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    Vaste recherche pour briser le cycle de l'itinérance

    Ottawa investit 110 millions dans cinq villes canadiennes, dont Montréal

    À Montréal seulement, 30 000 personnes vivent la dure réalité de la rue.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir À Montréal seulement, 30 000 personnes vivent la dure réalité de la rue.
    Pas moins de 300 sans-abri montréalais souffrant d'une maladie mentale pourront sous peu troquer le froid du bitume pour la chaleur d'un toit bien à eux. Pendant près de quatre ans, ceux-ci seront suivis étroitement par une équipe multidisciplinaire qui les aidera à prendre racine grâce à un important projet pilote lancé hier par la Commission de la santé mentale du Canada (CSMC) dans cinq villes canadiennes.

    L'itinérance prend de l'ampleur au Canada. On estime que de 150 000 à 300 000 personnes vivent dans la rue, dont près de 30 000 seulement à Montréal. «De ce nombre, près de la moitié ont un problème de santé mentale», explique Michael Howlett, président et chef de la direction de la CMSC, qui parle ici d'une «crise nationale». Plusieurs de ces itinérants se retrouvent enfermés dans un cycle infernal où les séjours à l'hôpital et les peines d'emprisonnement se succèdent sans fin, le tout entrecoupé de séjours plus ou moins longs dans la rue ou dans les refuges surchargés.

    En dépit des efforts déployés ces dernières années, notamment avec le projet Accès-Logis au Québec qui rend disponibles des logements destinés spécifiquement à cette clientèle «multipoquée», très peu arrivent à briser le cycle de l'itinérance. Avec le projet Chez soi, la CSMC croit toutefois avoir trouvé la formule nécessaire pour percer une brèche durable. «Nous voulons aider ces gens à trouver d'autres façons d'habiter la ville afin qu'ils y trouvent leur place», résume la coordonnatrice du projet, Sonia Côté.

    Inspiré du programme américain Housing First, Chez soi permettra de suivre 2285 itinérants pendant près de quatre ans. La moitié sera logée dans des appartements privés ou des logements sociaux. Ceux-là s'engageront à rencontrer chaque semaine un préposé du programme qui leur offrira le soutien nécessaire pour se forger leur nouvelle vie. Les autres recevront l'aide habituelle offerte par les villes choisies, soit Vancouver, Winnipeg, Toronto, Montréal et Moncton.

    À Montréal, 300 personnes feront l'expérience d'un logement tandis que 200 autres feront partie du groupe témoin. L'équipe, qui mobilise déjà toutes les forces vives de ce milieu, vise moins à remettre en doute ce qui est fait sur le terrain qu'à recenser «les bonnes pratiques», celles qui atteignent leur cible et font une différence, explique Éric Latimer, chercheur principal à l'Institut universitaire en santé mentale Douglas.

    Il faut dire que le Québec offre déjà un soutien semblable, que ce soit au moyen d'Accès-logis ou encore des unités de séjour à long terme des différents refuges. À quelques différences près, relève Sonia Côté, qui connaît bien le milieu pour y avoir évolué pendant des années. «C'est une approche qui offre immédiatement du logement, sans condition, alors que, d'ordinaire, il faut franchir des étapes, affronter des comités de sélection, arrêter sa consommation. Le suivi y sera également très étroit.»

    L'initiative de 110 millions a été accueillie avec un intérêt mêlé d'envie hier par le milieu communautaire qui doit faire des miracles quotidiens avec des budgets faméliques. «Nous ne pouvons nous empêcher de constater qu'il y a beaucoup d'argent dans cette recherche alors qu'il y en a si peu dans nos maisons», a confié la directrice générale du Chaînon, Marie-Hélène Houle, qui entend néanmoins participer activement à ce projet.

    Les gens de Chez soi promettent quant à eux de prêter une oreille attentive aux gens du terrain. Idem pour ceux qu'ils appellent «les utilisateurs de services». Déjà, les conseils de Cylvie Gingras, qui a vécu la dure réalité de la rue, ont orienté certains des choix de la commission. «Elle nous a aidés à identifier quelques conditions facilitantes, comme avoir un intervenant ou avoir une fiducie qui te permet de garder ton loyer plutôt que de le dépenser, par exemple», raconte sa coordonnatrice.

    De tous les millions réservés au projet, 90 % seront destinés à l'aide directe aux sans domicile fixe, assure Mme Côté. Ces fonds serviront à subventionner les logements et à offrir toute une gamme de services de soutien aux itinérants qui prendront part au projet pilote. Le recrutement a déjà commencé à Montréal et s'avère plus aisé que prévu selon la commission qui s'attendait «à plus de résistance».

    Au final, la CSMC croit pouvoir faire la démonstration que «le passage en prison ou à l'urgence coûte de trois à quatre fois plus cher qu'une subvention au logement», conclut Mme Côté. Sans oublier tous les coûts humains épargnés. Aux États-Unis, Housing First a permis aux participants de garder leur logement plus longtemps, de réduire la durée de leurs séjours à l'hôpital et de diminuer leur consommation de drogue et d'alcool.












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