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    À 1,12 mètre d'une évaluation environnementale

    Le projet de l'autoroute Bonaventure s'étend sur 998,88 mètres. Or le BAPE ne peut évaluer un projet que s'il fait plus d'un kilomètre. C'est la loi.

    «Ce n’est pas arrangé avec le gars des vues, pour utiliser l’expression populaire. C’est comme ça que c’est arrivé», se défend Gaëtan Rainville, président-directeur général de la Société du Havre.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir «Ce n’est pas arrangé avec le gars des vues, pour utiliser l’expression populaire. C’est comme ça que c’est arrivé», se défend Gaëtan Rainville, président-directeur général de la Société du Havre.
    Un mètre et douze centimètres. C'est la longueur qui manque au projet de réaménagement de l'autoroute Bonaventure pour être assujetti au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE). Tout en niant avoir manoeuvré pour éviter un passage au BAPE, la Société du Havre de Montréal, maître d'oeuvre du projet, avoue qu'elle redoutait les retards qu'auraient entraînés des consultations menées par cet organisme.

    Le projet de l'autoroute Bonaventure s'étend sur une emprise de 998,88 mètres, selon les données fournies par la Société du Havre. Or, les projets de reconstruction d'une infrastructure routière de plus d'un kilomètre sont assujettis à la procédure d'évaluation et d'examen du BAPE. Le projet a donc évité de justesse l'épreuve du BAPE.

    Le président-directeur général de la Société du Havre, Gaëtan Rainville, affirme ce calcul n'était pas prémédité. À l'origine, le projet comptait une centaine de mètres de moins, mais des modifications y ont été apportées pour des raisons de sécurité, obligeant la Société à augmenter l'étendue du projet. C'est à la suite de ces changements que la longueur de l'emprise a été établie à 998,88 mètres. «Ce n'est pas arrangé avec le gars des vues, pour utiliser l'expression populaire. C'est comme ça que c'est arrivé», se défend Gaëtan Rainville. Mais visiblement, la perspective de consultations du BAPE ne l'enchantait guère puisqu'il ajoute: «Je peux vous dire qu'on a eu une frousse parce que si on avait dépassé de 10 mètres, on était assujettis [au BAPE].»

    Crainte de retards

    Le projet est par ailleurs l'objet de consultations par l'Office de consultation publique de Montréal (OCPM) ces jours-ci et les séances d'information ont débuté mardi dernier. «Le principal inconvénient d'être assujetti au BAPE, c'est le délai, explique M. Rainville. On sait que les procédures au BAPE sont beaucoup plus longues que celles de l'Office de consultation publique de Montréal. On parle de 18 mois et pour nous, quand on tient compte du budget initial de 141 millions, ça représente des millions qui s'ajoutent à cause de l'inflation chaque mois.»

    Pour des raisons de sécurité, la Société du Havre a dû revoir ses plans pour réduire une pente de la future artère de 6 à 5 %. Elle est parvenue à adoucir cette pente sans augmenter la longueur de l'ouvrage en rehaussant le niveau de la rue Brennan. Même si cette stratégie a toutes les allures d'une manoeuvre pour éviter le BAPE, M. Rainville se rebiffe: «Je sais que ç'a l'air de ça, mais croyez-moi, ce n'est pas le cas, dit-il. Il y a trop d'ingénieurs dont la responsabilité professionnelle est mise en cause et ils ne joueraient pas ces jeux-là.»

    Jeffrey Dungen ne voit pas la situation du même oeil. Résidant des condos Lowney's situés à l'ouest du projet, il conteste les prétentions du promoteur: «La Société du Havre semble avoir vraiment fait des efforts pour être en bas d'un kilomètre, quasiment au centimètre près. Ce que je crains, c'est que pour éviter d'aller au BAPE, on fasse un projet inférieur en qualité.»

    Il croit que le BAPE est mieux placé que l'OPCM pour examiner les impacts du projet sur l'environnement et sur la santé des résidants des secteurs avoisinants. Les citoyens opposés au projet sont particulièrement frustrés par l'aménagement du corridor d'autobus dans la rue Dalhousie, dans Griffintown.

    M. Dungen soutient même qu'avec les changements, le projet s'étend maintenant sur 1026 mètres. Il a écrit à deux reprises à la ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp, pour lui demander que le BAPE soit saisi du dossier. La Société du Havre rejette ces allégations et affirme que M. Dungen fait référence à des plans qui ne sont plus à jour.

    Pour André Porlier, directeur général du Conseil régional de l'environnement (CRE) de Montréal, il fait peu de doute que le promoteur a volontairement préparé son projet pour éviter le BAPE. «Ça saute aux yeux [...]. On peut se demander si c'est le hasard. On le voit dans plusieurs projets: les promoteurs saucissonnent les projets pour que ça passe en dessous des critères du BAPE», explique-t-il.

    Selon lui, toutefois, l'OPCM, chargé tenir les consultations sur le projet, a toute la crédibilité nécessaire pour examiner le dossier. «Si on avait soustrait le projet de toute consultation, je pense que là, on aurait eu une levée de boucliers massive», dit-il. À cet effet, la Société du Havre signale d'ailleurs qu'elle n'était pas tenue de soumettre son projet à la consultation, mais qu'elle l'a fait par souci de transparence.

    De son côté, Luc Doray, secrétaire général de l'OCPM, estime que l'Office a toute la latitude requise pour choisir les angles de son analyse. «Si les citoyens interpellent les commissaires sur des questions environnementales et sur la santé publique, de facto la commission s'y intéressera», dit-il. Le BAPE travaille dans un cadre juridique plus formel, précise toutefois M. Doray, et il peut forcer un témoignage sous serment et obliger la production d'un document.

    L'Office a tenu deux rencontres d'information cette semaine. La troisième séance aura lieu mardi prochain et portera sur les questions de transport avec l'aménagement du controversé corridor d'autobus dans la rue Dalhousie. Rappelons que le projet prévoit l'abaissement au sol de l'autoroute et l'aménagement d'un boulevard à huit voies entre les rues de la Commune et Saint-Jacques.












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