Polytechnique, 20 ans après - Un attentat contre le féminisme
En souhaitant la bienvenue aux quelque 400 personnes — des femmes en très, très grande majorité — venues participer au colloque coïncidant avec les 20 ans de la tuerie de Polytechnique, Lyne Kurtzman a été très claire: «Nous sommes là pour replacer ce crime sexiste dans l'histoire des femmes», a averti l'agente de développement de l'Institut de recherches et d'études féministes (IREF).
«Encore en 2009, on demande aux femmes de se taire», a dit l'historienne Micheline Dumont devant l'assemblée réunie à l'initiative de la sociologue Mélissa Blais. «L'antiféminisme de Marc Lépine a de longues racines, il est né avec le féminisme. "J'haïs les féministes", il n'a pas pris ça dans la lune. L'attentat du 6 décembre, c'était contre le féminisme et les féministes, mais la société a refusé de les entendre.» Vingt ans plus tard, politiciennes, chercheures, écrivaines, journalistes, militantes, femmes de tous milieux l'affirment haut et fort: il est temps de cesser de nier le caractère antiféministe du geste meurtrier de Marc Lépine. Toute cette fin de semaine à l'UQAM, elles réfléchissent à la violence masculine faite aux femmes.
Croisée à l'UQAM, Françoise David, militante et maintenant porte-parole de Québec solidaire, croit que, «avec le film de Denis Villeneuve, entre autres, on rétablit enfin cette vérité élémentaire, contestée à l'époque: c'était un geste politique.» «En 89, le débat ayant entouré les semaines suivantes a été aussi douloureux que le massacre, raconte celle qui militait alors au sein des Centres des femmes. On était très durement accusées. Si un blanc avait tué 14 noirs, est-ce qu'on aurait nié que c'était du racisme?» Aujourd'hui, elle sent que le débat est plus serein: «Voilà, on peut tenir un colloque et en parler.»
Sylvie Laneuville a organisé l'exposition Parler ou se taire? Polytechnique 1989. Elle sent qu'il y a «un malaise devant ces événements. Nous n'avons pas trouvé de lieu pour présenter l'exposition», dit-elle simplement. Les archives médiatiques sont finalement présentées au Studio-théâtre Alfred-Laliberté de l'UQAM.
«Je viens de comprendre pourquoi il y a un malaise», de s'écrier la journaliste Francine Pelletier, qui a largement couvert la tragédie et ses conséquences depuis 20 ans. «Je pense que Poly, encore plus qu'Octobre 70, casse quelque chose de profond dans notre société. Comme si, depuis la Révolution tranquille, chaque fois que quelque chose de laid arrive, ce n'était pas notre faute, c'étaient les autres.»
La perspective féministe attise encore la haine
L'UQAM a dû entourer le colloque universitaire d'un dispositif de sécurité renforcé. Par exemple, personne ne pénètre dans la salle de conférence avec son manteau ou un sac à dos. «Il y a eu des menaces», explique Alain Gingras, responsable du service de sécurité de l'UQAM. Il fait référence à des blogues, dont un en particulier, qui érigent Marc Lépine en héros, affirmant même que «cela pourrait se passer à nouveau, avec les bonnes personnes et le bon équipement». La police a effectué des perquisitions au domicile de l'auteur d'un de ces sites web haineux en novembre, selon Radio-Canada. Jean-Claude Rochefort a comparu sous des accusations de possession illégale d'arme à feu.
Le renforcement des mesures de sécurité est relativement inhabituel pour un colloque universitaire, confirme M. Gingras, qui met habituellement en place ces dispositifs pour protéger des personnalités publiques controversées. La menace, «qui n'était pas directe envers nous», assure un des organisateurs du colloque, est prise avec sérieux et «il vaut mieux parer à toute éventualité», répond M. Gingras.
«Le féminisme n'a jamais tué personne, le machisme tue tous les jours», rappelle Florence Montreynaud, militante française qui organise chaque année une vigile, Place du Québec, pour entretenir la mémoire de la tuerie de Polytechnique. «Il m'arrive d'avoir peur pendant notre action. Et si un tueur de féministes nous prenait pour cibles? Heureusement, dit-elle ironiquement, personne ne s'intéresse à nous.» «À chaque rassemblement féministe, je regarde autour, depuis le 6 décembre 1989», résume une participante.
«Encore en 2009, on demande aux femmes de se taire», a dit l'historienne Micheline Dumont devant l'assemblée réunie à l'initiative de la sociologue Mélissa Blais. «L'antiféminisme de Marc Lépine a de longues racines, il est né avec le féminisme. "J'haïs les féministes", il n'a pas pris ça dans la lune. L'attentat du 6 décembre, c'était contre le féminisme et les féministes, mais la société a refusé de les entendre.» Vingt ans plus tard, politiciennes, chercheures, écrivaines, journalistes, militantes, femmes de tous milieux l'affirment haut et fort: il est temps de cesser de nier le caractère antiféministe du geste meurtrier de Marc Lépine. Toute cette fin de semaine à l'UQAM, elles réfléchissent à la violence masculine faite aux femmes.
Croisée à l'UQAM, Françoise David, militante et maintenant porte-parole de Québec solidaire, croit que, «avec le film de Denis Villeneuve, entre autres, on rétablit enfin cette vérité élémentaire, contestée à l'époque: c'était un geste politique.» «En 89, le débat ayant entouré les semaines suivantes a été aussi douloureux que le massacre, raconte celle qui militait alors au sein des Centres des femmes. On était très durement accusées. Si un blanc avait tué 14 noirs, est-ce qu'on aurait nié que c'était du racisme?» Aujourd'hui, elle sent que le débat est plus serein: «Voilà, on peut tenir un colloque et en parler.»
Sylvie Laneuville a organisé l'exposition Parler ou se taire? Polytechnique 1989. Elle sent qu'il y a «un malaise devant ces événements. Nous n'avons pas trouvé de lieu pour présenter l'exposition», dit-elle simplement. Les archives médiatiques sont finalement présentées au Studio-théâtre Alfred-Laliberté de l'UQAM.
«Je viens de comprendre pourquoi il y a un malaise», de s'écrier la journaliste Francine Pelletier, qui a largement couvert la tragédie et ses conséquences depuis 20 ans. «Je pense que Poly, encore plus qu'Octobre 70, casse quelque chose de profond dans notre société. Comme si, depuis la Révolution tranquille, chaque fois que quelque chose de laid arrive, ce n'était pas notre faute, c'étaient les autres.»
La perspective féministe attise encore la haine
L'UQAM a dû entourer le colloque universitaire d'un dispositif de sécurité renforcé. Par exemple, personne ne pénètre dans la salle de conférence avec son manteau ou un sac à dos. «Il y a eu des menaces», explique Alain Gingras, responsable du service de sécurité de l'UQAM. Il fait référence à des blogues, dont un en particulier, qui érigent Marc Lépine en héros, affirmant même que «cela pourrait se passer à nouveau, avec les bonnes personnes et le bon équipement». La police a effectué des perquisitions au domicile de l'auteur d'un de ces sites web haineux en novembre, selon Radio-Canada. Jean-Claude Rochefort a comparu sous des accusations de possession illégale d'arme à feu.
Le renforcement des mesures de sécurité est relativement inhabituel pour un colloque universitaire, confirme M. Gingras, qui met habituellement en place ces dispositifs pour protéger des personnalités publiques controversées. La menace, «qui n'était pas directe envers nous», assure un des organisateurs du colloque, est prise avec sérieux et «il vaut mieux parer à toute éventualité», répond M. Gingras.
«Le féminisme n'a jamais tué personne, le machisme tue tous les jours», rappelle Florence Montreynaud, militante française qui organise chaque année une vigile, Place du Québec, pour entretenir la mémoire de la tuerie de Polytechnique. «Il m'arrive d'avoir peur pendant notre action. Et si un tueur de féministes nous prenait pour cibles? Heureusement, dit-elle ironiquement, personne ne s'intéresse à nous.» «À chaque rassemblement féministe, je regarde autour, depuis le 6 décembre 1989», résume une participante.
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