Les objets de 2009 - Le Bixi
Une réussite qui montre l'évolution des mentalités en matière de transport et d'aménagement urbain
Photo : Agence Reuters Christine Muschi
À la fin d’octobre, à un mois du grand remisage d’hiver des 372 stations, les 4100 vélos qui y étaient accrochés avaient été utilisés plus de 900 000 fois par les Montréalais ou les touristes de passage.
Du bateau de Tony Accurso, où le copinage est de mise, à la seringue pointue du vaccin qui immunise, du vélo Bixi jusqu'au nez rouge dans l'espace, sans oublier la cravate des criminels, l'année qui s'achève fut marquée par des objets petits et grands qu'on n'oubliera pas de sitôt. Troisième texte d'une série qui se poursuit demain.
La bécane est entrée dans la culture populaire à la vitesse grand V. Mais pour une courte période de temps: quelques minutes à peine, devant un théâtre de Montréal.
C'était le 20 juillet dernier, en ouverture d'un gala hommage rendu dans le cadre du festival Juste pour rire. Les quatre drôles de la formation Rock et Belles Oreilles (RBO), invités pour l'occasion, ont débarqué là, sous les caméras, chevauchant quatre Bixi, ces vélos à partager qui ont fait leur apparition cette année dans les rues de la métropole. Et, bien sûr, le geste, en plus d'être remarqué, a été fortement souligné.
On comprend: lancé en grande pompe en mai, à grand renfort de publicité — et d'un odieux faux blogue à saveur «grano-alter-mondialiste» vantant les vertus du vélo en ville — le Bixi, premier réseau de vélos en libre-service en Amérique, a fait sensation dès ses premiers tours de roue en zone urbaine. Avec son esthétisme alumineux, ses bornes à géométrie variable et surtout sa multiplication épidémique dans tous les quartiers de la ville. Fait notable: la deuxième phase d'implantation a dû être devancée d'un an, pour répondre à une demande qui s'est manifestée plus vite que prévu.
L'effet Bixi est numériquement mesurable, avec ses 10 500 abonnés à ce service et ses 80 000 usagers occasionnels, qui chaque jour ont effectué de 7000 à 12 000 déplacements quotidiens. À la fin d'octobre, à un mois du grand remisage d'hiver des 372 stations, les 4100 vélos qui y étaient accrochés avaient été utilisés plus de 900 000 fois par les Montréalais ou les touristes de passage. «L'objectif que nous avions était que les Montréalais s'approprient le Bixi, a confié à l'époque, à Radio-Canada.ca, Michel Philibert, porte-parole de la Société de vélo en libre-service, qui gère ce parc de vélos. Je pense qu'on a atteint notre objectif.»
Un vélo, des symboles
Le contraire aurait été étonnant. Bixi, contraction linguistique de «bicyclette» et «taxi» (dont on est le chauffeur), avait une voie cyclable toute tracée à Montréal. Surtout à une époque préoccupée par l'environnement et qui, plus que jamais, aime remettre en question à répétition ses modes de transport, surtout quand ils sont motorisés et polluants.
Ce goût du vert s'exprime fort. Il confirme aussi au passage que le temps où le métro était le grand marqueur de la modernité d'une métropole est bel et bien chose du passé: en ce début de nouveau siècle, le véhicule souterrain sur rail (ou pneumatique) semble avoir été supplanté par... le vélo-partage.
Sous l'admiration générale, l'objet s'est répandu ces dernières années dans plusieurs grandes villes de l'Europe (Paris, Helsinki, Copenhague, Barcelone, Lyon) et vient donner du coup, quand on y succombe, «le sentiment d'appartenance à une vraie métropole», résume le philosophe Christian Nadeau, coauteur, il y a quelques années, de Cul-de-sac, l'impasse de la voiture en milieu urbain (Héliotrope). Et les Montréalais ne veulent pas passer à côté.
La dernière campagne électorale municipale a d'ailleurs permis d'en prendre un peu la mesure. Loin d'être un enjeu, le Bixi a plutôt été un rare point de ralliement pour les trois aspirants au poste de premier magistrat de la ville. L'objet a certes été placé dans le cadre de leurs photos partisanes, mais aussi dans leur programme respectif, avec, en trame de fond, la promesse d'en faire plus, pour le bien de l'environnement. Et pas seulement par simple opportunisme électoral.
«Il ne faut pas tomber dans le scepticisme facile, poursuit M. Nadeau, qui enseigne à l'Université de Montréal. C'est vrai que le Bixi est la preuve de l'engagement vert d'une ville et de ses politiciens. Mais c'est aussi un pas dans la bonne direction, un symbole», qui à terme pourrait bien influencer le débat sur les modes de transport en milieu urbain. Entre autres.
Une mode durable?
Loin du simple phénomène de mode, soutenu par une nuée d'urbains cherchant à affirmer avec ostentation leur «montréalité», un coup de pédale à la fois, le Bixi serait également bien plus qu'un mode de transport facile pour aller du métro Mont-Royal à la Place du Canada en passant par le parc Jeanne-Mance: c'est un objet de conscientisation, croit le philosophe, un appel à l'action en matière de transport en commun, une source d'espoir pour les écologistes qui vient du coup alimenter ou renforcer le consensus social autour de la place que devrait occuper le transport en commun à Montréal.
«Le Bixi a certainement tendance à rendre ce consensus social plus séduisant, dit-il, et du coup il vient favoriser, préparer [l'opinion publique et la société] au passage à des mesures plus restrictives ou incitatives qui, par la suite, pourraient être mise en application pour modifier les comportements» des urbains, envers leurs voitures. En vrac: péages sur les routes et les ponts, réductions des tarifs de transport en commun, des places de stationnement...
La préparation du terrain, pour travaux futurs, semble d'ailleurs bien commencée, comme en témoigne un coup de sonde lancé par Léger Marketing en septembre dernier, pour le compte de TVA. Il était question d'équilibre budgétaire dans les finances de l'État et 60 % des répondants se sont dits favorables à l'introduction de péages sur certaines routes et certains ponts du Québec, une mesure dont Montréal pourrait profiter pour réduire le nombre de voitures sur son territoire au profit du tramway, des autobus-accordéons — dont l'introduction va commencer en 2010 sur deux lignes — des espaces piétonniers et... des Bixi.
Cette année, d'ailleurs, le carré de sable de cet objet de 2009 a été passablement étendu par la Ville de Montréal, qui a fait passer son réseau de pistes cyclables à 552 km, soit 140 km de plus qu'il y a deux ans. Et, sur ces espaces où s'anime quotidiennement l'esprit des deux roues mues à l'huile de genou, le Bixi ne peut d'ailleurs que s'y développer davantage.
C'est mathématique: son départ, même en l'absence d'un moteur à quatre temps, s'est fait, certes, sur les chapeaux de roue, pour l'an 1 de sa mise en mouvement. Mais ce mode de transport n'a, pour le moment, réussi à s'attirer la fidélité que de 10 500 abonnés. Cela représente... 1 % à peine de la population active de la métropole.
La bécane est entrée dans la culture populaire à la vitesse grand V. Mais pour une courte période de temps: quelques minutes à peine, devant un théâtre de Montréal.
C'était le 20 juillet dernier, en ouverture d'un gala hommage rendu dans le cadre du festival Juste pour rire. Les quatre drôles de la formation Rock et Belles Oreilles (RBO), invités pour l'occasion, ont débarqué là, sous les caméras, chevauchant quatre Bixi, ces vélos à partager qui ont fait leur apparition cette année dans les rues de la métropole. Et, bien sûr, le geste, en plus d'être remarqué, a été fortement souligné.
On comprend: lancé en grande pompe en mai, à grand renfort de publicité — et d'un odieux faux blogue à saveur «grano-alter-mondialiste» vantant les vertus du vélo en ville — le Bixi, premier réseau de vélos en libre-service en Amérique, a fait sensation dès ses premiers tours de roue en zone urbaine. Avec son esthétisme alumineux, ses bornes à géométrie variable et surtout sa multiplication épidémique dans tous les quartiers de la ville. Fait notable: la deuxième phase d'implantation a dû être devancée d'un an, pour répondre à une demande qui s'est manifestée plus vite que prévu.
L'effet Bixi est numériquement mesurable, avec ses 10 500 abonnés à ce service et ses 80 000 usagers occasionnels, qui chaque jour ont effectué de 7000 à 12 000 déplacements quotidiens. À la fin d'octobre, à un mois du grand remisage d'hiver des 372 stations, les 4100 vélos qui y étaient accrochés avaient été utilisés plus de 900 000 fois par les Montréalais ou les touristes de passage. «L'objectif que nous avions était que les Montréalais s'approprient le Bixi, a confié à l'époque, à Radio-Canada.ca, Michel Philibert, porte-parole de la Société de vélo en libre-service, qui gère ce parc de vélos. Je pense qu'on a atteint notre objectif.»
Un vélo, des symboles
Le contraire aurait été étonnant. Bixi, contraction linguistique de «bicyclette» et «taxi» (dont on est le chauffeur), avait une voie cyclable toute tracée à Montréal. Surtout à une époque préoccupée par l'environnement et qui, plus que jamais, aime remettre en question à répétition ses modes de transport, surtout quand ils sont motorisés et polluants.
Ce goût du vert s'exprime fort. Il confirme aussi au passage que le temps où le métro était le grand marqueur de la modernité d'une métropole est bel et bien chose du passé: en ce début de nouveau siècle, le véhicule souterrain sur rail (ou pneumatique) semble avoir été supplanté par... le vélo-partage.
Sous l'admiration générale, l'objet s'est répandu ces dernières années dans plusieurs grandes villes de l'Europe (Paris, Helsinki, Copenhague, Barcelone, Lyon) et vient donner du coup, quand on y succombe, «le sentiment d'appartenance à une vraie métropole», résume le philosophe Christian Nadeau, coauteur, il y a quelques années, de Cul-de-sac, l'impasse de la voiture en milieu urbain (Héliotrope). Et les Montréalais ne veulent pas passer à côté.
La dernière campagne électorale municipale a d'ailleurs permis d'en prendre un peu la mesure. Loin d'être un enjeu, le Bixi a plutôt été un rare point de ralliement pour les trois aspirants au poste de premier magistrat de la ville. L'objet a certes été placé dans le cadre de leurs photos partisanes, mais aussi dans leur programme respectif, avec, en trame de fond, la promesse d'en faire plus, pour le bien de l'environnement. Et pas seulement par simple opportunisme électoral.
«Il ne faut pas tomber dans le scepticisme facile, poursuit M. Nadeau, qui enseigne à l'Université de Montréal. C'est vrai que le Bixi est la preuve de l'engagement vert d'une ville et de ses politiciens. Mais c'est aussi un pas dans la bonne direction, un symbole», qui à terme pourrait bien influencer le débat sur les modes de transport en milieu urbain. Entre autres.
Une mode durable?
Loin du simple phénomène de mode, soutenu par une nuée d'urbains cherchant à affirmer avec ostentation leur «montréalité», un coup de pédale à la fois, le Bixi serait également bien plus qu'un mode de transport facile pour aller du métro Mont-Royal à la Place du Canada en passant par le parc Jeanne-Mance: c'est un objet de conscientisation, croit le philosophe, un appel à l'action en matière de transport en commun, une source d'espoir pour les écologistes qui vient du coup alimenter ou renforcer le consensus social autour de la place que devrait occuper le transport en commun à Montréal.
«Le Bixi a certainement tendance à rendre ce consensus social plus séduisant, dit-il, et du coup il vient favoriser, préparer [l'opinion publique et la société] au passage à des mesures plus restrictives ou incitatives qui, par la suite, pourraient être mise en application pour modifier les comportements» des urbains, envers leurs voitures. En vrac: péages sur les routes et les ponts, réductions des tarifs de transport en commun, des places de stationnement...
La préparation du terrain, pour travaux futurs, semble d'ailleurs bien commencée, comme en témoigne un coup de sonde lancé par Léger Marketing en septembre dernier, pour le compte de TVA. Il était question d'équilibre budgétaire dans les finances de l'État et 60 % des répondants se sont dits favorables à l'introduction de péages sur certaines routes et certains ponts du Québec, une mesure dont Montréal pourrait profiter pour réduire le nombre de voitures sur son territoire au profit du tramway, des autobus-accordéons — dont l'introduction va commencer en 2010 sur deux lignes — des espaces piétonniers et... des Bixi.
Cette année, d'ailleurs, le carré de sable de cet objet de 2009 a été passablement étendu par la Ville de Montréal, qui a fait passer son réseau de pistes cyclables à 552 km, soit 140 km de plus qu'il y a deux ans. Et, sur ces espaces où s'anime quotidiennement l'esprit des deux roues mues à l'huile de genou, le Bixi ne peut d'ailleurs que s'y développer davantage.
C'est mathématique: son départ, même en l'absence d'un moteur à quatre temps, s'est fait, certes, sur les chapeaux de roue, pour l'an 1 de sa mise en mouvement. Mais ce mode de transport n'a, pour le moment, réussi à s'attirer la fidélité que de 10 500 abonnés. Cela représente... 1 % à peine de la population active de la métropole.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

