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Les objets de 2009 - Le Bixi

Une réussite qui montre l'évolution des mentalités en matière de transport et d'aménagement urbain

Fabien Deglise   30 décembre 2009  Actualités en société
À la fin d’octobre, à un mois du grand remisage d’hiver des 372 stations, les 4100 vélos qui y étaient accrochés avaient été utilisés plus de 900 000 fois par les Montréalais ou les touristes de passage.
Photo : Agence Reuters Christine Muschi
À la fin d’octobre, à un mois du grand remisage d’hiver des 372 stations, les 4100 vélos qui y étaient accrochés avaient été utilisés plus de 900 000 fois par les Montréalais ou les touristes de passage.
Du bateau de Tony Accurso, où le copinage est de mise, à la seringue pointue du vaccin qui immunise, du vélo Bixi jusqu'au nez rouge dans l'espace, sans oublier la cravate des criminels, l'année qui s'achève fut marquée par des objets petits et grands qu'on n'oubliera pas de sitôt. Troisième texte d'une série qui se poursuit demain.

La bécane est entrée dans la culture populaire à la vitesse grand V. Mais pour une courte période de temps: quelques minutes à peine, devant un théâtre de Montréal.

C'était le 20 juillet dernier, en ouverture d'un gala hommage rendu dans le cadre du festival Juste pour rire. Les quatre drôles de la formation Rock et Belles Oreilles (RBO), invités pour l'occasion, ont débarqué là, sous les caméras, chevauchant quatre Bixi, ces vélos à partager qui ont fait leur apparition cette année dans les rues de la métropole. Et, bien sûr, le geste, en plus d'être remarqué, a été fortement souligné.

On comprend: lancé en grande pompe en mai, à grand renfort de publicité — et d'un odieux faux blogue à saveur «grano-alter-mondialiste» vantant les vertus du vélo en ville — le Bixi, premier réseau de vélos en libre-service en Amérique, a fait sensation dès ses premiers tours de roue en zone urbaine. Avec son esthétisme alumineux, ses bornes à géométrie variable et surtout sa multiplication épidémique dans tous les quartiers de la ville. Fait notable: la deuxième phase d'implantation a dû être devancée d'un an, pour répondre à une demande qui s'est manifestée plus vite que prévu.

L'effet Bixi est numériquement mesurable, avec ses 10 500 abonnés à ce service et ses 80 000 usagers occasionnels, qui chaque jour ont effectué de 7000 à 12 000 déplacements quotidiens. À la fin d'octobre, à un mois du grand remisage d'hiver des 372 stations, les 4100 vélos qui y étaient accrochés avaient été utilisés plus de 900 000 fois par les Montréalais ou les touristes de passage. «L'objectif que nous avions était que les Montréalais s'approprient le Bixi, a confié à l'époque, à Radio-Canada.ca, Michel Philibert, porte-parole de la Société de vélo en libre-service, qui gère ce parc de vélos. Je pense qu'on a atteint notre objectif.»


Un vélo, des symboles

Le contraire aurait été étonnant. Bixi, contraction linguistique de «bicyclette» et «taxi» (dont on est le chauffeur), avait une voie cyclable toute tracée à Montréal. Surtout à une époque préoccupée par l'environnement et qui, plus que jamais, aime remettre en question à répétition ses modes de transport, surtout quand ils sont motorisés et polluants.

Ce goût du vert s'exprime fort. Il confirme aussi au passage que le temps où le métro était le grand marqueur de la modernité d'une métropole est bel et bien chose du passé: en ce début de nouveau siècle, le véhicule souterrain sur rail (ou pneumatique) semble avoir été supplanté par... le vélo-partage.

Sous l'admiration générale, l'objet s'est répandu ces dernières années dans plusieurs grandes villes de l'Europe (Paris, Helsinki, Copenhague, Barcelone, Lyon) et vient donner du coup, quand on y succombe, «le sentiment d'appartenance à une vraie métropole», résume le philosophe Christian Nadeau, coauteur, il y a quelques années, de Cul-de-sac, l'impasse de la voiture en milieu urbain (Héliotrope). Et les Montréalais ne veulent pas passer à côté.

La dernière campagne électorale municipale a d'ailleurs permis d'en prendre un peu la mesure. Loin d'être un enjeu, le Bixi a plutôt été un rare point de ralliement pour les trois aspirants au poste de premier magistrat de la ville. L'objet a certes été placé dans le cadre de leurs photos partisanes, mais aussi dans leur programme respectif, avec, en trame de fond, la promesse d'en faire plus, pour le bien de l'environnement. Et pas seulement par simple opportunisme électoral.

«Il ne faut pas tomber dans le scepticisme facile, poursuit M. Nadeau, qui enseigne à l'Université de Montréal. C'est vrai que le Bixi est la preuve de l'engagement vert d'une ville et de ses politiciens. Mais c'est aussi un pas dans la bonne direction, un symbole», qui à terme pourrait bien influencer le débat sur les modes de transport en milieu urbain. Entre autres.


Une mode durable?

Loin du simple phénomène de mode, soutenu par une nuée d'urbains cherchant à affirmer avec ostentation leur «montréalité», un coup de pédale à la fois, le Bixi serait également bien plus qu'un mode de transport facile pour aller du métro Mont-Royal à la Place du Canada en passant par le parc Jeanne-Mance: c'est un objet de conscientisation, croit le philosophe, un appel à l'action en matière de transport en commun, une source d'espoir pour les écologistes qui vient du coup alimenter ou renforcer le consensus social autour de la place que devrait occuper le transport en commun à Montréal.

«Le Bixi a certainement tendance à rendre ce consensus social plus séduisant, dit-il, et du coup il vient favoriser, préparer [l'opinion publique et la société] au passage à des mesures plus restrictives ou incitatives qui, par la suite, pourraient être mise en application pour modifier les comportements» des urbains, envers leurs voitures. En vrac: péages sur les routes et les ponts, réductions des tarifs de transport en commun, des places de stationnement...

La préparation du terrain, pour travaux futurs, semble d'ailleurs bien commencée, comme en témoigne un coup de sonde lancé par Léger Marketing en septembre dernier, pour le compte de TVA. Il était question d'équilibre budgétaire dans les finances de l'État et 60 % des répondants se sont dits favorables à l'introduction de péages sur certaines routes et certains ponts du Québec, une mesure dont Montréal pourrait profiter pour réduire le nombre de voitures sur son territoire au profit du tramway, des autobus-accordéons — dont l'introduction va commencer en 2010 sur deux lignes — des espaces piétonniers et... des Bixi.

Cette année, d'ailleurs, le carré de sable de cet objet de 2009 a été passablement étendu par la Ville de Montréal, qui a fait passer son réseau de pistes cyclables à 552 km, soit 140 km de plus qu'il y a deux ans. Et, sur ces espaces où s'anime quotidiennement l'esprit des deux roues mues à l'huile de genou, le Bixi ne peut d'ailleurs que s'y développer davantage.

C'est mathématique: son départ, même en l'absence d'un moteur à quatre temps, s'est fait, certes, sur les chapeaux de roue, pour l'an 1 de sa mise en mouvement. Mais ce mode de transport n'a, pour le moment, réussi à s'attirer la fidélité que de 10 500 abonnés. Cela représente... 1 % à peine de la population active de la métropole.
 
 
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  • l poisson - Inscrit
    30 décembre 2009 03 h 46
    La vélorution
    ''Les cyclistes existent ou sont les pistes ?''
    Voilà juste l'un des nombreux slogans scandés à Montréal par Le Monde à bicyclette il y a plus de 30 ans. Une gang de rêveurs à tendance grano-écolo-démocratique...ouf.
    Saluons la douce persévérance de Bob Silverman et de la regrettée Claire Morrisette.

    L'apparition du BIXI dans le paysage urbain n'est qu'un signe avant-coureur d'un ''Yes we can'' montréalais. Et nous n'avons pas encore réalisé l'énorme coût social et humain engendré par le ''char en ville''.

    Je vous épargne toutes les autres bonnes raisons pour se libérer de l'emprise démesurée de l'automobile privée dans un espace urbain et public. Les Montréalais en subissent les conséquences tous les jours, à commencer par les automobilistes eux-mêmes.

    Mais si ce n'est pas facile pour un simple citoyen de passer à l'action, imaginez pour nos élus ?
    Les beaux rêves élitistes d'une croisière sur le bateau d'Arcuso sont pour eux des contes de fées (se transformant en comptes de taxes pour la très vaste majorité des citoyens). Mais pour nos politiciens, c'est l'apothéose du ''pouvoir''.( à la condition de ne pas se faire pincer)

    Bien sûr, la récupération du succès actuel du BIXI par les Denis Coderre et autres ''kids kodak'' en tout genre existe. Tant mieux, c'est la preuve que l'utopie est réalisable, mais à petites doses.

    Est-ce que la prochaine étape sera le péage sur les ponts et autoroutes ( sans oublier les croisières) en échange du transport en commun gratuit ? Faudrait poser la question aux ''kids Kodak'' en 2010. Mais la hausse du prix de l'essence y répondra de toute façon très bientôt.

    Bon et joyeux BIXI.
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  •  
  • Sylvain Auclair - Abonné
    30 décembre 2009 09 h 21
    Un vélo volé...
    J'ai un collègue qui pense passer au Bixi l'an prochain, parce qu'on lui a volé une roue de son vélo. On est loin de København, dont parlait L.G. Francœur, et d'une ville vraiment cyclable.
    D'ailleurs, qu'on ait besoin de pistes cyclables en ait aussi un signe, selon moi.
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  • Rodrigue Guimont - Abonné
    30 décembre 2009 09 h 25
    Un beau succès pour 2009
    Très beau succès pour la compagnie québécoise de Chicoutimi Devinci. Belle trouvaille que ce terme de «Bixi ».

    Mentionnons tout-de-même qu’il existe en Argentine depuis 2005 , une agence de publicité en vélo «Bixi» dont la ville de Montréal s’est probablement inspirée. À moins que ce ne soit une simple coïncidence.

    Le fonds d’investissement de la FTQ nous claironnait dernièrement, par le biais d’une publicité télévisée, que son fonds d’investissement a investi dans l’expertise de ce produit, histoire de nous faire oublier sans doute le yacht de Tony Accurso.
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  • France Marcotte - Abonnée
    30 décembre 2009 10 h 11
    Libre comme Bixi
    On me dit qu'à Amsterdam, les bicyclettes sont là, partout, accessibles à tous et en tout temps; on les utilise et les redépose sans autre formalité. C'est un désordre qui trouve son propre équilibre. On est loin d'une chose pareille à Montréal mais la guerre de territoire avec la voiture omniprésente et les valeurs qu'elle transporte est bien engagée. J'aimerais bien voir le Bixi étendre ses conquêtes (à l'Est notamment) et que son utilisation aille de pair avec le dessèchement de la manie du cadenas et du contrôle, tout serait tellement plus simple (et économique). À propos, c'est un peu déplaisant d'apprendre que le Bixi fait partie d'une vaste programme d'éducation des consciences, comme si un gros oeil observait tous nos comportements, même libérateurs. On ne pourrait pas se contenter de lâcher les Bixi dans la nature et d'en récolter les effets (peut-être aussi imprévus)?
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  • France Marcotte - Abonnée
    30 décembre 2009 11 h 39
    Flottes de bécanes
    En complément du programme Bixi, la ville pourrait peut-être récupérer et retaper des bécanes, gracieuseté des Montréalais qui s'en départissent de toute façon chaque année quand elles dorment, même en bon état, dans les sous-sols et les garages, pour composer des flottes mises simplement à la disposition des citoyens, aux stations de métro par exemple. Ce serait moins flamboyant que le Bixi devant les "kodaks" mais sans doute propice au développement du sens civique des Montréalais qui rechignent à respecter la propriété commune, sens civique sans lequel on n'ira pas bien loin, même avec les meilleures idées du monde.
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  • l poisson - Inscrit
    30 décembre 2009 14 h 26
    Donner votre vélo de garage ? www.cyclonordsud.org
    www.cyclonordsud.org

    Pour redonner vie à cette vieille bécane et surtout aider la vie des femmes dans les pays du Sud, un simple petit geste à forte valeur humaine ajoutée.
    Un reçu pour don de charité peut même être émis.

    En ce dixième anniversaire de Cyclo Nord-Sud, voici un groupe d'économie sociale qui agit localement avec des retombées internationales concrètes. Et loin des ''kids Kodak''.

    Même les sièges-bananes sont acceptés. Vérifier le calendrier des collectes bientôt à travers le Québec et parlez-en aux voisins.
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  • Bernard Gervais - Abonné
    30 décembre 2009 16 h 54
    Belle initiative...
    Belle initiative que la création du réseau Bixi (d'ailleurs, c'est la seule chose que l'administration du maire Tremblay a fait de bon en 2009), mais, en raison du froid qui y sévit plusieurs mois, Montréal, au contraire d'Amsterdam, n'est pas vraiment une ville pour voyager en vélo 12 mois par année !
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  • LeRévoltéTranquille - Abonné
    31 décembre 2009 14 h 31
    GangstaClaus
    Entendu hier (30 / 12) au spectacle de fin d'année des Zap'Artistes (excellent, au demeurant), une ritournelle qui reste dans la tête tant elle fut désopilante, sur l'air du thème 'Skippy le Kangourou':

    Bixi, Bixi,
    V'nez rouler tous avec nous,
    Bixi, Bixi,
    Notre ami aux 'tires' mous !


    S'cusez-la !

    P.S.: Chapeau aux Zap'Artistes, eux n'ont pas seulement horreur de la rectitude politique, elles et ils s'En foutent carrément !
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