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Ottawa serre la vis dans les aéroports

Les défenseurs des libertés civiles surveilleront de près l'utilisation des scanners corporels

Des policiers patrouillant à l’intérieur de l’aéroport Montréal-Trudeau, hier. Des scanners corporels s’ajouteront aux dispositifs des aéroports canadiens pour lutter contre la menace terroriste.
Photo : Agence Reuters Christinne Muschi
Des policiers patrouillant à l’intérieur de l’aéroport Montréal-Trudeau, hier. Des scanners corporels s’ajouteront aux dispositifs des aéroports canadiens pour lutter contre la menace terroriste.
Ottawa — Contre le terrorisme, la fouille à nu virtuelle. Le gouvernement canadien a annoncé hier qu'il installera 44 scanners corporels dans une dizaine d'aéroports canadiens — dont celui de Montréal — au cours des prochaines semaines. Une implantation qui sera suivie de près par les défenseurs des libertés civiles au pays.

L'attentat raté du vol 253 en direction de Detroit le jour de Noël et le renforcement des mesures de sécurité annoncé par les États-Unis auront donc forcé le gouvernement Harper à sortir l'artillerie lourde. Dans ce cas, un appareil capable de «déshabiller» tout passager par un balayage d'ondes millimétriques et qui reconstitue une image en trois dimensions du corps du passager et des «anomalies» qui s'y trouvent, armes ou autres.

Semblable à une douche ou à une cabine d'ascenseur, le scanner dévoile donc les détails anatomiques et génitaux des passagers. Les fouilles virtuelles seront possibles seulement lors du deuxième contrôle de sécurité, et les passagers auront toujours le choix entre le scanner ou une palpation manuelle (les jeunes de moins de 18 ans sont exclus de la nouvelle mesure). Le processus technique du scanner prend environ une minute, mais s'avère au final plus long qu'une fouille humaine.

Les 44 scanners — 11 seront installés dès la semaine prochaine, les autres d'ici le printemps — coûteront 11 millions, à raison de 250 000 $ par appareil.

Pour le moment, tous les passagers dont le vol transite par les États-Unis subiront ce deuxième contrôle. À moins d'un soupçon quelconque, un voyageur effectuant une liaison Montréal-Paris ne serait pas touché, par exemple. Le gouvernement décidera plus tard s'il étend l'usage du scanner à d'autres situations.

Ottawa a aussi annoncé hier son intention d'élaborer un programme d'observation des passagers pour détecter les agissements suspects.

Selon le ministre des Transports, John Baird, «les nouveaux scanners corporels permettent d'établir un équilibre entre la sécurité et les mesures de protection de la vie privée. Ils offriront plus de souplesse et permettront aussi d'améliorer le processus de contrôle de sécurité».

Le contexte international actuel a certes accéléré le processus d'implantation de ces scanners dans le paysage aéroportuaire canadien, mais le gouvernement planchait sur le sujet depuis 2008. Un projet-pilote avait alors été mené à Kelowna.

L'Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA) et le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada (CPVP) ont par la suite engagé des discussions pour trouver un moyen d'utiliser ces scanners sans brimer le droit à la vie privée des passagers.

Ce dialogue s'est conclu cet automne par un accord entre Ottawa et le CPVP, qui se disait hier satisfait de l'annonce. Selon la commissaire adjointe, Chantal Bernier, le gouvernement et l'ACSTA ont accepté un ensemble de conditions d'utilisation qui permet à l'organisme de «ne pas être contre» une mesure qui «représente néanmoins une intrusion dans la vie privée», et certainement un «virage important» dans le rapport sécurité-vie privée.

Ainsi, le CPVP a exigé que l'appareil ne soit utilisé qu'au deuxième contrôle de sécurité, qu'une alternative (la fouille manuelle) soit offerte aux passagers, qu'il n'y ait aucune rétention d'image (tout s'efface à mesure), et qu'un anonymat complet soit respecté. Le contrôleur des scanners corporels sera installé dans une pièce où il ne verra que son écran. «Il n'y aura pas de corrélation entre l'image et l'identité du passager», évalue Chantal Bernier.

Cette dernière estime que les conditions actuelles d'utilisation sont «proportionnelles à la nécessité» et qu'elles respectent la jurisprudence canadienne.


Contestations

Mais ce n'est pas l'avis de l'Association canadienne des libertés civiles (ACLC). «C'est une mesure qui nous inquiète et qui devrait inquiéter tous les Canadiens», dit Nathalie Des Rosiers, avocate générale de l'association. Selon Mme Des Rosiers, l'expérience de Kelowna a surtout démontré que le scanner n'était pas invincible: il y a eu des erreurs de dépistage qui ont imposé des fouilles manuelles, et les délais de traitement ont été plus longs au final.

L'ACLC craint surtout que les «belles garanties données aujourd'hui tombent et qu'on n'ait rapidement plus le choix de passer par le scanner», exprime Mme Des Rosiers en se basant sur l'expérience américaine, où une vingtaine de scanners sont déjà en activité.

«Sur les images, on peut voir les parties génitales des passagers, leurs seins, s'ils portent un sac de coloscopie, ajoute-t-elle. On sait tous qu'il faut abandonner un certain niveau de vie privée dans un aéroport. Mais est-ce qu'on prend les bons moyens ici? L'efficacité du scanner justifie-t-elle ce niveau d'intrusion? Nous ne croyons pas.»

Une douzaine de pays utilisent actuellement des scanners corporels. Leur usage demeure controversé: en Europe notamment, plusieurs critiquent les atteintes à la vie privée.
Des policiers patrouillant à l’intérieur de l’aéroport Montréal-Trudeau, hier. Des scanners corporels s’ajouteront aux dispositifs des aéroports canadiens pour lutter contre la menace terroriste. Le ministre fédéral des Transports, John Baird, examine un scanner corporel après la conférence de presse qu’il a donnée hier à Ottawa. Image d’une personne portant un couteau obtenue grâce à un scanner corporel à Amsterdam.
 
 
 
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  • Dominic Pageau
    Abonné
    mercredi 6 janvier 2010 02h54
    Tout était près, il ne restait que le prétexte
    Et l'homme au pétard mouillé qui brule au lieu d'explosion a fourni ce prétexte. L'homme que tout le monde a laissé passez comme dans du beurre, même si les sévices secrets d'un peu partout dans le monde savait que cet homme était une menace potentielle.

    Même sans aucune mesure de sécurité, le voyage en avion serait plus sécuritaire que rouler en automobile.

    C'est un beau cadeau pour les fabriquants de ces bidules, une belle dépense pour nous, et un pas de plus pour Big Brother, j.avoue que pour l'instant, les mesures sont modérées, mais j'appréhende qu'à chaque prétexte, réelle au imagnaire, les mesures vont être reserées.

  • Pierre Marinet
    Inscrit
    mercredi 6 janvier 2010 08h02
    Sinistrose.
    La politique internationale nous offre ce monde comme cadeau. La religion est venue à grand pas nous réveiller de nos habitudes de nantis. Nos libertés acquises ne sont que fétus de paille désormais. La mort rôde, on nous enchaîne pour nous protéger. Le nœud de la solution, conflit au Proche orient et régime dictatoriaux arabes, n’est pas pensé avec la volonté d’en résoudre les problèmes chroniques. Nous payons le prix des intérêts pour particuliers riches contre l’intérêt général. Monde atroce et inconséquent.

  • Godefroy
    Abonné
    mercredi 6 janvier 2010 17h02
    Sécurité-Canada, Canada.
    Corne démoniaque d'abondance éternelle pour tous

    Après les aéroports : les bateaux, les chaloupes, les trains. les métros, les camions, les chars, les motos, les bicyclettes, les tricycles, les skis, les marchettes, les musulmans, les caméras partout - même dans les chambres à coucher pour pouvoir surveiller les madames Couillard et leurs corniauds de minstres - .

    Wow ! De plus, ça créera de l'emploi et raportera des recettes fiscales. Merveilleux.monde heureux et sans chômage...avec gentils gardes-chiournes au salaire minimum bien équipés pour nous protéger envers et contre tout. Je suggère qu'on leur fournisse des bazookas et des lance-flammes au cas où, on ne sait jamais.

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