Lettres - La langue de chez nous
Lundi 21 décembre 2009. Je marche dans une rue de mon quartier. Un homme m'interpelle de l'autre côté de la rue. Je m'approche. Il me demande en anglais où est la rue Bloomfield. Je lui dis: «Parlez-vous français?» Il répond oui et me pose sa question en français. Je lui indique le chemin. J'ajoute ensuite: «Puis-je vous demander pourquoi vous vous êtes adressé à moi en anglais d'abord?» Il paraît un peu surpris par ma question et me répond, toujours très poliment: «Mais, Outremont, c'est anglais!» Je lui réponds à mon tour: «Mais on est au Québec et au Québec on parle français.»
Son attitude et son ton changent brutalement. Il m'apostrophe en vociférant: «Oh! You are one of those. Fuck you.» Et il s'éloigne en continuant de crier des propos du même ordre.
Me voilà devenu aux yeux de cet «allophone», non seulement un étranger dans mon quartier, dans mon propre pays, mais un étranger méprisé ouvertement, même haï parce que j'ai simplement osé dire que ma langue est la langue du Québec.
Ai-je vu là la face cachée, privée, brutale de ce que l'hypocrisie sociale habituelle nous cache la plupart du temps? Peut-être que cette face nous ne la voyons que rarement parce que nous nous présentons comme nous méprisant nous-mêmes en acceptant de passer à l'anglais d'emblée. Le mépris de soi ne pourra jamais susciter le respect.
*****
Maurice Leduc - Outremont
Son attitude et son ton changent brutalement. Il m'apostrophe en vociférant: «Oh! You are one of those. Fuck you.» Et il s'éloigne en continuant de crier des propos du même ordre.
Me voilà devenu aux yeux de cet «allophone», non seulement un étranger dans mon quartier, dans mon propre pays, mais un étranger méprisé ouvertement, même haï parce que j'ai simplement osé dire que ma langue est la langue du Québec.
Ai-je vu là la face cachée, privée, brutale de ce que l'hypocrisie sociale habituelle nous cache la plupart du temps? Peut-être que cette face nous ne la voyons que rarement parce que nous nous présentons comme nous méprisant nous-mêmes en acceptant de passer à l'anglais d'emblée. Le mépris de soi ne pourra jamais susciter le respect.
*****
Maurice Leduc - Outremont
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

