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Image corporelle - L'incohérence

Les femmes n'en sont pas à une incohérence près. Au tissu d'inconséquences dont elles sont trop souvent le centre s'ajoute celle-ci, livrée la semaine dernière par le gouvernement du Québec: l'absurde manque de corrélation entre la divulgation d'une «Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée» et le refus de Québec de consacrer la primauté de l'égalité hommes-femmes sur le droit à la liberté de religion.

Des fossés de nuances séparent, bien sûr, la charte dévoilée par la ministre de la Condition féminine, Christine St-Pierre, du projet de loi 16 sur la diversité culturelle. La charte est un texte par lequel on s'engage de manière volontaire et morale; elle cible l'extrême maigreur et l'image corporelle des femmes dans la publicité, la mode et les médias. Le projet de loi, qui a ravivé un débat délicat sur les accommodements, pointe l'égalité des sexes et les questions de religion.

Tous deux mettent en scène l'image de la femme. D'un côté, il y a les femmes élégantes dans leur minceur, dévoilées aux limites du recevable, dépourvues non seulement de vêtements mais de ces rondeurs gênantes pour les amateurs de perfection. De l'autre côté il y a les femmes voilées, masquées, camouflées, anonymes, à la féminité effacée à coups de décrets religieux.

Personne n'est contre la vertu, ni non plus lorsqu'elle se drape de rose. Les organismes et acteurs préoccupés par l'inquiétante adhésion des petites filles, adolescentes et femmes aux diktats de la mode et de la publicité ont eu raison d'applaudir à la rédaction de cette charte. Qui s'opposerait aux bonnes intentions? Mais il s'agit au plus d'un pas dans la bonne direction; l'initiative s'évanouira si elle en reste là.

Les mesures volontaires, à moins d'être soutenues par de puissantes campagnes promotionnelles ou animées par un débat social, ne font généralement pas de vagues. Les récalcitrants y adhéreront en façade le temps d'un cliché, mais lorsque l'heure viendra de stopper un cycle de mauvaises habitudes, la liste des partisans de cette charte risque de fondre... comme le poids des femmes qu'on affiche à la une.

En France, la députée Valérie Boyer vient de proposer une loi qui forcerait les publicitaires et les médias à préciser qu'une photo a été retouchée pour présenter une image corporelle virtuelle plutôt que réelle. Pour contrer certains écarts inquiétants, la législation est souvent inévitable.

Mais si le Québec veut réellement combattre les velléités des concepteurs de cette «fausse» image de la femme, ainsi que tous ceux qui encouragent le retour en force des stéréotypes sexistes et sexuels, il devra emprunter la voie de la cohérence. Il devra accepter que dans des débats où se heurtent confusément des valeurs comme l'égalité des sexes et la religion, la question du respect des femmes mérite tous les égards.

***

machouinard@ledevoir.com






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