Tuerie de Polytechnique - Inscrites dans l'histoire
Vingt ans après Polytechnique, on s'interroge encore sur le sens à donner à la tragédie. Certains vains malaises empêchent le récit d'être inscrit dans notre histoire pour ce qu'il fut: une rebuffade meurtrière à l'endroit des femmes.
Il y a celles qui sont tombées sous les balles de Marc Lépine. Quatorze jeunes femmes vouées à un avenir d'ingénieures, futures pionnières fauchées en pleine ascension précisément pour avoir choisi une voie singulière.
Il y a aussi les blessées, les proches des victimes, marqués à tout jamais. Puis il y a celles et ceux qui se souviennent du choc ressenti, pour avoir vécu l'horreur de la nouvelle. Quoi? Ici? Ce geste d'un dérangé lucide visant les femmes, clamant sa haine des féministes, tuant froidement de jeunes filles ayant choisi de se tailler une place dans un milieu d'hommes? De ce malaise ressenti alors subsiste encore une pointe; elle se manifeste notamment dans l'incapacité de certains, certaines, à interpréter pour ce qu'il était le drame de Polytechnique: l'attaque on ne peut plus claire d'un homme contre un groupe de femmes.
Le dossier publié aujourd'hui par Le Devoir nous rappelle crûment que 20 ans se sont bel et bien écoulés depuis le drame. Des jeunes filles tout juste entrées à l'université, en 2009, ont appris l'histoire de Poly comme elles ont découvert Columbine, Virginia Tech ou Dawson, tragiques éclats de violence folle en milieu scolaire. L'histoire enseignée au Québec tait, hélas, l'élan misogyne qui colore cet épisode marquant de notre Histoire. Il s'agit d'un silence accablant. Il témoigne à la fois d'une certaine honte; il reflète aussi le contraste opposant diverses formes de féminisme, du combatif extrême à l'inexpressif fade.
Qu'avons-nous appris de Polytechnique? Dans Les Années Derome, que diffuse Radio-Canada, la survivante Nathalie Provost a accepté de revisiter le drame qu'elle a vécu depuis cette classe de l'université où Lépine a assassiné les jeunes femmes en paroles — «Je vous haïs, bande de féministes!» — avant de les abattre avec son arme. Elle déplore le malaise profond qui entoure encore la tragédie. Sa plus grande colère? Vivre dans un monde produisant des enfants comme Marc Lépine. «C'est à ça, que j'en veux.»
Dans ce monde de 2009, les luttes des femmes sont encore nécessaires. Elles se mènent non pas en marge des hommes, mais à leurs côtés, grâce à leur soutien. Certaines données rappellent avec brutalité le chemin qu'il reste à faire: à l'Ordre des ingénieurs, il n'y a que 11 % de femmes. Poly comptait 18 % d'étudiantes au premier cycle en 1989; aujourd'hui, elles sont à peine 3 % de plus.
La violence conjugale fait encore un nombre important de victimes, plusieurs souffrant en silence les démesures infligées par des hommes. Les femmes sont agressées sexuellement, sont trop souvent actrices de malheureuses scènes stéréotypées, comme en fait foi cette hypersexualisation banalisée qui érotise de trop jeunes filles.
Dans certains secteurs, les femmes doivent se battre, malgré de significatives avancées, pour gagner le même salaire que leurs collègues masculins. On a même craint il n'y a pas si longtemps que le Canada ne recriminalise l'avortement, réduisant à néant l'un des symboles de la bataille des femmes. Polytechnique ne s'inscrit pas en marge de cette lutte, mais en justifie la nécessité. Pour ces femmes, mortes et blessées, ayons le coeur de nous en souvenir avec exactitude.
Il y a celles qui sont tombées sous les balles de Marc Lépine. Quatorze jeunes femmes vouées à un avenir d'ingénieures, futures pionnières fauchées en pleine ascension précisément pour avoir choisi une voie singulière.
Il y a aussi les blessées, les proches des victimes, marqués à tout jamais. Puis il y a celles et ceux qui se souviennent du choc ressenti, pour avoir vécu l'horreur de la nouvelle. Quoi? Ici? Ce geste d'un dérangé lucide visant les femmes, clamant sa haine des féministes, tuant froidement de jeunes filles ayant choisi de se tailler une place dans un milieu d'hommes? De ce malaise ressenti alors subsiste encore une pointe; elle se manifeste notamment dans l'incapacité de certains, certaines, à interpréter pour ce qu'il était le drame de Polytechnique: l'attaque on ne peut plus claire d'un homme contre un groupe de femmes.
Le dossier publié aujourd'hui par Le Devoir nous rappelle crûment que 20 ans se sont bel et bien écoulés depuis le drame. Des jeunes filles tout juste entrées à l'université, en 2009, ont appris l'histoire de Poly comme elles ont découvert Columbine, Virginia Tech ou Dawson, tragiques éclats de violence folle en milieu scolaire. L'histoire enseignée au Québec tait, hélas, l'élan misogyne qui colore cet épisode marquant de notre Histoire. Il s'agit d'un silence accablant. Il témoigne à la fois d'une certaine honte; il reflète aussi le contraste opposant diverses formes de féminisme, du combatif extrême à l'inexpressif fade.
Qu'avons-nous appris de Polytechnique? Dans Les Années Derome, que diffuse Radio-Canada, la survivante Nathalie Provost a accepté de revisiter le drame qu'elle a vécu depuis cette classe de l'université où Lépine a assassiné les jeunes femmes en paroles — «Je vous haïs, bande de féministes!» — avant de les abattre avec son arme. Elle déplore le malaise profond qui entoure encore la tragédie. Sa plus grande colère? Vivre dans un monde produisant des enfants comme Marc Lépine. «C'est à ça, que j'en veux.»
Dans ce monde de 2009, les luttes des femmes sont encore nécessaires. Elles se mènent non pas en marge des hommes, mais à leurs côtés, grâce à leur soutien. Certaines données rappellent avec brutalité le chemin qu'il reste à faire: à l'Ordre des ingénieurs, il n'y a que 11 % de femmes. Poly comptait 18 % d'étudiantes au premier cycle en 1989; aujourd'hui, elles sont à peine 3 % de plus.
La violence conjugale fait encore un nombre important de victimes, plusieurs souffrant en silence les démesures infligées par des hommes. Les femmes sont agressées sexuellement, sont trop souvent actrices de malheureuses scènes stéréotypées, comme en fait foi cette hypersexualisation banalisée qui érotise de trop jeunes filles.
Dans certains secteurs, les femmes doivent se battre, malgré de significatives avancées, pour gagner le même salaire que leurs collègues masculins. On a même craint il n'y a pas si longtemps que le Canada ne recriminalise l'avortement, réduisant à néant l'un des symboles de la bataille des femmes. Polytechnique ne s'inscrit pas en marge de cette lutte, mais en justifie la nécessité. Pour ces femmes, mortes et blessées, ayons le coeur de nous en souvenir avec exactitude.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

