vendredi 30 juillet 2010 Dernière mise à jour 00h49


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Polytechnique, 20 ans après - Cibla des femmes, toucha des hommes?

Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Les féministes en ont fait un porte-étendard, les masculinistes, un catalyseur. Vingt ans plus tard, les discours enfiévrés d'hier semblent s'effacer au profit d'une lecture qui, sans nier le caractère misogyne de cet acte barbare, laisse place à une mémoire apaisée. Maturité sociale ou détournement de sens?

Nous sommes le 6 décembre 1989. Une femme berce sa fille, Marie-Lise, née deux jours plus tôt. Elle rêve pour son enfant d'un avenir sans nuages. Médecin, avocate, p.d.g., rien n'est exclu en cette fin de millénaire. Et puis crac, quelqu'un ouvre le téléviseur. À l'écran, des cris, du sang, des larmes. Quatorze étudiantes de l'École polytechnique de Montréal ont été assassinées ce soir-là par un homme aveuglé par sa fureur contre les «féministes», qui «ont ruiné [sa] vie».

Deux décennies plus tard, voilà que c'est au tour de Marie-Lise de fréquenter l'université. Du drame de Polytechnique, l'étudiante en économie à McGill n'a bien sûr gardé aucun souvenir, sinon ceux qu'elle partage avec sa mère. Elle n'a pas non plus été témoin de l'âpre bataille qu'ont livrée les féministes pour que cet acte dirigé tout entier contre des femmes soit reçu comme un geste misogyne et non pas seulement comme le délire d'un fou furieux à l'esprit dérangé.

«Au premier anniversaire de la tuerie, il était assez courant d'observer des discours qui accusaient en bloc les féministes d'avoir récupéré le drame ou même d'être à l'origine du désarroi des hommes», rappelle la doctorante en sociologie Mélissa Blais. Dans «J'haïs les féministes!», la chercheuse à l'Institut de recherches et d'études féministes à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) raconte l'évolution de la mémoire collective de la tuerie dans un Québec écartelé entre différents discours, «dont la plupart s'inscrivent dans une logique d'opposition féminine, qu'elle soit directe ou non».

Pourtant, si le drame de Polytechnique est si particulier, c'est justement à cause de son caractère misogyne affirmé, croit le sociologue Jacques Beauchemin. «Dans les tueries de masse, nous sommes généralement face à une folie meurtrière qui, à la limite, est imparable, mais qui n'a pas beaucoup d'objets. On cherche à assouvir sa haine du monde dans un endroit où on va pouvoir tuer un grand nombre de personnes, une école, un centre commercial.»

L'objet de cette colère reste néanmoins flou. Pas à Polytechnique, où le tireur avait «un objet, un vrai», explique M. Beauchemin. «Il s'agissait de tuer des femmes. Et c'est ça, le caractère particulier de cette tuerie folle. C'était une folie orientée. On peut bien dire que c'était une démence, mais il faut aussi admettre que c'était une démence orientée contre les femmes.»

Pour le sociologue, il était donc tout à fait normal de poser la question de la violence des hommes contre les femmes au lendemain de la tuerie, «d'autant que Polytechnique était un symbole fort de l'univers masculin». Vingt ans plus tard toutefois, il remarque que ce discours a passablement évolué pour faire place à de nouveaux termes autrement «plus riches». Une transformation qui trouve peut-être son incarnation la plus aboutie dans le film Polytechnique, de Denis Villeneuve.

Une cause commune

Le film présente la tragédie comme un accident social, explique M. Beauchemin. «On nous montre le déchaînement d'une violence folle, imparable et tragique, qui s'est abattue sur des personnes, au premier chef sur les victimes elles-mêmes, soit les quatorze femmes qui ont été tuées, mais aussi sur leur entourage, sur les hommes et les femmes qui ont assisté à la scène, qui ont même été blessés parfois, et qui ont, pour certains, mal vécu le fait d'avoir été confrontés à une telle violence.»

Une lecture qu'a longtemps attendue l'ingénieure Josée Martin, blessée au bras pendant la fusillade. «Nous étions neuf dans cette classe [...] Six d'entre nous sont mortes.» Dans une entrevue accordée récemment au magazine Poly, cette dernière déplorait que les médias rappellent toujours les 14 victimes de la tuerie en oubliant au passage de souligner «les blessés physiques et psychologiques», qu'ils soient «hommes ou femmes».

Sur la pellicule, son voeu semble avoir été entendu. On y voit un tueur qui cible clairement des femmes, mais qui atteint aussi des hommes. La caméra suit en effet étroitement le destin de deux étudiants, une femme et un homme, Valérie et Jean-François. Ce choix vient renforcer le sentiment d'une souffrance partagée. D'autant que c'est lui qui craque et met fin à ses jours tandis qu'elle fait preuve de résilience et se reconstruit. «Ce faisant, le film suggère que les impacts de l'attentat ont été plus grands chez Jean-François que chez Valérie», croit Mélissa Blais.

Pour la féministe, cette nouvelle lecture porte l'empreinte indélébile du masculinisme. «Il y a là une référence directe à l'homme en crise, cet homme dont les comportements font écho aux discours masculinistes sur les difficultés des garçons à l'école et leur incapacité à verbaliser leurs émotions.» Sans oublier l'absence du père de Jean-François, qui rappelle lourdement la thèse «du père manquant, fils manqué», selon elle.

Or cette lecture, qu'elle qualifie de «consensuelle», nivelle et édulcore le caractère éminemment politique de la tuerie, dénonce Mme Blais. Ce qui a pour effet de mettre au pas un féminisme dit plus radical «par le biais d'une représentation négociée qui nie les inégalités entre les hommes et les femmes», précise la chercheuse, qui craint que cette proposition ne devienne la norme et évacue toutes les autres.

Jacques Beauchemin croit au contraire que cette relecture était ce qui pouvait arriver de mieux aux Québécois. «Nous sommes ici en face d'un problème de société qui est profond, auquel on doit s'attaquer, non pas dans la perspective des méchants hommes contre les femmes victimes — bien que cette dimension ne soit pas absente — mais dans une perspective beaucoup plus large, qui appelle notre engagement à tous.»

À son sens, il est beaucoup plus intéressant de dire que c'est un problème qui nous concerne tous, y compris les femmes qui ne sont pas des victimes et les hommes qui ne sont pas violents. «Autrefois, on disait qu'il fallait que les hommes violents se voient agir, qu'ils fassent une thérapie. Mais ce film et la conjoncture nous invitent à beaucoup plus en faisant du combat contre les inégalités hommes femmes, qui sont toujours grandes, une cause commune.»

Cette reformulation n'aurait pas été possible il y a encore cinq ans, croit le sociologue. Le temps aura permis que certains consensus s'imposent au fur et à mesure qu'une certaine maturité sociale a commencé à émerger. «Je pense qu'on est rendus là, explique M. Beauchemin. À mon avis, Polytechnique traduit l'avancement de notre réflexion collective sur la question de la violence faite aux femmes, un problème qui nous appartient désormais à tous.»











CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Georges Allaire
    Inscrit
    samedi 5 décembre 2009 01h43
    « Je me souviens »
    Le lendemain de la tuerie, un quotidien de Québec rapportait de dialogue. L'assassin dit aux filles: "Vous êtes des féministes." À quoi une fille s'objecta: "Nous ne sommes pas des féministes.."
    Nous savons la suite: Il tua les filles et les féministes les ravirent.

  • John Dickinson
    Inscrit
    samedi 5 décembre 2009 05h51
    Les HOMMES ne sont pas les victimes
    Ayant vécu de près ce drame (j'étais dans mon bureau à quelques centaines de mètres) et l'ayant rappelé à tous mes étudiants le 6 décembre de chaque année je suis sidéré qu'on puisse essayer de dépeindre les hommes en victimes. Chaque année, je pleure ces 14 femmes victimes de la misogynie. Les hommes, certes, ont pu souffrir psychologiquement - comme moi - mais pas dans leur chaire comme les véritables victimes. Je n'ai pas vu le film (et je risque de ne pas le voir puisque les films québécois sont mal distribués dans la province française) mais je suis inquiet du message qui semble animé votre article. Un homme était coupable de violence ciblée contre les femmes et il était le produit d'une culture qui niait aux femmes le droit d'exister en égales et des hommes qui se taisaient devant cette discrimination. Cette culture existe toujours, quoiqu'on dise. J'en ai été témoin à l'Universié de Montréal. Les victimes - j'ose dire les martyres - ont droit à tout notre respect car elles ont étaient tuées par un macho qui refusait de respecter les femmes comme faisant partie de l'humanité à par entière.

  • Gisèle Côté
    Abonnée
    samedi 5 décembre 2009 06h26
    Pourquoi masquer une partie de la réalité?
    Tous ces commentaires sur la lutte entre féministes et masculinistes du Québec sont faussés et injustes.

    Pourquoi ignorer, avec persistance, le fait que ce "Marc Lépine" portait aussi un autre nom car, bien qu'"absent", son père était algérien.

    Ce révisionnisme propage-t-il une fausse culpabilité masochiste au lieu d'expliquer honnêtement tous les aspects de la vérité?

  • jacques noel
    Inscrit
    samedi 5 décembre 2009 08h49
    Le féminisme aveugle
    Autant on a mis en exergue la dimension sexiste du crime, autant on a caché l'orgine arabe du tueur. Ca en dit très long sur la puissance du lobby féministe de l'époque. Et la faiblesse du lobby nationaliste.

    Il aura fallu l'attaque d'une journaliste chinoise du Globe and Mail, qui a rappelé que les trois tueries de Montréal avaient été causées par des hommes traumatisés, selon elle, par la Loi 101, pour que les nationalistes réagissent enfin!

    Lorsqu'on voit le lobby féministe aujourd'hui défendre le port du voile, on se dit que Dieu et Allah merci, le ridicule ne tue pas...

  • Olivier Amiot
    Inscrit
    samedi 5 décembre 2009 10h31
    À Jacques noel
    Bonjoour M. Noel,

    Voilà, vous écrivez un texte sur poly et inévitablement vous parlez d'immigration. Vus êtes tellement obséder par l'immigration qu'il facile de vous accuser de racisme. Alors voilà. je vous traite de racisme

  • Guillaume
    Abonné
    samedi 5 décembre 2009 11h20
    L'origine du père de Lépine... rien à voir
    Dans cet ère post-11 septembre, le simple fait d'avoir des origines provent du Moyen Orient ou du Maghreb est rendu une justification pour caractériser les individus de barbares, violents, terroristes, etc. Lépine n'a jamais revendiqué quoi que ce soit au nom de son origine, absente faut-il le rappeler puisqu'il n'a pratiquement rien partagé avec son père. Ses revendications qui l'on mené à sa folie meurtrière étaient dirigées dans un discours misogyne. Ainsi, pourquoi en parler, si ce n'est que pour essayer de se rassurer que le monstre qu'est Lépine ne sommeil pas quelque part en chacun de nous. En le déshumanisant, en le rendant toujours plus différent de nous, nous tentons de nous faire croire que cela ne pourrait jamais arrivé entre nous et ceux que nous considérons nos semblables. Ce genre de pensée ne peut que mener à une désillusion, car la vérité c'est qu'il y en a un monstre qui sommeil en chacun de nous.

  • Mireille
    Inscrit
    samedi 5 décembre 2009 12h03
    Les allemands blonds victimes de l'holocauste!
    Les gens libres des sociétés esclavagistes sont tout autant victimes que les esclaves puisqu'elles ont pu se sentir coupables de vivre dans une telle société. Quel drame! Cessons donc de lutter contre l"esclavage en Afrique puisque toute leur société vit cela difficilement. Pauvre maitre!!!

    Si une femme rentre dans une classe et n'abat que les hommes? Si un gars rentre dans une classe et n'Abat que les noirs ou arabe? Ce ne sont que des personnes dérangées et les survivants sont des victimes. Le racisme, le sexisme tueur et l'homophobie (pendaison), n'existe pas. C'est juste des tueurs déséquilibrés qui ont eu des peines d"amour ou des mauvaises mères envahissantes. Tout le monde sait ca. (lol)

  • Jerome Letnu
    Inscrit
    samedi 5 décembre 2009 12h22
    Une certaine catégorie de féministes, l'arbre et la forêt.
    Étant "né à Montréal d'une famille normale", je n'ai jamais baigné dans un environement violent.

    Je suis conscient que la violence existe hors de mon coccon, et évidement favorable à ce qu'elle soit combatue. Toutefois, je n'ai pas une tendance naturelle à me sentir proche de ceux qui, dans leur militantisme, me classent comme un danger potentiel simplement parce que j'appartient à une classe particulière. C'est pourquoi m'emmerdent souverainement une certaine catégorie de féministes, de paranos qui voient des germes d'antisémitisme partout, ou d'autres paranos qui voient des germes de racisme partout.

    Il y a effectivement encore de la violence, de l'antisémitisme et du racisme, mais à force d'en voir partout et de tirer dans tous les sens, certains militans nuisent à leur cause. Toutefois, pendant que ceux-ci déchirent leur chemise sur la place publique, le grand patronat se réjouit, puisque cela détourne l'attention d'enjeux politiques majeurs.

    Ci-dessus, Olivier Amiot fustige Jacques Noel, et avoue lui-même le raccourci intellectuel par lequel il le traite de raciste parce que ces interventions portent souvent sur l'immigration. Voilà pourtant un sujet qui devrait interpeller les féministe autrement plus que le sub-conscient du québecois face à la violence faite au femmes.

    Hier soir, TV5 diffusait un reportage sur le sort des chinoises de milieu rural, et du côté de la CBC, un reportage montrait de riches entrepreneurs chinois se prennant une citoyennenté canadienne à titre d'immigrant investisseur, pour pouvoir venir au Canada quand ça va péter en Chine, au grand désespoir du ministre fédéral de l'immigration qui déclarait que le Canada n'était pas un hôtel.

    On avait une belle illustration des conséquence prévisibles de nos choix politiques: on met à pied les travailleurs d'ici pour enrichir, grasse à notre consommation, une classe d'entrepreneur étranger. Quand leur modèle d'exploitation arrivera à terme, ces entrepreneurs viendront ici grossir la classe sociale située juste au dessus de celle qui les aura enrichi, et on aura droit à des programmes sociaux dictés par l'intérêt d'élites économiques égoistes, comme ceux qui font en sorte qu'en chine rurale, après un enfant, les autres n'ont pas droit à l'éducation ni aux soins de santé.

    Ces conséquences potentielles, qui pourraient ramener tout le monde (et non pas seulement les femmes) un siècle en arrière, devraient inquiéter autrement plus les féministes que de savoir si le film suggère que «... les impacts de l'attentat ont été plus grands chez Jean-François que chez Valérie».

    Pendant qu'on perdra nos acquis sociaux, une certaine classe de féministes, celle qui voit l'arbre plutôt que la forêt et qui est la plus présentente médiatiquement, se battra pour que dans la chute des classes moyennes vers l'abime, les femmes chutent à la même vitesse que le hommes.

  • Gordon Sawyer
    Inscrit
    samedi 5 décembre 2009 14h19
    Polytechnique : une tuerie masculine bien de son temps
    POLYTECHNIQUE : UNE TUERIE MASCULINE BIEN DE SON TEMPS

    Au risque de surprendre un nombre important de Québécois 20 ans après l’une des pires tragédies de notre histoire, je me permets de souligner que nous faisons fausse route en identifiant à peine 2 éléments, la misogynie et l’absence de contrôle des armes à feu, de manière à trouver des réponses à l’horreur de Polytechnique. En effet, seule une analyse minutieuse de cette tuerie, reprise dans un contexte de signification sociologique - à l'échelle occidentale - et dénuée de préjugés et d'idées reçues permettra, un jour, de faire la lumière complète sur cette abomination. Ainsi, il est plus que temps de cesser de percevoir cet événement à titre de drame d'ordre national quasi exclusif au Québec, même s’il n’impliqua que des victimes de sexe féminin ; cela, alors que le geste de Marc Lépine relève dans les faits d'un comportement psychotique observé à plusieurs reprises en Occident et ce, depuis plus de 45 ans; nous n'y avons donc pas échappé, tout comme nombre de pays occidentaux tels les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, la Belgique, la Finlande, le Danemark, l'Australie et le Japon ; par ailleurs, et contrairement à une croyance répandue, l'établissement scolaire n'a jamais été le seul et unique lieu public ciblé par le mâle occidental aux prises avec cette forme de rage meurtrière dont l'origine demeure inexpliquée à ce jour: l'institution politique, le centre d'achats, l'église, le restaurant, le milieu de travail, le quartier achalandé et plus récemment - comble de l'horreur - la garderie ont également fait l'objet d'attaques similaires à celle de Polytechnique ; aussi, il a été établi qu'un nombre important des forcenés en cause, à l’image de Lépine et peu importe leur origine respective, furent aux prises avec un puissant désarroi des semaines, des mois et même des années (dans certains cas) avant la commission de l'acte, alors que plusieurs d'entre eux avaient même été suivis par des spécialistes en santé mentale.

    Ce qui revient à dire que mettre le geste de Lépine essentiellement sur le compte de la haine des femmes et de la facilité à se procurer une arme à feu demeure par trop simpliste; il nous appartient - collectivement – de trouver le chaînon manquant, la véritable racine du mal à l'origine de la folie meurtrière masculine à répétition qui déferle depuis maintenant beaucoup trop longtemps sur le monde occidental. Depuis 1966 plus précisément, alors que Charles Whitman, du haut d'une tour de l'Université du Texas et à la manière d'un sniper, abattit 14 personnes et en blessa 31 autres, hommes et femmes confondus, avant d’être tué par les forces de l’ordre. Devenant ainsi le précurseur de la pire abomination de l'ère moderne en sol occidental : la tuerie masculine en milieu public.

  • Chantal Charron
    Inscrit
    dimanche 6 décembre 2009 07h29
    À M. John Dickinson
    Bonjour M. Dickinson,

    Je ne vous connais pas personnellement, mais en tant qu'historienne, je vous ai déjà lu, et ai déjà entendu parlé de vous. Je ne vous cacherai pas que ma réaction a été vive à vous entendre qualifier M. Lépine de "macho", tout simplement! Je suis persuadée que vous êtes en mesure de faire une analyse beaucoup plus riche de cet événement. Mais je ne crois pas qu'utiliser publiquement un terme aussi réducteur soit en mesure de faire avancer le débat. Et j'ai l'impression que, contrairement à ce que vous avancez, les hommes, particulièrement ceux qui, comme vous, ont vécu de près cet événement, ont aussi été marqués dans leur chair. C'est même ce dont témoigne votre propre texte, empreint de beaucoup d'émotion, 20 ans après les événements. Et vous avez le droit, en tant qu'être humain, d'avoir été marqué dans votre chair! C'est la moindre des choses, qu'en tant que femmes, nous vous reconnaissions ce droit!

    Avec tout mon respect,

    Chantal Charron, féministe, masculiniste... bref, humaniste.

  • Guy-Michel Lanthier
    Abonné
    dimanche 6 décembre 2009 14h44
    Anniversaire pour commémorer et non diviser
    Je ne suis pas une femme alors je ne peux pas comprendre ce que c’est d’être une femme. Par contre, je comprends très bien que l’Homme, oui avec un grand H, est un danger pour l’homme.

    Pour avoir été à Polytechnique le 6 décembre 1989, je ne vois pas cet anniversaire comme une occasion pour faire un bilan si si ou si ça. Je crois que c’est un anniversaire qui devrait avant tout interpeller notre mémoire.

    Cela devrait être un anniversaire pour nous faire réfléchir entre autres, à la bêtise humaine. Par exemple, pourquoi cet acharnement contre le registre des armes?

    Ne devrait-on pas admettre que l’Homme n’est pas et ne sera probablement jamais suffisamment mature pour se comporter comme un homme et ce, sans loi pour lui éviter bêtise par-dessus bêtise? Alors pourquoi abolir ce registre? De quoi l’Homme a-t-il peur?

    Pour ma part, en ce vingtième anniversaire, j’ai choisi de rendre hommage à une étudiante que j’ai côtoyée lors de mes années d’étude.

    http://g-m-l.blogspot.com/2009/12/heidi-rathjen-le

    Guy-Michel Lanthier, ing.
    Conférencier et consultant en leadership

  • Roland Berger
    Abonné
    dimanche 6 décembre 2009 16h22
    Féminisme et masculinisme
    Le féminisme a fait des erreurs : à bas le féminisme, clament les machos. Le masculinisme a fait des erreurs : il faut les comprendre, ces pauvres machos !
    La plupart se leurre sur le degré de misogynie des hommes du Québec, et des hommes de toute la culture occidentale, bien «racinés» dans le judéo-christianisme.
    La multiplication claironnée des femmes dans le cabinet de Charest n'a rien changé. Les «boys» ne cèdent pas un millimètre de terrain.
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario

  • Jacques Lafond
    Abonné
    dimanche 6 décembre 2009 19h12
    Le tueur fou ...
    Ce que je déplore dans ce triste vingtième anniversaire du massacre insensé de la polytechnique, est que le tueur fou est une fois de plus encensé par les journaux, par les proches du massacre, par la population en général.

    Le tueur fou de la polytechnique est nommé constamment, on parle de son manifeste, on parle de ses idées, évidemment, on parle des ses actions. Je pense que c’est une grave erreur. Je pense que le tueur fou de la polytechnique devrait rester exactement ce qu’il est ; un tueur fou. Je pense que le tueur fou devrait rester anonyme et flou dans la tête des gens, et ne pas être aussi connu, et ne pas faire parti de l’histoire du Québec, a toute fin pratique, au même titre qu’un premier ministre.

    Je pense aussi que l’on devrait en ce vingtième anniversaire parler, nommer, publier les photos des jeunes victimes. Ce sont ces jeunes femmes qui sont les vraies héroïnes de ce massacre. Pas l’auteur.

    JL

  • Gabriel Martin
    Inscrit
    dimanche 6 décembre 2009 20h27
    Le féminisme va de pair avec le masculinisme
    « Pour la féministe, cette nouvelle lecture porte l'empreinte indélébile du masculinisme. »...

    Tant qu'à moi, c'est une bonne chose. Le féminisme va de pair avec le masculinisme et vice versa. Leurs but est bien de travailler sur l'égalité des gens indifféremment des sexes non?

    Le drame de polytechnique concerne la société québécoise en entier. Il s'agit d'un évènement misogyne qui a touché hommes et femmes.

    Gabriel Martin, Sherbrooke

  • Dominic Pageau
    Abonné
    dimanche 6 décembre 2009 20h38
    Beaucoup de chose ont changé monsieur Berger.
    On a réussi ici au Québec à faire porter le monopole de la violence aux hommes et celui de victimes aux femmes.

    Les féministes, les médias et aussi l'école, ont réussi à nettoyer le cerveau des québecois afin de leur faire croire que l'homme est fondamentalement violent et les femmes en sont toujours les victimes. On peut en prendre connaissance dans ce cours vox populi

    http://www.youtube.com/watch?v=HfnoKas71_0

    C'est faux. Et les statitustiques CTS démontrent qu'en fait la violence se retrouve autant chez les femmes que les hommes. Par contre, il est vrai 80% des plaintes faites à la police sont faites par des femmes, contre des hommes. Mais bon, sachant que 68% des plaiintes sont rejeté et qu'un homme victime va très rarement porter plainte, les statistiques des plaintes ne sont pas digne de confiance.

    Pourquoi s'en prendre au registre des armes à feux monsieur Lanthier? Parce qu'il ne s'attaque pas à bonne cible, c'est à dire que ça vise particulièrement les chasseurs, non pas les criminels et qu'une arme enregistrée ou pas, elle tue. Et les criminels eux, n'enregistrent pas leurs armes.


    Ça coûte cher et c'est inutile, les requêtes fait par les policiers pour vérifier si une personne a une arme avant d'intervenir est inutile, voire dangereuse, car si le réponse du registre est négative, mais que la personne interpellée porte une arme, ils vont lui avoir donner trop de liberté dès le départ, dans les faits, ils devraient intervenir TOUT LE TEMPS comme si il y avait un risque que le prévenu soit armé.

  • Paul-Edmond Lalancette
    Inscrit
    lundi 7 décembre 2009 15h44
    Le radicalisme engendre le radicalisme
    Je ne trouve pas que « les discours enfiévrés d'hier semblent s'effacer au profit d'une lecture qui (...) laisse place à une mémoire apaisée», comme l'affirme le début de cet article. En parlant du film "Polytechnique" de Denis Villeneuve et du fait que celui-ci relate aussi la souffrance de l'homme qui, n'ayant pas réussi à empêcher le massacre, s'est suicidé, Mme Mélissa Blais dit: « Il y a là une référence directe à l'homme en crise, cet homme dont les comportements font écho aux discours masculinistes sur les difficultés des garçons à l'école et leur incapacité à verbaliser leurs émotions. » J'ai lu plusieurs résultats d'entrevues que M. Villeneuve a accordé aux médias lors de la sortie de son film et il m'a semblé davantage pro-féministe que masculiniste. Autre exemple de récupération de cet évènement tragique: un colloque organisé par le mouvement féministe a eu lieu cette fin de semaine-ci à l'UQÀM avec pour titre "Les violences masculines contre les femmes et les féministes. " L'emphase mise sur la violence masculine dans ce titre et cette activité occulte toute celle des femmes entre elles et ne concorde pas avec les résultats des deux dernières "Enquêtes sociales générales" (celles de 1999 et 2004) effectuées par Statistiques Canada auprès de 24 000 ménages canadiens qui révélaient que la proportion d'hommes victimes de violence conjugale était sensiblement la même que celle des victimes féminines.

  • marie-eve paquet
    Inscrit
    dimanche 30 mai 2010 13h36
    ressac du discours de droite
    Comme bon nombres de femmes qui se souviennent que le 6 décembre 1989 s'est imposé à elles comme un rappel à l'ordre des plus burtaux, j'ai commémoré ce vingtième anniversaire de ma mise à mort symbolique et j'ai navigué sur le net, question de voir si le temps a fait fructifié certains esprits...

    Je suis au regret de vous annoncer que pour certains,déroutés par l'avènement des femmes dans des sphères qu'ils estiemsnt être intrinsèquement les leurs, le geste de Marc Lépine est messianique et est à perpétuer. Cet inquiétant ressac du discours identitaire de droite fait passer Yves Pageau(dont je salue le fils ou le frère Dominic) et ses gars contents pour des militants féministes extrêmement symphatiques!

    J'en ai pour preuve une visite aur un site commémoratif de youtube sur les vingt ans de la tuerie de Polytechnique. À la section «commenter cet extrait audiovisuel» au-dessus de laquelle, on y voyait défiler les images du rassemblement au parc Emilie Gamelin, un homme, qui a travesti son nom pour celui d'une arme a feu a articulé sa demie phrase comme suit;

    «vive Marc Lépine»

    Ces trois mots en disent tellement long sur le genre d'idées qui gouvernent notre monde que j'ai été piqué de la curiosité morbide d'aller à son mail identifiant;
    rifle16...

    C'est sans grand étonnement que j'ai y vu, outre la fascination de notre zigue pour tout ce qui est militaire, la haine pure et dure de tout ce qui n'est pas mâle, de race blanche, hétérosexuel et catholique francophone dans notre cas .On y écorche même au passage le communisme ,avec un ton si directement emprunté à MacArthur que ce dernier a du avoir eu peur de lui-même

    Ne pouvant pas, considérant l'affluence des messages, répondre dans un cadre de plus de 500 mots, j'ai choisi de lui laisser ma réponse ici.
    IN MEMORIAM
    Geneviève ,Hélène
    Sonia, Barbara, Barbara-Maria
    Maud, Maryse, Maryse
    Michèle, Anne-Marie, Anne-Marie
    Nathalie, Annie, Annie
    À celles qui ont survécu et dont les noms ne sont jamais parvenus jusqu'à nous
    Aux hommes qui acceptent d'avancer avec elles malgré la pathologie des uns

    «Mes pensées les plus sincères accompagnenet l'enfant que vous avez. Si vous n'en n'avez pas mais vous envisagiez de vous reproduire (sic) je vous souhaite une fille, une femme en devenir, question de devoir la mettre au fait de la pathologie qui afflige son père, de mêmes que certains hommes qu'elle est appelée à cotôyer; Son père est atteint du syndrome de l'homme messie, mieux connu sous le nom anglais de whiteangrymale syndrom.

    Cette maladie ,caractérisée par la dégénérescence de l'hémisphère gauche du cerveau (régisseur de la raison et du jugement) ammène le sujet à se croire la victime d'une société de complots, orchestrés par les féministes, trotskistes, syndicalistes, environnementalistes et mères monoparentales. Peuvent s'en suivre chez certains la désorganisation du discours, la vacuité des propos et l'incapacité à former des mots ayant des graphèmes autres que ceux contenus dans Marc Lépine et Rifle.

    Lors d'épisodes pandémiques, comme celui survenu à Québec en 2004, ils s'affranchissent par milliers des rues pour réclamer, à grands cris, la liberté que les éléments ci-haut mentionnés leur auraient fait perdre(sic)

    Quant à la présence de femmes au sein de leurs rangs, je ne saurais trop dire s'il s'agit d'une forme féminine dérivée du WAMS ou encore la simple peur de tomber en disgrâce par refus d'adhérer au discours ambiant.Quoi qu'il en soit, la forme la plus manifeste d'une affliction par le syndrome est cette ferme conviction que la FÂMME, de la plus chienne des misandres jusqu'à l'ingénieure qui se fait petite, constitue une menace pour cette pauvre planète. Pour peu qu'elles aient le loisir de faire autre chose que le rallye cuisine-chambre à coucher, on aurait plutôt cru la planète en proie aux idéologies masculines de guerre, de religion, de guerre de religion et de leur financement massif par les organisations supranationales radicales féministes telles le Fond Monétaire International et la Banque Mondiale.

    Sortez sur le champ de cette torpeur paranoïaques messieurs et ne craignez plus pour vos droits divins. Pendant que les femmes, entre le travail librement consenti ou non et le crime d'honneur, cherchent toujours les assises sur lesquelles ils reposent(et Dieu qui manque à l'appel) tout est impeccablement sous contrôle et chaque chose est terrée à sa place; 14 polytechniciennes aussi. Surtout!»

    Salutations féministes distinguées et dument signées
    Marie-Eve Paquet

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
17 réactions
0 vote
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2010