivre en société, y compris la politesse.

Par la bande, cela rappellera le précieux capital de civilité hérité des générations antérieures à de jeunes Québécois qui en ont besoin, au lieu de se servir d'eux comme de pathétiques cobayes sans égard à leur droit à une éducation de qualité.

***

Christian Dufour - Politicologue à l'École nationale d'administration publique
 
 
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  • Patrice-Hans Perrier
    Inscrit
    jeudi 7 janvier 2010 00h48
    POUR S'EXPRIMER IL FAUT SAVOIR NOMMER
    Excellente analyse en définitive !

    En effet, la rectitude politique, dans le sillage du communautarisme britannique des 40 dernières années (dont C. Taylor a reconnu les errements), aura entrepris une MUTILATION en règle de la fonction langagière chez les jeunes générations (Y en descendant...).

    Un aveugle est un non-voyant par étymologie. Nier la valeur intrinsèque des mots, des locutions et des expressions du terroir est une forme de génocide culturel (lire «UN GÉNOCIDE EN DOUCE - P.Vadeboncoeur, 1976).

    L'école primaire, pour ce que j'en garde de souvenir, a été comme la fondation des mes capacités d'expression et de discernement, par la suite.

    Au secondaire, dans le sillage d'une prétendue «révolution tranquille», j'ai subi le massacre en règle de méthodes d'enseignements (polyvalentes des années 70) qui s'apparentaient plus à des techniques de loisir qu'à une formation intellectuelle à proprement parler.

    Heureusement que les institutrices du primaires m'avaient inculqué les quelques rudiments qui me permirent d'entreprendre ma propre éducation dans les livres et auprès des intellectuels rencontrés sur la route.

    Et, curieusement, c'est la faculté de Communication de l'Université Concordia, fondée par des Jésuites, qui me permis de prendre mon envol intellectuel... juste avant que les «Arts technologiques» ne viennent détruire toute forme de syntaxe des communications post-modernes. La forme venait de remplacer le contenu.

    McLuhan avait prévu le coup... à quelques détails près.

    Au tout début des années 80 le discours en vogue dans le milieu des communications dérivait justement du côté de cette rectitude politique qui a accouché des monstruosités de l'an 2000 (je n'ai pas le droit de les nommer ICI). J'avais plutôt opté pour l'assimilation des «humanities» si chères à mes vieux professeurs d'alors.

    L'étude des penseurs pré-socratiques, d'Aristote et d'une poignée de philosophes arabes et juifs m'aida à supporter la misère intellectuelle de la post-modernité. L'antichambre de l'ignorance qui a remplacé le monde de l'éducation depuis lors ... ceci étant dit sans grandiloquence.

    Je n'ai pas peur du ridicule en passant... un lecteur bien intentionné m'a prévenu tout récemment qu'il pouvait me tuer. Je persiste et signe, n'en déplaise aux fachistes de la rectitude politique et de la collaboration.

  • Philomene
    Inscrit
    jeudi 7 janvier 2010 02h01
    Apprendre à raisonner dès l'enfance
    M. Dufour,

    J'avoue ne pas comprendre votre indignation face à l'enseignement de la philosophie aux enfants du primaire. D'après le Petit Robert, la philosophie est la discipline "visant à saisir [par la raison] les causes premières, la réalité absolue ainsi que les fondements des valeurs humaines". Je ne vois pas en quoi l'"apprentissage de la réflexion" rendraient les enfants paranoïaques.

    Les gens "capables de raisonner" sont moins susceptibles d'être victimes de prosélytisme, de chantage, de manipulation. Ils sont également plus en mesure de comprendre l'importance des règles, des lois, de la justice, de la démocratie et du contrat social. Ils obéissent sans être esclaves, mais en ayant saisi le sens des gestes qu'ils posent.

    Je ne connais pas le cours de M. Sasseville. Peut-être est-ce son enseignement spécifique qui vous déplaît. J'ai eu l'occasion dernièrement de visiter un site Web français où l'on annonçait des ateliers de philosophie pour enfants. Ces ateliers avaient pour but d'amener les enfants à participer à une discussion autour de différents sujets tels

    - Est-ce que la nature est un art ?
    - Pourquoi certaines formes d’art ont-elles du mal à se faire accepter ?
    - Pourquoi la liberté n’est-elle pas instaurée partout dans le monde ?
    - A quoi sert le théâtre ?
    - L’école permet-elle aux jeunes de réellement s’épanouir ?
    - Est-on heureux seul ?
    - L’humour est-il nécessaire ?
    - Qu'est-ce que l'amitié ?
    - Pourquoi le cœur est-il une façon de représenter l’amour ?
    - Pourquoi veut-on ressembler à quelqu’un qu’on trouve mieux que nous ?
    - Pourquoi la plupart des gens pensent-ils que les animaux sont inférieurs à l’homme ?
    - Pourquoi se soucie-t-on peu des problèmes d’environnement ?
    - Pourquoi en arrive-t-on à tuer quand on a des problèmes ?

    Ces ateliers me semblent fort intéressants et formateurs en permettant aux enfants de s'exprimer sur différentes questions fondamentales de la vie (qui les inquiètent peut-être), en leur apprenant à échanger entre eux et à construire une argumentation cohérente. Je ne crois pas que le but soit ici de laisser les enfants tenter de dominer les autres par la libre expression de leur opinion personnelle instinctive... Bien au contraire.

  • John Mokawi
    Inscrit
    jeudi 7 janvier 2010 06h25
    Si seulement m. Dufour avait suivi ces cours...
    Parlant de capital de civilité, j'aimerais bien que m. Dufour fasse preuve de celles qui s'imposent dans tout débat: connaître ce qu'on critique. Parce que de toute évidence, m. Dufour ne sait pas de quoi il parle.

    Pour ceux qui ne connaissent pas, en gros, la philo pour enfant, c'est une méthode qui consiste à prendre un sujet, susciter des questions chez les jeunes, et les amener à y répondre eux-même, en groupe, par le biais de discussions. Le prof est surtout un facilitateur.

    Les cours de philo pour enfant ne sont pas là pour prévenir la violence, mais pour former des esprits critiques - des preneurs de décisions, des gens prémunis pour faire face à l'avalanche d'informations auxquelles on est confronté. L'effet sur la violence, c'est un effet collatéral, un petit extra, mais qui a l'avantage de se refléter sur des chiffres.

    Par ailleurs, je ne vois pas en quoi ça prône le multiculturalisme. Je ne vois pas non plus d'où vient le parti pris idéologique - la méthode est aussi neutre que possible. En tout cas, à ce niveau, c'est un net progrès sur le cours magistral (même s'il en faut).

    Enfin, il est un peu extravaguant d'affirmer que de donner aux enfants rigueur intellectuelle et discipline dans la pensée leur nuit en les déstructurant. Et je ne vois pas en quoi non plus on demande à l'élève son opinion: on lui demande au contraire de la vérité et de la justesse, et il apprend ce que ça veut dire en pratique.

    Si m. Dufour avait suivi ces cours, peut-être aurait-on eu droit à moins d'envolées émotives, plus de structure, et surtout plus de contenu.

  • Pierrette L. Ste Marie
    Abonné
    jeudi 7 janvier 2010 07h04
    Des préjugés?
    Ce commentaire m'étonne de votre part. Habituellement je trouve que vous avez des points de vue intéressants. Mais là vous tombez dans des préjugés . avez-vous déjà assisté à une rencontre avec les enfants?
    Les avez-vous entendu essayé d'exprimer leur pensée ? Créer un lieu où on permet à l'enfant d'articuler sa pensée? non faire des raisonnements basés sur des informations erronées?
    Je vous suggère d'assister à une rencontre et vous verrez que Platon n'a pas encore à s'inquiéter!

  • Nicolas Milot
    Inscrit
    jeudi 7 janvier 2010 07h36
    Critiquer sans connaître (ou mal connaître)
    M. Dufour, votre critique devrait inévitablement être accompagné du témoignage minimal que vous connaissez bien le sujet non pas seulement dans ses objectifs théoriques, mais également et surtout dans sa mise en oeuvre pratique. Connaissant personnellement un des 14 exemples dont vous parlez - et j'avoue ainsi n'avoir qu'une seule référence en tête - on est loin de l'inutilité ou du prétentieux que vous soulevez, mais au contraire, de quelque chose de fort pratique et concret.

    Cela dit je comprends votre opinion sur l'élève-type qui sort du parcours primaire au Québec. Mais vous vous attaquez à la mauvaise cible.

  • Andre Vallee
    Abonné
    jeudi 7 janvier 2010 09h36
    Pourvu que
    Pourvu qu'on oublie pas de s'assurer que les connaissances de base soient mieux maîtrisées qu'elles le sont maintenant.
    Rien n'empêche un professeur d'histoire (par exemple) d'ouvrir la discussion si un élève lui dit:“À quoi ça sert”... la maîtrise de la langue pour mieux comprendre et se faire comprendre... la portée réelle des mathématiques... comment comprendre les nouvelles internationale si on ne connaît pas la géographie... le respect en pratique sportive...
    Ce ne sont pas les opportunités qui manquent si on sait en profiter.

  • Minona Minona
    Inscrite
    jeudi 7 janvier 2010 09h48
    Remplacer les cours d'ECR par des cours d'éthique et de philosophie
    Personnellement, je remplacerais les cours d'ECR par des cours d'éthique et de philosophie, adaptés à l'âge des enfants. Je préfère de loin entendre un enfant se demander par exemple, pourquoi tant de guerre et de massacres ont été perpétrés au nom des religions si elles sont supposées être basées sur l'amour que de l'entendre dire "Aucune religion ne contient la moindre incitation à la violence. Les religions c'est toujours bon et positif, c'est ça que mon prof a dit dans le cours d'ECR!"

    Je préfère l'entendre demander pourquoi, si les préjugés sont mauvais, il devrait excuser ceux qui s'adressent à lui plutôt que de l'entendre traiter de raciste n'importe qui exprimant, même respectueusement, une divergeance d'opinion sur une religion donnée.

    La philosophie n'a pas à être un cours où l'on apprend à voir des violations de nos droits partout. Les cours de philosophie n'ont pas l'air de ça au Cégep, je ne vois pas pour quelle raison ils devraient être conçus de cette façon à l'école primaire et secondaire.

  • Philippe Doucet
    Inscrit
    jeudi 7 janvier 2010 11h13
    Et pourtant...
    M. Dufour, vous semblez être un homme cultivé, et pourtant, vous vous bornez à des préjugés plutôt simplets. Il manque sérieusement de projection dans vos commentaires. Dans la société dans laquelle nous vivons, multi-culturelle, ne vous en déplaise, et fortement ouverte aux changements, je dois vous avouer que ces cours de philosophie au primaire me réjouissent au plus haut point.
    Dans cette nouvelle société, qui vraisemblablement vous dépasse, on a décidé de créer des êtres humains libres de leurs pensées et conscients des conséquences de leurs actes. On a cessé de créer de simples citoyens au service d'une pseudo-élite qui gouverne, on a cessé de créer de la main d'oeuvre pour les maîtres d'usines, et je vous dirais que cela me ravit. Il est esssnetiel dans cette société, qui s'en va à la dérive de commencer dès le plus jeune âge à inculquer les principes d'égalité et de reconnaissance des valeurs fondamentales à l'évolution de l'espèce humaine.

    Autre chose, l'enfant-roi ne s'est pas créer lui-même, c'est l'éducation parentale déficiente d'une génération entière de parents qui a créer ce phénomène. Et ce, dès le plus jeune âge... Qu'un système scolaire tente de renverser ce phénomène ne devrait pas vous déplaire. Car oui, quoique vous en pensiez, la philosophie est une science qui permet le développement individuel, mais un développement individuel dans les repsects des valeurs d'une société. Tout comme l'ont enseigné les Pères de la philosophie. Qu'y a-t-il de mal à pousser un enfant à parler de la mort, des injustices sociales, des inégalités homme-femme, de l'environnement, du respect des lois civiles? De plus, l'enfant le fait avec ses pairs, et non pas sous la botte d'un adulte aux idées préconçues, idées obtenues par son évolution en société.

    Dernier point s'adressant à vous, la politesse et le respect des autres personnes ne se sont pas effacés, ils se sont transformés. Il n'y a plus de nos jours le même respect qu'avant envers les personnes âgées, je vous l'accorde, cependant le respect, c'est une notion qui se gagne, il ne s'impose pas à quelqu'un. La politesse ne s'enseigne pas dans les écoles, celà s'apprend dans la vie de tous les jours, avec les parents, et la société. Celà s'appelle le lien social. Et les piliers du lien social sont les normes et les valeurs sociales, vous constaterez que celà s'apprend en société M. Dufour. Vous devriez peut-être aller faire un tour dans les Universités du Québec pour constater à quel point, les penseurs de demain fondent un respect fondamental à leurs précurseurs, pour autant que ces derniers le mérite. Et ce mérite se base sur les valeurs et les normes de cette génération, normes et valeurs évolutives, en constant changement, ne vous en déplaise.

    M. Perrier, vous semblez encore plus cultivé, et pourtant vous dénigrez un des moments phares de l'histoire du Québec, la Révolution tranquille. Ces années, M.Perrier, je ne les ai pas connues. J'ai 24 ans, et je dois dire que j'aurais tout donner pour voir mon peuple s'émanciper comme l'ont fait les artisns de la Révolution tranquille. Certes, plusieurs aspects ont été fait à la hache... mais n'est-ce pas ce qui a été précurseur des piliers du Québec, lire ici Hydro-Québec, la Caisse de dépôt et la loi 101. Piliers qui ont échappés aux mains des Québécoises et Québécois aujourd'hui, nous le reconnaissons tous. Qu'y a-t-il de mal à vouloir inculquer aux enfants des valeurs qui permettront à ces derniers de reprendre le contrôle de ces piliers et à leur redonner leur puissance sociale.

    Ne vous en déplaise, vous pouvez croire que McLuhan avait en partie raison, il s'est pourtant désisté et a avoué son erreur peu avant sa mort. Ne vous en déplaise, la technologie actuelle, contrôlée par les enfants-rois (dont on généralise les caractéristiques, tout comme on l'a fait pour les baby-boomers, preuve que la société ne se dompte pas...) fera potentiellement revivre McLuhan, et peut-être vivront nous enfin ce Village Global. Et le jour où celà arrivera, vous serez peut-être très heureux d'avoir des décideurs à la tête de la société qui ont étudiés les valeurs sociales d'égalité, de respect, d'environnement, d'esthétisme, etc. En fait je suis convaincu que vous pousserez un soupir de soulagement en passant que vous vous étiez trompé. Et pourtant, aujourd'hui, vous vous trompez.

  • Patrice-Hans Perrier
    Inscrit
    jeudi 7 janvier 2010 11h57
    JE N'AI PAS LE TEMPS DE METTRE LES COMPTEURS À ZÉRO ...
    Cher Monsieur Doucet,

    d'entrée de jeu, je vous suis reconnaissant d'être courtois (pas parce que vous avez soulevé la possibilité que je sois cultivé...) et explicite dans votre argumentation.

    c'est un privilège que le Devoir nous offre une tribune pour y débattre, non seulement de nos idées, mais des grands courants de pensée qui traversent notre société.

    malheureusement, dans le mode de la rectitude politique et de l'endoctrinement (novlangue) post-moderne il est difficile de s.y retrouver. Surtout pour les nouvelles générations. (N'allez pas croire que je sois pompeux ou prétentieux, ici).

    nos dirigeants (les vrais, pas les politiques) travaillent sur une base méthodologique (ce n'est pas le fruit d'un hasard ou d'une décrépitude) qui a pour appellation TABULA RASA. C'est un concept cher à toutes les révolutions post-industrielles qui ont été fomentées par certains disciples de la casuistique je ne peux pas m'étendre sur la question - auto-censure). Le principe en est simple: vous effacer du disque dur de la mémoire collective toutes traces susceptibles d'aider les nouvelles générations à pouvoir compter sur des points de références.

    «pour pouvoir nommer, il faut discriminer», disait un grand penseur Français.

    La discrimination positive (créée par les adeptes de la Novlangue) consiste à INTERDIRE de discriminer, pour NOMMER. C'est un crime lexicologique.

    par ailleurs, plusieurs facultés de Sciences sociales ont été investies (surnoisement) par les adeptes de la TRANS-CULTURE, un mouvement qui a remit en cause l'ensemble des disciplines reliées à l'HISTOIRE. Parce que l'HISTOIRE serait une discipline idéologique d'après ces censeurs post-moderne.

    bien sûr qu'il y a plusieurs versions historiques, plusieurs approches sociologiques, plusieurs styles littéraires, plusieurs sensibilités... c'est tant mieux.

    toutefois, lorsque mes institutrices me faisait faire des dictées à partir des textes d'Alphonse Daudet, par exemple, elle m'aidait à parfaire ma connaissance du français, non pas seulement au niveau éthymologique, grammaticale ou syntaxique (quoi que la syntaxe doit être enseignée au Secondaire, ce qui n'est pas VRAIMENT le cas), mais aussi au niveau de la richesse de la «langue du terroir». (on ne parle pas du terroir québécois, ici).

    ainsi, de la littérature, nous passions à l'histoire et à la géographie, en faisant de précieux LIENS qui nous permirent, a fortiori, de développer notre ESPRIT.

    l'ESPRIT, c'est comme l'HUMUS (il parait que mes métaphores et recoupements lexicologiques ne plaisent pas à un des Internaute-censeurs de ce site).

    de la feuillaison le cycle de la vie se perpétue à travers le cycle de la mort (et je ne fais pas de la métaphysique de boutique...). Ainsi, les feuilles mortes tombes au pied de leur géniteur (l'arbre) pour venir former de l'humus qui permettra au cycle de la future feuillaison de se perpétuer.

    il en va de même avec la connaissance. À force de faire tabula rasa (environ 3 générations) nous allons former une société d'esclaves.

    la définition d'esclave: outre le fait d'être privé de liberté, l'esclave ne possède pas de logement en propre, il ne possède pas de nom, il est numéroté, il n'a pas de relations amoureuses ou amicales, il ne connait pas le pourquoi de son travail, il n'a pas de notions de passé ou de futur, il est indifférencié.

    l'éducation post-moderne, est un appendice de la révolution des lumières (le côté obscur des Jésuites), alors que, PRÉCISÉMENT, les nouvelles générations sont endoctrinées dans le culte du FUTUR. (Ça me fait penser à «Back to the Futur»).

    j'ai l'habitude, dans bon nombre de mes articles (publiés dans des publications diverses) de faire des liens, des recoupements, de dresser des perspectives. Malheureusement, lorsque j'ai des échos de mes jeunes lecteurs, ils disent SOUVENT ceci:

    «c'est domage, M. Perrier, vous écrivez bien, c'est intéressant et vivant, mais on ne comprends pas la majorité de vos références... on ne nous a JAMAIS appris ces choses-là».

    je suis papa d'une fille de 18 ans, et j'observe cette dérive langagière chez cette dernière. Brillante, forte en math, ouverte sur le monde et curieuse de tout, elle ne possède pas 10 % des rudiments qui sont les miens dans le domaine de la culture dite «GÉNÉRALE».

    je ne suis, ni passéiste, ni conservateur, ni pédant. Je suis RÉALISTE et honnête.

    à bon entendeur, à la prochaine !

  • real@realo.ca
    Abonné
    jeudi 7 janvier 2010 12h15
    ????
    Il faut beaucoup de mauvaise foi, je crois, pour trouver a redire sur l'accès le plus tôt possible à la philo....

  • Normand Perry
    Abonné
    jeudi 7 janvier 2010 12h59
    La philosophie pour éviter de faire fausse route.
    J'ai l'habitude de percevoir de Christian Dufour un politologue ayant une analyse assez juste de la scène politique. Je dois avouer que le professeur Dufour me désappointe quelque peu aujourd'hui, et voici pourquoi.

    Il faut savoir, je le pense sincèrement, que les plus grands esprits de ce monde depuis l'avènement de la philosophie comme discipline intellectuelle (500 ans avant Jésus-Christ), ont été formé de manière rigoureuse au plan de la pensée grâce à cette dernière, particulièrement par la logique formelle et la métaphysique. Une courte liste de célèbres dirigeants dans l'histoire devrait suffire à faire comprendre à monsieur Dufour que la philosophie a toute sa place dans la formation de jeunes esprits: l'empereur romain Marc-Aurèle, adepte de l'École du Portique (mieux connu sous le nom du courant du stoïcisme); un autre empereur romain Julien (Flavius Claudius Julianus), ayant laissé à la prospérité une œuvre littéraire et philosophique immense; qu'aurait été la Révolution française sans les philosophes du siècle des Lumières? Qu'auraient été nos grands premiers ministres au Québec sans une formation philosophique rigoureuse? Demandez l'opinion d'un Lucien Bouchard ou Bernard Landry à ce propos.

    Si vous me demandez à quoi sert la philosophie, je vais vous répondre avec un sourire moqueur qu'elle ne sert strictement à rien, sauf que, lorsqu'on ne l'a pas ça parait! C’est ce qu’aimait dire un ancien professeur en défendant la place nécessaire qui revenait à la philosophie dans la formation de tout être humain, peu importe vers quoi il entend faire carrière dans sa vie. Plus sérieusement, la philosophie sert essentiellement à structurer l'esprit humain, elle sert à apprendre à connaître les divers systèmes de pensée ayant dominé le monde dans l'histoire, à confronter nos propres opinions à celles des autres: "du choc des idées nait la lumière" aimait répéter mon professeur de philosophie grecque.

    Pour conclure cette courte apologie de la philosophie, que monsieur Dufour garde vivement à l'esprit que tout débat politique ne peut être possible qu'avec la confrontation d'idées de diverses tendances, ce sont des débats nécessaire à l'avancement d'une société toute laïque qu'elle puisse être, et que les idées peuvent surgir avec clarté dans un esprit ayant reçu une formation rigoureuse dans le développement dans ses propres idées.

    Depuis la nuit des temps les idées mènent le monde: comment monsieur Dufour tout politologue réputé qu'il soit peut-il oublier une notion aussi fondamentale au monde de la politique, au cœur même de toute sa vie professionnelle?

    Normand Perry, b.ph.
    Les Coteaux

  • Patrice-Hans Perrier
    Inscrit
    jeudi 7 janvier 2010 13h07
    «Encore quelques petits tours et puis s’en vont…»
    Cher jeune homme (bien intentionné), je reprends le crachoir pour préciser quelques petits points qui sont capitaux en vérité.

    Le Village Global, nous renvoie à l’Esperanto (foutoir langagier) ou … la Tour de Babel (foutoir socioculturel).

    L’égalitarisme (c’est le terme exact) n’est pas une valeur, il s’agit de l’avatar d’une idéologie du nivellement par le bas. Et, n’allez pas croire que je sois un élitiste ou un «royaliste» … la rectitude politique, la discrimination positive (comment une discrimination peut-elle être positive ? – dérivatif de la novlangue), la transdisciplinarité ne sont que quelques unes des manifestations récentes d’un dispositif subtil et organisé d’éradication des savoirs.

    Lorsque Socrate parle de la connaissance de soi, il sous-entend la connaissance de nos pères et de nos mères. La véritable culture (non pas culte de quoi que ce soit) est une FILIATION. À partir de là, tout coule de source, comme disaient les anciens.

    La source de la connaissance, ce n’est pas un salmigondis de bonnes intentions, comme vous venez d’en faire l’étalage (…).

    La source est alimenté par une multitude d’effluents, et le CHOC DES IDÉES, fonctionne comme les pierres qui permettent de filtrer cette merveilleuse eau de source.

    Il faut lire le formidable «Manon des Sources» de Pagnol. Ou voir le film, pour la génération Y (lol – je me permets une locution issue de la novlangue) … ne faisant pas dans le plagiat, je cite, ici, une source de renseignement virtuel :

    «… Jean de Florette, meurt sous les yeux de sa fille, en tentant de trouver de l'eau pour alimenter la terre qu'il essaie de cultiver. Mais la source qui alimentait la terre avait été bouchée par César Soubeyran et son neveu Ugolin, qui souhaitaient ainsi dévaloriser la propriété de Jean de Florette afin de l'acheter à bon prix.» - Wikipedia.

    On ne peut RIEN entreprendre de valable sans être alimenté par la source des savoirs immémoriaux (MÉMOIRE – TRACES – REPÈRES IDENTITAIRES – filiation).

    Ayant le double de votre âge, cher M. Doucet, j’ai parcouru assez de chemin pour me sentir redevable de l’œuvre de mes mentors et … désirer partager mon amour de la CULTURE avec les jeunes générations dont vous êtes issu. L’amour commande le partage, même dans la dissonnance.

    Je vous aime M. Doucet, de même que ma fille et les générations montantes qui viendront prendre ma place.

    Il n’y a pas de lutte intergénérationnelle dans le phénomène de la filiation, il n’y a que la phénoménologie d’un savoir qui se re-construit sur le lit de ses feuillaisons multiples.

  • Philippe Doucet
    Inscrit
    jeudi 7 janvier 2010 15h27
    Et pourtant... 2e partie
    M. Perrier, ces petites discussions par canal interposé me font renouer avec la théorie des publics de Tarde et me font me souvenir d'un cours pas si lointain enseigné avec passion par un jeune prof, à peine plus vieux que moi, que j'ai finalement adoré. Mais néanmoins, ce que je reprends de votre discours essentiellement, vous saurez me corriger, c'est que le choc des idées, et la culture de l'Histoire ont fondé les valeurs des sociétés au fil du temps... Mais ce goût de la connaissance n'est-il pas intrinsèque à l'être humain? Si non, cela veut dire que nous pouvons l'enseigner...et quel meilleur moyen de l'enseigner que par la philosophie?
    Et si oui, n'y a-t-il pas meilleur moyen que de le stimuler encore par la philosophie?

    De plus, en ce qui concerne le Village Global tel que McLuhan l'entendait, encore là il est possible que je me trompe (n'y voyez pas de sarcasmes, ni de fausse modestie, ma mémoire est l'exemple du proverbe) réfère à l'abaissement des frontières et à la perte des valeurs culturelles des peuples et de leurs situations distinctes. Phénomène, qui à mon avis, sur un court laps de temps serait déplorable, mais si nous prenons la société dans son ensemble, sur une période de temps qui convient mieux à l'ampleur que ce phénomène aurait, pourrait être salutaire à la société humaine, dans le sens animal de la chose. Ne seriez-vous pas d'accord à cet instant pour dire que dans cette éventualité, mieux vaut des penseurs instruits (comme vous je fais ici la distinction entre les dirigeants et les politiques) que des citoyens dépendants d'un système?

  • poisson marie-michelle
    Inscrite
    jeudi 7 janvier 2010 16h16
    Et pourtant elle tourne...
    L'Unesco fait de l'enseignement de la philosophie une priorité à tous les niveaux d'enseignement.

    " (...) l'activité philosophique, qui ne soustrait aucune idée à la libre discussion, qui s'efforce de préciser les définitions exactes des notions utilisées, de vérifier la validité des raisonnements, d'examiner avec attention les arguments des autres, permet à chacun d'apprendre à penser par lui-même,
    (...) l'enseignement philosophique favorise l'ouverture d'esprit, la responsabilité civique, la compréhension et la tolérance entre les individus et entre les groupes,
    (...) l'éducation philosophique, en formant des esprits libres et réfléchis, capables de résister aux diverses formes de propagande, de fanatisme, d'exclusion et d'intolérance, contribue à la paix et prépare chacun à prendre ses responsabilités face aux grandes interrogations contemporaines, notamment dans le domaine de l'éthique." Extraits de la Déclaration de Paris, Unesco, 1995 http://www.collegeahuntsic.qc.ca/pagesdept/philoso de Paris.html

    Voici un fait qui vous semblera peut-être étonnant: plusieurs milliers d'enseigantEs du primaire ont déjà acquis, de leur propre initiative, une formation supplémentaire en enseignement de la philsophie pour enfant parce que leur sensibilité professionnelle les incitait à penser que cette formation pouvait avoir des applications bénéfiques pour leurs enseignements et la vie scolaire en général.

    Le plus grand mystère entourant "l'affaire ECR" tient au fait que la reformulation des programmes n'aie pas été l'occasion d'une prise en compte officielle de la part du MELS de toute l'expertise professionnelle ainsi que la quantité inouïe de matériel pédagogique de grande qualité développé depuis plus de 25 ans dans le domaine de la philosophie pour enfant au Québec et ailleurs dans le monde. On a plutôt l'impression que les responsables de la rédaction du programme ECR ont bien pris soin d'écarter systématiquement cette contribution qui aurait pourtant été d'une grande pertinence. Un seul collaborateur à la rédaction du programme ECR avait une formation disciplinaire en philosophie, un seul. Et il ne faisait pas partie de ces philosophes qui ont développé l'expertise en philosophie pour enfant. Parcontre des individus ayant une spécialisation marquée en science des religions et en théologie constituaient l'essentiel du contingent des rédacteurs. ( J'ai personnellement ma petite idée des enjeux politiques en cause ici http://www.mlq.qc.ca/cite-laique/numero-11/la-laic http://www.vigile.net/Offensives-contre-les-acquis )

    Une simple recherche sur Google donne plus de 4 millions de références en français qui proviennent non seulement du Québec mais de France, de Belgique, de Suisse... La même recherche en anglais donne plus de 64 millions de références; É-U, Australie, Nouvelle-Zélande...

    La terre entière révolutionne autour de ce nouvel intérêt pour la philosophie dont on conçoit enfin qu'elle puisse être un élément fondamental de la formation élémentaire.

    La terre tourne depuis un certain temps déjà et vous M. Dufour, d'un air ahuri vous nous dites essentiellement ceci ; " Et bien quoi encore! Il y en a qui disent que la terre tourne! Bien voyons!"

    Et pourtant elle tourne...

  • Patrice-Hans Perrier
    Inscrit
    jeudi 7 janvier 2010 16h58
    Bon sang... j'ai plus le temps !
    Arrêtons, ça devient une addiction intellectuelle (lol) |

    Je suis en retard, un de mes clients est en colère, je ne parviens pas à fignoler un article à portée technique ... étant littéralement aspiré vers cette foutue blogosphère !

    Bon... un dernier grain de sel, étant cuisinier des idées (pas un cuistre) et aimant les «petites discussions par canal interposé me (nous) font renouer avec la (les) théorie (s)...» - dixit mon jeune interlocuteur.

    Cher X, quand vous dites:

    «en ce qui concerne le Village Global tel que McLuhan l'entendait, encore là il est possible que je me trompe ... réfère à l'abaissement des frontières et à la perte des valeurs culturelles des peuples et de leurs situations distinctes... », alors, là, vous m'interpelez (positivement).

    Tour de babel = ce «Village Global» = la (TRANS ) transgression) CULTURE =
    un Nouvel Ordre Mondial de la culture qui n'ose pas dire son NOM (lol).

    J'en ai justement contre cette culture UNESCOIENNE que l'on tente de nous inoculer de FORCE et par tous les canaux disponibles.

    On ne peut pas remplacer l'âme d'une VILLE par sa MISE EN MARCHÉ (branding).

    À bon entendeur salut, cher M. Doucet. À force de nous répondre par bribes, nous risquons de nous répéter et de produire des .... doublets (LOL) !

    Bon, svp, ne me tentez plus ... je dois attaquer mon gagne pain.

    Le CHOC DES IDÉES étant plus intéressant que ... «les tendances du jour», n'est-il pas ?

    Un dernier truc:

    Ayant aussi étudié en Design, je suis outré d'entendre à satiété les gens, les magazines, les décideurs, bref la majorité parler de «tendances design», «produits design», «maisons design»... «esprit design» ?

    C'est ça le fachisme ordinaire qui nous empêche de nommer correctement les choses.

    DESIGN: signifie, non pas une tendance, un style, une école de pensée, etc.

    C'est une PRATIQUE (d'abord et avant tout - et venez pas me dire que je fais allusion aux designers industriels américains du début du XXe siècle SVP !!!) qui a pour but de DESSINER (dans le sens de concevoir) des OBJETS USUELS destinés à la consommation de MASSE.

    Un point c'est tout.

    Tout le reste est une dérive étymologique qui procède de ce lavage de cerveau consistant à brouiller les pistes.

    Un designer n'est pas un sculpteur. Un designer n'est pas un sociologue. Un designer n'est pas un philosophe ou un censeur ... C'est un concepteur hybride, à mi-chemin entre un artisan et un ingénieur, doté d'une solide culture... général justement.

    Si vous me parlez de tendances en design, ça ne veut rien dire. Stricto sensus. Parle-t-on de tendances de société, de nouvelles lignes de produits ou d'ersatz idéologiques tentant d'induire des attitudes comportementales (néo-béhaviorisme) ?

    Un compas est un instrument destiné au travail des architectes, des designers et autres techniciens. Il ne s'agit pas d'une vue de l'esprit, d'un objet culte ou d'un fétiche ...

    Une loupe sert à y voir plus clair.

    Je propose, DONC, la conception de loupes intellectuelles, parce que nous vivons dans un marasme qui me lève le coeur, pour tout dire. C'est effarant.

    Alors, enfin une conclusion, FINAL BÂTON pour la semaine (ouf, se dit l'édimestre):

    Sans vouloir offusquer la majorité des intervenants venus tirer les oreilles de l'auteur de l'ARTICLE D'OPINION en question, j'estime que le PRIMAIRE ne constitue pas l'espace d'éducation propice à une initiation à la «philosophie». Ici, les guillemets sont très très impératifs.

    Un enfant de 6 - 8 -10 ans ne possède pas assez de facultés langagières et, partant, sémantiques, pour être en mesure de se faire introduire à des notions philosophiques. SURTOUT, s'il ne possède quasiment aucunes connaissances portant sur son environnement passé et présent (histoire, géographie, géométrie, français et autres notions de base).

    Procéder de la sorte PEUT équivaloir à un DANGEREUX lavage de cerveau. J'ai bien dit PEU... pour mes amis de l'INQUISITION post-moderne. Hasta la proxima !

  • Gebe Tremblay
    Inscrit
    jeudi 7 janvier 2010 17h51
    Apprendre à penser par eux-mêmes
    Ont-ils aussi besoin d'enseigner à leurs poumons de respirer par eux mêmes ? À leurs jambes de marcher ? C'est quoi le problème des cerveaux des Québécois ?

    Pendant ce temps, les enfants juifs du Québec sont dans des écoles exclusives où on leur apprend leur différence, la fièreté de cette différence, et à négocier avec les autres à l'avantage de leur communauté.

  • Andre Vallee
    Abonné
    jeudi 7 janvier 2010 19h53
    Le vrai problème
    Le problème fondamental à toute formation des jeunes, de nos jours, est un problème d'honnêteté. On n'ose même plus prononcer ce mot tenant compte de toute la tricherie, et non seulement dans le secteur privé. Quand nos élus feront preuves d'éthique, nous pourrons parler d'honnêteté avec aisance et conviction; ensuite, peut-être de philosophie systématique. Je dis bien systématique car le milieu de l'éducation, avec ses domaines variés, provoque des réactions chez les jeunes que les professeurs ne sont pas toujours prêts ou intéressés à affronter.

  • France Marcotte
    Abonnée
    jeudi 7 janvier 2010 20h41
    Respecter les enfants
    C'est vrai qu'il paraît étrange à première vue que C.Dufour s'oppose à un cours de philosophie comme on s'opposerait à la vertu mais il faut lire attentivement. Il dit que ce cours viserait au départ à contrer la violence et les agressions dans une société qu'il considère pacifique et qu'on prétend y apprendre aux enfants à "penser par eux-mêmes", alors qu'il serait clairement orienté sur le plan idéologique vers l'orthodoxie multiculturelle et environnementaliste dominante. Pour lui, respecter les enfants du primaire, c'est de bien les encadrer en leur inculquant le goût de l'effort et la persévérence, d'abord à travers l'apprentissage du francais parlé et écrit et de l'arithmétique. Il se demande comment on pourrait avoir à cet âge des opinions à développer... Pour moi, les mots à retenir sont "respecter les enfants".

  • Paul Lafrance
    Inscrit
    vendredi 8 janvier 2010 08h36
    Le problème des des nouveaux programmes
    Le problème que nous posent les nouveaux programmes en éducation, c'est que nous, les parents, n'avons pas suivi ces cours et par conséquent, nous sommes peu qualifiés pour les critiquer. J'ai quand même l'impression que nos enfants sont à la merci des enseignants. Je suis convaincu que la grande majorité d'entre eux sont de bonne foi, mais qu'il est relativement facile pour un enseignant d'inculquer ses propres valeurs à nos enfants, alors que celles-ci ne correspondent pas nécessairement à celles que nous voulons leur véhiculer.Les enfants sont vulnérables et facilement influençables. Nous pouvons le constater dans l'enseignement de certaines religions. Il me paraît imprudent de demander à nos enfants de raisonner comme s'ils étaient des adultes. Il est plus important de leur enseigner la logique, qualité qui manque à beaucoup d'adultes. Par la logique, on développe le sens critique et prévenons que nos enfants tombent dans l'absolutisme, qui , par définition, empêchent le raisonnement.
    Paul LaFrance

  • Patrice-Hans Perrier
    Inscrit
    vendredi 8 janvier 2010 12h26
    Mettre la charrue devant les boeufs
    Excellent M. Lafrance !


    Lorsque vous parlez de logique ou d'outils pour développer les capacités cognitives, vous avez vu juste.

    Nous avons aboli le catéchisme au Primaire et nous voulons le remplacer par une autre forme d'endoctrinement plus pernicieuse... puisqu'elle ne se nomme pas.

    Outre les matières de base, les enfants du Primaire ont aussi besoin d'un contact avec l'art: MUSIQUE-DESSIN-TERRE GLAISE-etc.

    Les cours «magistraux» permettent de former les facultés liées à l'apprentissage de la langue et des mathématiques, ce qui est déjà énorme en soi. Ensuite, les cours liés aux arts et, aussi, à l'appréhension du monde qui nous entoure (géographie-sciences de la nature-introduction aux autres religions ou cultures), permettent à nos rejetons de développer de précieuses aptitudes en lien avec leur environnement, mais aussi leurs qualités personnelles.

    À l'époque du cours classique (que je n'ai pas suivi...), la logique, la rhétorique, la syntaxe, les belles lettres et le grec et le latin permettaient d'ouvrir les portes de l'intellect et de familiariser l'étudiant avec plusieurs «systèmes» de pensées. Mais, on parle, ici, de jeunes âgées de plus de 12 ans.

    Le cours secondaire actuel, je ne l'ai pas évalué en passant, représente un bien piètre héritier de l'ancien cours classique... en fait, il n'y a pas eu d'héritage ou si peu.

    Avant de parler de philosophie ou de systèmes de pensée au Primaire, nous devrions resserrer nos méthodes d'apprentissage des matières de base et aussi permettre aux enfants de s'exprimer à travers les arts visuels, musicaux, théâtraux et ... aussi manuels.

    Les anciens grecs avaient compris qu'il fallait coupler l'art et la culture aux cursus académique.

    Finalement, à travers une initiation aux religions ou aux grandes civilisations, les enfants sont, fort justement, exposés à différents systèmes de valeurs et de pensées. L'histoire de l'art rend compte, à fortiori, de ses systèmes de pensées qui ont modelé plusieurs grandes civilisations.

    Le «discours de la méthode», ou «sur la méthode», est prématuré puisqu'il relève d'une forme d'épistémologie que même les philosophes patentées n'arrivent pas à maitriser.

    Ne mettons pas la charrue devant les boeufs, pour l'amour de la philosophie... et de nos enfants.

    Bon, d'ici un prochain forum d'idées, je vais mettre mes skis de fond et aller réfléchir à tout cela sur un petit sentier tout de blanc vêtu...

  • Pierre-S Lefebvre
    Inscrit
    vendredi 8 janvier 2010 12h31
    Qu`ont-elles à dire cette fois-ci
    Les ministres Courchesne et Saint-Pierre vont nous éclairer de leur sagesse immuable. Les écoles anglaises font la promotion de leur enseignement en langue française depuis quelques temps. Que nous diront-elles ces charmantes défenderesses de la maojorité des québécois. Une autre formule insipide sans doute qui diminuera le rôle des écoles françaises! `Fais ce que dois` vous dit quelque chose vous les esprits débridés en Éducation et Patrimoine.

  • Jean-Pierre Audet
    Abonné
    vendredi 8 janvier 2010 12h33
    Choc bienfaisant
    Ayant enseigné la philosophie à des adultes, je serais peu apte à commenter l'intérêt de l'enseigner à des enfants. Tout dépend de la façon dont on l'enseigne. Est-ce alors de la philosophie ? Je dirais oui au sens étymologique du terme : amour de la sagesse.

    Ce qui me ravit aujourd'hui, ce sont les multiples interactions intellectuelles qui ont suivi la ponte de M. Dufour. Je dois avouer que son article, même assez long, nous a servi plusieurs raccourcis qui ne sont pas nécessairement des faussetés. Que nous soyons comme peuple déjà très portés à l'accueil de la différence, je le concède. Aussi que le danger est réel d'inculquer à nos enfants une idéologie ressassée par Trudeau et constamment rappelée chez nous : le multiculturalisme.

    Ces nuances étant faites, je me réjouis grandement que l'on parle de plus en plus ouvertement de philosophie. Quand on me demandait à quoi cela sert, je répondais comme pour le latin que j'avais auparavant enseigné : à se former l'esprit. Concrètement ? Oui, d'une certaine façon, car, au bout du compte, savoir réfléchir avant d'agir est l'une des clés majeures dans la vie. Les principales questions philosophiques sont éminemment pratiques. Surtout la première inaugurée par Socrate : qui suis-je ? Qui suis-je, oui, avec tout ce qui m'a précédé dans la vie. Mais aussi qui suis-je ici et maintenant avec ce que je décide d'en faire. Si la philosophie me permet de mieux me connaître et donc de mieux aimer, elle n'aura pas été vaine.

    Jean-Pierre Audet

  • Paul Lafrance
    Inscrit
    vendredi 8 janvier 2010 15h09
    Multiculturalisme
    Le multiculturalisme ne peut mener qu'à l'affrontement. L'Histoire l'a prouvé à maintes reprises. Les deux pays qui ont le plus souffert du multiculturalisme sont la France et l'Angleterre. Ce dernier pays a dû composer pendant des siècles avec les Gallois, les Celtes, les Saxons, les Normands et surtout, avec les Danois. Ce n'est qu'après de nombreux siècles et de nombreuses guerres qu'il s'est formé un pays et une langue commune.La France a connu sensiblement le même sort. Dans la Gaule ancienne, il se parlait de nombreuses langues et dialectes en France Ce pays, tout commel'Angleterre, fut peuplé par les Celtes, les Saxons, les Normands ainsi que par des peuples venus du Sud et du Sud-Est. Ce n'est qu'après de longues et sanglantes luttes de pouvoir que la France et la langue française ont pû se former. Tout ceci pour dire que le multiculturalisme ne peut engendrer que des luttes de pouvoir. Le ROC a accueuili énormément d'étrangers au cours du siècle dernier mais ces derniers ont adopté la langue anglaise et se sont confondus dans la culture anglophone. Nous sommes d'accord pour recevoir des ressortissants étrangers au Québec, mais pas au point de mettre en danger notre langue et notre culture, danger qui existe déjà en raison de la mer anglophone qui nous entoure. Donc, si vous êtes un nouvel arrivant, ne nous imposez pas votre culture surtout si votre religion est à la base même de votre culture. Acceptez de vous intégrer à la nouvelle société dans laquelle vous avez CHOISI d'entrer et nous serons heureux de vous compter parmi NOUS.
    Paul LaFrance.

  • Jeanne Guyon
    Inscrite
    vendredi 8 janvier 2010 16h15
    Cher Monsieur Dufour, vous êtes le plus sensé et on vous méprise!
    Vous avez raison, Christian Dufour, et voyez comme ce québécois mi-génial, mi-imbécile, dirait Umberto Eco, s'acharne sur vous. L'auréole du québécois, lecteur du Devoir ne supporte pas une pensée libre. Les vautours veulent vous dévorer!

    Je suis entièrement d'accord avec vous. Qu'on apprenne à nos enfants à lire, à compter et à écrire.

    Même madame Josée Blanchette se porte volontaire pour enseigner la philosophie
    aux enfants, elle l'écrit dans sa chronique aujourd'hui.

    Et elle cite une phrase que je ne répèterai pas du philosophe
    LOUIS ALTHUSSER qui a ÉTRANGLÉ sa femme Hélène le 16 novembre 1980.

    Et dans les médias, quelques années plus tard, Claude Sarraute, a écrit,
    La vedette, c'est le coupable, trois lignes pour la victime!

    VIVE LE DEVOIR, BON ANNIVERSAIRE, JE VOUS SOUHAITE LA LIBERTÉ DE PENSER AUTREMENT QUE LE DEVOIR MAIS EN SILENCE!

  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    samedi 9 janvier 2010 11h58
    Respecter l’enfance
    Après les cours d’ECR pendant les ONZE ANS du primaire et du secondaire, voilà qu’on va enseigner la philosophie au primaire! C’est mettre la charrue devant les boeufs.

    Quand va-t-on enseigner la langue, les mathématiques, les sciences, l'histoire, l'éthique (c’est différent de la religion), le savoir-vivre, les habiletés artistiques, manuelles, sportives ?

    Chaque chose en son temps. Il faut respecter l’enfance chez l’enfant, en le faisant progresser, mais graduellement et en temps opportun, vers l’âge adulte.

  • Laurence Primeau-Lafaille
    Inscrit
    samedi 9 janvier 2010 12h05
    Aux ignorants
    Bonjour à vous tous qui avez réagi à cet article,

    j'aimerais simplement questionner ceux qui critiquent de façon incendiaire la démarche du cours Philosophie pour enfants:

    Avez vous déjà mis le pied dans une telle classe ou suivi un cours de philo pour enfants? ëtes vous réellement au fait de la démarche ou ne vous fondez-vous que sur des oui-dire? Avez-vous déjà assisté à une communauté de recherche philosophique réalisée par des enfants?

    Avant de se prononcer, il faut chercher et connaître.

  • Gregory Brasseur
    Inscrit
    samedi 9 janvier 2010 13h53
    Une «transmission» de valeur, vous dites?
    «Au lieu d'admettre qu'on s'est malheureusement trompé en demandant à ce point aux enfants du primaire d'exprimer leur opinion, on s'enfonce: on veut maintenant leur montrer comment développer cette opinion. [...] On peut comprendre qu'après avoir abandonné le catholicisme sans le remplacer par grand-chose, certains Québécois éprouvent de la difficulté à transmettre des valeurs à leurs enfants.»

    Qu'y a-t-il de si alarmant à considérer l'opinion de la jeunesse dans nos écoles et à leur permettre de développer eux-même cette opinion?

    La philosophie permet une réflexion autonome: elle redonne aux enfants le contrôle de leurs croyances et valeurs. Pourquoi s'opposer au respect des enfants à la libre expression et à la libre opinion?

    Préféreriez-vous être le seul patron des croyances et valeurs de vos enfants?

  • Patrice-Hans Perrier
    Inscrit
    lundi 11 janvier 2010 16h43
    Ultime mise au point
    Le débat n’est pas clos et il risque de perdurer à ce que je constate. Une dernière intervenante estime que «la philosophie … redonne aux enfants le contrôle de leurs croyances et valeurs. Pourquoi s’opposer au respect des enfants à la libre expression et à la libre opinion ?». Assertions qui nous ébranlent, au vu de la candeur du propos.

    D’entrée de jeu, les enfants héritent des croyances et des valeurs de leur milieu familial et de leur entourage social. Ensuite, le rôle de l’école primaire c’est de leur permettre de se construire des outils langagiers et de références face au monde matériel immédiat. Il se saurait être question de d’instituer des «débats» en milieu primaire, alors que, déjà, les jeunes enfants sont confrontés au lavage de cerveau de la publicité sur les ondes, à la violence de la société productiviste et à l’absence d’un réel dialogue avec leur parents dans bien des cas.

    S’il faut que l’école primaire mette en place des agoras «philosophiques» - là où des enfants en plein développement cognitif ne maitrisent pas vraiment bien les outils basics de communication - dans un contexte où l’appareil sociopolitique «relativise» déjà le rôle des parents… imaginez la suite.

    Foin de dirigisme ou de traditionalisme dans mon discours. Tout simplement un constat face à des faits implacables : l’école devient – de plus en plus – un lieu «d’expression» des diverses couches de la réalité… alors que l’enseignement des «outils» de base périclite.

    Le rôle de l’école primaire c’est d’«outiller» l’enfant pour qu’il puisse s’«exprimer» et «explorer» le monde des idées au secondaire et au-delà. Bien sûr, l’acquisition des matières de base n’exclue pas la discussion et le partage. Pas besoin d’un dessin pour comprendre. Mais, au risque de me répéter, insuffler des valeurs philosophiques et forcer l’enfant à se «positionner» (s’il est bien un domaine où la discrimination joue, c’est la philosophie), alors qu’il ne dispose pas du «coffre d’outils» adéquat, c’est ouvrir la boite de pandore … des manipulations idéologiques. Voilà.

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