Lettres - Élégie
Au milieu de l'horreur de la tragédie de l'École polytechnique, il y a vingt ans, le souvenir demeure d'un moment de grâce. D'ailleurs, les moments de grâce ne sont-ils pas souvent enfants de l'horreur?
C'était dans le grand hall de l'Université de Montréal. Des milliers de personnes défilaient afin de rendre hommage aux quatorze jeunes femmes qui, par une journée de grand froid, ont été fauchées par les balles d'un misogyne. Puis, au milieu de ce cercle de la douleur, une étudiante de l'École de musique, une violoncelliste, se mit, de sa propre initiative, à jouer l'Élégie de Fauré. À la fois déchirante et dépouillée, cette musique s'éleva comme une sorte d'encens sonore au milieu du silence.
Si elle eut pour effet d'ajouter à la pénible émotion que ressentait le Québec tout entier, cette sobre lamentation apporta aussi à ce dernier une sorte de paradoxale consolation. Car, par son sens de l'indicible et par l'audace du geste isolé qui sait aller à l'essentiel, ce moment de grâce donna une forme au désarroi et au sentiment d'impuissance de ces innombrables inconnus réduits à étouffer leurs pleurs ou à déposer une fleur à l'entrée de l'École polytechnique.
Par la simple force de son élévation spirituelle, l'Élégie centralisait, pour un moment, tous les sentiments contradictoires qui, ne sachant où aller se canaliser, avaient jusqu'alors décuplé la confusion et la douleur.
Que soit remerciée cette musicienne anonyme et inspirée.
*****
Lise Noël - Montréal, le 8 décembre 2009
C'était dans le grand hall de l'Université de Montréal. Des milliers de personnes défilaient afin de rendre hommage aux quatorze jeunes femmes qui, par une journée de grand froid, ont été fauchées par les balles d'un misogyne. Puis, au milieu de ce cercle de la douleur, une étudiante de l'École de musique, une violoncelliste, se mit, de sa propre initiative, à jouer l'Élégie de Fauré. À la fois déchirante et dépouillée, cette musique s'éleva comme une sorte d'encens sonore au milieu du silence.
Si elle eut pour effet d'ajouter à la pénible émotion que ressentait le Québec tout entier, cette sobre lamentation apporta aussi à ce dernier une sorte de paradoxale consolation. Car, par son sens de l'indicible et par l'audace du geste isolé qui sait aller à l'essentiel, ce moment de grâce donna une forme au désarroi et au sentiment d'impuissance de ces innombrables inconnus réduits à étouffer leurs pleurs ou à déposer une fleur à l'entrée de l'École polytechnique.
Par la simple force de son élévation spirituelle, l'Élégie centralisait, pour un moment, tous les sentiments contradictoires qui, ne sachant où aller se canaliser, avaient jusqu'alors décuplé la confusion et la douleur.
Que soit remerciée cette musicienne anonyme et inspirée.
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Lise Noël - Montréal, le 8 décembre 2009
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