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    Nez pour un parfum

    Christopher Brosius: créateur d'expériences olfactives

    La collection d’odeurs CB I Hate Perfume (Je hais le parfum) place le créateur d’odeurs Christopher Brosius comme un artiste à part entière.
    Photo: Jacques Grenier - Le Devoir La collection d’odeurs CB I Hate Perfume (Je hais le parfum) place le créateur d’odeurs Christopher Brosius comme un artiste à part entière.
    • CB I Hate Perfume
    • Christopher Brosius
    • Chez Commisssaires, 5226, boul Saint-Laurent
    Ce n'est ni un roc, ni un cap, encore moins une péninsule. C'est un nez. Mais magistral. Christopher Brosius est un dépisteur d'arômes, un traqueur d'effluves oubliés, un ordinateur capable de stocker dans les recoins de son cerveau des milliers de souvenirs olfactifs pour les assortir en autant de parfums insolites. Rencontre avec le fils spirituel de Jean-Baptiste Grenouille.

    À première vue, son nez effilé ne trahit pas ses incroyables capacités. À l'instar du renifleur romanesque immortalisé par Patrick Süskind dans Le Parfum, le New-Yorkais Christopher Brosius est un phénomène, rayon olfactif. Après avoir tripoté quelques fioles dans une boutique de cosmétique à New York à la fin des années 80, cet Américain s'est découvert une passion pour les odeurs, créant sur le tas de subtils mélanges d'effluves pour ses clients et lui-même.

    Vingt ans plus tard, Christopher Brosius est un ovni qui a atterri sur la planète parfum. Créateur d'une collection d'odeurs appelée «CB I Hate Perfume» (Je hais le parfum), ce nez iconoclaste aux allures de dandy est maintenant considéré comme un artiste à part entière, à telle enseigne que 70 de ses parfums font partie de la collection permanente du Cooper Hewitt National Design Museum. Purs produits de création, ces expériences olfactives sont considérées comme d'authentiques objets immatériels de design.

    C'est par le plus grand hasard que Brosius a découvert les propriétés surnaturelles de son appendice nasal. «Je ne me suis jamais perçu comme un parfumeur. Car pour moi, ce métier s'inscrit dans une tradition européenne centenaire bien trop ancrée pour que je puisse revendiquer ce titre. Mais un jour, un expert m'a assuré que jétais un nez naturel!», dit-il.

    Né pour être nez, quoi! Mais à l'opposé des parfumeurs classiques, Brosius exècre les fragrances traditionnelles et use plutôt de ses narines pour recréer ses souvenirs olfactifs. «Je ne veux pas de jolis parfums, ou de parfums qui sentent bon. Je recherche des odeurs qui parlent. En fait, j'utilise le dictionnaire des odeurs pour créer des parfums qui racontent une histoire ou une expérience. Mon travail parle de la vie, des rêves qu'on a eus, de ceux qu'on voudrait vivre...», insiste ce nez hors normes.

    Dans les faits, cela donne des parfums exhalant l'enfance, la terre, un après-midi à la mer, un souvenir d'hiver 1968. Dans les flacons de ces parfums aux noms évocateurs sont emprisonnés des dizaines de souvenirs olfactifs. Des exemples. I am a dandelion (Je suis un pissenlit), un parfum unique, évoque l'odeur des pissenlits froissés dans un champ. Un seul effluve et les images se mettent à débouler en cascade. «Tout le monde trouve que les pissenlits puent, mais y a-t-il une odeur plus unique pour rappeler l'enfance passée à courir dans l'herbe?», dit cet alchimiste au flair imparable.

    «Il m'a fallu 15 ans pour reproduire parfaitement cette odeur», assure Brosius, qui puise allègrement dans son passé pour accoucher de ses bouquets d'odeurs. Mr. Hulot's Holiday (Les Vacances de M. Hulot), A Room with a View, et In the Library sont autant d'oeuvres qui ont inspiré ce mordu de cinéma et de littérature. Quelques lignes d'un livre de Colette, et voilà qui sert de détonateur à cet architecte des sens. «J'aime l'odeur des livres, surtout celle des librairies anglaises, celle du carton mouillé. Pour In the Library, j'ai mis une décennie à tenter de reproduire cette odeur unique», assure Brosius.


    Pour une pelletée de terre

    Si plusieurs des parfums sont créés à partir d'absolues d'ambre, d'encens, de myrrhe, de vanille ou de fragrances basiques de fleurs, la plupart ont été créés totalement dans des laboratoires. Les méthodes de ce haut gradé de la flotte nasale sont d'ailleurs parfois surprenantes. Un jour, Brosius s'est pointé à une réunion en déversant sur la table une pelletée de terre de son jardin en disant: «Voilà ce que je veux!»

    Le printemps tout entier déballe ses effluves dans Narcissius, un parfum qui sent le bourgeon frais, l'humus et la feuille mouillée. «Je crois que les parfums doivent nous transporter ailleurs, c'est pourquoi plusieurs des miens sont inspirés de souvenirs d'enfance.» Plus que des voyages dans l'espace, les recettes odorantes de Christopher Brosius font parfois l'effet de voyages dans le temps. C'est le cas du drolatique Summer 1966, qui avec son effluve de crème Coppertone en note de tête, doublé d'un filet d'air marin et de sable chaud, recrée en trois secondes le Cape Cod de notre enfance.

    Ce clone de Grenouille avoue que son pouvoir olfactif s'exprime de manière parfois impromptue, notamment en détectant par l'odeur de la peau la colère qui monte ou le désagrément chez quelqu'un. Il peut aussi prédire l'agonie prochaine d'un moteur qui surchauffe. «J'ai des milliers de parfums en tête qu'il me reste à créer. Je prends des notes parce que je voyage beaucoup. D'ailleurs, Montréal est une des rares villes qui sent bon, contrairement à New York qui empeste littéralement.»

    Son prochain projet fou: un parfum invisible, fait d'une fragrance très rare, détectée seulement par 30 % des gens.

    Pour humer les créations de ce conteur d'histoires à sentir debout, il faut se pointer le nez à l'insolite galerie Commissaires, qui expose et vend les fragrances de ce génie olfactif.
    La collection d’odeurs CB I Hate Perfume (Je hais le parfum) place le créateur d’odeurs Christopher Brosius comme un artiste à part entière. Les parfums de l’artiste sentent tantôt l’été à la plage, tantôt le bourgeon frais et la feuille mouillée.












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