Polytechnique - 20 ans après le drame, mesurer le chemin parcouru
Montréal se souvient de la tuerie du 6 décembre 1989
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Des centaines de personnes ont formé hier une chaîne humaine au parc Émilie-Gamelin pour marquer leur solidarité envers toutes les femmes victimes de violence, vingt ans jour pour jour après la tuerie de l’École polytechnique.
Vingt ans après la fusillade à l'École polytechnique, les proches des 14 victimes et tous ceux qui ont vécu de près cet événement tragique ont souligné hier le triste anniversaire. Un rassemblement au parc Émilie-Gamelin et une cérémonie commémorative à la basilique Notre-Dame ont permis de prendre la mesure du chemin parcouru au cours des deux dernières décennies, mais le problème lié à la violence faite aux femmes demeure entier.
Des centaines de personnes se sont réunies hier après-midi à la basilique Notre-Dame où, il y a vingt ans, avaient été célébrées les funérailles des victimes de Marc Lépine. Les témoignages ont rappelé la douleur vive ressentie par les proches des victimes, les membres du personnel de Polytechnique et les étudiants et étudiantes le 6 décembre 1989 et dans les jours qui ont suivi.
Mais ils ont aussi traité de l'espoir qui a fini par émerger du drame. Donald Turcotte a évoqué le souvenir de sa soeur Annie et du bonheur d'être maintenant le père de trois filles. «La vie m'en avait enlevé une, mais elle m'en a redonné trois», a-t-il dit. Lui-même ingénieur, il a souligné l'apport des femmes dans ce domaine encore dominé par les hommes. «Il y a plus de rigueur et plus de sourires. [...] Votre simple présence nous rend meilleurs», a-t-il ajouté.
Conjoint de Maryse Laganière, qui, au moment du drame travaillait au service des finances de Polytechnique et dont la vie a été fauchée par Marc Lépine, Jean-François Larivée s'est interrogé sur les progrès enregistrés et les batailles menées à la suite de la tuerie. «Je me demande si Maryse serait contente de ce que nous avons accompli. Je pense en particulier au registre des armes à feu pour lequel il faut encore se battre aujourd'hui pour qu'il continue d'exister, a-t-il rappelé. Le remettre aujourd'hui en cause, alors qu'il a grandement contribué à réduire les blessures et les décès par balle au Canada, me semble tellement illogique. Même si je sais que l'humain n'est pas un être logique, je peux au moins espérer qu'un jour, il sera un être raisonnable.»
Le 6 décembre 1989, Géraldine Cosset avait cinq ans et fréquentait la maternelle. Maintenant étudiante à la maîtrise en génie minéral à l'École polytechnique, elle a rendu hommage à celles qui l'ont précédée dans cette institution. «Aujourd'hui, la présence des femmes en génie est considérée comme naturelle. Si elles sont encore en minorité dans les salles de cours, leur place est bien acquise, et on ne remet plus en doute leur aptitude et leur capacité à étudier et à exceller en ingénierie, a-t-elle relaté. Les événements de 1989 ont réveillé les mentalités et ont facilité le parcours des femmes en génie.»
L'École polytechnique a profité de cette cérémonie souvenir pour remettre un doctorat honoris causa à Lili-Anna Peresa, diplômée de 1987, dont le parcours professionnel a bifurqué après les événements tragiques de 1989. Travaillant pour Bell, Mme Peresa avait alors décidé de s'engager à fond dans des projets humanitaires qui l'ont menée au Malawi, en Croatie, au Burkina Faso et en Bosnie-Herzégovine. Après avoir dirigé Unicef Québec, elle est aujourd'hui directrice générale de la Fondation One Drop.
À l'heure actuelle, le nombre de femmes inscrites en génie à Polytechnique stagne et elles représentent 20 % des effectifs étudiants.
Femmes et féminisme
Plus tôt dans la journée, des centaines de personnes ont formé une chaîne humaine au parc Émilie-Gamelin dans un mouvement de solidarité envers toutes les femmes victimes de violence. Pour Alexa Conradi, présidente de la Fédération des femmes du Québec, la folie meurtrière de Marc Lépine constitue un acte d'agression, non seulement à l'égard des femmes, mais également envers le mouvement féministe. «Il a semé la terreur dans la vie des femmes, ouvrant une plaie chez toutes celles qui, un jour ou l'autre, ont senti que Marc Lépine n'était pas le seul à être en colère contre les femmes. D'autres se sont mis à manifester leur haine aux féministes et à notre endroit, a-t-elle expliqué. Aujourd'hui, après vingt ans, nous voulons simplement que la société passe à l'action en reconnaissant avec nous que les attitudes antiféministes doivent cesser et que le discours affirmant que l'égalité est atteinte n'a pas sa place.»
Ellen Gabriel, présidente de Femmes autochtones du Québec, a également pris la parole pour dénoncer ce qu'elle qualifie d'indifférence des autorités gouvernementales à l'égard des problèmes de violence dans les communautés autochtones. «Pendant que des organisations comme Amnistie Internationale et les Femmes autochtones continuent de mettre de la pression sur le gouvernement canadien, nos recommandations, de même que le rapport de la Commission royale d'enquête sur le peuple autochtone, continuent d'être mises au rancart dans l'espoir que le problème disparaisse de lui-même», a-t-elle déploré.
Présent à ce rassemblement, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a dénoncé l'intention du gouvernement de Stephen Harper d'apporter des modifications substantielles au registre des armes à feu. «Les conservateurs forment un gouvernement dangereux. Ce sont des gens bornés. Sarah Palin passerait pour une intellectuelle de haut calibre comparée à plusieurs d'entre eux. Mais ce qui est décevant, c'est de voir des libéraux et des néodémocrates appuyer les conservateurs», a-t-il dit. Par voie de communiqué, le premier ministre Harper a d'ailleurs qualifié le drame de Polytechnique d'«un des pires actes de violence dirigée contre les femmes dans l'histoire de ce pays» sans toutefois évoquer l'avenir du registre des armes à feu.
Des centaines de rubans blancs ont été par la suite suspendus à des cordes à linge installées autour du parc Émilie-Gamelin, dont 14 portaient les noms des victimes de Marc Lépine.
Des centaines de personnes se sont réunies hier après-midi à la basilique Notre-Dame où, il y a vingt ans, avaient été célébrées les funérailles des victimes de Marc Lépine. Les témoignages ont rappelé la douleur vive ressentie par les proches des victimes, les membres du personnel de Polytechnique et les étudiants et étudiantes le 6 décembre 1989 et dans les jours qui ont suivi.
Mais ils ont aussi traité de l'espoir qui a fini par émerger du drame. Donald Turcotte a évoqué le souvenir de sa soeur Annie et du bonheur d'être maintenant le père de trois filles. «La vie m'en avait enlevé une, mais elle m'en a redonné trois», a-t-il dit. Lui-même ingénieur, il a souligné l'apport des femmes dans ce domaine encore dominé par les hommes. «Il y a plus de rigueur et plus de sourires. [...] Votre simple présence nous rend meilleurs», a-t-il ajouté.
Conjoint de Maryse Laganière, qui, au moment du drame travaillait au service des finances de Polytechnique et dont la vie a été fauchée par Marc Lépine, Jean-François Larivée s'est interrogé sur les progrès enregistrés et les batailles menées à la suite de la tuerie. «Je me demande si Maryse serait contente de ce que nous avons accompli. Je pense en particulier au registre des armes à feu pour lequel il faut encore se battre aujourd'hui pour qu'il continue d'exister, a-t-il rappelé. Le remettre aujourd'hui en cause, alors qu'il a grandement contribué à réduire les blessures et les décès par balle au Canada, me semble tellement illogique. Même si je sais que l'humain n'est pas un être logique, je peux au moins espérer qu'un jour, il sera un être raisonnable.»
Le 6 décembre 1989, Géraldine Cosset avait cinq ans et fréquentait la maternelle. Maintenant étudiante à la maîtrise en génie minéral à l'École polytechnique, elle a rendu hommage à celles qui l'ont précédée dans cette institution. «Aujourd'hui, la présence des femmes en génie est considérée comme naturelle. Si elles sont encore en minorité dans les salles de cours, leur place est bien acquise, et on ne remet plus en doute leur aptitude et leur capacité à étudier et à exceller en ingénierie, a-t-elle relaté. Les événements de 1989 ont réveillé les mentalités et ont facilité le parcours des femmes en génie.»
L'École polytechnique a profité de cette cérémonie souvenir pour remettre un doctorat honoris causa à Lili-Anna Peresa, diplômée de 1987, dont le parcours professionnel a bifurqué après les événements tragiques de 1989. Travaillant pour Bell, Mme Peresa avait alors décidé de s'engager à fond dans des projets humanitaires qui l'ont menée au Malawi, en Croatie, au Burkina Faso et en Bosnie-Herzégovine. Après avoir dirigé Unicef Québec, elle est aujourd'hui directrice générale de la Fondation One Drop.
À l'heure actuelle, le nombre de femmes inscrites en génie à Polytechnique stagne et elles représentent 20 % des effectifs étudiants.
Femmes et féminisme
Plus tôt dans la journée, des centaines de personnes ont formé une chaîne humaine au parc Émilie-Gamelin dans un mouvement de solidarité envers toutes les femmes victimes de violence. Pour Alexa Conradi, présidente de la Fédération des femmes du Québec, la folie meurtrière de Marc Lépine constitue un acte d'agression, non seulement à l'égard des femmes, mais également envers le mouvement féministe. «Il a semé la terreur dans la vie des femmes, ouvrant une plaie chez toutes celles qui, un jour ou l'autre, ont senti que Marc Lépine n'était pas le seul à être en colère contre les femmes. D'autres se sont mis à manifester leur haine aux féministes et à notre endroit, a-t-elle expliqué. Aujourd'hui, après vingt ans, nous voulons simplement que la société passe à l'action en reconnaissant avec nous que les attitudes antiféministes doivent cesser et que le discours affirmant que l'égalité est atteinte n'a pas sa place.»
Ellen Gabriel, présidente de Femmes autochtones du Québec, a également pris la parole pour dénoncer ce qu'elle qualifie d'indifférence des autorités gouvernementales à l'égard des problèmes de violence dans les communautés autochtones. «Pendant que des organisations comme Amnistie Internationale et les Femmes autochtones continuent de mettre de la pression sur le gouvernement canadien, nos recommandations, de même que le rapport de la Commission royale d'enquête sur le peuple autochtone, continuent d'être mises au rancart dans l'espoir que le problème disparaisse de lui-même», a-t-elle déploré.
Présent à ce rassemblement, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a dénoncé l'intention du gouvernement de Stephen Harper d'apporter des modifications substantielles au registre des armes à feu. «Les conservateurs forment un gouvernement dangereux. Ce sont des gens bornés. Sarah Palin passerait pour une intellectuelle de haut calibre comparée à plusieurs d'entre eux. Mais ce qui est décevant, c'est de voir des libéraux et des néodémocrates appuyer les conservateurs», a-t-il dit. Par voie de communiqué, le premier ministre Harper a d'ailleurs qualifié le drame de Polytechnique d'«un des pires actes de violence dirigée contre les femmes dans l'histoire de ce pays» sans toutefois évoquer l'avenir du registre des armes à feu.
Des centaines de rubans blancs ont été par la suite suspendus à des cordes à linge installées autour du parc Émilie-Gamelin, dont 14 portaient les noms des victimes de Marc Lépine.
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