Lettres - Rester coi?
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt dans la page Idées du Devoir du 10 décembre, l'opinion d'un collectif de juristes sur la liberté d'expression au pays. L'exemple donné, soit celle de Barrick Gold Corporation contre les éditions Écosociété, est connu, et le résultat de la poursuite risque de faire beaucoup de bruit.
Mais il existe des cas plus obscurs, inconnus du grand public, qui pour être moins éclatants, sont aussi dommageables pour la liberté d'expression. Que l'on me permette de raconter brièvement ma petite histoire.
Agronome retraité depuis presque 10 ans du ministère de l'Agriculture et membre honoraire de l'Ordre des agronomes, j'ai fait l'erreur de faire paraître dans un hebdomadaire rural une libre opinion de 300 mots concernant certaines pratiques en agriculture biologique. Mon propos n'était ni raciste, ni sexiste, ni haineux, mais critique. En cette ère de règne de la religion environnementale, critiquer l'agriculture biologique préconisée par certains de ses confrères est un blasphème, punissable par le syndic. Je me suis donc retrouvé devant le comité de discipline de mon ordre professionnel, et sans avocat que je n'avais pas les moyens de me payer, j'ai été déculotté proprement et condamné à 1000 $ de frais et à une réprimande, même si j'avais invoqué devant mes juges la célèbre phrase de Voltaire concernant la liberté d'expression.
Et ce n'est pas tout. Le syndic, mécontent de cette sentence «insignifiante», fit appel devant le tribunal des professions pour châtier davantage l'auteur de ce texte inconvenant. Cette poursuite-bâillon me donna la frousse, et la lâcheté aidant, comme Galilée autrefois, je fis mon mea-culpa et j'ai plié devant plus fort que moi.
Il y a des centaines de libres opinions de libres citoyens qui paraissent tous les jours dans les journaux dans le monde. Y en a-t-il une seule qui ait été sanctionnée par une autorité quelconque? Peut-être en Iran? Et au moins une au Québec!
Depuis ce temps, comme le chat échaudé, je me tiens coi et silencieux, ou presque. Mais je n'en pense pas moins!
*****
Bernard Chartier, agronome retraité - Saint-Henri-de-Lévis, le 10 décembre 2009
Mais il existe des cas plus obscurs, inconnus du grand public, qui pour être moins éclatants, sont aussi dommageables pour la liberté d'expression. Que l'on me permette de raconter brièvement ma petite histoire.
Agronome retraité depuis presque 10 ans du ministère de l'Agriculture et membre honoraire de l'Ordre des agronomes, j'ai fait l'erreur de faire paraître dans un hebdomadaire rural une libre opinion de 300 mots concernant certaines pratiques en agriculture biologique. Mon propos n'était ni raciste, ni sexiste, ni haineux, mais critique. En cette ère de règne de la religion environnementale, critiquer l'agriculture biologique préconisée par certains de ses confrères est un blasphème, punissable par le syndic. Je me suis donc retrouvé devant le comité de discipline de mon ordre professionnel, et sans avocat que je n'avais pas les moyens de me payer, j'ai été déculotté proprement et condamné à 1000 $ de frais et à une réprimande, même si j'avais invoqué devant mes juges la célèbre phrase de Voltaire concernant la liberté d'expression.
Et ce n'est pas tout. Le syndic, mécontent de cette sentence «insignifiante», fit appel devant le tribunal des professions pour châtier davantage l'auteur de ce texte inconvenant. Cette poursuite-bâillon me donna la frousse, et la lâcheté aidant, comme Galilée autrefois, je fis mon mea-culpa et j'ai plié devant plus fort que moi.
Il y a des centaines de libres opinions de libres citoyens qui paraissent tous les jours dans les journaux dans le monde. Y en a-t-il une seule qui ait été sanctionnée par une autorité quelconque? Peut-être en Iran? Et au moins une au Québec!
Depuis ce temps, comme le chat échaudé, je me tiens coi et silencieux, ou presque. Mais je n'en pense pas moins!
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Bernard Chartier, agronome retraité - Saint-Henri-de-Lévis, le 10 décembre 2009
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