Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    La FTQ-Construction craint de servir de «bouc émissaire»

    Un employé sur un chantier montréalais, hier. La FTQ-Construction ne veut toujours pas d’enquête publique sur les pratiques douteuses dans la construction.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Un employé sur un chantier montréalais, hier. La FTQ-Construction ne veut toujours pas d’enquête publique sur les pratiques douteuses dans la construction.
    Québec — La FTQ-Construction craint une commission d'enquête publique sur la construction puisqu'avec les règles actuelles, elle pourrait devenir le «bouc émissaire». C'est ce que le président du syndicat, Richard Goyette, a expliqué hier lors de son passage en commission parlementaire pour discuter d'un projet de loi «prévoyant certaines mesures afin de lutter contre la criminalité dans l'industrie de la construction».

    La position de la FTQ-Construction était connue depuis plusieurs semaines, mais elle est revenue au premier plan sous l'effet de prises de position d'un autre syndicat, celui des policiers de la Sûreté du Québec, qui s'est exprimé lundi pour la tenue d'une telle enquête. Les procureurs de la Couronne l'ont imité, le même jour. Ces prises de position ont d'ailleurs eu des échos à l'Assemblée nationale, hier, où les partis d'opposition sont encore revenus à la charge pour demander la tenue d'une commission d'enquête, ce que Jean Charest et son gouvernement ont encore une fois refusé.

    Questionné sur la position des policiers, qui tranche avec la sienne, Richard Goyette a même semblé remettre en cause la représentativité du syndicat de la Sûreté du Québec. «Moi, je crois plus aux policiers que leur syndicat croit en eux», a-t-il raillé. Devant la surprise des reporters qui lui demandaient comment lui, un syndicaliste, pouvait douter d'un syndicat, il a rectifié le tir: «Non, ce que je veux dire, c'est... Laissons aller les enquêtes policières, voyons donc... Une commission d'enquête ne permettrait pas de faire la vérité... de la façon dont la loi est écrite, alors modifions la loi.» Joint plus tard en après-midi, il a prétendu que c'était là une boutade qui avait été «montée en épingle». «Il y a des gens qui manquent d'humour, je vous dis.»

    Avec la loi actuelle, une commission d'enquête «c'est pour s'amuser, créer un show et ensuite agir de façon déjà concertée». Avocat, M. Goyette parle même de «procédure inquisitive» dans laquelle le syndicat se retrouverait sans défense. «On ne peut pas faire entendre les témoins qu'on veut, on ne peut pas faire la preuve qu'on veut, on ne peut pas déposer les expertises qu'on veut, alors c'est un cirque.»

    Comme il l'avait fait dans une lettre ouverte publiée fin octobre sur le site Internet du syndicat, M. Goyette a soutenu que la commission de la Gaspésia, dirigée par le juge Robert Lesage, a été «très farfelue». Il soutient qu'à cause des règles, le syndicat n'a souvent pas pu contre-interroger les témoins. «On n'a pas pu faire entendre la direction de la FTQ-Construction. Il s'est dit à peu près n'importe quoi là.» M. Goyette s'en est pris à l'expertise de l'économiste Pierre Fortin, qui était à son sens d'une «incohérence totale», mais qui «a été retenue quand même par la commission».

    Même la commission Cliche de 1974 ne trouve pas grâce à ses yeux. Elle a fait la lumière sur «certaines choses», a-t-il concédé, en ajoutant: «Mais n'oublions pas qu'elle s'était terminée abruptement, quand on a commencé à avoir des révélations intéressantes sur les gouvernements, d'une part, et sur les pratiques des entreprises.» Sans compter, a-t-il ajouté, qu'elle a débouché sur «des lois répressives contre les syndicats et non pas contre les grands dirigeants des régimes».

    En somme, la FTQ-Construction craint d'être aspirée par une telle enquête: «Est-ce qu'on va être un bouc émissaire? Oui, ça se pourrait que ça arrive, je pense qu'on est très bien placés s'il y a une commission d'enquête», a-t-il dit.

    En conférence de presse, la chef péquiste a dit comprendre la FTQ-Construction de se montrer rétive devant la perspective d'une enquête publique: «Ils ont été frustrés et très choqués de la façon dont d'autres enquêtes se sont tenues», a-t-elle reconnu. Bref, si une enquête était déclenchée, il faudrait que les règles garantissent qu'il y ait «comme disait mon ancien chef, "audi alteram partem", qu'on puisse entendre l'autre partie». Du reste, elle croit que l'enquête pourrait s'intéresser à «tout ce qu'il y a eu comme allégations», autant le «financement des partis politiques municipaux» que «les processus d'appel d'offres», sans oublier «l'établissement des coûts pour les projets». Ainsi mandatée, l'enquête durerait-elle 20 ans? Non, a-t-elle répondu: «À partir du moment où c'est bien serré puis que les gens travaillent avec diligence et efficacité, moi, je crois que ça peut se faire dans l'espace d'une année.»



    La demande de Charest

    Plus tôt en Chambre, la chef péquiste avait affirmé qu'avec la position des policiers de la SQ et des procureurs de la Couronne, «la défense du premier ministre pour refuser la tenue d'une enquête publique sur l'industrie de la construction avait volé en éclats». Jean Charest a répondu en énumérant les mesures que son gouvernement avait prises depuis quelque temps pour mettre fin aux pratiques douteuses dans le secteur de la construction. Il a ensuite tenté d'esquiver la question en s'adressant à la chef de l'opposition en ces termes: «Ce que je demande justement à la chef de l'opposition officielle, aujourd'hui, dans l'intérêt supérieur du Québec, c'est qu'elle appuie le gouvernement du Québec dans la mise en oeuvre de ces mesures législatives pour qu'on puisse passer à l'action.»












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.